Historique IND

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Historique IND

Message  MJ des MJ le Dim 6 Mar - 20:23

Le récit de la campagne, par Fleur de Lasus

_________________
"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme" Albert Camus
avatar
MJ des MJ
MJ des MJ
MJ des MJ

Messages : 1755
Age : 32

http://azurhyan.forumgratuit.org

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, 1er jour

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 21:29

In Nomine Domini

Vers la fin de l’année 1546, au début du mois de Taille, Fleur revenait tout juste de voyage pour son père. Son visage angélique aux oreilles pointues n’avait rien à envier à son corps svelte et souple. Son œil droit demeurait caché par un bandage, orné de roses brodées par sa mère. A peine lui avait-elle rapporté la réponse qu’il attendait, que le baron lui présenta un héraut venu pour elle. Celui-ci était envoyé par le puissant comte d’Enro. Elle était convoquée à Antegnar, par son suzerain. Elle devait intégrer sa cour.

Lors des fêtes de fin d’années, le comte d’Enro remarqua Fleur, ainsi que deux autres hommes. Puis, elle eut un premier entretien individuel avec le comte. Son suzerain lui apprit alors qu’elle avait une destinée, un Pouvoir et lui apprit à l’utiliser. Sachant que le comte avait soutenu sa famille dans une terrible épreuve, dix ans auparavant, la jeune de Lasus s’engagea solennellement à le servir avec loyauté et dévouement. Elle fut logée au château, aux frais de sa famille, et intégra sa cour. Elle put faire la connaissance de la comtesse Victoriane, une prêtresse qui avait converti son époux, ainsi que de la capitaine des gardes, Lyonide, une demi-elfe, bretteuse.

Le 27e tonte 1547 (18 avril), la jeune de Lasus, alors âgée de 42 ans, se présenta pour un entretien avec le comte. On la pria d’attendre dans l’antichambre ; quatre hommes faisaient de même. Fleur sentait qu’il y avait des posseux parmi eux. Puis on l’appela en même temps que deux autres noms : Niscarvin le Baladin et Arnolphe Grosjean, visiblement de modeste extraction. Ils étaient eux aussi dans la clientèle du comte, qui les employait. Intriguée, elle s’engouffra dans un grand bureau sans poser de question. Le comte Damien, bon vivant, bien habillé, charismatique et détenteur du Pouvoir, leur expliqua l’objet de leur venue. Il faisait appel à eux parce qu’ils étaient posseux. Il attendait une lettre très importante de la capitale ducale Neuhor : aucune nouvelle depuis six jours. Cette missive devait être amenée par un coursier, un gentilhomme, dont il donna une description sommaire. Il ne tenait pas à leur donner le nom de son correspondant, ni du coursier. La lettre était scellée dans un étui à parchemin en plomb, protégée par un sort. Il s’agissait de retrouver le coursier, et de lui rapporter la missive dans les plus brefs délais. Le comte ne leur donna pas plus de détails, et les exhorta à la plus grande discrétion. La dite missive, de haute importance, devait lui être restituée au plus vite. Il leur ordonna de ne s’adresser qu’à lui et de lui remettre personnellement la lettre. Et pour couvrir leurs frais, il leur accorda à chacun 500 pièces d’or.

Sortis du bureau, ils firent plus ample connaissance. Leur seul point commun était ce mystérieux Pouvoir dont ils étaient tous les trois dotés. D’abord interpellée par leurs façons un peu rustres, elle les trouva assez vite sympathiques, et comprit qu’elle avait beaucoup à apprendre d’eux. Arnolphe, de taille moyenne, était un archer au physique peu attirant, gros, plutôt laid, les yeux noirs, les cheveux courts, vêtu d’une tenue bourgeoise, et également armé de couteaux. Il avait manifestement un faible pour la bonne chère. Niscarvin était un saltimbanque, de taille moyenne, aux cheveux bruns mi- longs, bien rasé, armé d’une rapière et d’une targe. En vue de leur quête, ils firent quelques provisions et deux heures plus tard, ils quittèrent Antegnar.

Ils empruntèrent une route rurale, galonnée régulièrement de villages et de tavernes, qui n’était pas réputée pour être dangereuse. Certains chemins permettaient toutefois de gagner du temps. Les trois compères décidèrent ainsi de passer par les petits chemins, en partant du principe que le coursier voulait voyager au plus vite. D’abord, ils eurent quelques difficultés à trouver leur chemin. Ils demandèrent conseil à des villageois et parvinrent à ne pas se perdre.

Le soir, ils s’arrêtèrent dans une bonne auberge que l’on conseilla à Fleur. La petite aristocrate tenait à son confort. Ils purent entendre les rumeurs du coin. Les gens parlaient de bêtes sauvages. Des voyageurs avaient été attaqués mais on ignorait par quoi. Un ours rôderait. Certains évoquaient du brigandage mais plus loin, à deux jours de Neuhor, sur les deux routes : route principale et chemin secondaire. Les gens se montraient méfiants. Ils craignaient aussi un loup, les plus hardis évoquèrent un troll. Les marchands se plaignaient surtout de voir leurs affaires gênées par la guerre.
Fichiers joints
carte in nomine domini.jpg Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(1.3 Mo) Téléchargé 3 fois


Dernière édition par Fleur le Mer 8 Juin - 22:26, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, 2er jour

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 23:21

Le lendemain, 28e Tonte (19 avril), les trois compères reprirent la route, trouvant leur chemin facilement, à travers les bocages. Subitement, ils furent attaqués par un ours. La jument de la jeune femme, effrayée, se cabra, mais Fleur parvint à maîtriser sa monture. L’animal fut d’abord bien intéressé par la jument à la robe blanche de la demoiselle, qui décida de le faire gambader. S’ensuivit une course poursuite. Comme l’ours ne lâchait pas prise, elle tourna bride et revint, l’ours sur ses talons, vers ses compagnons. Profitant que les deux hommes chargent l’ours, elle mit sa jument, Danseuse, à l’abri et vint leur prêter main forte. Tout le mérite revint à Niscarvin qui acheva seul l’animal efficacement. Les trois acolytes examinèrent la bête. Ils remarquèrent un collier autour de son cou, ainsi que des traces de coups de fouet. Le collier semblait être initialement attaché à une chaîne ; l’ours se serait donc échappé ? S’agissait-il d’un ours dressé ? A leur connaissance, il n’y avait pourtant pas d’ours dans le coin normalement.

Les trois voyageurs s’arrêtèrent dans une petite ville pour déjeuner avec leurs rations. Le temps était gris, mais pas mauvais. Ils traversèrent une rivière, puis ils passèrent un bois. Le soir, ils entrèrent dans une petite ville : La trappe.

Fleur trouva l’auberge la plus cossue, offrant un confort digne de la bourgeoisie. Les trois compagnons se dispersèrent et se renseignèrent dans les différentes auberges. Niscarvin fit un tour en ville, tandis que Fleur resta à l’auberge pour écouter les rumeurs. Une bande de loup était signalée, mais plus au sud. On confirma à Fleur les rumeurs de brigandage, sur la route ou le chemin secondaire, Des gens étaient attaqués le long de la rivière sur la route, et une autre portion de chemin. Cependant, personne ne pouvait dire s’il s’agissait de plusieurs bandes ou de la même, opérant sur diverses routes pour ne pas se faire attraper. Elle fit la connaissance d’un gentilhomme, Amarias de Firaud. L’homme, affable et d’un physique avenant, lui fut d’une agréable compagnie. Selon lui, les bandits devaient avoir un campement avec femmes et enfants, et changer de route pour ne pas se faire prendre. Ils se cachaient certainement dans les bois. Ils pouvaient être quelques dizaines. En y réfléchissant, Fleur pensa qu’ils devaient avoir établi leur camp à mi-chemin entre les deux voies. Cette affaire de brigandage durait depuis plusieurs jours et Amarias exhorta la frêle jeune femme à la plus grande prudence car ces rufians pouvaient s’avérer très dangereux. Il venait justement d’emprunter la route, deux jours auparavant, car la bande était signalée sur le chemin, et il ne les avait pas croisés par chance. Mais nul ne pouvait dire si, à présent, ces forbans n’avaient pas changé de position. Il estima qu’il fallait les débusquer par les bois.

Au fil de la soirée, Fleur trouva le gentilhomme très charmant, et réciproquement. Amarias connaissait de nom la baronnie de Lasus. Il lui parla de la dernière conquête de l’évêque de Neuhor. Il évoqua un petit incendie en ville qui fut vite maîtrisé. Puis il parla du tournoi pour la Huitaine Sainte qui se déroulerait prochainement à Neuhor. Il comptait d’ailleurs s’y rendre. Il parla combat et la jeune femme, visiblement connaisseuse, se montra intéressée. Il l’invita à danser, proposant de lui montrer une danse à la mode qu’elle ne connaissait pas. Très vite, Fleur en comprit le principe et brilla par sa grâce. Tous furent éblouis ; Amarias le premier. S’ensuivirent des baisers et les deux nobles s’isolèrent.

Mais une fois seul à seul, leur bonne entente tourna à la débâcle. Fleur trop hardie et Amarias trop empressé, leurs ébats tournèrent court. L’homme, blessé dans sa virilité, se plaignit et maugréa contre la jeune femme. Vexée, frustrée, elle se défendit, lui rétorqua qu’il avait sa part de responsabilité, puis le rassura un peu. Et lorsqu’il fut plus calme, Fleur parvint à un accord de principe : silence absolu sur cette affaire afin de préserver leur honneur.

Pendant ce temps, Arnolphe, resté également à la taverne n’apprit rien de plus. Un voyageur l’aborda, lui proposa une partie de cartes. Il accepta. Dans un premier temps, l’homme et son acolyte semblaient maitriser la partie, ils firent un très beau coup. Mais ensuite, Arnolphe dépouilla ses deux adversaires. Au cours de la soirée, il ne lui échappa pas que la petite aristocrate, sous ses airs de ne pas y toucher, s’était mine de rien éclipsée avec un homme.

Tentant de retrouver la trace du propriétaire de l’ours, Niscarvin apprit en payant des coups dans les tavernes les mêmes rumeurs, entendues par Fleur : l’incendie, le prix des céréales, le brigandage, une maladie qui sévissait à ce moment-là. Les gens n’avaient pas entendu parlé d’un quelconque montreur d’ours. On lui rapporta qu’un homme aurait été attaqué. Mais son informateur, un peu aviné, confondait avec une autre histoire plus ancienne.


Dernière édition par Fleur le Mer 8 Juin - 22:29, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, 3e jour

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 23:23

Le lendemain, 29e Tonte (20 avril), les trois voyageurs reprirent la route. Raillée par ses camarades, Fleur coupa court, encore déçue par sa piteuse nuit. « Lamentable. », lâcha-t-elle. « Et si nous changions de sujet ? »

Ils avaient accompli une quarantaine de kilomètres à la fin de la journée. Ils marchaient d’un bon pas. Fleur repensait encore à Amarias, contrariée et ne vit pas du tout les brigands embusqués. Ses camarades, en revanche, se préparaient déjà à faire face. Les brigands se dispersèrent le long de la route et tendirent une embuscade à une vingtaine de mètres de distance. Huit soldats, reconvertis dans le brigandage, les menaçaient, armés de haches, de lances et d’arcs. Arnolphe visa un premier archer, mais l’homme dévia la flèche avec son couteau. Niscarvin se lança dans la bataille. Fleur chargea à cheval trois adversaires. Puis elle finit par mettre pied à terre. Le combat fut rude. Fleur, bien en peine face à deux lanciers et un homme à l’épée muni d’une targe, fut blessée aux bras par les lanciers, occise par deux fois, et dut puiser dans son Pouvoir pour faire reculer la mort. Niscarvin dut faire de même. Seul Arnolphe tenait bon. Mais la jeune femme, furieuse, finit par se ressaisir et terrassa deux hommes. Puis elle blessa gravement un lancier. Les trois frères d’armes finirent par renverser le combat par leur courage et leur ténacité. Arnolphe, d’une efficacité redoutable, poussa les forbans à se rendre. Leurs adversaires, dépassés, durent déposer les armes. De toute urgence, Niscarvin soigna ses compagnons avec beaucoup de compétence. Puis, il fallut décider du sort de ces forbans. Les six individus encore en vie furent attachés avec une corde fournie par la jeune femme. Dans un esprit de revanche, Fleur, impitoyable, décréta que la triste bande, en piteux état du reste, circulerait trainée par sa jument. Ses deux frères d’armes, avec un sourire carnassier, s’exécutèrent. Arnolphe tenta de les interroger mais ces routiers ne se laissaient pas impressionner. Tous les trois demeuraient sous tension, au milieu de ces fichus bois ; et si d’autres bandits accouraient ?

Soudain, Arnolphe aperçut un autre individu s’approcher. Un brigand avec une arquebuse, d’après ses dires. Fleur aperçut l’homme, et constata qu’il tenait en réalité un bâton de pèlerin. Il s’agissait en fait d’un colporteur. Soulagée, elle fit entendre un petit rire cristallin et s’approcha de l’inconnu, qui les considéra, méfiant. Agé, d’un physique peu enviable, portant un manteau sale, brun clair, barbu, les cheveux mi- longs, il leur signifia : « Moi, j’veux pas d’ennui. », près à tourner les talons en n’ayant rien vu, rien entendu. Pour le rassurer, d’un ton affable, elle se présenta ainsi que ses compagnons. Lui montrant leurs captifs, elle expliqua qu’ils venaient d’appréhender des bandits. Elle lui recommanda d’être prudent. Elle lui demanda ensuite s’il y avait une milice dans les parages. Il lui répondit qu’il en avait bien une, mais qu’elle se situait trop loin pour la rejoindre d’ici la nuit. Bon commerçant, le colporteur parvint à leur vendre de la quincaillerie. Puis il reprit son chemin. Les trois acolytes songèrent alors que les bandits devaient avoir un butin. On les fouilla. On découvrit 1070 pièces d’or en tout. On rassembla leurs armes pour les emporter.

Le soir s’étendait dangereusement lorsque les trois frères d’armes reprirent leur chemin, fourbus, et aux aguets. Enfin, ils atteignirent un village : Jonqueret. Niscarvin parvint à s’attirer la sympathie de la foule en fournissant un formidable récit de leur combat. Ravis de voir des bandits capturés, les villageois décidèrent de les aider : ils leur fournirent une grange et des volontaires se proposèrent pour surveiller les captifs. On se répartit les tours de garde, épaulés par trois villageois. Le premier tour de garde, sous la surveillance de Niscarvin, donna le ton. Le saltimbanque ne vit rien sur le moment, mais le paysan, aux aguets, remarqua que l’un des bandits tentait de défaire ses liens. Aussitôt, le villageois se rua sur le bandit et lui assena, dans sa hargne, un violent coup de bâton, si fort qu’il lui pourfendit le crâne. Puis lorsqu’il comprit qu’il venait de tuer un homme, le brave paysan prit peur. Niscarvin parvint à le rassurer. Le deuxième tour de garde, assuré par Arnolphe et un deuxième volontaire, se passa heureusement sans encombre. Fleur devait achever la nuit de garde avec un troisième volontaire. Mais le villageois, nommé Emile, grossier, tactile et peu ragoutant, offusqua la jeune de Lasus, qui trouva vite le temps long, très long… Si elle n’agissait pas, il allait finir par l’allonger sur la paille ! Elle prit ses distances, mais le bonhomme était coriace. Elle lui rappela son nom : Fleur de Lasus, fille de Philippe baron de Lasus, et sœur d’un chevalier de la rose, Guilhem, qui ne manqueraient pas de la venger, s’il osait la toucher. En vain. Le paysan, excité par sa beauté, ne doutait de rien. Elle ne comptait pas faire des victimes chez les villageois, mais, ne voyant pas d’autres issues, elle dégaina sa rapière et son épée courte. Elle fit face à l’homme : « Tu vois ces forbans-là ? J’en ai occis deux à moi seule. Essaie encore de me toucher et il t’en cuira ! » Cette fois, Emile se le tint pour dit, et Fleur accueillit l’aube avec bonheur.


Dernière édition par Fleur le Mer 8 Juin - 22:31, édité 3 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, 4e jour

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 23:27

Ce 30e Tonte (21 avril), au petit matin, elle réveilla ses compagnons. Ils s’étirèrent, se préparèrent à partir. Niscarvin, sarcastique, lança aux bandits :

« Alors, on a eu un coup de barre cette nuit ? »    

Cela fit bien rire Fleur et Arnolphe, et mina le moral de leurs captifs comme le saltimbanque l’escomptait. Fleur parvint à convaincre les villageois d’enterrer le corps du bandit, mort dans la nuit. Puis les trois frères d’armes reprirent la route. Fleur forçait sciemment l’allure de son cheval pour éprouver leurs prisonniers. Lors d’une pause, Arnolphe tenta à nouveau de les interroger. Cette fois, il les intimida. La nuit marquée par la mort de l’un d’entre eux avait fait son effet. Fleur, se tenant tout près, écouta attentivement leurs aveux pour juger de leur crédibilité. L’un des bandits, effrayé, finit par leur avouer que la bande s’était scindée en deux. Ils étaient une vingtaine d’individus. Ils ne possédaient pas de chien. Une partie d’entre eux se postèrent sur la route et se dirigeaient vers le nord-est, tandis que les onze autres étaient partis vers le sud-ouest en direction d’une grande ville. Amarias avait donc vu juste, songea la jeune femme. Les deux groupes, brouillés, ne comptaient pas se retrouver. La bande s’était querellée, cinq jours auparavant, car ils n’arrivaient pas à s’accorder sur le sort de leur prisonnier : un gentilhomme, nommé Fortuné de Melville, capturé avec une missive. Certains voulaient réclamer une rançon. D’autres voulaient l’embarquer. Le groupe dont faisait partie leurs captifs, eux, avait peur car le parchemin devait être protégé par un sort et ils ne tenaient pas à se frotter à un mage. Fleur jugea leur récit crédible. Puis les bandits tentèrent de plaider leur cause. Après la mort de leur capitaine, ces soldats, en mal de gages, se mirent au brigandage. Les prisonniers leur indiquèrent où se trouvait leur camp, dans la partie boisée, au croisement des deux routes. Ils avaient caché leur butin, et proposèrent de leur indiquer l’emplacement, en échange de leurs vies sauves. Mais les trois frères d’armes, durement éprouvés par leur combat, furent implacables. Pour ces forbans, ce serait la milice et la corde !  

Ils reprirent leur route vers Beaumont. Ils entrèrent dans la forêt. Une certaine nervosité s’empara des trois braves voyageurs. Niscarvin remarqua une embuscade. Puis l’on constata rapidement qu’il n’en était rien. Fleur, à son tour, crut apercevoir quelque chose. Elle chargea, et ne fit qu’affoler quelques paisibles bêtes. Un lapin s’échappa d’un fourré. Pour détendre la jeune femme, Niscarvin s’approcha d’elle et remarqua d’un ton narquois : « Tout va bien. C’est un lapin. Tu devrais t’en sortir. » Elle rit. Mais cette forêt qui n’en finissait pas assombrit de nouveau leur humeur. Des oiseaux piaffèrent. Les arbres, charriés par le vent, semblaient murmurer, tramant peut-être quelques mauvais tours. Les trois compagnons d’armes commencèrent à craindre des Elfes noirs, ou une créature magique qui, disait-on, pouvait hanter les bois. Ils restaient aux aguets, fourbus. Et il leur restait encore quelques kilomètres à accomplir. Niscarvin semblait subitement planer : qu’avait-il pris ?  Fleur ne sut le dire et ne posa pas de question tant qu’il tenait bon. On croisa des gens à l’orée de la forêt.

Enfin, ils virent apparaître le bourg de Beaumont devant eux. Fleur dut expliquer leur situation aux gardes, méfiants. On leur indiqua le nom du capitaine à qui ils devaient s’adresser. Ils entrèrent ainsi dans Beaumont, attirant vite l’attention de curieux. Un garde les escorta jusqu’à la capitainerie. Ils furent reçus par le capitaine Silvandre de Tréville, un homme d’une trentaine d’années. Fleur lui narra leur mésaventure face aux bandits et lui expliqua qu’ils souhaitaient lui remettre les cinq bandits captifs, afin que ces vauriens ne puissent plus sévir impunément. Le capitaine fit confiance à ces braves voyageurs et salua leur courage. Fleur, une fois de plus, sut leur attirer la sympathie. Pour les récompenser, il les aida à se loger. Il connaissait celui qui tenait la meilleure auberge de la ville, aussi il rédigea en hâte un pli demandant à l’homme d’accueillir convenablement les trois valeureux, tous frais payés. Les trois compagnons remirent au capitaine leurs prisonniers ainsi que les armes saisies sur eux. Généreux, le capitaine leur permit de faire réparer leurs armes et armures. Ils le remercièrent chaleureusement et prirent congé, pressés d’atteindre leur logis.        
 
Entrant dans l’auberge, ils se délassèrent, profitant d’une bonne soirée de repos bien méritée. Ils prirent un bain, se changèrent, puis ils s’attablèrent. C’est alors qu’un groupe de gentilshommes attira leur attention. Le prénom de l’un d’entre eux les interpella : Fortuné. D’un commun accord, ils se présentèrent et Fleur parvint à s’attirer leur sympathie, et leurs regards. Les nobles se présentèrent également. Ils se nommaient : Fortuné de Melville, Elisse de Lonrenc, Adrien de Puyvent, Dassise de Melargues, Blégnier de Almeux, et Eleucipe de Lanfieu. Très vite, la jeune femme put constater à leurs tenues et leurs attitudes raffinées qu’ils étaient effectivement tous de noble extraction, et pour marquer son rang, elle leur rendit la pareille. Celui qui semblait mener la bande leur expliqua qu’ils recherchaient un ami, Lauridas, capturé par des bandits. En effet, des hommes étaient venus jusqu’à Neuhor réclamer une rançon pour leur prisonnier : Fortuné de Melville. Le gentilhomme leur précisa alors :

« Mais c’est impossible : c’est moi, Fortuné de Melville ».

Un peu perdu, Arnolphe murmura à ses compagnons :
« Mais c’est qui Fortuné ? »

Niscarvin le rassura :
« Je t’expliquerai ».

Fleur indiqua alors aux gentilshommes qu’ils venaient justement de confier à la milice cinq forbans, qu’ils avaient affrontés et faisant manifestement partie d’une troupe plus nombreuse. Niscarvin leur livra, avec beaucoup de talent, un récit épique de leur affrontement contre les bandits. S’accommodant avec la réalité pour éviter toute allusion à leur mission, Fleur leur rapporta ensuite qu’après avoir interrogé leurs captifs, ils avaient appris que la bande détenait un prisonnier, un gentilhomme se nommant : Fortuné de Melville.

Le hasard faisait, semble-t-il, bien les choses puisqu’ils pourchassaient apparemment la même bande. Le captif, qui se nommait, en réalité, Lauridas de Montvivor, avait ainsi emprunté le nom d’un de ses amis. Voyant l’opportunité d’assaillir le reste de la troupe, en plus grand nombre, Fleur leur expliqua alors qu’ils comptaient secourir ce malheureux, capturé par les forbans. Elle leur proposa de s’allier pour anéantir cette triste troupe et délivrer au plus vite leur ami, ce qu’ils acceptèrent. Ils décidèrent de leur côté de se rendre avant leur départ à la milice.

Fleur observa plus particulièrement le présumé Fortuné. D’épais cheveux noirs et bouclés encadraient un visage agréable animé par des yeux verts désarmants. Une moustache et un bouc finement taillés, des épaules larges, une taille mince, Fleur l’imaginait aisément faire des ravages auprès des dames dans les tournois et autres festivités. Imposteur ou pas, il s’avérait pour le moins charmant, et dès lors, elle s’attacha à le séduire, au grand dam de ses amis jaloux, bien décidée à le faire parler, d’une manière ou d’une autre. Toutefois, derrière ce gentilhomme galant, Fleur devina un homme tenace, difficile à convaincre. Et à voir l'assurance avec laquelle il répondait à ses avances, elle faisait face à un séducteur rompu. Un adversaire à sa taille, donc, songea-t-elle.

Par courtoisie, l’un des gentilshommes, Adrien, s’inquiéta qu’une jeune femme frêle puisse affronter de dangereux bandits. Sûre d’elle, Fleur lui assura que ces forbans avaient déjà pu tâter de sa lame, et qu’elle n’était pas si facile à soumettre, ce à quoi elle jeta un regard nullement innocent à Fortuné. Esquissant un sourire amusé, l’homme n’était pas dupe de la manœuvre.

Fleur ne quittait pas sa cible des yeux, déployant son plus beau sourire, sa finesse d’esprit et son regard suave. Intéressé, il lui donna le change. Certes, la jeune de Lasus était à son goût et il ne refusait pas l’opportunité d’une agréable nuit en sa compagnie. Mais, l’homme, vigilant et en séducteur accompli, ne tomba pas sous son envoûtement, tandis que Fleur gardait elle-aussi ses distances. En fin de soirée, la belle de Lasus prétexta être lasse. Elle souhaita la bonne nuit à tous, mais se pencha à l’oreille de Fortuné, pour lui susurrer : « Si le cœur vous en dit… », avant de se retirer. L’homme ne répondit rien, mais arbora un sourire certain, en la regardant s’éloigner. Il s’accorda une dernière gorgée de vin, salua ses amis, faisant fi de leurs railleries grivoises, et s’empressa de la rejoindre, d’un pas décidé.  

Plus tard, seuls à seuls, profitant que son amant fut bien disposé, Fleur jaugea sa sincérité et tenta d’en apprendre davantage sur les motifs de leur expédition. La tâche n’était pas aisée car, elle le sentait, son charme n’avait pas totalement opéré. Toutefois, ne sentant aucune vilenie en elle, Fortuné concéda quelques confidences. L’homme était sincèrement inquiet pour son ami, mais il ignorait complètement pourquoi Lauridas se trouvait seul sur les routes. Il avait juste entendu vaguement parler d’une missive, dans les aveux des bandits. A l’évocation de la lettre, Fleur feignit la surprise, maladroitement, manquant de se compromettre, mais par chance, Fortuné ne le releva pas. La jeune femme n’eut en tout cas plus de doute sur sa sincérité. Il ne s’agissait pas d’imposteurs cherchant à intercepter la missive, comme elle aurait pu le craindre. Ces gentilshommes étaient partis, de leur propre chef, porter secours à leur ami. Ils souhaitaient régler cette affaire entre eux. Fleur, pensive, songea que si ces gentilshommes constituaient pour l’heure des renforts bienvenus, ils pourraient vite s’avérer encombrants, lorsqu’il faudrait ensuite s’en retourner vers le comte d’Enro. D’ici là, elle devait trouver un moyen de les écarter de sa route.


Dernière édition par Fleur le Jeu 30 Juin - 17:46, édité 8 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, 5e et 6e jour

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 23:31

Le lendemain, au matin du 31e Tonte (22 avril), lorsque Fortuné retrouva ses amis, ces derniers, un peu jaloux, lui lancèrent des plaisanteries grivoises, dès que la jeune femme eut le dos tourné.

Profitant d’un instant avant leur départ, Fleur s’isola avec Niscarvin et le prévint de ce qu’elle avait appris :
« Manifestement, ils ignorent tout de la mission de leur ami et de cette missive. Lorsque nous retrouverons notre homme, il va falloir être prudents et le prévenir très discrètement. »

Puis, ils allèrent rechercher à la milice leurs armes. Comme il était convenu de voyager le plus rapidement possible, Fleur et ses compagnons allèrent louer des chevaux. Elle négocia un tarif s’élevant à 90 pièces d’or par journée. Un notaire rédigea un contrat en bonne et due forme. On leur demanda également une caution de 5 00 pièces d’or. Fleur servit de témoin et de garant pour ses compagnons.

Lorsque tout le monde fut prêt, ils quittèrent la ville. Ils galopèrent à bride abattue. La journée se passa sans encombre. La troupe de gentilshommes s’entendait bien avec les nouveaux venus, sauf avec Arnolphe, qui peinait à s’intégrer en raison de ses manières un peu rustres.

Au soir, ils atteignirent, fourbus, la ville de Lévesque-le-Pont. Fortuné trouva une bonne auberge. Galant, il veilla au confort de la demoiselle, et prit en charge tous ses frais. Fleur se figura que face à un adversaire si redoutable, elle ferait bien de ne pas baisser sa garde.

Le lendemain, 32e Tonte (23 avril), jour de Tharès, jour de la fête de Sainte Jeanne de Felxir, on déjeuna ensemble et certains firent au moins une prière en ce jour saint. Puis Fleur décida d’accompagner les gentilshommes qui souhaitaient se rendre à la milice, tandis que, de leurs côtés, Niscarvin et Arnolphe allaient se renseigner auprès de la population en ville. Ils entendirent des informations courantes : les gens parlaient d’attaques de brigands depuis deux jours au nord de la ville.

A la milice, Fleur eut la main chanceuse et impressionna par son sens de la diplomatie. Ils obtinrent des informations toutes fraiches. Le rôdeur qui travaillait avec la milice revenait justement d’une patrouille. Il avait localisé la bande au nord-est de la forêt, dans une clairière. Le rôdeur confirma que la bande comptait une dizaine d’individus et était disposé à les y conduire. Le camp ne se trouvait qu’à quelques kilomètres de là. Les nobles décidèrent de partir sans chevaux et le garde champêtre fut chargé de les accompagner. De plus, le chef de la milice donna sa bénédiction aux nobles pour éliminer ces forbans.

Ne voulant pas perdre plus de temps, les gentilshommes se dispersèrent à travers la ville et retrouvèrent rapidement les compagnons de Fleur. En début d’après-midi, ils quittèrent la ville, guidés par le garde champêtre, Sylvain. Le temps était assez mauvais mais ils progressèrent efficacement.  Soudain, le rôdeur fit signe que le camp était tout proche. Il arma son arc. Les gentilshommes s’élancèrent alors vaillamment vers les bandits.

Le combat s’engagea mal. L’un des gentilshommes, Eleucipe, fut mortellement atteint au ventre. Blégnier fut gravement touché au bras. Adrien fut rapidement assailli par deux bandits, qui lui infligèrent plusieurs entailles. Niscarvin, face à deux autres bandits, ne semblait pas en meilleure posture. Fleur, rageuse d’avoir tant souffert face à l’autre bande, s’élança contre un archer avec un esprit de revanche. Astucieusement, elle le harcela et le poussa vers une tente. L’homme se retrouva empêtré dans les cordes. Débarrassée de son adversaire terrassé par une flèche, tirée par Arnolphe, elle vint prêter main forte à Adrien en attaquant son lancier. L’homme tenait bon, mais elle aussi. C’est alors qu’Arnolphe fit des merveilles, armé de son arc. Ses traits mortels terrassèrent six de leurs adversaires, les lanciers et les archers. Les trois blessés reprirent alors courage, Adrien parvint à sonner son adversaire, et Fleur l’entailla, avant de rejoindre Fortuné, qui se défendait bien. Il put alors constater qu’elle était redoutable. Elle n’avait certes pas la force d’un homme, mais ses attaques étaient précises et astucieuses. A eux deux, ils blessèrent l’homme, avant que Fleur ne l’achève par une belle attaque, bien placée.

Débarrassés des bandits, chacun s’enquit des blessés. Niscarvin parvint à sauver Eleucipe, puis il soigna les autres blessés. On fouilla le camp, et sous une tente, on retrouva Lauridas, qui parut à Fleur bien fade à côté de son amant. Il avait manifestement subi un interrogatoire musclé mais ses jours n’étaient pas en danger. Ne perdant pas de vue leur mission, Fleur se mit d’accord avec Niscarvin quant à la marche à suivre : elle allait rejoindre les nobles pour les distraire, afin de lui laisser le champ libre avec le coursier tant recherché. Comme Lauridas était entouré de ses amis, Fleur, d’un ton affable, les invita à laisser respirer leur ami, pour que Niscarvin puisse le soigner. Personne ne trouva à redire et ils allèrent discuter un peu plus loin, entre nobles gens.

Seul à seul, Niscarvin tout en soignant Lauridas le prévint qu’il était envoyé, lui et ses deux compagnons, par le comte pour le retrouver, ainsi que la précieuse missive. Lauridas lui confirma que la missive devait bien se trouver dans ce camp et qu’il fallait la retrouver au plus vite. Les bandits s’étant retrouvés avec un parchemin apparemment vierge n’avaient pas su trop quoi en faire. Puis, lorsqu’il fut soigné, Lauridas sortit rejoindre ses amis pour les occuper.

De leur côté, Arnolphe et Sylvain se mirent à fouiller le camp chacun de leur côté. Lorsqu’Arnolphe fouilla les corps, certains nobles s’indignèrent, mais là encore, Fleur veilla à détourner leur attention, en commentant par exemple de beaux gestes qu’elle avait vu durant l’affrontement. La missive devait se trouver quelques parts dans ce camp : ses deux frères d’armes devaient impérativement s’en emparer. Arnolphe ne trouva rien de grande valeur. En revanche, ce coquin de rôdeur s’empara du trésor des bandits. Arnolphe, le soupçonnant, tenta bien de l’intimider, mais l’homme ne se laissa pas démonter. Le ton monta entre les deux hommes. Arnolphe le menaça alors de le dénoncer aux nobles et de le forcer à partager son butin. Le rôdeur lui laissa 4 000 pièces d’or, se réservant ainsi la meilleure part (10 000 pièces d’or !). Ce différend réglé, les deux hommes se séparèrent. Niscarvin vint alors en renfort en lui confirmant à voix basse : « elle est là, faut qu’on la trouve, et vite. » Un instant plus tard, ils s’emparèrent enfin de la missive, qu’ils dissimulèrent aussitôt. Niscarvin, d’un regard, signifia à Fleur que la mission était accomplie. Puis, il rassura le coursier en lui restituant ses affaires personnelles, qu’ils avaient retrouvées.          

De retour en ville, ils retrouvèrent le chef de la milice. Sylvain et Fleur lui rapportèrent l’issue de leur expédition contre les bandits. Il les félicita.

Puis tous ces braves combattants regagnèrent l’auberge. Là encore, Fleur n’eut pas à délier les cordons de sa bourse. La soirée fut agréable, marquée par un sentiment de victoire et de devoir accompli. On trinqua. Les blessés se reposèrent. Fortuné, totalement séduit, s’éclipsa avec la jeune femme, qui ne se fit pas prier.

Cette nuit-là, de Fortuné ou de Fleur, il n’y eut pas de vainqueur, et les deux amants succombèrent… Pour autant, Fleur ne pouvait oublier sa mission et échafauda un mensonge, à contrecœur. Méticuleusement, elle persuada son amant, sans trop en dire, que son ami était empêtré dans une méchante affaire privée et que, connaissant bien le coin et le nom de la famille impliquée, elle servirait d’intermédiaire à Lauridas. Elle insista sur le fait que son ami souhaitait régler cela lui-même et repartir seul avec elle et ses deux frères d’armes. Fortuné ne fut pas facile à convaincre et elle vit qu’il pesait chacun de ses mots. Mais, finalement, gagné à sa cause, il lui accorda sa confiance et s’engagea à la soutenir auprès de ses amis. Quelques instants plus tard, tandis qu’elle admirait son amant endormi, elle sentit son cœur se serrer.


Dernière édition par Fleur le Jeu 30 Juin - 17:50, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le coursier, fin de la mission

Message  Fleur le Dim 13 Mar - 23:34

Le 33e Tonte (24 avril) , au matin, Fortuné et Fleur rejoignirent ensemble le groupe. Comme convenu, il parla à ses amis, mais il eut du mal à s’expliquer. Fleur vint à son secours et parvint, une fois de plus, à faire l’unanimité, au grand soulagement de Lauridas, qui avait observé la manœuvre en silence, et finit par confirmer ses dires.

L’heure du départ approchait. Avant de se séparer, Fortuné et Fleur s’isolèrent. Il lui dit qu’il voulait la revoir. Ravie, Fleur lui indiqua où se trouvait sa baronnie. Il fit de même. Fortuné était issu d’une riche famille, comptant des mages parmi ses membres. Il lui proposa de le retrouver à Neuhor, la capitale ducale, puisqu’ils devaient de toute façon aller restituer les chevaux loués à Beaumont, qui se situait sur le chemin. Puis il l’embrassa, laissant une Fleur éprise, trahie par ses joues en feux.

Ayant assisté à la scène, ses deux frères d’armes ne se privèrent pas pour la railler, mais d’excellente humeur, elle ne s’offusqua que pour la forme. Les trois aventuriers profitèrent du voyage pour sympathiser avec Lauridas, qui se montra d’agréable compagnie.

La première journée de voyage retour se passa sans encombre. Ils s’arrêtèrent à Euxilis. Mais vers le soir, Fleur sentait que son bras commençait à la faire souffrir. Il ne s’agissait pourtant que d’une blessure légère. Elle avait vu pire. Elle consulta un médecin qui lui procura un onguent. Mais le remède fut sans effet. Sa blessure s’aggravait de plus en plus et la lançait terriblement. La plaie infectée n’était pas belle. Dans la nuit, une fièvre s’empara d’elle et sentant qu’elle perdait la bataille, elle appela au secours ses compagnons, désespérée.

Elle se retrouvait à présent à l’article de la mort. Il ne n’agissait pourtant que d’une blessure légère. Lauridas, n’ayant nulle envie d’annoncer une funeste nouvelle à son ami, et ses deux frères d’armes, en pleine nuit, allèrent quérir un médecin. Dans sa malchance, Arnolphe tomba sur deux voleurs : il fit face bravement mais finit détroussé et roué de coups. Un premier médecin fut dépêché par Lauridas, mais le cas le laissait perplexe. Niscarvin eut la main plus heureuse et on lui indiqua un médecin des plus compétents qui fit un miracle. Il stoppa le mal, assainit la plaie. Puis il prescrit un excellent remède contre la fièvre. Il leur fallut dépenser sept cent pièces d’or. Au bout de toute cette peine, le grand Daromir entendit enfin leurs prières. A l’aube, la fièvre, tenace, commençait à baisser.

Dans la matinée du 34e Tonte (25 avril), Fleur reprit conscience et découvrit à son réveil Lauridas, visiblement rassuré. Il lui fit savoir qu’au plus fort de sa fièvre, elle n’avait cessé de murmurer un prénom : « Fortuné ». Ne pouvant pas nier l’évidence, elle reconnut ses sentiments mais lui pria de garder le silence. Puis Niscarvin vint la saluer et la soigner, suivant scrupuleusement les recommandations du médecin. Les deux hommes, à sa demande, lui narrèrent les péripéties de leur nuit mouvementée. Arnolphe, soigné par Niscarvin, vint la visiter, et Fleur se sentit bien navrée de la mésaventure qu’il avait connue par sa faute. D’un caractère bonhomme, Arnolphe ne se montra pas rancunier et lui souhaita un bon rétablissement.

Durant la journée, les hommes revendirent le butin, mais à un prix bien décevant. Ils préparaient le départ vers Antegnar, prévoyant une litière pour la jeune femme. De son côté, Fleur peinait à se situer dans le temps, affaiblie, torturée par la fièvre, désolée du tracas qu’elle avait causé à ses trois compères, pensant à Fortuné et frustrée de se sentir si impuissante. Arnolphe fut rééquipé. Les trois hommes finirent par trouver un convoi. Un groupe de marchands quittant la ville acceptèrent volontiers d’être escortés par trois mercenaires.

Le 35e Tonte (26 avril), ils quittèrent Euxilis en compagnie de dix personnes voyageant avec trois chariots. Fleur, encore fiévreuse, put ainsi être alitée. Au milieu de l’après-midi, ils franchirent la rivière. Le convoi mit deux jours à atteindre Antegnar, sans incident. Peu à peu, la jeune femme reprenait des forces.

Le 37e Tonte (28 avril), c’est encore pâle, affaiblie, mais debout que Fleur put, avec ses deux frères d’armes et Lauridas, rapporter au comte la précieuse missive. Le comte d’Enro les reçut personnellement et les félicita. En récompense de leurs efforts, il leur offrit à chacun à 3 000 pièces d’or, assortis de 2 000 pièces d’or chacun, pour leur discrétion. Comme ils devaient retourner à Beaumont, le comte les autorisait à quitter Antegnar mais ordonna à Fleur et ses deux frères d’armes de revenir pour la réception qu’il donnait d’ici quinze jours. Ils décidèrent avec Lauridas de voyager ensemble, d’autant que le coursier connaissait bien la route. Ce soir-là, ils dormirent au château.



Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 4:04, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Escale à Neuhor, voyage aller

Message  Fleur le Lun 14 Mar - 1:40

Le 38e Tonte (29 avril), les trois frères d’armes passèrent leur journée en ville, bien décidés à profiter de leurs gages chèrement gagnés. Ils se rendirent d’abord chez un armurier. Fleur se commanda une belle cuirasse, tandis qu’Arnolphe se trouva de nouveaux couteaux. Puis Fleur retourna se reposer un peu. Songeant à la réception prochaine, elle s’avisa alors qu’elle n’avait pas pensé à emporter une de ses belles robes, taillées par sa talentueuse mère. Elle n’avait, pour ainsi dire, aucune tenue plus féminine que ses vêtements de voyage. Même si elle portait une chemise bordée de la plus fine dentelle, ce n’était pas, à son goût, une tenue digne du gentilhomme qui l’attendait à Neuhor. Aussitôt, elle rédigea une lettre pour son père. Elle lui demandait de leurs nouvelles, lui assurait qu’elle se portait bien et qu’elle servait dignement le comte. Elle lui demandait de lui faire parvenir une belle robe de bal, afin qu’elle puisse à la cour de leur suzerain faire honneur aux Lasus. Mais elle se garda bien de mentionner ses sentiments naissants pour Fortuné, car elle devait le revoir, apprendre à le connaître et ils n’avaient pas encore abordé la fâcheuse question de la religion. Or, la seule fois où elle donna le nom d’un galant à son père, ce fut un désastre… A ce souvenir, son cœur se serra et elle espéra avoir appris de ses erreurs.

Puis elle se rendit en ville. Elle confia son pli à un coursier, puis s’acheta une très belle robe, pour la coquette somme de 500 pièces d’or, espérant que la tenue serait du meilleur effet.

Le lendemain, 39e Tonte (30 avril), ils retrouvèrent Lauridas et quittèrent Antegnar. En chemin, la jeune femme demanda à Niscarvin et Arnolphe s’ils souhaitaient l’accompagner à Neuhor, pour plus de sûreté. Comme ils n’étaient jamais allés dans la capitale ducale, et par solidarité, ils acceptèrent, ce qui rassura la jeune femme. La belle était téméraire, mais de là à voyager seule… Soulagée, elle les remercia chaleureusement. Les quatre voyageurs galopèrent, accomplissant 39 kilomètres, pour rejoindre La Trappe. Arnolphe eut quelques difficultés avec sa monture, mais il parvint à les suivre. Le soir venu, ils trouvèrent une bonne auberge. Fleur constata avec soulagement, en refaisant son bandage que sa blessure était saine. Lors du repas, ils discutèrent avec Lauridas, et Fleur avait bien quelques questions à lui poser sur son ami, mais elle n’arrivait pas à cerner le coursier. Impassible, réservé, il ne laissait rien paraitre. Impossible même de connaître sa position sur les querelles religieuses, et donc celle de son ami. Elle se figura alors que torturé pendant deux jours, le coursier n’avait cédé aucune information aux bandits, empruntant finalement le nom d’un de ses amis pour se tirer de ce mauvais pas. Lauridas la trouva toutefois sympathique et discuta aussi avec ses deux frères d’armes.

Le 40e Tonte, (1er Mai), une messe était célébrée à La Trappe. Quand Fleur comprit qu’il s’agissait d’une messe albienne, elle refusa d’y participer. Elle nota toutefois que Lauridas n’y assistait pas non plus ; peut-être était-il Réformé ? Elle le supposait de la part d’un coursier au service du comte d’Enro, qui était Réformé. Priant en son for intérieur pour que Fortuné ne fût pas un Albien, ultra ou pire ligueur, elle se remit en route avec ses trois compagnons. Comme ils se trouvaient tout proche du camp des brigands qu’ils avaient vaincus, ils prévoyaient un détour par les bois pour trouver le butin. Il fallut bien prévenir le gentilhomme. A leur soulagement, le coursier n’émit aucune objection. Ils poursuivirent leur route au galop. Cette fois, ce fut le saltimbanque qui fut en peine avec sa monture. Dans la forêt, ils retrouvèrent le camp où les brigands l’avaient indiqué. Chacun se mit en quête du butin, et pour une fois, ce fut Fleur qui eut la main chanceuse. Loyale, elle alerta aussitôt ses frères d’armes. Le butin se composait d’argents et d’objets précieux faciles à revendre. D’après Niscarvin, le tout valait 11 000 pièces d’or ! Puis ils se reprirent leur chemin. Au soir, ils s’arrêtèrent à Jonqueret, le village, où ils avaient passé la nuit avec les bandits captifs. Fleur pria alors pour ne pas recroiser le vicieux Emile. Les ayant reconnus, les villageois les accueillirent avec joie. Niscarvin leur raconta avec talent comment ils avaient démantelé la bande de routiers, et leur présenta Lauridas, qu’ils avaient délivré. Les paysans, heureux de ces bonnes nouvelles, les logèrent, les nourrirent et s’occupèrent de leurs montures. Et pour le soulagement de Fleur, Emile ne se montra pas de la soirée.

Le 1er Fauche (2 mai), au terme d’une journée de chevauchée rapide, ils atteignirent Beaumont. Avec Niscarvin et Arnolphe, elle alla rendre les chevaux moyennant mille pièces d’or. Ils allèrent voir le capitaine, Silvandre de Tréville, pour l’informer que la bande de routiers était démantelée. Puis ils retournèrent à l’auberge, où ils avaient rencontré Fortuné, songea la jeune femme avec émotion.

Le 2e Fauche (3 mai), ils passèrent une journée sans encombre, guidé par Lauridas, qui les amena jusqu’à une bonne auberge pour la nuit.


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 4:07, édité 3 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Escale à Neuhor, le séjour

Message  Fleur le Lun 14 Mar - 1:46

Le 3e Fauche (4 mai), en fin d’après-midi, ils parvinrent enfin à Neuhor, capitale ducale et grosse cité commerciale. Comme Niscarvin, Arnolphe et la jeune de Lasus lui avaient sauvé la vie, Lauridas tenait à les remercier. Il les amena chez lui, leur présenta sa famille qui s’empressa de remercier ses vaillants invités. Puis il fit porter un message à Fortuné pour le prévenir de leur arrivée. Les trois acolytes purent se laver, se changer. Fleur, pressée de revoir son gentilhomme, enfila sa belle robe, espérant qu’elle serait à son goût, et se parfuma. Puis Lauridas leur proposa d’aller fêter autour d’un diner en ville l’heureuse issue de cette affaire, en compagnie de ses amis. Avant de partir, comme elle s’attendait à passer ces prochains jours en compagnie de Fortuné, elle convint d’un rendez-vous avec ses deux frères d’armes, bien décidés de leur côté, à découvrir cette cité commerçante. Ils devaient se retrouver le matin du Huiti 8e Fauche, pour pouvoir regagner Antegnar dans les délais impartis par le comte, ce qui leur laissait quatre jours.

Ils retrouvèrent ensuite ses amis. En voyant la jeune femme, Fortuné dut se contenter, pour le moment, d’un baisemain. Il la complimenta : « Vous êtes ravissante. » Rougissante, la jeune femme le remercia, et se laissa conduire jusqu’à la table. Lauridas fut bien questionné par ses amis sur cette « affaire » qu’il avait dû régler, mais égal à lui-même, il demeura secret sur le sujet. Parmi eux, seul manquait à l’appel, Eleucipe, qui demeurait en convalescence. Les gentilshommes les remercièrent encore pour leur aide, et trinquèrent en leur honneur. Au cours du repas, Niscarvin leur conta une farce avec beaucoup de talent, salué unanimement et provoquant leurs rires, même chez l’impassible Lauridas. La soirée fut agréable. Lorsqu’elle toucha à sa fin, les convives se saluèrent. Fortuné prévint alors Arnolphe et Niscarvin qu’il leur « empruntait » la jeune femme, avant d’emmener la belle de Lasus jusqu’à son domicile. Ils rentrèrent discrètement, et malgré la pénombre, Fleur put constater qu’il habitait un bel hôtel particulier. Sans plus attendre, il l’amena à sa chambre. Il n’échappa pas à Fleur que son gentilhomme était un peu aviné, mais trop heureuse de retrouver celui qui faisait battre son cœur, elle ne lui en tint pas rigueur et leurs ébats furent agréables.

Le lendemain, 4e Fauche (5 mai), Fleur se réveilla dans les bras de Fortuné, qui, sans doute pour se faire pardonner de son petit écart de conduite, tint à lui faire commencer la journée de la plus agréable des manières.

Puis, cherchant sans doute à mieux la cerner, il lui demanda pourquoi elle était venue jusqu’à Neuhor et la réponse de la jeune femme fut sans ambigüité :

« Je suis venue pour vous, et uniquement pour vous ».

Il lui demanda combien de temps elle comptait rester, et là, Fleur, souhaitant n’avoir aucun secret, lui expliqua qu’elle devait, sous les ordres de son suzerain, le comte d’Enro, se rendre à Antegnar pour la réception qu’il donnerait prochainement. A l’évocation du comte, elle retint particulièrement l’attention du gentilhomme. Donc la baronnie de Lasus dépendait du comté d’Enro. Par ailleurs, elle en parlait comme de « sa baronnie ». Intrigué, il l’interrogea :

« Vous êtes fille unique ?
- Non. Mais je suis l’ainée. Et mon frère, Guilhem, est chevalier de la Rose. »

Le titre de baron conférait aux Lasus un rang légèrement supérieur aux Melville et le gentilhomme le savait bien. Aussi, la jeune femme confirma, consciente de cet atout :

« C’est donc moi l’héritière de la baronnie ».

  Elle interrogea le regard du gentilhomme et vit qu’elle obtenait l’effet escompté : le titre de baron ne le laissait pas indifférent. Mais la demoiselle en attendait plus, décidée à conquérir son cœur.

Durant quatre jours, Fortuné fit découvrir la ville à sa belle. Fleur ne cessait de le charmer, par sa beauté, sa finesse d’esprit, son art de la danse. Cette fois, Fortuné devint très épris de Fleur, et semblait un peu déstabilisé. Lui-même conservait son emprise sur la jeune femme.  

Au fil de leurs conversations, ils apprenaient à se connaitre et en venaient à se confier. Fleur se révélait être une jeune femme timorée, loyale, coopérative, et ambitieuse. Visiblement, elle était très attachée à sa famille dont elle lui cita la devise avec fierté : « Digne jusqu’à la mort ». Indépendante, elle tint à payer une partie de leurs dépenses, malgré ses protestations. Appelée à succéder à son père, elle demeurait à la cour du comte d’Enro qu’elle entendait servir fidèlement. Mais ses obligations vassaliques ne semblaient pas déranger Fortuné.    

Fleur lui dépeignit une famille unie et affectueuse. Elle évoqua son père, le sage baron de Lasus, sa mère elfe qui lui ressemblait beaucoup physiquement, et son petit frère, Guilhem, chevalier de la rose. N’ayant jusque-là pas abordé la fâcheuse affaire de la religion, elle prit finalement son courage en main et lui posa plus franchement la question. Fleur guetta, anxieuse, la réaction du gentilhomme. Son visage demeurait impassible. En réalité, Fortuné s’avérait indécis et même indifférent à ces querelles religieuses. Il n’était pas Réformé pour le moment, et peu lui importait de le faire. Mais son père l’était. En l’entendant, Fleur poussa un soupir de soulagement. Intrigué par sa réaction, il la questionna. Elle lui expliqua que sa famille était Réformée, tolérante, à l’exception de son frère, plus convaincu. Son père était las de ces querelles et, comme lui, elle réprouvait les massacres perpétrés de part et d’autre.

Mais la jeune femme sentit qu’une question le taraudait. De peur d’être indélicat, il n’osait la poser, et Fleur en devina l’objet sans peine : son œil bandé. Souhaitant lui prouver la confiance et l’amour qu’elle lui portait, elle se livra à une douloureuse confidence.

« Cela s’est produit il y a dix ans. »

Aussitôt, Fortuné sentit sa dulcinée se crisper, et sa voix se charger d’émotion. Elle lui narra comment la jeune femme insouciante et naïve qu’elle était, s’était faite bernée par un soupirant albien ultra désirant l’épouser.

« Lorsque je l’ai revu, pour lui signifier mon refus et celui de ma famille…, ce dément m’a piégée et m’a… défigurée…, arguant que si ce n’était pas lui…, ce ne serait… personne »

Submergée d’émotion, Fleur s’empressa de sécher une larme naissante, tandis que Fortuné resserra son étreinte. Mais elle tint à aller jusqu’au bout.

« Mon père, hors de lui, a réclamé justice auprès du duc. Il voulait sa mort, mais le duc l’a banni. »

Indigné par ce qu’il venait d’entendre, Fortuné eut très envie de le retrouver et de le tuer. Il lui demanda son nom. Mais Fleur, qui avait deviné en lui un caractère impulsif, hésita. A certains égards, Fortuné lui rappelait son cher frère, Guilhem. Et si ce fou supprimait Fortuné, ou l’entrainait dans une guerre sanglante ? Les Malfosse étaient, selon son père, un vrai nid de vipères, et avaient, comme les Lasus, leurs protecteurs. Mais il insista, devant cette peur sourde que la jeune femme ne parvenait pas à masquer. Même dix ans plus tard, même devenue plus forte, elle craignait par-dessus tout de croiser ce dément. Ne voulant pas blesser le gentilhomme dans son honneur, elle finit par céder :

« Robert de Malfosse ».

Aussitôt, le nom s’imprima dans son esprit. Fleur tenta de le raisonner :

« Fortuné, s’il vous arrive malheur par ma faute, je sais que je ne me le pardonnerai pas. Je vous en prie, mon aimé, prenez-garde. Seul mon père et mon frère ont le droit de l’occire. »

Mais il n’en démordait pas. Ce fou avait meurtri sa belle, et la justice l’avait épargné. Le duc Christian von Gildwin était mort ; nul ne pouvait dire quelle serait la position du nouveau duc, Léonard de Prévert, cousin du précédent duc, originaire des marches de Chadîm. Même si le frère de Fleur exerçait son droit, comme elle semblait l’espérer, il n’était pas certain que le nouveau duc se range en la faveur des Lasus. Cela le révoltait d’autant plus que cela lui rappelait un crime impuni, qu’il s’était juré de venger. L’homme devait sûrement être protégé, terré dans l’ombre. Mais le gentilhomme se faisait fort de le débusquer. Pour la rassurer, il lui rappela qu’il avait ses réseaux, qu’il pourrait interroger son père.

Tandis qu’il la réconfortait, Fleur pria de tout son cœur pour ne jamais regretter d’avoir impliqué son bien-aimé dans cette affaire. Elle lui avoua alors que c’était à cause de cette blessure qu’elle était devenue méfiante envers les hommes, ne recherchant que des histoires sans lendemain. Mais il avait anéanti toutes ses défenses, et s’était emparé de son cœur.

De son côté, Fleur découvrit un jeune homme riche de 23 ans, fils d’un mage connu. Charismatique, Fortuné était un bon vivant, joyeux et émotif, Chef d’une troupe de gentilshommes, il était prêt à tout pour ses amis. Fortuné était le dernier d’une fratrie de trois enfants – pour ceux parvenus à l’âge adulte -. Il avait un grand frère, Orlande, mage d’eau. Sa grande sœur, Ludivine, avait épousé un riche marchand de Neuhor, Emelian Adaud. Lorsqu’il évoqua sa mère, Fleur sentit que ces souvenirs étaient douloureux. La malheureuse fut tuée, lors d’un attentat, en 1537. En effet, lorsqu’une grenade magique fut lancée contre son père, ce dernier fut sauf, immunisé à cette magie qu’il maitrisait si bien, mais pas sa mère. Les assassins appartenaient à la famille des Mornille, des mages albiens. Les Mornille furent déchus, mais ils étaient soutenus par le comte de Sodavlac. Fortuné avait alors 13 ans. Il s’était juré de la venger, mais ne savait pas encore comment atteindre ses ennemis.  

Le troisième soir, il présenta Fleur à son père, Korritil le Blanc, un mage influent de Neuhor, d’une soixantaine d’années. Il était sous-directeur du département des objets magiques de Neuhor, professeur honoraire de la faculté de Magie. Proche de l’ancien duc, homme d’affaire avisé, et élitiste, il possédait plusieurs seigneuries qu’il gérait bien. Très charismatique, il impressionnait quelque peu la jeune de Lasus. Ne voulant pas faire honte à son bien-aimé, consciente de l’honneur qu’il lui faisait en lui présentant son père, Fleur usa de son Pouvoir, pour gagner sa sympathie, mais le mage ne semblait pas affecté, et l’avait peut-être senti, s’inquiéta la jeune femme, en son for intérieur. Toutefois, le mage se montra bienveillant avec la jeune de Lasus.


Dernière édition par Fleur le Jeu 30 Juin - 17:41, édité 10 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Escale à Neuhor, voyage retour

Message  Fleur le Lun 14 Mar - 1:50

Le matin du 8e Fauche (9 mai), le temps était mauvais. Il pleuvait. La jeune femme avait revêtu ses vêtements de voyage, et ses armes. Fortuné accompagna Fleur jusqu’à ses compagnons. Avant de la quitter, il lui déclara son amour et lui offrit une chaine assortie d’un joli pendentif, finement ciselé. Fleur le remercia chaleureusement. Elle lui déclara qu’elle lui confiait son cœur, et qu’elle avait confiance en lui, ce qui, vue la douloureuse épreuve qu’elle avait subie, n’était pas un mince aveu. Elle réalisa alors, qu’à bien des égards, Fortuné la rassurait. Il l’acceptait telle qu’elle était. Elle lui promit d’être prudente, et de lui rester fidèle. Comme se posait la question de leurs retrouvailles, elle lui expliqua, un peu embarrassée, qu’une fois à Antegnar, elle savait juste qu’elle devait assister à la réception et ignorait si son suzerain comptait ensuite lui confier une autre mission. Fortuné lui dit alors qu’il allait s’arranger et qu’il la recontacterait. Ils savourèrent un dernier baiser. Puis, le gentilhomme se retira. Le cœur serré en le voyant s’éloigner, ne sachant quand elle pourrait le revoir, Fleur savait toutefois qu’elle pouvait partir sereine : Fortuné l’aimait, il ferait tout pour la revoir et lui resterait fidèle.  

Chaleureusement, elle salua ses frères d’armes qui lui rendirent la pareille. Elle nota aussitôt qu’ils possédaient désormais leurs propres chevaux, les félicita pour leur choix. Niscarvin avait fait l’acquisition d’une jument à la robe Isabelle, nommée Camélia, tandis qu’Arnolphe était l’heureux propriétaire d’un cheval auvergnat à la robe baie-brun. En présentant le sien, Arnolphe expliqua fièrement :

« Il s’appelle Cantal, comme le fromage ! »

Sincèrement contente de les retrouver, elle leur demanda s’ils avaient apprécié leur séjour à Neuhor. Curieuse, elle leur demanda ce qu’ils avaient fait. Niscarvin lui expliqua qu’ils avaient revendu leur butin pour 10 000 pièces d’or. Ils décidèrent de s’accorder 2 000 pièces d’or chacun, et de conserver les 4 000 pièces d’or restantes pour leurs dépenses collectives. Arnolphe, ravi, avait pu goûter aux spécialités locales qu’il énuméra avec passion. Niscarvin avait de son côté préparé un spectacle pour la fête du comte. Elle lui demanda bien de quoi il s’agissait, mais le saltimbanque préféra ménager la surprise. Son spectacle commençait à être rodé. Puis, ils lui demandèrent d’un ton railleur :

« Alors ?

- Fortuné ! »

D’un air rêveur, elle leur expliqua qu’elle avait passé un séjour très agréable en sa compagnie, qu’il s’était montré très prévenant. Elle avait pu elle aussi visiter la ville. Elle leur avoua surtout qu’elle se sentait rassurée. Aucune querelle religieuse en vue. Il respectait le fait qu’elle avait des obligations envers le comte d’Enro. Mais elle leur précisa immédiatement qu’elle ne lui avait rien dit de leurs missions et qu’il n’avait pas posé de questions. Et la veille, il l’avait présentée à son père, un mage connu, qui en imposait ; ce qui en disait long sur ses sentiments.    

Les trois compagnons voyagèrent à travers bois. Un moment plus tard, alors que le saltimbanque était en train de parler à Fleur, la jeune femme, rêveuse, ne répondit pas. Arnolphe intervint :

« Fleur ? »

Pas de réponse. Niscarvin nota d’un ton narquois :

« Ah ! On a oublié Fleur à Neuhor. »

Cette fois, interpellée, la jeune femme rit et s’excusa. Soudain, un homme se posta au milieu de la route. Il était couvert d’une cape et avait un arc. Il ordonna aux voyageurs de s’arrêter. C’était un garde champêtre, un sergent. Les trois compères, méfiants, s’exécutèrent. Il les fouilla ; visiblement, il cherchait l’erreur pour leur infliger une amende. Il soupçonna Arnolphe de vol en voyant ses victuailles. Puis, il leur réclama 100 pièces d’or chacun pour oublier de les avoir vus. A contrecœur, Niscarvin et Arnolphe s’exécutèrent, ne voulant pas s’attirer d’ennuis inutilement. Indignée, la jeune femme protesta. Elle lui signifia qu’elle était baronne, et qu’elle n’entendait pas se soumettre à un simple garde champêtre. L’homme, en voyant sa tenue de voyage, ne la crut pas et haussa le ton. Mais la jeune de Lasus insista, elle déclina son identité, celle de son père. Elle le menaça de dénoncer ses agissements au comte. Cette fois, l’homme se rendit compte qu’elle ne mentait pas. Intimidé, il s’excusa, il la laissa passer et partit sans son argent, mais sans rendre les 200 pièces d’or de ses compères. Navrée pour eux, elle regretta :

« Désolée. J’aurais dû intervenir plus tôt. »

Le soir, ils trouvèrent une bonne auberge. Ils y croisèrent une troupe de comédiens qui se rendaient à Neuhor. La soirée fut agréable. Ils firent un spectacle ; ils proposèrent une farce. Les trois voyageurs leur donnèrent de l’argent. En voyant jouer les comédiens, Fleur repensa au soir de leurs retrouvailles avec Fortuné et ses amis, et félicita Niscarvin pour la farce qu’il avait joué ce soir-là.  

Le 9e Fauche (10 mai), le temps devenait très mauvais. Il pleuvait sans cesse. Le sol boueux ralentissait les chevaux. Les trois aventuriers étaient trempés. Le soir, ils s’arrêtèrent dans une auberge. Là, des hommes leur payèrent la tournée. Ils l’acceptèrent poliment. Fleur resta raisonnable. Arnolphe décida, lui, d’en profiter. Niscarvin ne tarda pas à monter, pour répéter son spectacle. Mais, les hommes, ivres, commençaient à importuner la jeune femme par leurs plaisanteries grivoises. Offensée, Fleur se retira pour se reposer. Dans la salle, les hommes en vinrent à se battre. Le tenancier hurlait. Comme personne n’intervenait, il sortit un bâton et frappa durement les hommes, si bien qu’ils quittèrent les lieux. La nuit se passa sans incident.

Le 10e Fauche (11 mai), ils voyagèrent par un beau temps. Ils atteignirent Jonqueret au soir. Les villageois les accueillirent bien, comme à chaque fois. Niscarvin en profita pour répéter son spectacle devant un vrai public. Il remporta un franc succès.

Le jour suivant, 11e Fauche (12 mai), le temps redevint très mauvais. Ils chevauchaient dans la forêt des brigands. Soudain, Arnolphe et Niscarvin entendirent une meute de chien qui se rapprochaient. Les trois cavaliers forcèrent l’allure. Les deux hommes comptèrent six molosses. Eperonnant leurs montures, ils galopèrent à toute allure. Cantal peinait le plus. La meute gagnait du terrain. Arnolphe tenta de pousser le cheval. Ils finirent par creuser l’écart, se dépassant à tour de rôle. La meute tenace ne lâchait pas prise. Mais les trois cavaliers et leurs montures finirent par les distancer ; les chiens s’étaient peut-être rabattus sur une autre proie. Pour ménager leurs montures, ils ralentirent l’allure. Ils calmèrent les chevaux, très fatigués. Le soir, ils atteignirent La Trappe. Ils gagnèrent l’auberge, mangèrent un bon repas. Niscarvin planait complètement. Un gitan crasseux, prétendant lire l’avenir, importuna Fleur, qui le dissuada immédiatement d’approcher en lui montrant ses armes et en lui faisant savoir qu’elle savait s’en servir. L’homme n’insista pas. Il fit le tour des clients. Arnolphe rit à propos d’un client qui protestait parce qu’il ne trouvait pas ses couverts. Il remarqua alors que le manteau de Fleur avait disparu.

Le lendemain, 12e Fauche (13 mai), avant de quitter La Trappe, Fleur dut se racheter un nouveau manteau. Le marchand ayant flairé la demoiselle de noble extraction gonfla le prix à 375 pièces d’or. A la fin de la journée, ils atteignirent un village. Les trois voyageurs furent logés dans une grange. Gênés par la paille, ils dormirent mal. Mais au moins, ils ne payèrent rien et se trouvaient au sec. Avec ce mauvais temps, ils avaient pris une journée et demie de retard. Niscarvin, trop drogué, ne parvint pas à répéter ce soir-là.    

De nouveau, le 13e Fauche (14 mai), ils affrontèrent un temps mauvais, agrémenté de quelques averses. La route paraissait interminable. Ils croisèrent des gens sur les chemins. Puis ils aperçurent une vieille femme, transie de froid qui portait péniblement ses fagots de bois. Elle leur implora leur aide. Arnolphe, le cœur bon, prit la vieille dame sur sa monture. Niscarvin récupéra ses fagots. La vieille dame demanda alors à la jeune femme de lui prêter son manteau. Sur le moment, Fleur, méfiante, hésita. Elle venait à peine de se faire voler un manteau. Et si cette dame les attirait dans un piège ? Mais devant cette femme apparemment sans mal et sans défense, elle céda et lui prêta son manteau. Protégée par son armure, elle pouvait bien affronter la pluie. Ils voyagèrent avec la vieille dame pendant une lieue. Puis, elle déclara qu’elle était arrivée. Elle sauta alors de cheval. Pour les remercier, elle leur donna à chacun une potion de bénédiction, pour les aider à réussir une action. Subitement, elle sembla beaucoup plus belle, plus forte, et plus jeune. Les trois frères d’armes la regardèrent s’éloigner, perplexes.

Le 14e Fauche (15 mai), ils arrivèrent à Antegnar, la veille de la réception. Niscarvin partit faire ses deux répétitions. Fleur, de son côté, alla chercher sa cuirasse chez l’armurier. Puis elle se précipita jusqu’à sa chambre, pressée de lire des nouvelles de sa famille et de voir sa robe. Sa tenue était bien arrivée : c’était une magnifique robe de bal, taillée par des mains d’elfe. En l’admirant, elle n’eut qu’un regret : que son bien-aimé ne puisse être présent. Puis, elle lut avec plaisir la lettre de son père. Toute sa famille se portait bien. Guilhem, son petit frère, était blessé. Il avait eu un bras cassé en affrontant un troll, mais il l’avait tué, et il commençait à se rétablir. Il se trouvait en Aguydenne, au sud-ouest d’Antegnar, en Felxir. Sa bravoure lui valut d’être repéré. Le baron lui rappela ensuite qu’il comptait sur elle, et lui confia trois missions. Elle devait rencontrer et tâcher de nouer de bonnes relations avec Sifroy de Niver. Elle devait ensuite s’entretenir avec Isidore de Guegnac, issu de la noblesse de robe, pour obtenir son soutien dans un procès que son père lui détailla un peu. Enfin, elle devait obtenir le remboursement des robes que Déa de Ranches leur avait achetées ; or, la coquette tardait à honorer ses dettes.
 
Arnolphe, quant à lui, fut convoqué par Lyonide, la capitaine des gardes. Elle lui reprocha son embonpoint, et s’étonnait que le comte l’ait employé comme garde. Quoi qu’il en fut, elle lui annonça que le comte comptait sur lui pour assurer la sécurité. Lyonide le postait aux tourelles pour surveiller les entrées et sorties extérieures.


Dernière édition par Fleur le Ven 10 Juin - 22:57, édité 7 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La réception

Message  Fleur le Lun 14 Mar - 22:21

Le lendemain, 15e Fauche (16 mai), jour de la Saint Bastan le Nordique, jour de la Saint Bastan le Nordique, tandis qu’Arnolphe prenait déjà son poste, le comte retrouva Niscarvin et Fleur. Il demanda au saltimbanque d’être drôle. Puis, il remarqua la très belle robe de la jeune de Lasus, et la complimenta :

« Vous allez faire des jalouses. »

La jeune de Lasus suivit la Cour du comte. Mais ce monde-là était impitoyable, fait de messes basses, de rivalités, de rumeurs et de faux-semblants et elle peina à trouver sa place lors de cette première journée de réception. Fortuné lui manquait. Elle tenta bien de se renseigner, mais elle n’arrivait à rien. Noyée dans cette foule nombreuse et bruyante, elle ne parvint pas à trouver les trois personnes indiquées par son père. Fleur restait trop sur sa réserve, trop naturelle, et faisait trop sentir que son cœur était pris.  

De son côté, Niscarvin, s’il fut drôle à midi, n’eut pas le succès escompté le soir. Un serviteur vint ensuite le voir pour lui faire savoir que le comte attendait mieux de sa part.

A l’entrée, pendant ce temps, Arnolphe montait très bien la garde. Il réveilla un archer en train de s’endormir. L’homme, nommé Félix, s’excusa, embarrassé :

« Mon p’tit fait pas ses nuits ».

Ayant bon cœur, Arnolphe lui conseilla de faire une pause et d’aller se restaurer. Mais la capitaine des gardes le surprit et l’incendia :

« Comment ça, vous organisez les pauses ? »

Tant bien que mal, Félix et Arnolphe reprirent leurs postes.

Le lendemain, 16e Fauche (17 mai), la réception du comte se poursuivait. Arnolphe, un peu fatigué, tint son poste mais semblait moins aux aguets. Soudain, son camarade, Félix, encore reconnaissant, vint le prévenir qu’un convive aviné devenait incontrôlable.

« Viens vite ! C’est dans ton secteur ! Y a un invité bourré qui fait n’importe quoi. »

Arnolphe parvint, avec tact, à se faire obéir de l’imprudent, arguant qu’il ferait mieux de l’écouter pour sa propre sécurité.

De son côté, Fleur rejoignit la Cour avec un autre esprit. Ne voulant pas décevoir son père, elle était parée d’une magnifique robe et devrait bien jouer de ses charmes pour parvenir à ses fins. C’est donc d’un pas décidé qu’elle retrouva la Cour, mais elle se jura de ne pas franchir la limite de l’infidélité.

Plus sûre d’elle, la belle de Lasus, rayonnante, fit tourner bien des têtes. Six courtisans, particulièrement redoutables vinrent tenter leur chance, ne lui laissant pas de répit. Elle trouva le premier, Thilien de Briraud, plutôt attirant, mais il lui suffit de penser à Fortuné, et elle le repoussa sans difficulté. Un second se présenta : Florient de Samafer. L’homme s’avéra très attirant. Mais Fleur, se refusant à trahir son bien-aimé, usa de son Pouvoir et le repoussa sans un regret. Le troisième, Narcisse de Savalle, ne posa pas de difficulté et elle le découragea facilement. Un quatrième tenta sa chance. L’homme se nommait : Apollon de Confagne. Très séduisant, le bougre portait bien son prénom. Au fil de leur conversation, Fleur sentit qu’elle était assez attirée, mais elle fut raisonnable et garda ses distances, malgré le charme indéniable d’Apollon. Comme elle commençait à être lasse, elle repoussa sans ménagement le cinquième, Alcibialde de Trerelalle. C’est alors qu’un sixième, plus maladroit, se présenta : Antoine de Banches. Avec son air de ne pas y toucher, il s’avéra finalement le plus redoutable, lui faisant oublier un instant Fortuné, éclipsant totalement le bel Apollon. La maladresse apparente d’Antoine et la fatigue venant, la belle de Lasus avait baissé sa garde et l’homme lui plaisait bien.

Ne perdant pas à l’esprit que son père comptait sur elle, Fleur se renseigna. Elle aperçut en premier Déa de Ranches. Aussitôt, elle vint se présenter à la femme, et lut sur son visage un embarras lorsqu’elle entendit le nom de Lasus. Ne lui laissant pas le choix, elle l’invita à rembourser son père sans tarder. Fleur, par une menace à peine voilée, lui fit remarquer que si ses vilaines dettes étaient révélées à la Cour, ce ne serait pas du meilleur effet pour sa réputation. Puis, ne voulant pas l’effaroucher, elle lui signifia que cette affaire pourrait se régler, discrètement, entre femmes, et l’invita à la retrouver le lendemain. La femme accepta avec un air pincé, mais Fleur se figura qu’elle devrait certainement aller la trouver le lendemain, pour plus de sûreté.

Elle put ensuite s’entretenir avec Isidore de Guegnac, concernant le procès. Il trouva la jeune de Lasus sympathique. Mais comme elle ne connaissait pas bien tous les tenants de l’affaire, elle eut du mal à le convaincre. L’homme, dans un premier temps, lui dit qu’il voulait bien l’aider, mais Fleur doutait de sa sincérité. Sitôt la réception passée, il oublierait son engagement. Elle n’insista pas pour le moment, songeant que si elle parvenait à briller lors du bal, elle pourrait peut-être le charmer et mieux le convaincre.

Lors du bal, Fleur fut une danseuse éblouissante. S’étant attirée quelques compliments, elle en profita pour aborder Sifroy de Niver. L’homme la trouva sympathique. Fleur jugea plus sage de ne pas insister, quitte à le revoir un autre jour pour renforcer la bonne impression qu’elle lui laissait. Puis, elle recroisa Isidore de Guegnac. A la faveur des danses, déployant ses charmes, elle parvint à le séduire. Lorsqu’elle sentit qu’elle avait gagné sa faveur, elle sollicita de nouveau son aide, et cette fois, l’homme, charmé, lui promit d’aider son père dans le procès. Une danse plus tard, elle revit Antoine qui l’invita à danser. Il tenta sa chance, mais par amour pour Fortuné, Fleur parvint à résister et signifia au courtisan que son cœur était pris. Beau joueur, Antoine n’insista pas. Mais il laissa derrière lui un souvenir tenace.  

Pendant que Fleur intriguait pour son père, Niscarvin, lui, fit sensation. Tout le monde le trouva très drôle et l’applaudit copieusement.  

Tard dans la nuit, Fleur regagna enfin sa chambre. L’assaut de ces six redoutables courtisans avait mis son amour pour Fortuné à rude épreuve. Et lorsqu’elle se dévêtit, qu’elle sentit sur sa peau le contact du pendentif offert par Fortuné, son cœur se serra. Loin de lui depuis moins de dix jours, Fortuné lui manquait, déjà ! Lasse, elle s’étendit. Elle admira, mélancolique, le bijou. Puis elle ferma les yeux. Elle se remémora son séjour passé à Neuhor, elle se revit déclarer son amour à Fortuné, lui promettre de lui rester fidèle. Oui, elle l’aimait. Oui, elle avait peur de le perdre, s’avoua-t-elle. Et malgré les assauts effrénés des courtisans, elle n’avait pas cédé ! Bien au contraire, si elle y songeait, il pouvait même être fier d’elle : elle les avait repoussés, un à un, et Fortuné avait fait assurément des envieux. Bercée par le souvenir de son bien-aimé, elle s’endormit, un sourire aux lèvres, espérant le revoir très vite.

Le matin du 17e Fauche (18 mai), Fleur se réveilla, apaisée. Ses songes furent agréables. Elle avait rêvé de Fortuné.  

Comme elle le présumait, Fleur ne vit pas Déa de Ranches se présenter spontanément. Sans perdre de temps, elle la chercha et l’invita à honorer sa promesse. Sentant que la jeune de Lasus ne céderait pas, cette fois, Déa la suivit, et lui rédigea une lettre de change en bonne et due forme. Fleur, de son côté, s’engagea à rester discrète sur ses dettes, qui seraient bientôt effacées. La coquette s’empressa de se retirer. Une fois seule, Fleur rédigea, en toute hâte, une lettre pour son père. Elle lui rapporta l’issue de ses rencontres avec les personnes et lui indiquait qu’elle joignait la lettre de change de Déa. La coquette allait le rembourser. Isidore acceptait d’intercéder en la faveur de son père dans le procès. Elle avait établi un bon contact avec Sifroy, mais elle devrait certainement insister une autre fois. Elle espérait avoir fait honneur à leur famille et être parvenue à le satisfaire. Enfin, elle félicitait son frère pour son exploit face au troll et lui souhaitait un bon rétablissement.

Puis, elle se rendit en ville. Elle trouva un commerçant qui se rendait du côté de la baronnie de Lasus. Moyennant 90 pièces d’or, l’homme accepta de porter sa lettre à son père. Niscarvin et Arnolphe furent reçus par le comte. Informé par Lyonide des libertés qu’il avait pris avec Félix, Arnolphe se fit incendier par le comte. En revanche, Niscarvin fut félicité par le comte. Pour le récompenser, le comte lui versa 50 pièces d’or.


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 4:48, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La rançon, l'enquête

Message  Fleur le Sam 19 Mar - 3:24

Le lendemain, 18e Fauche (19 mai), jour de la Saint François d’Aubigné, le comte d’Enro convoqua Niscarvin, Arnolphe et Fleur. Il avait une nouvelle tâche à leur confier. Un de ses vassaux, un chevalier, venait de lui emprunter de l’argent, 50 000 pièces d’or, pour délivrer son fils, prisonnier. Il leur ordonna d’aller aider le chevalier en son nom. Ils devaient libérer le fils, si possible récupérer l’argent, et éliminer les ravisseurs.

Puis, il fit entrer son vassal. Maigre, la cinquantaine, le regard dur, le chevalier s’inclina devant son suzerain. Le comte fit les présentations. Le vassal, pourvu d’un vieil équipement, s’appelait Mathusalem de Londornagne. Puis il lui confia l’argent, en la présence de Fleur et de ses compagnons. Il signifia au chevalier que ses trois agents, ici présents, étaient là pour l’aider à retrouver son enfant. Impénétrable, sans un regard pour les trois agents du comte, le chevalier partit seul. Les trois frères d’armes, surpris, se consultèrent du regard. Ils prirent congé du comte, et Fleur décida de le rattraper, conseillant à ses deux frères d’armes de se préparer à partir rapidement. Elle retrouva le chevalier dans les écuries. Avec diplomatie, elle parvint à le convaincre de les attendre, arguant que si le comte faisait appel à eux pour l’aider, ce n’était pas pour rien. Il accepta alors de les attendre, et se mit à fumer sa pipe. Fleur courut se préparer et prévenir ses camarades.

Quelques instants plus tard, ils quittaient Antegnar et partaient en direction de Londornagne, à l’ouest, à une cinquantaine de kilomètres, près de la ville de Relfs, forte de 5 000 habitants. Ils prévoyaient deux jours de voyages. Le chevalier connaissait le chemin.

Le soir, ils s’arrêtèrent dans une auberge. Elle semblait propre, mais Fleur, ne voulant pas être victime d’un voleur – elle avait déjà perdu un manteau -, garda son précieux bijou dissimulé sous ses vêtements, au cas où. La serveuse commença à draguer Niscarvin. Intéressé, il la fit rire. Habituée à être raillée pour son idylle avec Fortuné, de bonne guerre, Fleur fit à Niscarvin d’un ton amusé :
« Dis-moi, la petite a l’air bien intéressée... »

Mais le saltimbanque lui rétorqua sur le même ton :
« Pour une fois que ce n’est pas toi ! »

A ce jeu-là, le saltimbanque la battait. Elle tint à rectifier :
« Je vous rappelle, tous les deux, que mon cœur est pris. Que voulez-vous, l’amour m’a prise au dépourvu, et je ne vois que Fortuné ».

Entre Niscarvin et la serveuse, le courant semblait bien passer. Elle se montrait intéressée. Elle revint curieusement plusieurs fois les servir. Arnolphe fit bonne chère, but raisonnablement. Fleur tenta de discuter avec le chevalier. Elle se montrait sympathique. Mais l’homme, peu loquace, froid, restait parfaitement indifférent, se contentant de lui répondre de manière très laconique : « Oui », « Non », « Je ne sais pas », « On verra ». Un vrai mur. Elle discerna un homme solitaire, vieux jeu. Au vu de son équipement, il paraissait désargenté. Il se retira assez tôt. Fleur l’imita de peu, ne voulant pas avoir d’ennui avec des clients avinés.

De son côté, Niscarvin retrouva sa serveuse, qui se nommait Madeleine, après son service. La femme savait y faire, mais Niscarvin se révéla épatant, au point qu’elle en redemanda.

Et les voyageurs passèrent une bonne nuit, plus ou moins longue...

Le matin du 19e Fauche (20 mai), les quatre voyageurs se préparèrent rapidement à partir. Lorsque Niscarvin réapparut, Fleur ne put s’empêcher de le taquiner :
« Alors ?
- Tu veux des détails ? »

Désarçonnée, la petite aristocrate se défendit, pudiquement :
« Non merci ! Je demandais. Voilà tout. »

De bonne humeur, le saltimbanque lui répondit :
« Agréable. »

L’auberge leur coûta 60 pièces d’or. Puis, ils reprirent la route. A la fin de la journée, ils avaient accompli 26 kilomètres. Ils apercevaient à présent le château de Londornagne, dominant les alentours, perché sur un éperon rocheux, léché par une rivière. Au pied du château se tenait un bourg : Saint Gervais. Fleur, épaulée par Niscarvin, tenta de nouveau de se renseigner sur les circonstances de l’enlèvement. Enfin, le chevalier concéda plus de deux mots ! Son fils Gilfred se trouvait au château, au moment des faits, six jours auparavant. Vers midi, au moment de passer à table, le jeune garçon ne réapparut pas. On pensa d’abord que l’enfant s’était caché. Au soir, un villageois, un certain Davignon, rapporta les conditions des ravisseurs. Ils réclamaient au seigneur 50 000 pièces d’or pour retrouver son héritier en vie. Mathusalem sembla sincère à Fleur. Elle suggéra alors qu’il devait y avoir des complices dans le château. Mathusalem lui donna raison. Il réfléchit un instant. Il pensait bien à quelques serviteurs. Gilfred avait disparu le jour où un marchand, nommé Maurice, livrait les victuailles pour les cuisines. Maurice livrait tous les huit jours. Il y avait bien une servante, Odiane, connue pour être de moralité douteuse, mais elle était depuis longtemps à leur service et ils n’avaient pas à s’en plaindre. Il estimait aussi que Maurice et Davignon n’avaient pas le profil de ravisseurs. Maurice, les fournissant depuis des années, avait trop à perdre. Il était de notoriété publique que Davignon était un peu simplet. Le messager des ravisseurs avait déjà été interrogé et Mathusalem ne le pensait pas coupable. Niscarvin lui demanda s’il avait des ennemis connus. Mathusalem n’en voyait pas. Fleur sentait cependant que le chevalier avait quelque chose d’étrange dans son comportement ; il avait comme des absences. Par ailleurs, elle ne discernait pas chez lui un grand attachement pour son fils, qu’il appelait toujours d’ailleurs « son héritier ». Si l’enlèvement semblait réellement le gêner, il ne l’émouvait pas beaucoup. Si Fleur avait été à la place du petit garçon, elle en était certaine, son propre père, Philippe de Lasus, aurait remué ciel et terre pour la retrouver et en aurait été grandement affligé. Mais ce père-là prenait l’absence de son enfant avec tant de froideur, que cela la déconcertait. Elle remarquait aussi chez lui qu’il était souvent pensif, l’air absent, un peu comme lorsque Niscarvin s’évadait à sa façon.  

Ils arrivèrent au château de Londornagne, demeure de Mathusalem ; en l’observant, Fleur se demandait s’il ne se droguait pas. Autre détail qui intrigua la jeune Lasus. Un seul page vint s’occuper de leurs montures. Le personnel semblait réduit à son strict minimum, pour ce qu’elle pouvait en juger. Chez les Lasus, certes moins riches que les Melville, on recevait tout de même les hôtes avec plus de prestance, et l’on disposait de plus de domestiques. Norbertine, sa femme, accueillit les voyageurs. Mince, droite, la quarantaine, l’air pincé, elle se montra, avec les agents du comte, polie mais sans chaleur. Mathusalem fit les présentations, signifia à sa femme qu’il avait l’argent, puis il offrit un verre à ses invités.

A peine arrivée, Fleur sentit que son œil valide la piquait. Elle avait beau frotter, elle faisait pire que mieux. Il se mit à enfler. En revanche, Arnolphe remarqua que lorsque Mathusalem reparut, après avoir été porter l’argent en lieu sûr, il semblait avoir pris quelque chose.  

Ils mangèrent seuls avec leurs hôtes. La nourriture était bonne. Une servante apportait seule les plats. Cela confirmait l’impression de la jeune de Lasus. Visiblement, le couple devait être désargenté pour se contenter d’un personnel si réduit. Norbertine leur avait fait préparer des chambres. Au cours du repas, Niscarvin tenta un trait d’humour pour dérider ce couple bien terne. Mais, il n’eut pour seul accueil qu’un silence glacial, son humour n’étant visiblement pas du goût des Londornagne. Offusquée, la maitresse des lieux fit une remarque assez sèche. Son époux n’intervint pas. Sentant que le repas tournait au désastre, Fleur discuta avec Norbertine. Ravie d’avoir une présence féminine, de noble naissance de surcroit, elle s’ouvrit un peu. Norbertine connaissait de nom les Lasus. Elle fit montre d’une grande culture littéraire. Manifestement, la maîtresse des lieux était très érudite. Elle devait lire beaucoup. Fleur fit montre de quelques connaissances en histoire, tandis que Niscarvin s’en sortait correctement en littérature.

Lorsqu’il fut temps d’aller se coucher, Fleur leur signifia qu’ils feraient leur maximum pour retrouver leur fils, les parents lui paraissaient bien fatalistes, disposés à verser l’argent pour qu’on leur rendre le jeune garçon. Les agents du comte leur suggérèrent qu’ils pourraient pourchasser les bandits, mais ce n’était visiblement pas la préoccupation du couple.

Le matin du 20e Fauche (21 mai), l’œil de Fleur allait un peu mieux mais restait gonflé. Lorsque les trois agents du comte descendirent, on leur fit savoir que le châtelain était occupé. La châtelaine, elle, faisait de la broderie. Fleur discuta avec Norbertine. Elle parvint à lui être sympathique. La jeune de Lasus en profita pour l’interroger, mais la châtelaine ignorait totalement comment les ravisseurs comptaient récupérer l’argent. De leur côté, Niscarvin et Arnolphe tentèrent de repérer les alentours, en vue de se rendre au village de Saint Gervais avec la jeune femme, après le repas du midi. Ils firent le tour du château, mais ne notèrent rien d’intéressant.

En début d’après-midi, Niscarvin, Arnolphe et Fleur arrivèrent au village. Fleur prêta l’oreille aux rumeurs du bourg. Dans le village, il se disait que le petit Gilfred ne devait pas être heureux avec des parents pareils. Au moment de sa disparition, les gens pensèrent d’abord que le petit garçon s’était enfui. Mathusalem apparaissait comme un homme égoïste, solitaire, radin même, mais certains pensaient qu’ils étaient en fait désargentés. Le seigneur consommerait de l’opium. Gilfred était malheureux car la châtelaine ne cessait de le malmener. Le fils serait un bâtard, que le seigneur avait ramené parce que le couple restait stérile. Cela expliquerait donc, songea Fleur, pourquoi le couple appelait si froidement le petit garçon « leur héritier ». Les Londornagne étaient des réformés puritains. Les villageois se plaignaient des impôts, mais ceux-ci ne devaient pas être excessifs car ils ne semblaient pas au bord de la révolte. Avant sa disparition, le gamin n’avait pas tenté de fuguer. Il n’y avait pas de brigandage dans les environs.

Puis les trois frères d’armes décidèrent d’aller rendre visite à Maurice et à Davignon. Fleur se renseigna auprès d’un petit garçon. Il lui indiqua que Maurice avait un entrepôt dont il lui montra la direction, et Davignon devait se trouver devant chez lui. Pour le remercier, elle lui donna deux pièces d’or.

Les trois acolytes se dirigèrent d’abord vers l’entrepôt. Pour ne pas effaroucher l’homme, ils devaient trouver un prétexte. Arnolphe proposa, en fin connaisseur, de parler commerce avec le marchand de victuailles, quitte à lui acheter quelques produits pour lui délier la langue. Le marchand, d’un parler un peu bourru, les accueillit aimablement. Aussitôt, il commença à leur proposer des produits. Comme convenu, Arnolphe fit son marché. Pour cent pièces d’or, il lui acheta un jambon, un sac de noix et des choux. Le marchand en confiance, Fleur usa de son Pouvoir pour le questionner. Lorsqu’elle lui demanda s’il savait quelque chose sur l’enlèvement, il dit qu’il ne savait rien, que ce jour-là, il avait fait sa livraison, qu’il n’avait pas vu le gamin. Il semblait honnête, mais… Lorsque Fleur lui demanda s’il avait une idée sur l’identité du coupable, il éluda la question. Il avança le nom d’une servante à la moralité douteuse, Odiane. Quand elle le questionna sur les rumeurs locales, il devint volubile, soulagé de changer de sujet. Ce n’était pas la châtelaine, ni Odiane, la mère du gamin. La vraie mère du petit avait été enfermé au couvent ; elle avait fait des histoires parce qu’elle voulait voir son fils. Même que le petit s’appelait Tobie, précisa le marchand, pour épater ses clients. Le gamin était arrivé cinq ans auparavant. Maurice, pour sa part, s’entendait bien avec le seigneur, mais il n’était pas toujours un bon payeur. Il savait aussi que ceux qui fournissaient le seigneur en drogue étaient des marchands de Relfs : Hubert Longuire et Yvon Larrétuire. Ces deux-là fricotaient avec la guilde des voleurs dirigé par Sallustre le Malandrin, un demi-elfe. Il rapporta alors des idées reçus sur les elfes, qui déconcertaient toujours Fleur lorsqu’elle les entendait : qu’un demi-elfe était forcément un voleur et un incestueux. Pour lui donner une bonne leçon, elle dégagea alors ses cheveux, dévoilant ses oreilles pointues.
« Eh bien, heureusement pour vous, nous ne sommes pas tous des voleurs ».

L’homme embarrassé s’excusa. Puis, il repartit dans ses histoires. Toutefois, plus il parlait, plus il apparut clair à la jeune femme que le marchand évitait de parler du château, alors qu’il se tenait bien au fait de toutes les histoires du coin. Elle le coupa. Elle lui dit que s’il aimait bien l’enfant, il ferait mieux de parler afin de soulager sa conscience. L’homme hésita, déglutit, puis il se lança, voyant qu’il était percé à jour. Visiblement effrayé, il confessa qu’un homme de la guilde était venu le voir un jour pour se faire engager comme commis. L’inconnu avait montré à Maurice son tatouage. Puis, il avait fait la livraison avec Maurice plusieurs fois. La quatrième fois, le petit Gilfred disparut. L’homme se faisait appeler Clobert. Maurice les implora de ne rien dire, il craignait des représailles. Fleur lui assura qu’il pouvait compter sur leur discrétion.

Puis les trois frères d’armes allèrent rendre visite à Davignon. Grand, costaud, simple d’esprit, il donnait des graines à ses poules devant chez lui. Arnolphe tenta de l’intimider. Par deux fois, il échoua. Lorsqu’Arnolphe le menaça :
« T’as intérêt de te mettre à table ! »

Le paysan crut que l’on voulait manger avec lui, et, proposa, bien content, de préparer une soupe aux choux. Davignon, donnant raison aux rumeurs locales, avait un raisonnement si obscur qu’il en devenait incompréhensible. Impossible de soutenir une conversation cohérente. Il ne comprenait rien à ce qu’on lui disait, et impossible de comprendre ce qu’il voulait dire. Les trois acolytes décidèrent alors de rentrer au château, et Arnolphe lui laissa ses choux.

Le repas se déroula assez tristement. Mathusalem de Londornagne demanda aux agents du comte ce qu’ils avaient appris au village. Les trois se consultèrent du regard. Prudent, Arnolphe répondit simplement qu’ils s’étaient promenés. Fleur demanda à Mathusalem s’il connaissait la guilde des voleurs de Relfs. Le seigneur acquiesça. Mais il indiqua qu’il ne se frottait pas à ces vauriens, et qu’à son avis, la guilde des voleurs ne viendrait pas jusqu’à son château. Elle insista en lui demandant s’il les estimait capables de fomenter cet enlèvement. Mathusalem réfléchit un instant. Il reconnut que c’était probable.

Le repas terminé, les trois acolytes se retirèrent pour la nuit. Au crépuscule, une servante vint en courant les prévenir qu’un message des ravisseurs était arrivé. Le couple présent leur expliqua les exigences des bandits. Londornagne devait leur apporter la rançon près du moulin, qui se trouvait tout près de Relfs. Arnolphe leur demanda si sa seule présence était requise, mais les ravisseurs n’avaient aucune exigence à ce sujet. Les agents du comte proposèrent alors au seigneur de se poster en embuscade pour pouvoir anéantir les ravisseurs avant la fin de la transaction. Mais Fleur ne parvint pas à le convaincre. Mathusalem estimait ce plan trop dangereux ; il ne voulait pas perdre son héritier. En pleine nuit, comment ces trois étrangers pourraient-ils se repérer et retrouver le moulin ? Il ne souhaitait pas les affronter et préférait payer sans discuter. Il fut donc convenu d’attendre l’aube pour se rendre ensemble au rendez-vous fixé par les ravisseurs.


Dernière édition par Fleur le Sam 11 Juin - 0:14, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La rançon : Où est Gilfred ?

Message  Fleur le Sam 26 Mar - 0:14

Le 21e Fauche (22 mai), au petit matin, une servante vint réveiller les trois agents du comte. Fleur constata en se préparant que son bras se portait mieux ; bientôt cette vilaine blessure, qui avait failli l’emporter, ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Avec ses compagnons, ils se concertèrent rapidement. S’ils voulaient mener à bien leur mission, il faudrait donc les attaquer par surprise au moment de l’échange. Dans tous les cas, le comte comptait sur eux pour récupérer l’argent, ils devaient donc tout tenter pour les mettre hors d’état de nuire avant que ces forbans ne repartent avec la rançon. Arnolphe souligna tout de même qu’il fallait pour cela attendre que l’enfant fût en sécurité. Avant de partir, les trois agents décidèrent de prendre la potion généreusement offerte par l’inconnue des bois pour mettre toutes les chances dans leur entreprise. Un combat les attendait et l’issue ne leur était pas acquise si, comme ils le redoutaient, ces bandits venaient en nombre.  

D’un commun accord avec le seigneur, Mathusalem et les trois agents du comte quittèrent le château à cheval. Ils parcoururent quelques kilomètres, passant par Saint Gervais, coupant à travers champs. Le moulin se trouvait au bord d’une butte, un peu venteuse, à un kilomètre de Relfs. Prévoyante, Fleur chargea son pistolet. Ils décidèrent de poursuivre à pied, laissant leurs montures dans un champ.

Une douzaine d’hommes les attendait. Les ayant vus approcher de loin, quatre arbalétriers les mettaient en joue, tandis que leurs camarades les menaçaient armés d’épées, de fauchards, ou de masses d’armes. Ils comptèrent douze hommes. Arrivés à une trentaine de mètres, à portée de voix, leur chef leur intima l’ordre d’arrêter. L’homme, d’une carrure impressionnante, exigea de voir l’argent. Flairant un mauvais tour, Fleur conseilla à Mathusalem : « Non ! Ne cédez pas ! Il faut s’assurer que votre enfant va bien ». Fleur prit sur elle de demander à voir l’enfant. Il refusa. Le chef des bandits réitéra sa demande. Mathusalem plongea sa main dans la besace contenant l’argent et lui montra une poignée de pièces d’or. Au signe de leur chef, les bandits sortirent l’enfant, qui pleurait, les mains ligotés, aveuglé par un sac sur la tête, menacé par un couteau. Le chef exigea alors l’argent. Fleur, voulant s’assurer qu’il s’agissait bien de Gilfred, tenta de les convaincre d’ôter le sac de la tête de l’enfant :

« Ce n’est qu’un enfant, bon sang ! Laissez-le respirer ! », plaida-t-elle.

Mais le chef refusa, inflexible. Il ordonna au seigneur de laisser ses armes au sol et d’avancer. Mathusalem s’exécuta. Le bandit vint compter l’argent. Satisfait, il ordonna à ses hommes de relâcher l’enfant. Le bandit qui le détenait coupa ses liens et lui ôta le sac. Le petit Gilfred courut vers Fleur. Se consultant du regard, les trois agents se préparèrent à attaquer. La jeune femme plaqua le petit garçon au sol pour le protéger. Stratège, elle remarqua que les bandits devaient être éblouis par le soleil qu’ils avaient de face. Elle dégaina ses lames, commença à jouer avec leur éclat pour éblouir les arbalétriers, et elle dit à ses camarades d’en faire autant. Son stratège fonctionna. Arnolphe en profita pour tirer cinq flèches : il visa les quatre arbalétriers et leur chef. Le premier parvint à dévier sa flèche avec son couteau mais fut légèrement blessé au bras. Ses quatre autres cibles ne se relevèrent pas de ses traits mortels.

L’homme qui tenait l’argent venait de tomber. Les bandits restant commençaient à avoir peur. Un forban avec son fauchard s’élança vers eux pour les assaillir, en criant. Mathusalem, désarmé, vit les huit forbans fondre sur lui. Il commença à s’enfuir, prenant l’enfant au passage. Fleur, voulant protéger la fuite du père et de son enfant, chargea trois d’entre eux, en criant sa devise :
« Digne, jusqu’à la mort ! »

Ses attaques précises firent trépasser deux bandits, et le troisième fut mortellement atteint au ventre. Des forbans restants, deux d’entre eux attaquèrent Niscarvin, et les deux autres assaillirent Arnolphe, qui sortit ses couteaux pour se défendre. Ses deux frères d’armes, blessés légèrement, elle se porta à leur rescousse, en assaillant leurs adversaires. Elle parvint, de nouveau, par ses attaques précises, à blesser les quatre bandits mortellement. Profitant de la confusion, l’arbalétrier encore en vie tenta de s’emparer de l’argent et de s’enfuir. Mais Arnolphe brilla derechef en lui fichant une flèche dans le crâne. Impitoyable, ne voulant pas laisser un de ces sales bandits en vie derrière elle, Fleur revint vers l’homme qu’elle avait atteint au ventre. Pour atteindre le moral de ses camarades, elle s’acharna sur lui. Alors qu’il se tordait de douleur, elle tenta de l’abattre d’un coup de pistolet, mais l’homme, dans un ultime effort, parvint à l’esquiver. Agacée, elle lui assena un coup d’estoc de sa rapière qui lui laissa une blessure légère. Se vidant de son sang, l’homme finit par succomber.

     Puis, tandis qu’elle s’approchait des trois derniers ravisseurs en vie, Niscarvin leur ordonna :
« Jetez vos armes ou je ne vous soigne pas. »

Les trois bandits, effrayés, obtempérèrent. Niscarvin parvint à stopper leurs hémorragies. Tandis qu’Arnolphe allait chercher une corde, Fleur, ses lames encore au clair, les surveilla. Intimidés, ils n’esquissèrent pas le moindre geste. Puis Arnolphe les attacha. Et Niscarvin soigna habilement les blessures, heureusement légères, qu’ils avaient reçues.

Mathusalem les rejoignit alors. Il leur dit que le petit garçon n’était pas son enfant. Il portait les vêtements de Gilfred. En larmes, le petit réclamait ses parents. Voyant le garçon effrayé, Fleur rangea ses armes et vint lui parler pour le rassurer. Sa voix douce et son ton bienveillant semblèrent apaiser ses craintes. Il se cramponna à elle. Il s’appelait Tom et il expliqua qu’il avait été enlevé quelques jours auparavant. Fleur lui assura qu’avec ses compagnons, elle le ramènerait chez lui. Avec une naïveté attendrissante, Tom se prit d’affection pour la jeune femme qu’il trouvait très jolie et très gentille, déclarant qu’il aimerait bien rester avec elle. Fleur le raisonna alors :

« Ne dis pas ça. Tu sais, ta maman doit t’aimer beaucoup et elle doit avoir hâte de te retrouver. ».

De son côté, Arnolphe fouilla les morts. Ils portaient tous sur eux un tatouage sur l’avant-bras gauche représentant une clef avec des ailes. Il saisit sur eux 1 120 pièces d’or, qu’il ajouta à leur bourse commune.

 Leurs trois captifs commencèrent à parler, interrogé par Arnolphe, autant effrayés par l’archer que par cette folle à l’œil bandé. Celui qui les dirigeait ce matin s’appelait Clobert. C’était donc le prétendu commis de Maurice qui s’était emparé de l’enfant. Arnolphe leur demanda où se trouvait le vrai Gilfred. Les captifs confirmèrent que l’enfant était en vie. Il était détenu par Zacharias, un des lieutenants de Sallustre le malandrin. Ils leur indiquèrent le logement où on pouvait le trouver. Ce Zacharias occupait un appartement à Relfs, au quatrième étage. Ils devaient se présenter au rez-de-chaussée et dire qu’ils venaient de la part de Clobert. L’enfant se trouvait dans cet appartement. En venant au lieu du rendez-vous, Clobert avait comme objectif de récupérer l’argent et de tuer le seigneur de Londornagne. L’enlèvement avait été commandité par Asalmée, la vraie mère du garçon, qui s’était mise en couple avec Zacharias. Furieux, Mathusalem demanda aux agents du comte de tuer Asalmée et de lui ramener son fils.

Avant que le chevalier ne reparte, Fleur jugea plus sûr de récupérer l’argent. Pour ne pas le froisser, elle lui rappela avec tact qu’ils défendaient les intérêts du comte d’Enro, et lui suggéra que ce dernier apprécierait de récupérer l’argent emprunté. Le chevalier accepta. Il lui remit la besace contenant la rançon, et se retira.

Seuls avec l’enfant, les trois frères d’armes réfléchirent à la demande de Mathusalem, qui leur posait un problème moral. Gilfred ne devait pas être heureux avec son père, mais à ses côtés, il avait la possibilité de devenir châtelain. Et le comte d’Enro leur avait ordonné de retrouver l’enfant pour le rendre à son père. Toutefois, sa mère était visiblement prête à tout pour être avec son enfant. Tandis que Fleur soulignait que les ordres de son suzerain passaient avant tout, Niscarvin et Arnolphe arguèrent qu’ils n’étaient pas forcément obligés de tuer la mère et qu’ils pourraient peut-être trouver un arrangement entre les vrais parents de Gilfred. Il leur faudrait pour cela être diplomate et Fleur s’en sentait bien capable ; elle se rangea donc à leur avis.

Sans perdre de temps, ils reprirent leurs montures et se rendirent à Relfs avec Tom, et les captifs. A l’entrée de la ville, les gardes les arrêtèrent, intrigués par ces voyageurs trainant des captifs. Fleur se présenta, leur expliqua qu’ils avaient eu maille à partir avec des bandits de la guilde des voleurs, qu’ils avaient délivré ce jeune garçon. Ils venaient donc confier leurs prisonniers à la milice et rendre l’enfant à sa famille. On les emmena sur le champ voir le capitaine des gardes.

 Le capitaine les reçut aussitôt. Fleur réitéra son récit. Elle précisa au capitaine que la guilde des voleurs détenait un autre enfant, qu’ils devaient libérer, le fils du seigneur de Londornagne. Un clerc prit leur déposition. Le capitaine les félicita pour leur bravoure et leur annonça que le jeune Tom serait ramené à sa famille. Avant de se séparer de lui, Fleur pensa à demander à Tom s’il avait vu, durant sa captivité le jeune Londornagne. Tom l’avait bien vu, mais peu de temps. Il ne semblait pas contraint. En tout cas, il n’était pas ligoté. Fleur fut tentée, avec Arnolphe, de solliciter des renforts auprès du capitaine des gardes avant d’aller libérer Gilfred. Nul ne pouvait dire de combien d’hommes disposaient le fameux Zacharias, et il fallait le débusquer dans son antre. Avec l’accord de l’archer, elle proposa au capitaine d’assaillir Zacharias, et lui demanda s’il voulait bien leur prêter forte avec quelques soldats. Le capitaine accepta, voyant une occasion d’affaiblir la guilde des voleurs, mais lui expliqua qu’il ne disposait que de 25 hommes. Il leur accorda le renfort de dix hommes.

Accompagnés des gardes, les trois frères d’armes se rendirent au logement de Zacharias. En chemin, ils prévinrent les soldats qu’ils devaient se rendre à trois dans les lieux car la bande détenait un otage. Fleur convint d’un signal d’alerte pour leur demander d’intervenir le moment venu : elle tirerait un coup de pistolet. Il ne manquait plus qu’à présenter un tatouage convaincant, et Niscarvin le Baladin s’y entendait en déguisement. Il fit un premier essai sur son propre poignet. Il se trompa malencontreusement de pot et utilisa un mauvais produit qui lui brûla la peau. Un instant plus tard, il retenta l’expérience sur le poignet d’Arnolphe. Ce fut cette fois une réussite ; le tatouage ressemblait bien à celui de la guilde. Puis, il demanda à la jeune de Lasus de tendre son poignet. Fleur hésita un bref instant. Son bras commençait à guérir. Ne plaisantant qu’à moitié, elle le pria de ne pas endommager son poignet, souhaitant être au mieux de sa forme lorsqu’elle reverrait son cher Fortuné. Puis elle tendit son bras. Le saltimbanque, là encore, laissa un tracé convaincant.

Quelques instants plus tard, ils arrivèrent devant l’immeuble, conforme aux descriptions de leurs captifs. Des hommes faisaient effectivement le guet. Un homme les arrêta. Ils montrèrent leur tatouage. Arnolphe lui annonça qu’ils venaient de la part de Clobert. L’homme les laissa passer et cria : « Trois poucaves ». Ils montèrent. Arrivés devant la porte, Fleur consulta ses frères d’armes du regard, et lança le signal. Elle tira sur la serrure de la porte qui explosa. La porte résistait de l’intérieur. Arnolphe tenta de la pousser, il l’enfonça à plusieurs reprises. La porte céda, tandis que les miliciens montaient les escaliers quatre à quatre. Ils pénétrèrent dans un appartement crasseux, désordonné. Ils avancèrent prudemment. Personne ! Une fenêtre demeurait ouverte. Arnolphe s’y pencha. Elle donnait sur une petite ruelle. Usant de son Pouvoir, Arnolphe inspecta minutieusement les lieux. Ses occupants venaient justes de s’éclipser. Mais impossible de dire dans quelle direction ils étaient partis. Au moins cinq ou six personnes occupaient les lieux. Soudain, Fleur s’exclama :

« Mais pourquoi je n’y ai pas pensé ! »

Ses deux camarades la regardèrent, se demandant quelle mouche venait de la piquer. Elle s’expliqua :

« Il a dit : trois « poucaves » ! Cela veut dire trois délateurs, dans leur langage, enfin trois « balances » si vous préférez.
- Et comment tu sais ça toi, Mademoiselle de Lasus ? T’as fréquenté un voleur ? s’étonna le saltimbanque, ne comprenant pas que la petite aristocrate connaisse le jargon des voleurs.
- Certainement pas !  Pour qui me prends-tu ?  Je suis une de Lasus. », s’offusqua la demoiselle.

Puis, elle s’aperçut, qu’une fois de plus le saltimbanque la taquinait. Elle leur rappela :
« Vous vous souvenez des bandits que nous avons capturés, non loin du Jonqueret ?  Lorsque tu as commencé à les interroger, Arnolphe, l’un d’eux t’a dit plusieurs fois : « Je suis pas une poucave ! »
- Oui. C’est vrai. Ça me revient. », confirma l’archer.
- Je me souviens que, sur le moment, je ne connaissais pas ce mot, mais c’est en l’entendant plusieurs fois, que j’ai compris son sens.
- T’aurais pas pu le dire plus tôt ! », râla le saltimbanque.
- Désolée. »  

Soucieux, l’archer s’interrogea :
« Comment ils ont su ?
- Je savais que ce n’était pas une bonne idée la milice ! Je vous l’avais dit ! », leur reprocha le saltimbanque.

Ainsi, ils étaient démasqués avant même d’atteindre l’appartement. Ils avaient par trop tardé à venir débusquer Zacharias. Et la présence des gardes avait sûrement alerté les voisins.

De fait, à la milice, le saltimbanque leur avait fait savoir qu’il ne souhaitait pas le renfort de miliciens, préférant agir au plus vite et le plus discrètement possible. Mais l’archer et la demoiselle ne l’avaient pas écouté. Se sentant fautive et ne voulant pas se quereller avec ses frères d’armes, elle les raisonna :

« Écoutez, pour maintenant, le mal est fait. Allons de l’avant, voulez-vous ? Nous trouverons bien une autre piste. »

Frustrés par cet échec, ils revinrent à la milice. Le capitaine, déçu du résultat, estima que les bandits avaient sûrement été prévenus de leur arrivée ; ce qui pouvait signifier deux choses : soit Sallustre le Malandrin surveillait sa milice, soit il l’avait infiltrée. Les captifs furent interrogés par la milice. Ils indiquèrent d’autres planques. Le capitaine les invita à revenir du lendemain. Il les informerait des suites de ses investigations aux nouvelles adresses indiquées.

Le soir venant, les trois compagnons se trouvèrent une auberge d’un confort moyen, un peu chère. On leur demanda soixante pièces d’or chacun. Pour plus de sûreté, Fleur décida, avec l’accord du saltimbanque, de confier la rançon à Arnolphe, qui était, d’eux trois, le plus vigilant.

Le lendemain matin, Sidi 22e Fauche (23 mai), ils se rendirent à la milice, sans trop d’espoir. Le capitaine leur annonça que ses hommes s’étaient rendus à toutes les adresses indiquées par les captifs, et ils n’avaient rien trouvé. Les lieux avaient été nettoyés.

Il fallut alors trouver une autre piste. Les deux hommes proposèrent d’aller se renseigner dans les bas-fonds de la ville. Il se murmurait que Zacharias se trouvait dans une mauvaise passe. Il avait perdu pratiquement tous ses hommes. Sallustre venait de subir une descente de la milice et il risquait fort bien de se venger. C’était assurément un homme dangereux auquel on évitait de se frotter. Personne ne savait où se trouvait à présent Zacharias.

Les trois acolytes devaient trouver une autre piste. Ils réfléchirent un instant. Fleur se souvint des marchands qui fournissaient le seigneur de Londornagne en opium. D’après Maurice, ces deux marchands étaient en contact avec la guilde des voleurs. Elle suggéra donc de remonter la piste en passant cette fois par la guilde des marchands. Ne restait plus qu’à trouver l’un des deux marchands cités par Maurice. Ils trouvèrent la boutique d’Hubert Longuire. Comme Niscarvin se sentait en manque, il se chargea de traiter avec l’homme. En lui achetant sa drogue, il espérait le mettre suffisamment en confiance pour rencontrer ses contacts de la guilde des voleurs. Le marchand les accueillit d’un ton affable, leur proposa des épices. Le saltimbanque lui fit savoir qu’il venait de la part du seigneur de Londornagne pour se procurer de la morphée. L’homme, ne voulant pas faire étalage de ce commerce illicite, emmena le saltimbanque dans son arrière-boutique. Les deux hommes marchandèrent le prix pour quinze doses. Hubert proposa à Niscarvin un prix correct : 1 500 pièces d’or tout de même, et lui demanda de repasser le lendemain.

Le Septi 23e Fauche (24 mai), au matin, les trois compères retournèrent à la boutique d’Hubert Longuire, qui remit à Niscarvin sa morphée. Sentant le marchand en confiance, Niscarvin l’interrogea sur ses contacts, lui faisant miroiter des affaires en perspective, grâce à son Pouvoir. Hubert accepta de le mettre en relation avec ses contacts. Il devait le tenir informé vers le soir.

Vers midi, alors qu’ils déjeunaient, un jeune homme, Hafling, s’empara en un éclair de la besace contenant la rançon, qu’Arnolphe conversait toujours près de lui. Mais l’archer, vigilant, le surprit et s’élança à sa poursuite, heurtant sa chaise qui claqua contre le plancher. Fleur et Niscarvin, surpris, se consultèrent, ébahis, n’ayant rien vu venir.
 
Dans la rue, Arnolphe retrouva rapidement l’Hafling. Il le plaqua au sol, s’assit sur lui, le gifla. Il récupéra la besace. Puis il inspecta le poignet de l’Hafling : il faisait bien partie de la guilde des voleurs. Arrivés sur les lieux, Fleur fit circuler les curieux qui commençaient à se masser. Niscarvin félicita Arnolphe et humilia l’Hafling par ses sarcasmes. Le petit voleur, intimidé, détruit moralement, avait honte de ce qu’il était, et fut surnommé : « La pleureuse ». Arnolphe n’eut aucun mal à le faire parler. Il travaillait pour Jérémias le manchot, un autre lieutenant de Sallustre le Malandrin, rival de Zacharias. Son maitre devait se réjouir de la mauvaise fortune de Zacharias, qui l’arrangeait bien. Très bien informé, Sallustre devait certainement savoir qui avait éliminé les hommes de Zacharias. La pleureuse, qui se nommait en réalité Mobin, proposa de les emmener chez Jérémias, redoutant de finir à la milice. Reprenant espoir, les trois acolytes acceptèrent. Toutefois, sur l’idée d’Arnolphe, ils décidèrent pour plus de prudence de faire changer l’argent contre une lettre de change pour le comte. Usant de son Pouvoir pour ne pas tomber sur un escroc, Fleur trouva un bon banquier qui fit le nécessaire.

Puis, la pleureuse les amena jusqu’au logement de Jérémias. L’homme, d’une quarantaine d’années, avait dû être un redoutable séducteur. Élégant, il portait des vêtements bourgeois rapiécés, et un pistolet à double canon. Le visage, souligné par une barbichette, était marqué par les épreuves. Un crochet remplaçait une de ses mains. Plusieurs hommes veillaient sur lui. C’était apparemment lui le contact d’Hubert Longuire car à leur arrivée, Jérémias leur remarqua :

« Vous êtes en avance. Je ne vous attendais que ce soir. »

En apercevant la jeune femme, il lui adressa un sourire charmeur, mais, pour Fleur, il ne valait pas Fortuné, il ne lui arrivait même pas à la cheville ! La belle de Lasus parvint à marchander avec lui. Elle lui proposa de le débarrasser de son rival, à condition qu’il les laisse quitter la ville avec l’enfant qu’ils devaient délivrer. Jérémias accepta, mais il leur conseilla de ne plus jamais reparaitre ensuite à Relfs, car Sallustre le Malandrin ne manquerait pas de se venger.

Jérémias les amena ensuite dans les bas quartiers de Relfs, jusqu’à la cachette de Zacharias. Son rival se terrait dans une cave. Le manchot leur conseilla de ne pas attendre et d’entrer de force. Arnolphe força la porte. Ils descendirent à la cave, Fleur en tête, armes au clair. Le lieutenant de Sallustre se tenait bien là, entouré d’Asalmée et de son enfant. Trois hommes le protégeaient. Zacharias le Noir, colosse âgé d’une quarantaine d’années, armé d’une épée et muni d’un bouclier, chargea aussitôt Fleur. Mais elle parvint à parer le coup. Niscarvin s’attaqua aux bandits : il blessa les trois hommes. Celui qui tenait une arbalète lâcha son arme. Arnolphe visa Zacharias, mais sa flèche se ficha dans son bouclier. Désemparés, la mère et l’enfant pleuraient et criaient au fond de la pièce. Soudain, Niscarvin surgit dans le dos de Zacharias et le tua par une magnifique botte. Asalmée cria aussitôt à l’assassin. Fleur blessa légèrement un homme déjà bien grièvement atteint. Puis, elle mit un terme à ses souffrances en lui transperçant le cœur. L’arbalétrier, tentant de s’enfuir, sortit un couteau. Il assaillit Arnolphe qui lui barrait l’accès à l’escalier. L’archer prit une blessure légère. L’arbalétrier en profita aussitôt pour passer et s’évader. Au même moment, Fleur vint prêter main forte à Niscarvin. Elle fit trépasser son adversaire en lui plantant sa lame entre les deux yeux.

Débarrassés de Zacharias et de ses sbires, ils devaient partir sans tarder et les trois acolytes le savaient. Encore fallait-il convaincre la mère aux abois de les suivre avec son fils ? Le saltimbanque tenta de raisonner la mère, lui faisant valoir qu’elle ferait mieux de destiner son fils à un vie de châtelain aux côtés de son père, plutôt qu’à une vie de voleur. Fleur vint en renfort : elle parvint à la calmer et à la convaincre de les suivre, se gardant bien de lui révéler où ils comptaient les emmener.

Ils s’extirpèrent en toute hâte de la cave, retrouvèrent leurs montures. Fleur prit sur Danseuse le jeune Gilfred, tandis que Niscarvin emportait la mère sur Camélia. Ils quittèrent Relfs au galop et prirent la direction du château. Comme il se faisait tard, ils n’avaient de toute façon pas d’autre choix.

Lorsqu’Asalmée comprit où on les emmenait, elle se débattit. Niscarvin tomba. Il se retrouva, désarçonné, mais seulement assommé, grâce à son Pouvoir. Prête à tout pour son enfant, Asalmée tenta de rattraper Fleur, mais elle fit une chute et se cassa le bras. Lancée au grand galop, la belle de Lasus, en cavalière émérite, était déjà presque arrivée au château, et ce malgré les protestations de Gilfred qui appelait sa mère. Fleur franchit le pont-levis, fit irruption dans la cour du château. Elle donna aussitôt l’enfant aux gardes qui s’empressèrent de l’emmener. Puis elle fit volte-face et revint vers ses compagnons car il lui semblait bien avoir entendu des cris. Niscarvin avait retrouvé sa monture et Asalmée, souffrant au bras, se laissa emmener, se préparant au pire. Mathusalem serait impitoyable après ce qu’elle avait fait.

Au château, le seigneur et sa femme furent rapidement prévenus du retour du garçon et des agents du comte, tandis qu’Odiane emmenait l’enfant à sa chambre. Mathusalem fit sortir ses gardes de la grande salle, et y reçut, avec Norbertine, Fleur de Lasus et ses acolytes, ainsi qu’Asalmée. Mathusalem semblait drogué. Forte de leurs réflexions avec ses camarades, Fleur avec diplomatie lui proposa, pour le bien de l’enfant, d’accueillir Asalmée comme servante, quitte à masquer les apparences. Alors que la solution convenait parfaitement au seigneur, Norbertine, jalouse, accepta du bout des lèvres. Niscarvin lui fit valoir que s’ils décidaient de les séparer, mère et fils tenteraient tôt ou tard de fuir à nouveau. Puis le saltimbanque cita des cas où de semblables arrangements avaient fonctionné dans la littérature. Fleur renchérit en trouvant dans l’histoire, grâce à son Pouvoir, des exemples connus. Au bout de toute cette peine, Norbertine fut totalement convaincue. La vraie mère, Asalmée, accepta, tant qu’elle pouvait veiller sur son fils. Mathusalem, très satisfait, les remercia. Et les trois acolytes, épuisés, purent enfin savourer un repos bien mérité.

Avant de s’endormir, Fleur pensa à Fortuné, espérant le revoir très vite, à présent que son devoir était accompli ; peut-être aurait-elle des nouvelles de lui à Antegnar, ou avec un peu de chance peut-être l’y attendrait-il ? Deux petits jours de chevauchée seulement les séparaient d’Antegnar et Fleur se sentait prête à les avaler au grand galop.


Dernière édition par Fleur le Sam 11 Juin - 0:52, édité 5 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

15 jours de repos, plus ou moins fructueux...

Message  Fleur le Lun 28 Mar - 22:27

Le matin du 24e Fauche (25 mai), ils se préparèrent tranquillement à partir, après avoir assisté à la messe et déjeuné. Le châtelain et ses proches les remercièrent encore. Les trois frères d’armes demandèrent poliment des provisions pour le voyage, qu’on leur accorda. En début d’après-midi, ils reprirent la route d’Antegnar.      
           
Vers le soir, pressés de rejoindre Antegnar, ils hâtèrent leur chemin vers Briouve. Ils passèrent près d’un marais, longeant des haies. Soudain, ils aperçurent deux arbres abattus barrant la route. Arnolphe repéra aussitôt quatre gobelins, cachés dans les fourrés, aux piètres camouflages. Comme ses compagnons semblaient distraits, il cria pour les alerter : « Gobelins », et se prépara à faire face, armé de son arc. Fleur, toute à ses pensées, réagit enfin et évita de peu une flèche. Niscarvin lui fut touché, superficiellement. D’autres gobelins, armés de lances firent irruption. L’un d’eux s’attaqua à Danseuse. Fleur tenta bien de défendre sa jument, mais le gobelin lui échappa. Danseuse se cabra, mais le gobelin infligea une entaille légère à l’animal. Fleur parvint à calmer sa jument. Un autre gobelin s’attaqua à Cantal, qui fut légèrement blessé. Les trois compagnons purent dénombrer en tout six gobelins. Fleur sauta de cheval, et infligea une botte de Nevers à l’un d’entre eux. Les flèches d’Arnolphe blessèrent gravement les trois archers gobelins. Fleur supprima un autre lancier. Le dernier décida de s’enfuir.

Niscarvin tenta de soigner Danseuse, usant de son Pouvoir. Arnolphe vint en renfort pour calmer la jument, mais elle se débattait. Niscarvin usa de nouveau de son Pouvoir pour sauver Danseuse. La jument conservait sa blessure mais la guérison serait rapide.  
 
Le soir, ils atteignirent Briouve, une petite ville, et Fleur trouva une auberge d’un confort acceptable.

Le 25e Fauche (26 mai), tard dans la soirée, les trois acolytes arrivèrent à Antegnar, bien fourbus. Le comte les reçut. Il était en train de manger, et leur proposa de se sustenter. Les deux hommes ne se firent pas prier. Fleur fit alors un compte-rendu de leur mission, fière d’annoncer à son suzerain que c’était un franc succès. Satisfait, le comte les félicita. Il leur demanda si le seigneur de Londornagne les avait récompensés. Embarrassée, la jeune de Lasus avoua qu’il n’en avait rien fait. Damien d’Enro s’insurgea alors :

« Comment cela ? Ce vieux radin ne vous a rien donné ? Très bien, ne vous inquiétez pas, je saurai lui rappeler ses obligations. »

Puis, le comte leur annonça qu’il se rendait au tournoi prévu à Neuhor pour la Huitaine sainte. Il leur proposa de l’accompagner car de nombreux concours auraient lieu et ce serait pour eux une occasion de briller. D’autant plus que les favoris, partis au couronnement royal, seraient absents. Il suggéra d’ailleurs à la jeune femme de se présenter comme reine de beauté ; vu le succès qu’elle avait eu lors de sa réception, elle avait toutes ses chances. Fleur en convint mais elle pensa aussitôt à Fortuné. Voir sa bien-aimée s’exposer aux regards d’autres hommes ne serait peut-être pas à son goût. Prudente, elle lui répondit qu’elle y réfléchirait. Tous les trois acceptèrent de l’accompagner. Le comte les prévint qu’il quittait Antegnar le 1er Moisson et qu’il comptait donc sur leur présence. D’ici là, ils étaient libérés. Il leur ordonna simplement d’aller changer la lettre et de lui ramener l’argent. Ils s’engagèrent à le faire dès le lendemain.

Alors qu’ils allaient se retirer, le comte interpella la jeune femme et lui indiqua :

« J’ai un message pour vous. Quelqu’un vous attend à l’auberge de la Bonne étoile, et je pense que vous serez contente de le voir. »

Donc Fortuné avait tenu parole et il l’attendait. Rougissante, elle répondit :
« Je le pense aussi. Merci de m’avoir prévenue Monseigneur. »

Tandis que ses deux frères d’armes regagnaient leurs chambres respectives, après l’avoir saluée, Fleur, pressée de retrouver son bien-aimé, hésita un instant à le rejoindre. L’auberge ne se trouvait pas très loin. Toutefois, il faisait nuit. Elle se sentait très fourbue, et elle avait bien besoin de se laver et de revêtir une tenue digne de Fortuné. Elle se résigna donc à le retrouver le lendemain matin, après avoir obéi au comte, naturellement.

Le 26e Fauche (27 mai), Fleur partit de bon matin avec ses deux compagnons pour changer la lettre. Puis, elle leur donna rendez-vous pour le 1er Moisson, jour du départ. Impatiente, elle se hâta de changer de tenue, enfila une belle robe de ville, se parfuma. Lorsqu’elle fut satisfaite de sa mise, elle quitta le château, juchée en amazone sur Danseuse.

Arrivée à l’auberge, elle chercha des yeux son bien-aimé. Peut-être se trouvait-il en ville ? Elle interrogea l’aubergiste. Il lui répondit qu’il n’était pas encore levé. Un peu frustrée, elle hésita à l’attendre dans la salle, ou à aller le trouver jusqu’à sa chambre. Peut-être se remettait-il de son voyage ? Après tout, il avait chevauché plusieurs jours pour elle ! L’aubergiste lui précisa que Monsieur de Melville avait apparemment passé une soirée arrosée en compagnie de jeunes hommes et de jeunes femmes. Inquiète, Fleur n’aimait pas ce qu’elle entendait. Finalement, elle demanda sa chambre qu’on lui indiqua aussitôt. Elle lui ferait donc la surprise en le réveillant, et gare à lui s’il se trouvait en charmante compagnie ! Elle frappa à la porte, et l’appela doucement. Pas de réponse, mais elle entendit du bruit. Aussitôt, son inquiétude grandit : et si elle le surprenait avec une autre ? Non, tout de même, il n’aurait pas osé ? Elle insista et l’appela plus fort, tâchant de maitriser sa nervosité. Cette fois, elle entendit qu’il se dirigeait vers la porte. Il lui ouvrit :

« Fleur, ma douce !
- Je suis arrivée cette nuit. Je voulais vous faire la surprise. »

Il l’embrassa aussitôt et la serra dans ses bras. Apparemment, il était réellement heureux de la retrouver. Toutefois, Fleur remarqua que sa tenue était moins soignée qu’à l’accoutumée : coiffé et habillé à la hâte, rasé de la veille, non parfumé. D’ailleurs, il ne l’invitait pas à gagner la chambre. Elle sonda ses prunelles vertes. Il semblait mal à l’aise. Prise de jalousie, elle voulut en avoir le cœur net. Manipulatrice, elle se mit à le charmer et à l’entrainer à l’intérieur de la chambre. Fortuné ne refusa pas ses avances et exigea davantage au contraire. Fleur comprit alors ce qui le gênait. Nulle compagne d’une nuit dissimulée. En réalité, son gentilhomme avait passé une soirée bien arrosée et l’avait bien payé durant la nuit, comme en témoignait le lit sale. Rebutée par l’état de la chambre, elle tenta bien de prendre ses distances, en douceur, mais Fortuné, trop heureux de la retrouver, n’écoutait pas et commença à la dévêtir. Pire. Il lui fit l’amour, mais mal. Fleur, déçue, prit néanmoins sur elle. Il était capable de mieux, il allait se reprendre, se rassura-t-elle.

L’après-midi ne fut pas plus glorieuse. Fortuné ne voulait rien faire d’autre que rester à ses côtés, arguant qu’il avait mal au crâne. Elle lui demanda depuis combien de temps il était à Antegnar. Il était arrivé deux jours auparavant, et s’était renseigné au château. Elle lui demanda s’il avait visité la ville. « Un peu », lui répondit-il. Il lui expliqua qu’il avait rencontré des gens sympathiques. « J’ai vu », lui rétorqua-t-elle, sans chaleur. Fleur avait beau essayer de lui faire comprendre sa déception subtilement, il demeurait passif et peu loquace, masquant sa gueule de bois derrière une façade galante. Elle était certes heureuse de le retrouver, mais le Fortuné qui lui faisait face ne valait pas celui avait conquis son cœur. Elle hésita même à faire un coup d’éclat en le laissant reprendre seul ses esprits, mais elle l’aimait et avait bien conscience qu’il avait accompli une longue route pour la voir. Il fallait toutefois que Fortuné réagisse ou ses sentiments finiraient par s’étioler.

Tandis que le soir s’étendait, lassée de sa passivité, elle commença à lui montrer plus clairement son mécontentement, prenant ses distances, lui répondant plus froidement. Et lorsqu’il tenta de profiter de son corps de nymphe, elle le repoussa sèchement en lui rétorquant qu’elle avait la migraine !  Fortuné se le tint pour dit et espéra que la belle se montrerait de meilleure humeur au réveil.    

Le matin du 27e Fauche (28 mai), Arnolphe se rendit en ville, et acheta un Liber. Il avait décidé d’apprendre à lire. Puisque Fleur était occupée, il savait qu’il pourrait compter sur Niscarvin. Le saltimbanque, patient et pédagogue, se révéla un bon professeur. Vers le soir, Niscarvin proposa un spectacle à la Cour du comte, et ce fut un franc succès.

A l’auberge de la Bonne étoile, Fortuné réveilla en douceur sa belle. Fleur apprécia. Elle l’observa : il semblait en meilleur forme. Mais elle sentait qu’elle lui en voulait encore : il avait lamentablement gâché leurs retrouvailles. S’il n’y prenait pas garde, il risquait de la perdre ; en avait-il seulement conscience ? Lorsqu’il lui demanda si la réception s’était bien passée, elle en profita pour lui donner une bonne leçon. D’un air innocent, elle lui rapporta :

« Oui. Épuisant. Vous savez, je ne vais pas vous mentir, j’ai été très courtisée. »

Elle sonda ses prunelles vertes. Fortuné n’aimait pas ce qu’il entendait. Il attendait la suite. Et pour bien le tourmenter, elle poursuivit en prenant son temps :
« Je n’ai pas cessé d’être harcelée ! Mais…, ajouta-t-elle, Vous pouvez être fier de moi Fortuné. Je les ai tous repoussés ! Un à un, pour vous ! »

Avec un sourire envoutant, elle lui rappela :
« Ne vous avais-je pas dit que je vous resterai fidèle ?
- Je n’en ai jamais douté, et je suis fier de vous ma Fleur. »

Fleur brillait autant par sa beauté que sa finesse d’esprit ; elle pesait chacun de ses mots, et il avait bien compris le message. Visiblement, il avait déçu sa belle et il se sentit coupable.  Embarrassé, il s’excusa et lui proposa de faire tout ce qui lui plairait, décidé à la reconquérir.    

Touchée autant par ses paroles sincères que par ses yeux vert désarmants, elle lui pardonna. Mais elle le prévint avec douceur :

« Je vous aime Fortuné, cela est certain, mais… Je ne vous cache pas que… j’attends mieux de votre part. »

Perdre sa belle n’était pas envisageable. Il resserra son étreinte. Ils se murmurèrent des mots doux, et, échangèrent un baiser de réconciliation qui réchauffa le cœur de Fleur. Elle lui annonça alors, ravie, que le comte d’Enro lui proposait de l’accompagner au tournoi pour la Huitaine sainte à Neuhor. Ils pourraient donc y assister ensemble. Elle lui expliqua qu’elle pourrait même concourir pour devenir la reine de beauté du tournoi. Fortuné, jusque-là enthousiaste, se montra réticent.

« Vous ne me faites pas confiance ? », lui demanda-t-elle.

Il lui expliqua alors qu’il ne doutait pas de sa fidélité. Ce qu’il redoutait, c’était de voir tous les hommes dévorer du regard sa bien-aimée. Bref, il était jaloux ! Avec une moue adorable, il plaida sa cause. Fleur le trouva touchant, et reporta sa décision ultérieurement.

En début d’après-midi, une autre question taraudait la jeune femme. Comme elle avait eu l’honneur de rencontrer le père de Fortuné, et qu’elle n’avait aucun doute sur ses sentiments, elle brûlait d’envie de présenter son bien-aimé à ses parents. Déjà en écrivant à son père, elle avait hésité à se confier. Toutefois, leur amour était encore récent et elle craignait par-dessus de lui forcer la main. Finalement, comme elle disposait d’une quinzaine de jours libres, elle lui proposa :

« Mon aimé, vous savez ce que j’aimerais ?
- Dites-moi ma douce.
- J’aimerais beaucoup vous montrer ma baronnie. Enfin, si vous n’avez rien contre la campagne, et les très vieilles demeures »

Mais elle n’eut pas l’effet escompté. Visiblement, il pesait le pour et le contre. Puis il accepta, sans entrain.
« Oui. Si vous voulez.
- Vous n’avez pas l’air très convaincu. », nota-t-elle.

Fleur lui fit alors bien comprendre que si elle désirait lui présenter ses parents, c’était précisément parce qu’il comptait beaucoup à ses yeux. Mine de rien, elle commençait à lui suggérer qu’elle voulait aller plus loin avec lui. Très éprise, mais aussi consciente de ses devoirs d’héritière, elle se devait de penser à l’avenir. Fortuné ne se rétracta pas et ils se décidèrent à partir le lendemain. Inquiète de lui avoir peut-être forcé la main, Fleur se mit en tête d’user de ses charmes comme jamais pour lui rendre le voyage le plus agréable possible.

Le 28e Fauche (29 mai), Fortuné et sa belle prirent la route. Le voyage se passa sans encombre. Fleur connaissait parfaitement le chemin. Deux jours de chevauchée séparaient Antegnar de Lasus. Complices, et de plus en plus épris, ils émaillèrent leur trajet d’ébats passionnés. Apparemment au diapason, chacun s’évertua à charmer l’autre. Comme Fleur était soucieuse de sa jument, Danseuse, qui se remettait de sa blessure, Fortuné saisit ce prétexte pour accueillir la belle de Lasus de temps en temps sur son étalon, et l’étreindre pendant quelques lieues. Élégant, rasé de près, parfumé, Fortuné était très séduisant. Il se montra très charmant, très affectueux, très tactile. Fleur, apaisée, avait le sentiment d’avoir réellement retrouvé son bien-aimé. Elle remarqua d’ailleurs qu’il la connaissait très bien et cela lui plaisait. Visiblement, il s’était montré attentif à ce qu’elle aimait, et l’avait bien cernée. Il fit si bien qu’elle s’attacha plus encore à lui, caressant le rêve de devenir sa femme. Quant à Fleur, éblouissante de beauté et d’esprit, elle usa de son Pouvoir et envoûta totalement Fortuné.

Le soir du 30e Fauche (31 mai), alors qu’ils virent apparaitre le château au loin, fou de sa belle, Fortuné commença à se dire que, tout compte fait, ce séjour à Lasus n’était pas une si mauvaise idée…  

Son bras totalement guéri et le cœur en joie, Fleur était radieuse. Prévoyante, elle se remémora ce qu’elle lui avait déjà confié sur sa famille. Il savait que sa mère était une Elfe. Il ne serait donc pas surpris par son apparente jeunesse. Mais au cas où, elle le prévint :

« Avant que nous arrivions, il faut que je vous prévienne, mon aimé. Je me doute que vous avez déjà vu des Elfes.
- Oui, ma douce. Et bien ?
- Vous savez, je ressemble beaucoup à ma mère. Et je ne vous cache pas que certains visiteurs ont pu se méprendre. Quoi qu’il en soit, lorsque vous la verrez, souvenez-vous bien que je n’ai pas de sœur. »  

Reconnaissant la jeune de Lasus, les gardes laissèrent passer les visiteurs et prévinrent immédiatement le baron que sa fille était de retour. Fleur et Fortuné furent accueillis dans la cour. Folle de joie, elle ne put s’empêcher d’éteindre ses parents chaleureusement, qui lui avaient tant manqués. Puis, Fleur leur présenta avec fierté son bien-aimé :

« Père ? Mère ? Permettez-moi de vous présenter Fortuné de Melville ; le gentilhomme qui a ravi mon cœur. »

Le baron et sa femme échangèrent un regard surpris. Tous deux de nature prudente, ils restèrent sur leur réserve face à ce jeune homme, charmant, bien éduqué, qui ne semblait toutefois pas être habitué à fréquenter des nobles de leur rang, et paraissait un peu emprunté. Mais il avait semble-t-il conquis leur fille, et cela comptait à leurs yeux. En mère avisée, la baronne fit préparer deux chambres.

Alors que le repas s’annonçait, Fortuné eut la surprise de voir sa dulcinée réapparaitre dans une robe façonnée par des mains d’Elfes. Au cours de la soirée, Fleur se montra prévenante envers Fortuné, espérant de tout cœur qu’il plairait à ses parents. Elle s’enquit de la santé de son frère, mais ils n’avaient pas reçu d’autres nouvelles à son sujet. Elle fit surtout savoir à son père qu’elle espérait l’avoir satisfait. Le baron lui répondit avec tendresse qu’il serait toujours fier de sa fille. Fleur informa ses parents qu’elle devait être de retour à Antegnar le 1er Moisson, pour accompagner le comte d’Enro jusqu’à Neuhor, pour le tournoi à l’occasion de la Huitaine sainte.

Ses parents tentèrent d’en apprendre davantage sur Fortuné, sur ses activités, sur sa famille. Celui-ci répondit avec franchise. Il leur décrivit brièvement sa vie de gentilhomme, veillant sur ses amis. Le baron connaissait le père de Fortuné, Korritil le Blanc, de réputation. Puis la baronne leur posa des questions sur leur rencontre. Fleur se chargea de répondre, choisissant soigneusement ses mots, car, songeait-elle, ni ses parents ni son bien-aimé n’étaient au courant qu’elle était en mission au moment des faits. Seul mensonge qu’elle conservait encore vis-à-vis de Fortuné, mais elle n’avait pas le choix. Cette mission impliquait aussi Lauridas qui n’apprécierait pas d’être démasqué. Elle se conforma donc en tout point à la même version qu’elle avait donnée à Fortuné.

« Alors que je faisais route vers Neuhor avec mes deux compagnons d’armes, nous avons essuyé une embuscade de bandits. Nous avons alors appris qu’ils détenaient un captif. Nous décidons de le délivrer et nous nous lançons à la poursuite du reste de la bande. Et figurez-vous que, en chemin, nous avons fait la connaissance d’un groupe de gentilshommes, mené par Fortuné, qui recherchaient justement leur ami, capturé par des bandits. Nous nous sommes donc alliés, et nous avons affronté ensemble le reste de la bande. »

Le matin du 31e Fauche (1er Juin), à Antegnar, Arnolphe décida de s’acheter un beau costume pour le tournoi. N’ayant jamais eu un grand sens des affaires, on lui en vendit un pour 800 pièces d’or. Puis, il retourna voir Niscarvin au château. Il poursuivait ses leçons avec le saltimbanque. Mais ce matin-là, Niscarvin semblait très mal-en-point. Il avait abusé de la morphée et sa léthargie était inquiétante. Arnolphe pensa d’abord à alerter Fleur. N’en déplaise à son Fortuné, il y avait urgence. Arrivé à l’auberge de la Bonne étoile, il apprit que le couple avait quitté la ville depuis deux jours. Et elle ne les avait même pas prévenus ! Il retourna au château, chercha un médecin. Non sans mal, il finit par en trouver un qui soigna le saltimbanque.

Au château des Lasus, profitant d’un moment seul à seul avec son père, Fleur tenta de le convaincre de bénir leur union si Fortuné en formulait la demande, comme elle l’espérait. Son vieux père ne fut pas facile à convaincre, d’une prudence à toute épreuve. Il l’interrogea sur le jeune homme, s’assurant qu’elle ne faisait pas fausse route et qu’elle était certaine de son choix. Fleur lui montra alors qu’elle raisonnait comme une future baronne : elle fit valoir la fortune de sa famille et son statut de cadet, garantissant aux Lasus la mainmise sur la baronnie. Il pesa longuement chacun de ses arguments. Puis, il finit par lui donner son accord, mais il l’invita à en parler à sa mère car son avis comptait aussi. Fleur le remercia très émue, et se hâta de rejoindre sa mère qui brodait. Entre femmes, l’approche fut différente. Fleur savait que, du haut de ses 166 ans, indépendante et dotée d’une grande sagesse, sa mère, la baronne Filendilë, prenait ses propres décisions. La jeune femme fit valoir ses sentiments pour Fortuné, la confiance qu’elle lui vouait. Son courage. Sa loyauté. Et bien sûr, elle fit valoir qu’il était un bon parti. La baronne réfléchit longuement, s’assura que sa fille ne se fourvoyait pas sur ses sentiments. Restant sur sa réserve, elle ne se montra pas défavorable au projet de sa fille.

Puis, Fleur fit découvrir le château et les alentours à Fortuné, guettant ses réactions. Il semblait par moment pensif, mais le séjour n’avait pas l’air de lui peser.

Lors du repas du midi, prenant de court la jeune femme, Fortuné, très stressé, s’adressa solennellement au père de sa dulcinée. Il s'agenouilla. Émue, sans voix, Fleur l’écouta, le cœur battant.

« Monsieur le baron, je ne peux plus vivre sans votre fille. Aussi, je vous demande solennellement, de bien vouloir faire de moi le plus heureux des hommes, en m’accordant sa main.  
- Visiblement, vous rendez ma fille heureuse et je ne saurais m’opposer à son bonheur, alors, si elle y consent, vous avez ma bénédiction. »

Fleur saisit les mains de son bien-aimé qui, à présent, attendait fébrilement sa réponse.

« Fortuné. Mon aimé. Oui. De tout mon cœur, je veux être votre femme. »

Soulagé, il la remercia et l’embrassa passionnément. Il effaça d’un geste tendre une larme de joie sur la joue de sa dulcinée. Puis ils remercièrent les parents de Fleur. Ils trinquèrent. Comme Fortuné et Fleur devaient se rendre à Neuhor, le baron décida de les accompagner avec sa femme pour traiter avec Korritil le Blanc. Fleur en profita pour demander à sa mère si elle pouvait lui constituer une garde-robe pour le tournoi.

Dans l’après-midi, tandis que Fortuné et Fleur se promenaient seuls, main dans la main, elle lui demanda s’ils pouvaient envisager une réponse positive de Korritil à leur projet, ou si du moins il avait déjà évoqué un éventuel mariage avec elle. Il lui avoua qu’en réalité, il y songeait depuis peu, et qu’il s’était décidé subitement. Mais il avait bon espoir. Il estimait comme elle, que, du point de vue de leurs familles, l’union pouvait être fructueuse. Pour sa part, il l’aimait tant et si bien que peu lui importait la réponse de son père.

Après le repas du soir, assis au coin du feu, le baron et la baronne conversaient seuls à seuls paisiblement. Dame Filendilë, heureuse pour sa fille, s’étonnait :  
« Je n’arrive pas à croire que notre fille va se marier.
- Il était temps. Si vous voulez mon avis.
- Que pensez-vous de Fortuné ?
- Il a l’air encore jeune et fougueux, mais bon, il semble très épris de Fleur. Et puis, il est vrai que c’est un bon parti. »

Le baron réfléchit un instant :
« Contrairement à Fortuné, Fleur a l’air d’avoir longuement réfléchi à la chose.
- J’ai eu la même impression.
- Tenez. Je vous gage qu’il n’en a pas encore parlé à son père !  
- Des deux, il semblerait que ce soit Fleur qui mène la danse.
- Oui. Enfin, je connais ma fille. Il va falloir qu’il s’impose un peu plus, ou elle risque de tourner bride.  
- Vous l’avez dit vous-même, il est encore jeune. Et puis, ils ne sont pas encore mariés. Ils s’accorderont avec le temps, comme nous l’avons fait. »

Le 38e Fauche (8 juin), Fortuné, Fleur, et ses parents quittèrent Lasus. Le vieux baron voyageait en carrosse avec sa femme, entouré de deux serviteurs et de deux gardes. Fleur et Fortuné voyageaient à cheval, heureux mais vigilants, prêts à défendre le carrosse, si nécessaire. En chemin, Fleur profita d’un instant seul avec son père. Elle lui demanda si Malfosse avait de nouveau fait parler de lui, mais son père la rassura. Personne ne l’avait aperçu. Il devait être loin, ou mort depuis le temps.  

Le 40e Fauche (10 juin), veille du départ pour Neuhor, le comte convoqua Fleur et ses compagnons. Il eut la surprise de voir le vieux baron de Lasus et sa femme. Ils lui présentèrent leurs hommages, et offrirent une robe à la comtesse d’Enro. Bien que son vassal se contentât de dire qu’il se rendait au tournoi pour la Huitaine sainte, le comte ne fut pas dupe. Philippe de Lasus se faisait vieux et ne se déplaçait pas en vain. Comme par ailleurs, le jeune de Melville, originaire de Neuhor, fréquentait manifestement la demoiselle, un mariage se préparait certainement.

Puis le comte fit savoir à Fleur, Niscarvin et Arnolphe qu’il avait rappelé ses devoirs à Mathusalem. Ils reçurent chacun 2 500 pièces d’or de la part du chevalier, ainsi que 1 500 pièces d’or de la part de la ville de Relfs, pour avoir neutralisé les bandits. Il leur remit en outre à chacun un paquet. Fleur trouva dans le sien une lettre de Gilfred : dans une écriture et une prose enfantines, le jeune garçon la remerciait d’avoir réussi à réconcilier ses parents. Touchée, elle se promit de lui répondre prochainement. Elle trouva aussi une armure de soie d’araignée géante, qui pouvait se porter en dessous de sa cuirasse. Arnolphe découvrit dans une petite besace un pistolet à double canon, accompagné de vingt balles, d’une poire à poudre, et d’un mouchoir brodé par Asalmée. Quant à Niscarvin, il découvrit un poignard de bottes et quinze doses de morphée.


Dernière édition par Fleur le Ven 17 Juin - 3:30, édité 12 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

En route pour le tournois

Message  Fleur le Lun 28 Mar - 22:57

Comme convenu, le Undi 1er Moisson (11 juin), un imposant cortège quitta Antegnar. Il se composait de deux carrosses, celui du comte et de la comtesse, celui des Lasus, de leurs suites respectives comptant des gardes et serviteurs. Fortuné, Fleur, Niscarvin et Arnolphe suivaient avec leurs propres montures. L’archer et le saltimbanque s’étonnèrent de la présence des parents de la jeune femme. Arnolphe lui demanda :

« Mais, vous étiez où ? Je t’ai cherchée partout.
- Désolée, mais avec Fortuné, nous sommes allés rendre visite à mes parents. »

Sur son nuage, elle leur annonça alors, avec l’assentiment de Fortuné, leur projet de mariage. Ses frères d’armes les félicitèrent.

La jeune femme profita du voyage pour demander à ses compagnons d’armes ce qu’ils avaient fait en son absence. Arnolphe lui expliqua qu’il apprenait à lire avec Niscarvin. Il s’était acheté un Liber. Elle lui proposa son aide. Il la remercia et lui fit remarquer qu’il progressait :

« Y’a deux A dans Cantal ! »

Puis il lui confia, non sans inquiétude, que Niscarvin tentait d’arrêter la morphée, en vain. Il semblait même plus mal-en-point. Il avait pris cette résolution au lendemain de sa terrible crise, le 32e Fauche. Il tenait une journée ou deux, puis replongeait violemment dans la morphée. Aux aguets, Arnolphe et les deux tourtereaux surveillèrent l’état du saltimbanque, qui, en effet, peinait par moment à tenir sur sa monture. Le quatrième jour, au matin, Niscarvin vacilla dangereusement. Les deux hommes le soutinrent. Fleur se précipita auprès de ses parents ; un de ses frères d’armes avait besoin d’aide, elle lui devait la vie, et les supplia de bien vouloir aliter le saltimbanque dans leur chariot. Usant de son Pouvoir, elle parvint à les convaincre.

Dans l’après-midi, après avoir pris des nouvelles de Niscarvin, Fleur profita d’une pause pour s’entretenir avec son père. Comme ils approchaient de Neuhor, elle songeait qu’à l’occasion du tournoi, Malfosse ou les Mornille pourraient en profiter pour se manifester. Et si leurs ennemis se connaissaient, le danger pouvait être grand. D’un ton anodin, Fleur demanda au baron s’il connaissait les Mornille, mais ce nom ne lui disait rien. « Évidemment, Neuhor ne dépend pas du même comté que notre baronnie ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé ? », se morigénait-elle intérieurement. Mais intrigué, le baron ne voulut pas changer de sujet, sentant que quelque chose préoccupait son enfant.

« Ma fille, je sens que vous me cachez quelque chose. Vous savez bien que vous pouvez tout me dire.
- Père, je vous en conjure. Je lui ai promis de garder son secret. »

Mais le baron n’en démordait pas. Alors, mal à l’aise, Fleur lui expliqua brièvement que les Mornille étaient responsables du trépas de la mère de Fortuné. Mais elle le supplia aussitôt de garder le silence sur cette affaire, ce que son père lui assura.

Fleur avoua alors à son père qu’elle avait expliqué à Fortuné pourquoi elle avait un œil mutilé. Elle lui précisa qu’il s’était mis en tête de la venger, la poussant à lui dévoiler le nom du criminel. Elle lui demanda, non sans inquiétude, ce que son bien-aimé risquait s’il tuait Malfosse. Son père lui confirma ce qu’elle redoutait. Si Fortuné assassinait le criminel purement et simplement, la justice ne lui réserverait rien d’autre que la corde. Même s’il provoquait en duel le proscrit, ce qui lui ressemblerait davantage selon Fleur, son sort ne serait guère mieux : il serait certainement banni, et le baron ne pourrait rien pour le protéger. C’était injuste, estima la jeune femme, et le courroux de Fortuné se comprenait aisément. Toutefois, si son père n’avait pas débusqué lui-même le criminel, il devait avoir de bonnes raisons de ne pas le faire, lui qui agissait toujours avec sagesse. Fleur se figura alors qu’elle devrait trouver sans tarder un moyen pour se venger de Malfosse, avant que Fortuné ne devienne son bras armé.

Le 5e Moisson (15 juin), Fleur s’inquiéta. Ses parents accomplissaient une longue route pour rencontrer Korritil. Or, son bien-aimé avait, de son propre aveu, fait sa demande sans en avoir parlé à son père au préalable. Le mage pourrait penser que l’on lui forçait la main en voyant les Lasus venir à sa porte traiter de mariage sans en avoir été avisé. Fleur fit donc part seul à seul de ses craintes à Fortuné qui se rangea à son avis. Profitant d’une halte dans la ville de Thouan-le-Pont, il rédigea une missive en hâte pour son père qu’il confia à un coursier.

Durant sept jours, le convoi ne rencontra aucun obstacle. Nul bandit ne se risqua à attaquer un tel cortège. D’ordinaire charmant, le comte pesta contre le manque de confort.

Le 7e Moisson (17 juin), le cortège arriva à Neuhor. Le comte trouva un logement en ville, à l’auberge du Porc-épic. Fortuné demanda à Fleur et ses parents de rester avec leur suzerain, et se rendit auprès de son père. Son absence, pourtant brève, parut interminable à la jeune femme, tant elle redoutait la réaction de Korritil concernant leur projet de mariage. Et s’il refusait purement et simplement de rencontrer ses parents ?  Quelques instants plus tard, Fortuné réapparut et les invita à le suivre jusqu’à la demeure de son père. Niscarvin et Arnolphe étaient également acceptés. Durant le trajet, Fleur sonda le visage de son bien-aimé, il était souriant et paraissait serein. « Tout va bien mon aimé ? », s’enquit-elle. « Oui. Ne vous inquiétez pas ma douce. » Cela semblait donc de bon augure.

Korritil le Blanc les accueillit personnellement. Fortuné fit les présentations. La rencontre entre les parents fut cordiale. Le contact passa bien entre les deux pères : Philippe de Lasus et Korritil de Melville étaient de la même génération. Le mage, obséquieux, donnait du « monsieur le baron » au père de Fleur. Le baron ne manqua pas de souligner au mage que sa réputation le précédait.

Faute de place, Arnolphe et Niscarvin furent logés dans la même chambre.

Fortuné et Fleur firent bien évidemment chambre à part. Leurs parents leur concédaient le droit de se fréquenter, les regardant se tenir la main avec bienveillance, fermant les yeux sur de chastes baisers échangés à la dérobée, mais pas davantage ; il en allait de l’honneur des Melville et des Lasus.

Seuls à seuls avec son promis, Fleur revint à la charge concernant le concours. Être élue reine de beauté du tournoi, lui permettrait de briller, d’honorer sa famille et son bien-aimé, bien qu’il ne le vît pas sous cet angle. Elle plaida donc sa cause auprès de Fortuné, arguant qu’elle serait bientôt sa femme, et qu’il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle ne laisserait personne la toucher impunément. Il hésita. Ne pouvant rien refuser à sa belle, il accepta à contrecœur. Craignant sa jalousie, Fleur ne voulait pas le voir périr dans un stupide duel. Elle ne parvenait donc pas à se décider.  

Le tournoi de Neuhor donnait lieu à de nombreuses réjouissances :

Programme du tournoi :

Le Huiti 8e Moisson : Jour de justice.
Le Undi 9e Moisson : Mise à mort des condamnés.
Le Deudi 10e Moisson : Chanson des hauts faits de Tharès
Le Solstice d’été : Grande messe : tout le monde y va.
Le Troidi 11e Moisson : Adoubement des écuyers et exercices de chevalerie (Joute à la quintaine. Passe d’armes)
Le Quadri 12e Moisson : Combat à mains nues. Élection de la reine du tournois. Bal
Le Cinqi 13e Moisson : Concours de tir. Tournois de chevalerie. Le comte d’Enro y participe.
Le Sidi 14e Moisson : Concours de combats en armes. Lyonide s’y présente.
Le Septi 15e Moisson : Duel de magie. Concours de combat en mêlée. Le comte participe à la mêlée.
Le Huiti 16e Moisson : Banquet final.  


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 5:03, édité 4 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le tournois de Neuhor (1ère partie)

Message  Fleur le Dim 3 Avr - 8:47

Le Huiti 8e Moisson (18 juin), Arnolphe et Niscarvin se rendirent en ville. Arnolphe était réformé. Niscarvin, Albien non pratiquant, ne vit aucun inconvénient à accompagner son ami dans une cérémonie réformée. Ils allèrent ensuite assister à des procès. Puis, ils décidèrent de s’inscrire à diverses épreuves. Ils n’obtinrent pas facilement les renseignements mais parvinrent tout de même à trouver à qui s’adresser. Niscarvin s’inscrivit dans le concours de combat à mains nues, en armes et en spectacle. Arnolphe, quant à lui, opta pour le concours de tir et le combat à mains nues. Ils demandèrent les règles. L’inscription aux concours valait cent pièces d’or, sauf en spectacle où elle était gratuite. Chaque participant pouvait présenter un spectacle dans chaque catégorie. Un prix était attribué pour chaque catégorie (arts du cirque, arts musicaux, arts de la scène). Dans le concours de combat à mains nues, un affrontement durait jusqu’à ce que l’un des adversaires tombe inconscient. Au concours de tir, les projectiles étaient fournis. Le combat en armes était ouvert à toutes les armes blanches. Les sorts de soutien et armes de jet étaient acceptés. Le combat prenait fin sur abandon ou sur blessure grave d’un des deux adversaires. On leur rappela qu’il était interdit de tuer durant le tournoi et que des médecins soignaient les blessures.

Durant la journée, Niscarvin fut sous l’effet de la morphée et remarqua, au moment de payer ses frais d’inscription qu’on lui avait dérobé sa bourse contenant 3 000 pièces d’or.
 
Pendant ce temps, à l’hôtel particulier des Melville, Fortuné et Fleur restaient avec leurs parents. Dès le matin, des discussions s’engagèrent entre le mage et les Lasus. Les deux tourtereaux ne l’ignoraient pas mais cela n’était plus de leur ressort, et ils se tinrent à l’écart. Ils ne pouvaient qu’attendre sagement leur décision. Pour l’heure, aucun éclat de voix ne se faisait entendre.

A midi, tout le monde assista à l’office. La cérémonie, en langue vernaculaire, était réformée. Fleur et Fortuné commençaient à attendre anxieusement l’issue des pourparlers. Leurs parents demeuraient obstinément muets sur le sujet.

Après l’office, Korritil, le baron et sa femme, convoquèrent enfin Fleur et Fortuné dans le salon. Le mage leur annonça alors qu’ils les autorisaient à se marier. Fous de joie, Fortuné et Fleur accueillirent néanmoins la nouvelle avec beaucoup de dignité, remerciant humblement leurs parents. Mais leurs regards et leurs sourires complices en disaient longs sur leur bonheur. Philippe de Lasus prit alors la parole :
« Fortuné, je vous confie mon bien le plus précieux, ma fille. Je compte sur vous pour prendre soin d’elle.
- Je n’y manquerai pas, monsieur le baron. »

Puis Korritil ajouta :
« Mes enfants, nous allons organiser rapidement vos fiançailles. »

Le 9e Moisson (19 juin) était le jour des mises à mort. Fortuné demanda à sa belle ce qu’elle souhaitait faire. Ils décidèrent de se rendre en ville, non pas pour les exécutions – spectacle qu’ils laissaient aux roturiers – mais pour se promener et savourer leur bonheur plus librement. Fleur lui demanda s’il comptait voir ses amis, étonnée qu’il ne l’ait pas encore fait, mais il lui répondit qu’il n’avait rien prévu pour le moment. Visiblement, il voulait passer son temps en sa compagnie, ce qui convenait parfaitement à la jeune femme.

Fleur voulut d’abord s’inscrire aux tournois. Niscarvin, qui les accompagnait un peu avec Arnolphe, demanda à Fortuné s’il comptait s’inscrire lui aussi. Ne voulant pas être en reste, il répondit qu’il allait le faire. Sur ce, l’archer et le saltimbanque partirent de leur côté. Fortuné guida la jeune femme à travers la ville. Elle lui avoua alors qu’elle avait décidé de se présenter comme reine de beauté du tournoi. Les candidates devaient être sélectionnées par un jury, elle devait donc être soutenue par un mentor. Ils se rendirent où logeait le comte, mais il était absent. On leur conseilla de repasser vers le soir. Fleur fit promettre à Fortuné de ne pas commettre d’imprudence pour elle ; promesse qu’il n’eut aucun mal à faire : il n’était pas fou au point de défier un chevalier.

Puis, ils allèrent s’inscrire aux autres épreuves. Fortuné opta pour le combat en armes. Fleur suivit son exemple, et se porta candidate également pour la danse. On lui indiqua qu’elle devrait présenter sa prestation en danse le 13e Moisson. Alors que Fleur se renseignait sur les concours, elle entendit quelqu’un crier au voleur ; des malandrins étaient apparemment à l’œuvre. Mais Fortuné demeurait vigilant, et les détrousseurs n’osèrent pas s’attaquer à sa promise. Lorsqu’ils repartirent, elle lui demanda s’il avait déjà participé à un tournoi. Il lui répondit que non. Ravis, ils constatèrent qu’ils allaient tenter leur chance ensemble.

Ensuite, Fleur souhaita se procurer un livre pour se perfectionner en escrime. Elle parvint à négocier avec un vendeur un traité de combat à l’épée pour 300 pièces d’or et une bière.

De leur côté, Niscarvin et Arnolphe cherchèrent d’abord à acheter des cassettes, pour mettre leur argent en sécurité. Ils trouvèrent des coffrets renforcés, de bonne qualité, qui fermaient à clef.  Niscarvin confia l’argent que nos trois frères d’armes avaient gagné en commun à Arnolphe, à savoir 5 060 pièces d’or. Puis l’archer assista à des pendaisons de voleurs, des décapitations de femmes, des bûchers d’hérétiques et d’absalémites, et le clou du spectacle : le supplice d’un faux-monnayeur. Le bon peuple appréciait les craquements sinistres qui se faisaient entendre, les soubresauts des pendus, les hurlements des brûlés vifs, ou encore l’efficacité de l’exécution.

Vers le soir, Fortuné et Fleur retournèrent voir le comte. Ils lui annoncèrent leurs fiançailles, ce qui ne le surprit pas. Puis Fleur informa son seigneur qu’elle avait décidé de suivre son conseil. Son suzerain répondit :
« Je savais que vous vous laisseriez tenter ».

Il expliqua à la jeune femme qu’il devait la présenter à un des hérauts qui jugeaient les candidates. Il lui conseilla de revenir le lendemain matin, bien habillée.

Le 10e Moisson (20 juin) était le jour des hauts faits. Les plus pieux allèrent prier. Au matin, Fleur, vêtue d’une belle robe de ville, retourna voir le comte, accompagnée de Fortuné. Le comte les amena au héraut. Lorsqu’il vit la jeune femme, l’homme la complimenta pour sa beauté :
« Mais quel bijou ! C’est une perle ! Mademoiselle, vous avez de grandes chances de gagner. »

Il fit donc savoir au seigneur qu’il inscrirait sa protégée. Puis, le comte rappela à la jeune femme les obligations qu’elle avait envers lui, avec ses deux frères d’armes. Il leur avait laissé quelques jours de liberté, mais il comptait sur eux pour assurer sa sécurité pendant la grande messe du Solstice d’été. Le comte chargea la jeune femme de le rappeler à ses deux frères d’armes, et de leur dire de revenir à ses côtés.  

Fortuné proposa ensuite à sa promise d’aller voir ses parents et de passer la journée en leur compagnie. Parce qu’elle voulait aussi lui faire plaisir et que ses amis comptaient beaucoup pour lui, elle lui suggéra de les réunir pour célébrer leur union à venir. Ils s’en tinrent donc à ce programme.

Au soir, Fortuné et Fleur retrouvèrent donc leurs amis en ville. Tout le monde fut de la partie, sauf Adrien : Niscarvin, Arnolphe, Dassise, Lauridas, Eleucipe, Elisse et Blégnier. Tous félicitèrent le couple pour leur union à venir, un verre à la main. Mais, Eleucipe, encore convalescent, ne resta pas longtemps. Fleur fit preuve de sympathie : les amis de Fortuné la trouvèrent charmante. Mais au fil de la soirée, le vin commença à faire des ravages. Si le couple se montra raisonnable, juste guillerets, comme Lauridas, Arnolphe et Niscarvin, les autres devinrent totalement saouls. Tous décidèrent que Fortuné devait être de la partie. Ils insistèrent d’abord lourdement pour le faire boire. Mais le gentilhomme, qui savait que sa promise désapprouvait les excès d’alcool, refusa. Soudain, Dassise, complètement aviné, arrosa le couple de vin. Elisse attrapa Fleur et la ceintura, tandis que Lauridas et Blégnier retenaient Fortuné, qui protesta. Ils lui firent boire deux ou trois gorgées de force. Amusés de la situation, Arnolphe et Niscarvin ne firent rien pour aider les tourtereaux. Fleur, furieuse, se débattit et finit par se libérer. Elle tança les amis de Fortuné, leur ordonna de le relâcher, et n’obtint que des rires et des reproches. On la qualifia de « sainte-nitouche ». Elle leur rétorqua que la sainte-nitouche devait retrouver avec son promis leurs parents dont dépendait leur futur mariage. Fortuné protesta avec plus de véhémence. Cette fois, il fut relâché. Ne voulant pas se brouiller avec les amis de son futur époux, Fleur se calma et tout le monde se quitta en bons termes. Toutefois, les deux tourtereaux réalisèrent qu’il était bien tard, et déplorèrent l’état de leurs vêtements.  

De retour à l’hôtel particulier des Melville, Fleur et Fortuné tentèrent de se faire discrets. Mais le père de la jeune femme, qui n’arrivait pas à trouver le sommeil, lisait, et les vit rentrer. Furieux, il tonna :
« Où étiez-vous ? Mais vous êtes ivres ma parole ! Vous empestez l’alcool ! Non mais vous avez perdu l’esprit ?! »

       Il commença par charger Fleur :
« Vous me décevez beaucoup ma fille ! Ce n’est pas un comportement digne d’une future baronne ! »

Puis il se déchaina sur Fortuné :
- Et vous, je vous confie ma fille, et vous ne trouvez pas mieux que de l’emmener dans des lieux de débauche ! Vous la dépravez ! »

Il y avait péril en la demeure ; le baron pouvait bien décider d’annuler leurs fiançailles et briser leur bonheur. Fortuné tenta bien de se défendre, mais les idées confuses et impressionné par le baron, il n’arriva à rien. Trouvant son père injuste envers son promis, Fleur plaida avec force volonté, usant de son Pouvoir :
« Père, Fortuné n’y est pour rien ! Il est resté raisonnable toute la soirée, comme moi. Mais un convive un peu trop saoul nous a arrosé de vin. Père, vous croyez vraiment que nous nous serions permis de boire jusqu’à plus soif alors que nous assistons demain matin à la Grand-messe ? Avec tout le respect que je vous dois, je ne puis vous laisser qualifier mon promis de dépravé. Fortuné est un gentilhomme valeureux et il est digne de mon amour. »

Devant sa bonne foi et sa détermination, le baron finit par se calmer. Fortuné et Fleur s’excusèrent, et Philippe de Lasus décréta que l’affaire en resterait là. Mais il les prévint, surtout à l’attention de Fortuné, qu’il ne tolèrerait aucun autre faux pas.

Avant de rejoindre leurs chambres respectives, Fleur et Fortuné, qui venaient d’essuyer une tempête, s’embrassèrent, soulagés d’être toujours engagés l’un envers l’autre.


Dernière édition par Fleur le Jeu 30 Juin - 17:35, édité 3 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Effroi à la messe

Message  Fleur le Mar 12 Avr - 4:32

Le jour du Solstice d’été, tout le monde se rendit à la Grand- messe. Fleur, Fortuné, et leurs parents prirent place près du Soleil - le chœur -, aux côtés des fidèles les plus prestigieux. Le comte d’Enro se tenait dans les premiers rangs. Les Lasus précédaient Korritil et son fils. Niscarvin et Arnolphe se tenaient à proximité. Rapidement, Fleur remarqua l’absence du vicaire, ce qu’elle trouva curieux. Il y avait cinq prêtresses sur huit célébrants ; la comtesse d’Enro, Victoriane, en faisait partie.  

La messe prenait la forme d’un culte réformé. Entendant ses acolytes, Fleur s’aperçut qu’ils semblaient inquiets. Sur un énorme malentendu, ils croyaient que le clergé invoquait des démons. Elle pouffa et les rassura. Puis, un homme vint prononcer la harangue. Fleur identifia alors un réformateur connu : Télémaque de Golawyn. Peu à peu, certains fidèles commencèrent à s’agiter. Ils s’attendaient à une cérémonie albienne et s’insurgeaient que l’on profite impunément de l’absence de l’archevêque de Neuhor pour transformer la messe en culte réformé. Toutefois, l’église comptait aussi beaucoup de Jeannots. Des éclats de voix se firent entendre. Certains appelèrent au silence. La cérémonie risquait de finir dans un bain de sang car beaucoup de fidèles étaient venus armés, en l’honneur de Tharès. Fleur et ses compagnons portaient d’ailleurs les leurs. Arnolphe vit un garde charger un pistolet. L’archer décida avec le saltimbanque de se rapprocher du comte, pour le protéger. Fleur lança un regard inquiet à Fortuné. Son promis partageait son inquiétude, mais ne savait pas quoi faire. « Si cela tourne mal, il faut que l’on protège nos parents. Suivez-moi ». Fleur n’avait pas oublié les paroles du comte : elle était, au même titre que ses frères d’armes, chargée de sa protection, mais elle ne pouvait pas décemment laisser ses parents sans défense et espéra que son suzerain le comprendrait.  

Toutefois, le discours du réformateur fit peu à peu son chemin dans les esprits. Il lançait un appel à la concorde de tous les tharésiens, autour de la foi Jeannote, et ses arguments parvinrent à conquérir la foule. Arnolphe et Niscarvin furent totalement convaincus. Fortuné, enthousiaste, décida de se réformer et se figura qu’il était peut-être temps pour lui de mener une vie plus sainte. Même Fleur, qui usa de son Pouvoir pour résister, y fut très favorable, se disant qu’elle devrait se montrer plus pieuse, même si elle partait en mission. Le réformateur proposa, pour finir, de revenir à un tharésianisme des origines pour repousser le Mal. Il souleva alors des cris d’approbations, des louanges, même auprès de Fleur et ses compagnons.

Soudain, un énorme vacarme glaça l’assemblée. Les vitraux volèrent en éclats. Une cinquantaine de démons firent irruption. Cette vision abominable épouvanta les fidèles. Tout le monde s’enfuit. Arnolphe et Niscarvin furent terrifiés. Fleur, effrayée, ne céda pas toutefois à la panique, rassurée par la proximité de son bien-aimé. Les démons s’élancèrent dans la foule. Korritil assista à la scène, pétrifié. Un homme le percuta dans sa fuite, et Fleur perdit le mage de vue. Fortuné se lança aussitôt à son secours. Il parvint à se frayer un passage jusqu’à lui sans être emporté par la foule désemparée. Niscarvin pensa à protéger la comtesse, mais les démons l’épouvantaient. Fleur appela ses parents, usant de son Pouvoir, pour se faire entendre par-dessus les hurlements de terreur. Elle se plaça derrière eux pour les protéger. Usant de son Pouvoir, elle résistait à la pression de la foule, tandis qu’ils se dirigeaient vers la sortie. Arnolphe, inébranlable, rejoignit le comte, épaulé par Lyonide, qui l’exhortait à sortir. Mais Damien d’Enro refusait de partir sans sa femme, et voulait se porter à son secours. L’archer et la capitaine des gardes le protégèrent efficacement, dégainant leurs lames pour que personne ne l’approche.

Niscarvin, de son côté, tenta de rejoindre la comtesse, mais débordé par la foule, il fut renversé et se retrouva au sol. Bousculé à plusieurs reprises, il manqua d’être piétiné.

Fleur avançait peu à peu avec ses parents vers les portes de la cathédrale, résistant parfaitement au flot de fuyards.

Arnolphe et Lyonide firent bloc avec le comte pour rejoindre la comtesse. Un démon chargea Arnolphe. Il sembla alors à l’archer qu’il était transparent. Le diablotin manqua sa cible. Un autre démon mit un coup d’épée à Arnolphe. L’archer sentit le coup, mais n’eut aucune blessure, bizarrement. Le comte cherchait sa femme en l’appelant. Elle demeurait introuvable.

De son côté, Niscarvin parvenu à se relever, chercha à s’abriter derrière un pilier, mais un homme le percuta, et le saltimbanque se retrouva derechef au sol.

Une fois sortis, Fleur pensait bien aller prêter main forte au comte, mais impossible de regagner l’intérieur de l’église, car les issues étaient bouchées par le flot de croyants en détresse. Elle commanda à ses parents de fuir et de retrouver Fortuné. Elle devait rester pour aider leur suzerain. Ils s’échappèrent en la priant d’être prudente. Non loin d’elle, un diablotin harcelait les fuyards. Elle l’attaqua et le blessa mortellement à la gorge. La créature s’enfuit, en voletant péniblement.

Pendant ce temps, dans la cathédrale, Arnolphe reçut un violent coup d’un diable, mais bizarrement il ne fut pas blessé. Il le signala à Lyonide qui comprit qu’il devait s’agir d’illusions. Arnolphe rechercha la comtesse, à l’aide de son Pouvoir. Il finit par la repérer. Victoriane s’était réfugiée avec d’autres membres du clergé dans la chapelle axiale. Le comte se battait comme un lion, pourfendant deux diablotins.

Niscarvin, toujours terrorisé, tenta de reprendre ses esprits et décida de rejoindre l’archer, qui s’était porté au secours de la comtesse.  C’est alors qu’un diablotin fondit sur lui et le décapita. Il se vit mourir et tenta d’utiliser son Pouvoir pour annuler la blessure. Mais il n’y parvint pas et constata cependant qu’il demeurait indemne. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait, le saltimbanque resta prostré un instant.  

Ayant retrouvé sa femme, le comte chargea Arnolphe de réunir ses compagnons. Les démons illusoires étaient probablement l’instrument d’un attentat magique. Quelqu’un avait jeté un puissant sort pour effrayer la foule. D’ailleurs, les vitraux, dont on avait pourtant entendu le bruit de verre brisé, demeuraient intacts. Il lui ordonna de protéger les gens, de trouver les responsables de cette attaque, et d’enrayer cette panique avec ses compagnons d’armes.

A l’extérieur, Fleur s’efforçait de protéger les fuyards. Comme l’église commençait à se vider, elle put enfin regagner l’intérieur, se préparant à recevoir des réprimandes de son suzerain. Elle remarqua alors avec effroi quelques corps de personnes piétinées à mort. Ses parents auraient pu compter parmi eux si elle ne les avait pas protégés. Niscarvin et Arnolphe lui firent part de la situation. Le comte et sa femme étaient déjà repartis.

Le saltimbanque pensait qu’il s’agissait de sortes d’illusions, des invocations. Il estimait que cela s’apparentait davantage à la magie d’illusion, plutôt qu’à de la magie noire. Mais même l’école de magie de Neuhor au complet ne pourrait en maitriser autant. Seul un groupe de mages très puissants comme des Elfes noirs, ou encore des créatures magiques comme des Faés, des Farfadets pourraient jeter un tel sort. Cependant, il ne voyait pas pourquoi des créatures faériques auraient accompli cet attentat ; cela n’était pas dans leurs habitudes, et un tel acte ressemblait davantage aux Elfes noirs. Dans tous les cas, les invocateurs avaient pu agir soit de l’intérieur de l’église, soit de l’extérieur, mais à proximité. Niscarvin se demanda alors si l’église comptait une crypte, et après investigation, elle en possédait bien une. Ce sort pouvait durer quelques minutes comme quelques heures. Les illusions pouvaient être aussi invoquées de nouveau. Il y avait donc urgence. Les créatures se répandaient en ville, et avec elles le chaos d’une population en détresse.

Le saltimbanque proposa alors d’aller voir la milice. Il s’agissait d’informer les autorités que ces diablotins étaient inoffensifs et leur demander de quadriller la ville pour rassurer la population. Ses deux acolytes acceptèrent, bien que Fleur souhaitât retourner au plus vite à l’hôtel particulier des Melville, priant pour que son bien-aimé, ses parents et son futur beau-père soient saufs. Elle se rangea toutefois à leur avis, consciente qu’il fallait rassurer la population au plus vite.

Dehors, la foule s’était dispersée. Ils empruntèrent une rue, traversèrent le parvis. Un homme, recroquevillé contre un mur, gémissait, persuadé qu’il avait le bras coupé. Fleur tenta bien de le rassurer, en vain. Comme d’autres souffraient des mêmes tourments, elle leur commanda de se ressaisir, qu’il s’agissait d’illusions et de répandre le message autour d’eux. Elle parvint à instiller le doute dans leur esprit. Les trois frères d’armes pressèrent le pas, remontant une grande rue. Celle-ci était bloquée par un chariot renversé, écrasant un homme, dont le cheval, affolé, ruait. Près de lui, des enfants pleuraient. Fleur leur parla, les rassura. Arnolphe, lui, calma le cheval ; il lui parlait doucement, lui cacha les yeux, lui donna une pomme, si bien que le cheval cessa de ruer. Niscarvin en profita alors pour couper les sangles avec son poignard de botte. A eux trois, ils tentèrent ensuite de soulever la charrette. Ils y parvinrent très laborieusement. Fleur commanda alors aux enfants de caler le chariot, en leur donnant des ordres précis. Une fois l’homme libéré, Niscarvin soigna bien ses deux jambes, lui fabriquant des attelles de fortune. Comme les enfants avaient peur des démons, Fleur parvint à les convaincre d’aller chercher un médecin, en leur expliquant qu’il s’agissait d’illusions inoffensives.

Ils repartirent ensuite vers la milice. On entendit soudain des cris approchant qui remontaient la rue dans leur direction. Un groupe d’habitants était poursuivi par trois démons. Niscarvin et Fleur protégèrent Arnolphe qui visa l’une des créatures. Pour une fois, il ne fit pas mouche. Un démon toucha Fleur, mais elle ne fut pas effrayée, elle savait parfaitement qu’il était inoffensif. Elle riposta, et lui enfonça son épée dans la gorge. Elle commanda à la foule de prendre les armes, leur disant que l’on pouvait les vaincre. Les braves gens l’écoutèrent, un peu rassurés, mais ils n’avaient pas d’armes et se sentaient donc bien incapables de les combattre. Niscarvin vit un homme se faire transpercer par un démon et s’effondrer. Naturellement, il n’était pas mort, mais il croyait l’être, et demeurait inerte, les yeux grands ouverts. Niscarvin lui parla, le stimula pour lui faire reprendre conscience. Un autre homme croyait être blessé au bras. Fleur vint le rassurer :
« Regardez votre bras. Vous n’avez rien. C’est une illusion. Vous ne risquez rien. »

Ses paroles firent leur chemin dans l’esprit de l’homme. Il la crut. Elle lui dit alors de répandre la nouvelle. Convaincu, il lui promit d’alerter tous ceux qu’il croiserait.

Arnolphe invita toutefois ses compagnons à presser le pas. Ils ne pouvaient aider tout le monde. A peine remis en route, Arnolphe aperçut une colonne de fumée. Ils décidèrent de se rendre sur les lieux et trouvèrent en effet des maisons en feu. Fleur reçut une suie dans son œil valide. Aveuglée, elle entendit cependant quelqu’un hurler que des enfants se trouvaient encore à l’étage, prisonniers des flammes. Les trois acolytes décidèrent de les aider. Mais face au brasier, ils ne surent que faire. Niscarvin eut l’idée d’aller dans la maison d’en face, de prendre une corde et de faire un grappin pour aller libérer les enfants. Fleur demanda aux gens de leur fournir une corde et un grappin. Ils apportèrent une corde. Les trois compagnons entrèrent dans la maison d’en face et grimpèrent au deuxième étage. Niscarvin confectionna un grappin à l’aide d’une crémaillère. Mais le nœud ne semblait pas très solide. Au deuxième essai, Arnolphe parvint à l’accrocher à la fenêtre, d’où leur parvenaient les cris des enfants, prisonniers des flammes. Etant la plus légère et la plus agile, Fleur se hissa sur la corde, avançant précautionneusement. Mais à mi-chemin, la corde céda. La jeune femme tomba, arrivant tout de même à amortir sa chute. Elle sentit aussitôt une douleur aigüe dans sa cheville gauche. En la massant, elle comprit qu’elle devait être foulée.

Ne se décourageant pas, ses deux acolytes tentèrent autre chose. Arnolphe se hissa péniblement sur le toit. Usant de son Pouvoir, il sauta, s’agrippa de justesse au rebord de la fenêtre, faisant de grosses frayeurs à ses camarades. Sentant qu’il allait lâcher prise, puisant derechef dans son Pouvoir, il parvint à l’intérieur de la pièce. La chaleur y était étouffante. Il repéra les enfants : ceux-ci étaient inconscients. Stratège, Fleur suggéra à Niscarvin de faire le nœud et de le passer par la fenêtre. Elle se figura aussi qu’elle aurait dû, dès le début, organiser une chaine humaine pour collecter de l’eau et diriger les secours. Ils auraient aussi pu tenter d’entrer dans la maison en flammes, en s’enveloppant dans des couvertures mouillées. Fleur commanda aux gens de faire une chaîne pour sauver les enfants. Niscarvin puisa dans son Pouvoir pour lancer la corde à Arnolphe, qui fit descendre le premier enfant en douceur. Fleur commanda à deux voisins de préparer de l’eau, et réceptionner l’enfant. Le deuxième enfant descendit un peu vite, mais le saltimbanque parvint à bien le réceptionner. Enfin, Arnolphe sortit à son tour de la maison, en descendant en rappel. Il s’aspergea aussitôt d’eau. Niscarvin examina les enfants, toujours inertes. Il parvint à réanimer le premier, mais il était hélas trop tard pour le second.

Attristés pour le petit enfant, ils arrivèrent enfin à la milice. Le poste se trouvait en alerte, luttant sur tous les fronts. Ils prévinrent les gardes qu’il s’agissait d’illusions. Le garde demeurait sceptique. Fleur lui expliqua alors qu’ils en avaient tués plusieurs à eux trois, et que, atteints plusieurs fois, ils n’en conservaient aucune blessure. Convaincus, les miliciens leur répondirent qu’ils allaient faire passer le message. On les conduit alors à leur capitaine. Fleur se présenta, ainsi que ses camarades. Elle réitéra son exposé des faits. Le capitaine lui fit confiance. Il expliqua que la milice se trouvait en sous effectifs, car une partie de ses unités était partie pourchasser une bande de mercenaires. Il les alerta que des pillages étaient signalés dans les beaux quartiers. Fleur craignit aussitôt pour son bien-aimé et leurs parents. Une peur sourde l’envahit : et si elle arrivait trop tard ?  Le capitaine leur demanda donc de bien vouloir les aider à assurer la sécurité. Ils acceptèrent et Fleur, malgré sa cheville, pressait le pas, très inquiète. Des pillards assaillaient peut-être en ce moment même l’hôtel particulier des Melville. Pour se rassurer, elle se figura qu’ils pourraient se barricader, se défendre au besoin : Korritil était un mage puissant, son père était un brave guerrier, et Fortuné se battait bien.    

Lorsqu’ils arrivèrent dans le quartier des Melville, ils constatèrent aussitôt que le capitaine avait dit vrai. Trois rufians étaient en train de piller une demeure. Arnolphe les entendit dire : « Mettez-leur l’or de côté, et que personne ne s’avise d’y toucher ! On se partage le reste. Raflez tout ce qui a de valeur. » Ils repérèrent Fleur et ses compagnons, et leur conseillèrent de passer leur chemin. Écœurée par ces pillards, la jeune de Lasus dégaina ses lames, n’écoutant que sa rage, leur cria :
« C’est ce qu’on verra. Je suis Fleur de Lasus, et je serai digne, jusqu’à la mort ! »  

Elle avait crié sa devise à dessein ; ses proches l’avaient peut-être entendue, espérant les alerter. « Tenez bon mon aimé ! J’arrive. » pria-t-elle intérieurement. Elle chargea les trois bandits et les blessa mortellement. Des bruits provenant de la maison se firent entendre et trois autres rufians firent leur apparition. Niscarvin en blessa un légèrement. Mais l’un d’entre eux lui asséna un coup mortel dans le dos.

Les trois frères d’armes puisèrent dans leur Pouvoir. Le saltimbanque fit reculer la mort. Pour le protéger, Arnolphe visa les trois bandits : deux furent groggy, mais l’agresseur de Niscarvin parvint à dévier sa flèche. A son tour, Fleur attaqua les trois hommes. Elle en supprima un, et blessa mortellement les deux autres. C’est alors que trois autres rufians vinrent à la rescousse de leurs camarades. Fleur puisa derechef dans son Pouvoir pour les affronter : elle infligea une blessure mortelle à l’agresseur de Niscarvin et blessa gravement ses deux acolytes. Arnolphe en profita pour se désengager et visa : il blessa un des bandits. Fleur, consciente que d’autres rapaces de leur espèce pouvaient encore accourir, commanda aux bandits encore en vie de disparaitre hors de sa vue, et ces derniers ne se firent pas prier.

A l’intérieur de la maison, ils distinguèrent du sang. Mais ils n’eurent pas le temps d’inspecter les lieux, car un mur translucide fit son apparition. Cette barrière translucide barrait la rue et leur empêchait le passage. On pouvait y voir à travers, mais mal. Les trois compères se retournèrent. Ils distinguèrent alors quatre Farfadets et trois démons volant au-dessus d’eux. Arnolphe demeura inébranlable. Ces illusions ne l’effrayaient pas. Un démon s’élança vers Niscarvin et le tua. Fleur, ne se sentant pas capable d’affronter des Farfadets, cria à ses compagnons de se replier et commença à reculer. Arnolphe remarqua alors que les Farfadets semblaient agir de concert, comme s’ils ne faisaient qu’un seul. L’un d’entre eux lui semblait plus réel. Il aida Niscarvin à se relever, et l’exhorta à se ressaisir. Devant leur trouble, le Farfadet rit et lança une incantation. Il envoya par-dessus la barrière translucide un projectile magique qui atteignit leurs cibles. Soudain, des visions d’horreur s’imposa à nos trois frères d’armes. Le ciel devint noir. Les pavés de la rue se transformèrent en lave. Les maisons fondirent. Au milieu d’un cercle, ils virent des proches crucifiés. Fleur vit son Fortuné, ses parents, Korritil, ainsi que ses frères d’armes ; elle détourna le regard, ferma les yeux, se répétant que ce n’était que des illusions pour ne pas céder à l’effroi. Tous les trois furent choqués. Le Farfadet rit de plus bel. Les trois frères d’armes constatèrent cependant que ces visions infernales ne masquaient pas totalement la réalité. Le Farfadet entra tranquillement dans la maison.

Pendant ce temps, les démons ne cessaient d’harceler nos trois héros. Fleur reçut un coup, et demeura choquée, persuadée qu’elle avait mal. Arnolphe reçut un énorme coup propre à l’occire mais il demeura stoïque, convaincu qu’il s’agissait d’une illusion. Un autre démon attaqua Fleur, mais elle se défendit. Niscarvin reçut une blessure légère. Un démon attaqua la jeune femme qui se vit mourir. Elle tomba à genoux, persuadée d’être morte, et ne comprenant pas pourquoi elle ne pouvait utiliser son Pouvoir. Désemparée.

Arnolphe tenta de tirer contre le mur, mais sa flèche se brisa. Un autre démon tua de nouveau Fleur, mais cette fois, elle se ressaisit, comprenant qu’ils étaient bien inoffensifs.

C’est alors que le Farfadet ressortit de la maison avec ses doubles. Un coffret flottait derrière lui. Niscarvin proposa de faire le tour du pâté de maisons pour prendre le Farfadet à revers en contournant sa barrière. Les trois compagnons se mirent à courir. La belle de Lasus, qui souffrait à la cheville, prit sur elle. Arnolphe signala à ses compagnons qu’il n’y avait en fait qu’un Farfadet, ce qui les rassura un peu. Ils arrivèrent à un carrefour. Arnolphe, courant en tête, tomba dans un piège magique ; il crut que le sol se dérobait sous ses pas et pensa s’empaler contre des pieux. Il aurait dû mourir mais le piège n’était pas réel. Arrivés à sa hauteur, Niscarvin et Fleur le firent se relever et le rassurèrent. Le Farfadet leur avait échappé.

Plus le temps passait, et plus Fleur s’inquiétait pour ses proches, brûlant d’envie de courir à leur secours. Les deux hommes convainquirent la jeune femme de retourner à la maison pillée par les bandits. C’était la plus belle du quartier. D’autres demeures avaient été manifestement pillées, ce qui n’était pas pour rassurer Fleur. Le mur était toujours présent, mais ils pouvaient à présent gagner l’intérieur de la maison. Hélas, ils ne pouvaient plus rien pour ses occupants, assassinés par les pillards. Même les enfants n’avaient pas été épargnés. Voyant ces corps, Fleur exhorta ses compagnons à rapidement inspecter les lieux, d’autant que si la milice arrivait, les apparences seraient contre eux. Elle ne croyait pas si bien dire…

Arnolphe examina les objets rassemblés par les pillards. Ceux-ci avaient fait leur sélection, optant certainement pour des effets de valeurs, faciles à revendre comme de l’argent, ou des bijoux. L’or avait également disparu. L’archer fit remarquer à ses amis que certains objets semblaient venir d’autres demeures. Inquiète, Fleur les examina et il lui sembla qu’aucun ne provenait de l’hôtel particulier des Melville, ce qui la rassura un peu. Soudain, ils entendirent des gardes approcher. Ils hésitèrent à quitter les lieux discrètement. Arnolphe partit se cacher à l’étage. Finalement, Fleur et Niscarvin décidèrent de faire face ; après tout, ils étaient venus endiguer les pillages à la demande du capitaine de la milice. Les soldats pénétrèrent dans les lieux. Pour prouver leur bonne foi, ils obéirent à leurs ordres, donnant immédiatement leurs armes. Mais leurs vêtements étaient tachés de sang et ils se trouvaient de faits, sur une scène de pillage, en train d’examiner les objets laissés par les pillards. Ils furent encerclés. Pour les calmer, Fleur se présenta et expliqua qu’ils étaient ici à la demande du capitaine Berthin de Dorond, pour endiguer les pillages. Ils venaient d’anéantir les brigands et pensaient secourir les habitants de la demeure, mais déploraient d’être arrivés trop tard. Les miliciens, sur leurs gardes, ne se laissèrent pas convaincre, d’autant qu’ils entendirent du bruit à l’étage. Deux d’entre eux montèrent, tandis que les autres menaçaient le saltimbanque et la jeune femme à la gorge. Niscarvin leur expliqua que leur ami se trouvait à l’étage. Arnolphe tenta bien de se cacher, puis il se ravisa, préférant lui aussi jouer la franchise avec les autorités. Il se rendit et l’un des gardes déclara à leur meneur en descendant qu’il en avait trouvé un autre. Fleur tenta de nouveau de les convaincre de leur bonne foi, perdant patience. Elle s’insurgea :

« Je suis promise à Fortuné de Melville, qui habite tout près d’ici. Vous croyez vraiment que j’aurais attaqué ses voisins ? Je suis une baronne, pas une pilleuse ! »

Les gardes n’en démordaient pas. Elle insista :    
« Allez à l’hôtel des Melville, si vous ne me croyez pas ! Ils vous confirmeront. »

L’un des gardes lui rétorqua qu’il n’en était pas question ; ils ne prendraient pas le risque de se disperser.

Les soldats ramenèrent les trois compagnons à la milice pour clarifier leurs dires. Hélas, le capitaine était absent. Les gardes les descendirent en cellule. Fleur déplorait le temps perdu. Elle s’était trouvé à deux pas de ses proches et à cause de ces imbéciles, elle perdait encore un temps précieux pour les secourir. Ne désarmant pas, elle les supplia de l’écouter. Ils lui répondirent qu’ils avaient autre chose à faire. Prête à tout pour aider les siens, elle leur demanda derechef d’envoyer des hommes à l’hôtel particulier des Melville, pour vérifier leurs dires, arguant qu’elle était très inquiète pour ses proches. Korritil, songea-t-elle, ne serait peut-être pas ravi de voir la milice débarquer à sa porte, envoyés par sa future belle fille, mais au moins, si l’hôtel se trouvait assailli, elle leur envoyait des renforts bienvenus. Cette fois, les gardes se laissèrent convaincre et on lui fit savoir que cela serait fait. C’est alors que des bandits furent placés dans leur cachot. Aussitôt, ils reluquèrent la jeune femme :

« Vise un peu la pouliche ! »

La jeune femme recula, tandis que ses deux frères d’armes se placèrent devant elle. Arnolphe tenta de les intimider, mais ces rufians ne le trouvèrent pas bien menaçant. Fleur, redoutant pour sa vertu, puisa dans son Pouvoir et les menaça courageusement :  

« Je suis noble et promise, imbéciles ! Essayez un peu de me toucher et il en vous cuira. Non seulement vous aurez affaire à ma famille, mais aussi à celle de mon promis. Toujours tentés ? »

A en juger par son langage châtié, son parfait maintien, et sa tenue de qualité, elle devait dire vrai et ils n’avaient pas envie de se frotter à deux familles nobles. Ils reculèrent et la laissèrent en paix.

Une heure plus tard, le capitaine de la milice revint. Berthin les fit libérer et s’excusa, leur expliquant que ses hommes avaient agi par prudence. On leur rendit leurs armes. Au comble de l’inquiétude, Fleur lui demanda si ses hommes s’étaient rendus à l’hôtel particulier des Melville. Il lui répondit qu’ils avaient bien subi une attaque des pillards. Mais ils allaient bien, seul Korritil le Blanc était blessé. Ils s’étaient réfugiés dans la tour du mage. Le capitaine les informa aussi que les démons avaient disparu et que le calme revenait à présent en ville. Les trois compères lui expliquèrent ce qu’ils avaient vu : les bandits, le Farfadet partant avec un coffre. Fleur demanda à qui appartenait la maison pillée. Le capitaine répondit qu’il s’agissait d’un bourgeois, non mage. Il leur fit savoir que les mages, informés de la situation, enquêtaient sur cette affaire d’attaque magique. Cependant, il sembla à la jeune femme que le capitaine ne leur disait pas tout.

Une fois libres, Fleur pressa ses compagnons. Elle n’y tenait plus, elle devait retrouver ses proches. Ils se dirigèrent vers l’hôtel particulier des Melville. De l’extérieur, tout semblait tranquille. Arnolphe remarqua des serrures forcées. Ils se rendirent à la tour. Cela faisait trois heures qu’ils s’étaient perdus de vus dans la cathédrale.  Dès qu’elle apparut, Fortuné s’empressa de prendre la jeune femme entre ses bras qui se blottit contre lui avec bonheur.
« Ma Fleur, vous voilà enfin…
- Fortuné, mon aimé, j’ai eu si peur ! »

Ils s’embrassèrent passionnément ; personne ne trouva à redire, après les épreuves qu’ils venaient de traverser.
Puis elle manifesta son soulagement auprès de ses parents et de Korritil. Ne lâchant pas la main rassurante de Fortuné, elle remarqua que son bien-aimé portait quelques ecchymoses sans gravité, et que le mage avait un bras en écharpe. Se sentant coupable, elle s’excusa de n’avoir pas pu leur prêter main forte, ayant tout fait pour les rejoindre au plus vite. Elle leur demanda ce qu’il leur était arrivé. Korritil lui fit savoir qu’ils ne lui en voulaient pas. Fortuné avait pris quelques coups dans la bousculade. Le mage lui expliqua qu’il devait son bras cassé à un imbécile qui l’avait piétiné dans la cathédrale. Quant aux pillards, ils s’étaient repliés dans sa tour, qui était protégée ce qui les avait fait fuir. Elle le remercia de les avoir protégés.

Niscarvin soigna la cheville de la jeune femme. Fortuné lui demanda où elle était, lui expliquant qu’ils étaient tous très inquiets de ne pas la voir revenir. Fleur leur fit part de la mission que le comte d’Enro leur avait confié et narra leur périple à travers la ville. Ils avaient sauvé des gens en détresse, puis ils avaient informé la milice que les diablotins étaient des illusions, et qu’il fallait rassurer la population. Elle précisa que ces créatures avaient été lancés par des Farfadets, ce qui surprit un peu le mage. Puis, ils s’étaient rendus dans leur quartier, avaient affronté des bandits, avaient croisé la route d’un Farfadet, avant d’être arrêtés par erreur par « ces stupides miliciens » qui les avait pris pour des pillards ! Elle décrivit à Korritil les sorts lancés par le Farfadet qu’ils avaient croisé : le mage les identifia sans mal. Elle précisa que le Farfadet était parti avec un coffre, supposant que la créature cherchait peut-être quelque chose en particulier. Elle lui demanda s’il connaissait les gens habitant la demeure pillée, mais il ne les connaissait pas spécialement. Elle leur fit part de l’hypothèse de son suzerain : une attaque magique pour déstabiliser la messe. Korritil ne savait pas quoi en penser. Les Farfadets, en nombre suffisant, en avaient la capacité. Mais il expliqua qu’une telle agression n’était pas dans leurs habitudes. C’était plutôt des créatures facétieuses qui ne se mêlaient pas aux humains.        

  L’après-midi touchait à sa fin. Fleur trouva plus sage avec ses compagnons d’informer son suzerain de l’avancée de leurs investigations. Avant de repartir, elle étreignit son promis, lui promettant d’être prudente.

Ils se rendirent donc à l’auberge du Porc-épic, où logeait le comte. Non loin de là, ils entendirent des chiens s’attaquer à un homme. Le malheureux appelait à l’aide. Arnolphe décida de le secourir. Les chiens aperçurent les trois frères d’armes. Tandis que trois molosses s’acharnaient sur l’homme, les quatre autres menacèrent les nouveaux venus. Stratège, Fleur songea qu’elle devait se mettre à couvert, contre un mur, dans une porte cochère, pour éviter d’être assaillie de toutes parts. Deux molosses s’élancèrent vers elle. Le premier la manqua. Le second trouva une prise mais la jeune femme s’en sortit indemne. Niscarvin fit face à deux chiens, comme Arnolphe, blessé légèrement par une morsure. Fleur décida alors d’attaquer tous les molosses en usant de son Pouvoir, et tua tous les chiens, distribuant des coups d’estoc d’une efficacité redoutable. Niscarvin soigna aussitôt l’homme qui les remercia. Il lui demanda d’où venaient ces chiens. Ils devaient probablement provenir d’un chenil et s’étaient échappés à la faveur de la confusion en ville.

Tandis qu’ils approchaient de l’auberge, Fleur se sentait encore coupable : elle n’avait pas aidé le comte dans la cathédrale, et elle était arrivée trop tard pour défendre ses proches contre les pillards. Heureusement, son futur beau-père était un mage puissant et avait fait le nécessaire. Néanmoins, à présent, elle s’attendait à recevoir des réprimandes de son suzerain. Niscarvin, voyant son air contrarié, discuta avec elle. Il la rassura. Le comte comprendrait certainement qu’elle ne pouvait pas abandonner ses parents à leur sort. Et par ailleurs, il lui fit remarquer que ce n’était peut-être pas très judicieux d’être venue à Neuhor avec ses parents. Lorsque le comte faisait appel à eux, c’était toujours à dessein. Servir son suzerain n’était pas sans danger. Le saltimbanque faisait preuve de bon sens. Elle devait en convenir. Mais, un peu de mauvaise foi, elle se justifia en disant qu’elle ne pensait pas que Fortuné la demanderait en mariage. Mais Niscarvin, qui commençait à la connaître, n’était pas dupe. La belle de Lasus pouvait avoir un petit côté manipulateur parfois. Se sentant percée à jour, elle reconnut alors qu’elle lui avait peut-être un peu suggéré l’idée, ce qui fit sourire le saltimbanque. Elle expliqua, en toute sincérité, qu’elle avait précipité les choses surtout par amour pour Fortuné, justement parce qu’elle ignorait où la mèneraient ses devoirs envers son suzerain et qu’elle ne voulait pas le perdre, avec la distance.  

A l’auberge du Porc-épic, le comte, en train de manger, les reçut. Il leur proposa de se sustenter. Niscarvin et Fleur lui firent leur rapport sur leurs faits et gestes depuis l’attaque à la cathédrale. Le comte leur demanda ce qu’ils avaient appris. Ils parlèrent des Farfadets. Fleur lui rapporta ce qu’elle avait appris de son futur beau-père. Puis, avec l’autorisation de son suzerain, elle demanda à la comtesse ce qu’elle pensait de l’absence du vicaire durant la cérémonie. Victoriane leur apprit que le vicaire était absent à leur instigation. Ils avaient fait en sorte de donner un tour réformé à la cérémonie. Fleur émit alors l’hypothèse que cette attaque était une vengeance en réponse à ce culte jeannot ainsi exposé. Le comte estima que l’hypothèse se tenait, mais cela supposait que les instigateurs de ce coup monté avaient agi en quelques jours, et qu’ils avaient peut-être bénéficié d’informateurs. Le comte ordonna aux trois amis de creuser la piste des bandits, et des Farfadets. Il demanda à Fleur de s’arranger pour avoir une oreille dans le cercle des mages par le biais de son futur beau-père. Il les exhorta à poursuivre leurs investigations sans tarder car les festivités allaient poursuivre leur cours normal et ils disposaient donc de peu de temps. Niscarvin demanda où se trouvait le vicaire. L’homme se terrait chez lui. Le réformateur, Télémaque de Golawyn, était venu en ville, invité par les soins du comte. Damien d’Enro disposait d’alliés, mais il devait savoir qui tirait les ficelles pour pouvoir agir. L’idéal serait que les trois frères d’armes lui rapportent ces informations dès le lendemain, au banquet.

Ne voulant pas perdre de temps, les trois amis retournèrent à la milice. Ils discutèrent en chemin de la marche à suivre et des questions à poser. Le capitaine les reçut. Ils leur demandèrent pour interroger les bandits. Mais le capitaine Berthin de Dorond hésita. Il leur demanda pourquoi il leur accorderait ce droit-là. Fleur fit valoir que les événements étaient graves, que toute aide était la bienvenue, et que par ailleurs, elle se sentait d’autant plus concernée qu’elle voulait protéger ses proches, ses parents et les Melville. Berthin les informa qu’il avait capturé d’autres bandits qui passaient en ce moment même à la question, devant un greffier. Il leur proposa de l’accompagner, et de poser leurs questions par son intermédiaire. Le bourreau connaissait visiblement son affaire. La torture durait déjà depuis un moment. Le supplicié commença par avouer qu’ils pillaient des maisons. Comme ses aveux évasifs ne suffisaient pas au capitaine, le bourreau lui tira les mots de la bouche. Les bandits avaient agi de concert avec les Farfadets. Il faisait partie d’une compagnie de mercenaires de 150 hommes, commandée par Lydéric le Thane, lui-même mandaté par quelqu’un de plus puissant, mais le capitaine n’avait pas de nom précis à l’esprit. Les Farfadets avaient été contacté par quelqu’un d’autre : Lydéric était un mercenaire, pas un mage. Les Farfadets et les mercenaires avaient donc agi de concert : pendant que les créatures faériques semaient la panique, eux, en avaient profité pour entrer en ville, piller les belles demeures, et se faire leur butin, Le bandit ignorait qui était le commanditaire de Lydéric et refusa obstinément d’indiquer le lieu de rendez-vous après les pillages. Arnolphe demanda alors pourquoi certaines demeures avaient été visitées et pas d’autres. Le mercenaire expliqua qu’ils avaient eu pour ordre de cibler les Réformés. Puis l’archer demanda depuis quand l’opération était prévue. Le supplicié expliqua qu’elle n’était prévue que depuis quelques jours. Ces derniers jours, les Farfadets et les mercenaires avaient brouillé les pistes pour attirer la moitié de la milice à leurs trousses et gagner Neuhor en toute discrétion.

Puis, les trois amis discutèrent avec le capitaine des aveux de l’homme. La compagnie de mercenaires devait être commanditée par des mages puissants, ou un ligueur influent. Il songeait à plusieurs suspects, ayant les motivations, les réseaux et les moyens financiers nécessaires à une telle machinerie : le duc d’Eriol, le comte de Sodavlac, le comte d’Ereu connu pour être encore plus extrémiste, sans compter leurs barons. Dans le comté d’Enro, l’autre baron, Martial d’Olennaç, était un Albien.

Lorsqu’ils quittèrent la milice, il était bien tard dans la soirée. Ses deux amis raccompagnèrent Fleur avant de regagner l’auberge du Porc-épic. Il faisait nuit et elle songea, embarrassée, qu’elle avait manqué le repas du soir. Elle fut accueillie par Korritil qui lui demanda où elle était passée, sans la réprimander toutefois. Il comprenait bien qu’elle servait son suzerain. Elle s’excusa sincèrement, mais elle avait glané des informations cruciales à la milice, elle devait impérativement en discuter avec lui. Après avoir savouré un repas chaud, Fleur lui expliqua que le comte d’Enro l’avait chargée avec ses deux amis de découvrir, dans les plus brefs délais, qui pouvait avoir fomenté cette attaque. Fleur demanda d’abord à son beau-père ce qu’il savait du duc. Cousin du précédent, Léonard de Prévert était plutôt pro-réformé, mais n’avait pas encore pris de position claire pour l’heure. Elle lui narra ce que son suzerain lui avait appris : que la cérémonie fût la cause de l’attaque ne faisait plus vraiment de mystère. Elle lui précisa que sa demeure, selon les aveux du supplicié, n’avait pas été ciblée au hasard, mais le mage s’en doutait déjà. Comme la plupart des mages de Neuhor, il était Réformé et ne s’en cachait pas. Puis, elle lui demanda, ainsi qu’à son père, s’il connaissait des personnes suffisamment puissantes et ayant les motivations pour fomenter une telle attaque. Korritil songeait à plusieurs suspects. Il évoqua un mage demi-elfe, pro-albien, partisan de la Ligue, qui se faisait appeler Egratir Elomien. Mais il avait été écarté de Neuhor, depuis longtemps. Il n’était toutefois pas improbable que l’homme se terrait, protégé par un appui puissant. Korritil expliqua que cela pouvait être aussi un coup du clergé. Il connaissait le vicaire : c’était un pro-albien, mais il était vieux, et n’avait pas l’étoffe pour monter une telle attaque. S’il était impliqué, c’était en tant qu’informateur ou en ayant fermé les yeux. En revanche, l’abbé de Saint Neou, à la tête d’un puissant monastère albien, en était tout à fait capable, d’autant qu’il bénéficiait de réseaux internationaux.

Korritil pensa aussi au comte de Sodavlac. Fleur lui demanda alors s’il pourrait la mettre en contact avec un mage participant à l’enquête en cours. En effet, la milice avait sollicité l’aide de Korritil, mais étant blessé, il avait décliné leur demande. Il lui proposa de l’emmener à l’école de magie, dès le lendemain matin. Elle le remercia de son aide.    

Puis Fleur s’isola avec Fortuné, avant de regagner sagement sa chambre. Blottie contre son promis, elle se montra très tendre, consciente que, même s’il ne s’en vantait pas, il avait dû se faire un sang d’encre pour elle, et qu’elle n’avait pas été très présente pour lui dans ces dures épreuves. Elle lui déclara qu’elle avait eu peur pour lui. Il lui avoua qu’il s’était beaucoup inquiété. Ils s’embrassèrent. Puis, Fleur lui reparla, à dessein, de la cérémonie, lui demandant ce qu’il avait pensé du discours de Télémaque de Golawyn. Elle constata que le réformateur avait convaincu son promis, au point qu’il était décidé à se réformer. Ravie, elle le félicita. C’était de très bon augure pour sa rencontre avec son frère, Guilhem, Réformé convaincu, et pour leur mariage. Sachant que sa belle devait poursuivre ses investigations le lendemain, Fortuné lui fit comprendre qu’il avait eu très peur pour elle et l’exhorta à être prudente. Fleur en fut très touchée, et se rendit compte qu’elle avait pris l’habitude de se battre seule. Seulement, désormais, elle n’était plus seule, et que son promis veuille la protéger était parfaitement légitime. « Tu es adorable… », lui murmura-t-elle. Elle lui rappela qu’elle pouvait compter sur ses amis. Mais il demeurait sceptique. Servir le comte d’Enro exposait sa promise à des dangers, et elle prenait, à son goût, trop de risques, lui revenant à chaque fois blessée. Cet après-midi-là, elle était justement revenue en boitant.

Sachant qu’il ne s’agissait pas d’affronter les Farfadets, juste d’éclaircir les faits, elle lui proposa pour le rassurer :
« Sinon, si tu veux veiller personnellement sur moi, tu pourrais m’accompagner ? »

C’était bien ce qu’il voulait, et il lui fit comprendre qu’il ne la lâcherait pas d’une semelle.          

En ce 11e Moisson (22 juin), les festivités devaient reprendre leur cours normal, malgré les dures épreuves de la veille. C’était donc le jour de l’adoubement des jeunes chevaliers, de leurs démonstrations d’adresse, et la ville de Neuhor offrait au soir un banquet où tous étaient conviés.  

Au matin, Korritil le Blanc, accompagné de Fortuné et de Fleur, se rendit à l’école de magie. Niscarvin, sous l’effet de la morphée, et Arnolphe se joignirent à eux. Timorée, la jeune femme préférait savoir son futur beau-père bien protégé, au cas où.

On les reçut. Aidée par Korritil, la jeune femme obtint les renseignements qu’elle cherchait. Le sort lancé lors de la cérémonie était le fait d’une cinquantaine de Farfadets, car il fallait bien un lanceur par illusion. Ces créatures suivaient leurs propres règles. On lui rapporta qu’ils avaient provoqué des incidents dans la région, dix ans auparavant, en 1537. A cette époque, ils avaient causé cette agitation parce qu’ils étaient courroucés. Des héros felxirois étaient intervenus, ils avaient depuis conclu un accord avec eux, et les créatures faériques s’étaient tenues jusque-là tranquilles. Fleur demanda pourquoi l’or semblait tant les intéresser. On lui répondit qu’ils en avaient besoin pour leur magie. Ils le conservaient, disait-on, dans un chaudron, qui n’apparaissait qu’au pied d’un arc-en-ciel. Ce qui surprenait ses interlocuteurs était de voir un groupe aussi important attaquer, et sans motif apparent de surcroit. C’était certainement le commanditaire, dont Korritil leur avait parlé, qui avait pris contact avec eux. Les mages pensaient pouvoir les localiser et entrer en contact avec eux pour tenter d’en apprendre davantage sur ce puissant donneur d’ordres, et aussi, lui expliqua Korritil, pour trouver un terrain d’entente avec eux, car l’école de magie ne pouvait tout simplement pas affronter toute une communauté de Farfadets.

La plupart du temps, les Farfadets restaient chez eux, à l’écart des humains, mais après leur coup d’éclat en 1537, quelqu’un avait pu prendre contact avec eux. Les Farfadets, avares, avaient pu être appâtés par l’or. Lorsque Fleur demanda leur opinion sur le commanditaire, l’école ne prit pas position. Elle n’insista pas et Korritil lui en livra la raison. Les mages, d’une manière générale, très liés aux questions religieuses et politiques, ne tenaient pas à aborder ce sujet sensible. Certes, ceux de Neuhor étaient majoritairement pro-réformés. Les Albiens ultras avaient été chassés de l’école. A Néac, en revanche, on trouvait surtout des mages albiens. Mais Orlandeau, le fils aîné de Korritil, mage d’eau, fils d’un Réformé, s’y trouvait bien, ce qui étonna un peu la jeune femme.  Il fallait à présent attendre que les Farfadets soient contactés par les mages. Korritil se tenait informé.

Forte de ces informations, Fleur remercia son futur beau-père pour son aide précieuse, et se rendit à l’auberge du Porc-épic, en compagnie de son bien-aimé et de ses amis. Elle livra au comte les informations qu’ils avaient récoltées à la milice, et à l’école de magie. Le comte leur demanda de creuser la piste de la bande de mercenaire, auprès de la milice. Il fallait retrouver ce Lydéric le Thane. Damien d’Enro allait, de son côté, contacter le duc, et les tiendrait informés.

Puis ils retournèrent à la milice, en compagnie de Fortuné. Fleur, encore rancunière envers ceux qui avaient osé la prendre pour une voleuse, songea : « Au moins, ces imbéciles ne me mettront pas au cachot cette fois-ci ». Le capitaine les reçut. Il eut la courtoisie de s’excuser auprès de Fortuné pour la méprise dont avait été victime sa promise. Berthin, qui se prenait de sympathie pour la belle de Lasus, expliqua qu’il avait envoyé 350 hommes à la poursuite de la bande de mercenaires. Les rumeurs parlaient alors de 200 à 300 mercenaires rôdant dans la région. Avec la quatrième guerre de religion qui ravageait le royaume, celui qui voulait louer des épées pouvait en trouver sans difficulté. Le comte d’Ereu prêtait main forte aux miliciens, avec 25 hommes, et était parti avec eux. Après la cérémonie, ses gardes de la porte sud attaqués par des démons, affolés, avaient quitté leur poste. Les Farfadets avaient ainsi aidé les bandits à quitter la ville. Intriguée, Fleur demanda au capitaine pourquoi le comte d’Ereu était parti avec la milice. Berthin lui répondit que le seigneur s’était proposé à appréhender les mercenaires, avec son mage, Radarad, comme cette bande se dirigeait, selon les rumeurs, vers le nord. Toutefois, ces informations s’étaient révélées inexactes et le capitaine reconnut qu’il ignorait de qui elles provenaient. A présent, il avait rappelé ses troupes, pour protéger la ville, et renforcer la sécurité pendant les festivités. Le comte d’Ereu était également de retour et serait présent au banquet. Selon ses dernières informations, les mercenaires avaient pris la direction du Sud.

En quittant la milice, Fleur et ses amis se donnèrent rendez-vous au banquet, puis elle regagna l’hôtel particulier des Melville avec son promis. Elle se fit belle, coiffée, maquillée, habillée d’une très belle robe de soirée. Puis elle en profita pour demander à Korritil si les mages avaient pu en apprendre davantage. Elle lui fit bien sûr part des nouvelles fraîches dont elle disposait. Les mages avaient réussi à contacter les Farfadets, mais ces derniers se montraient un peu de mauvaise foi. Pour eux, il ne s’agissait que d’une bonne blague, qui leur avait permis, en plus, de gagner de l’or. Ils se disaient désolés d’avoir provoqué des morts. Il ne s’agissait pas en tout cas d’une alliance durable. Les Farfadets n’avaient donné aucun nom de commanditaire, mais les mages songeaient à plusieurs suspects, parmi lesquels figurait le comte d’Ereu. Fleur demanda à Korritil s’il connaissait Radarad. Il lui répondit que c’était un mage spécialisé dans la magie animale, donc capable de contacter des créatures faériques, en déduisit Fleur. Toutefois, il la mit en garde. Cela ne prouvait rien. Bien des mages étaient capables de le faire. La culpabilité du comte d’Ereu restait à démontrer. Les propos des Farfadets étaient à prendre avec précaution car ceux-ci étaient facétieux. Et les mages ne tenaient pas à s’impliquer dans les querelles des puissants.

Le soir vint et l’on se rendit au grand banquet de la Victoire offert par Neuhor. Chaque convive était placé selon son rang, encore que des arrangements se pratiquaient. Ainsi, Niscarvin et Arnolphe se tenaient non loin du comte. Fortuné prit place aux côtés de Fleur, normalement d’un rang supérieur, mais ils étaient en passe de se fiancer. Et, comme lui, la jeune femme se sentait fière de paraître pour la première fois publiquement à ses côtés. Leurs parents les accompagnaient.

Avant que le banquet ne débute, Fleur et ses amis allèrent trouver le comte d’Enro pour lui livrer le fruit de leurs dernières investigations. Le seigneur se montra satisfait et leur dit qu’ils avaient bien travaillé. De son côté, il avait pu contacter le duc. Celui-ci avait bien évidemment été mis au courant de l’affaire. Les informations rassemblées par les trois amis concordaient avec celles qui étaient parvenues aux oreilles du duc. A moins que les pillards ne s’attaquent aux campagnes, l’affaire était désormais classée. L’incident n’était pas jugé assez important pour justifier la poursuite de l’enquête nécessairement coûteuse. Puis, le comte leur fit savoir que le tournoi se poursuivrait normalement. Il leur conseilla d’user judicieusement de leur Pouvoir durant le tournoi, pour espérer atteindre des places honorables dans les classements. Mieux valait pour eux se montrer raisonnables car ils avaient, comme ils s’en doutaient, peu de chance d’arriver premiers.    

Puis, la prêtresse Victoriane d’Enro procéda aux prières. Au moment des formules d’usage, elle fit un discours appelant à l’apaisement après les incidents de la veille. Elle souhaitait remercier ceux qui, loin d’avoir cédé à la peur et au désespoir, avaient aidé leur prochain et combattu vaillamment les pillards. Elle expliqua que certaines rumeurs malveillantes accusaient les Réformés d’avoir provoqué cette attaque. Elle fit valoir qu’au contraire, les Réformés, en citoyens exemplaires, avaient aidé leurs prochains. Elle nomma alors Fleur de Lasus, Niscarvin le Baladin et Arnolphe Grosjean. Au nom des citoyens de la ville de Neuhor, elle leur remit à chacun 2 000 pièces d’or devant l’assemblée pour leur bravoure et leur dévouement. Puis ils regagnèrent leur place, sous les applaudissements. Fleur fut félicitée par ses proches qui la considéraient tous avec fierté, et trinquèrent en son honneur. Télémaque de Golawyn entama alors un discours. La jeune de Lasus réalisa alors que depuis le début, elle trempait avec ses deux amis dans les manœuvres politiques de son suzerain.  

Au cours de la soirée, Arnolphe but pour décompresser. Fortuné et Fleur, en revanche, restèrent raisonnables. Le jeune de Melville et sa belle se réconfortèrent, se séduisant mutuellement, échangeant des mots doux. Leurs parents n’évoquèrent pas les préparatifs de fiançailles, troublés par les récents événements.

Lorsqu’ils furent de retour du banquet, Fleur fit remarquer à ses proches qu’elle n’était pas dupe de la manœuvre de la comtesse d’Enro. Comme Korritil et son père, elle avait bien compris que la prêtresse l’avait érigée, elle et ses frères d’armes, comme des citoyens exemplaires, comme des héros qui combattaient le Mal, pour servir la cause des Réformés. Mais cela ne l’embarrassait pas. Bien au contraire. Si elle servait, d’une manière ou d’une autre, les intérêts de son suzerain, elle en était satisfaite. De fait, ses proches lui firent remarquer que, vu le courage dont elle avait fait preuve avec ses frères d’armes, elle n’avait pas, dans tous les cas, volé ces honneurs.  

Appréciant bien son futur beau-père, elle se permit de lui demander ce qu’il pensait de cette manœuvre de son suzerain. Korritil comprenait très bien la situation. Il s’était renseigné et d’après lui, le comte d’Enro faisait figure de personnage clef du parti réformé avec le comte de Cheuman, qui demeurait plus réservé car la moitié de ses barons étaient des Albiens. Mais le comte de Sodavlac se trouvait dans la même situation. La capitale du comté d’Enro, Olennaç, était albienne. Le comte d’Enro rassemblait autour de lui le comte de Cheuman, les baronnies réformées de Le Rhave et d’Eppide. A présent, il cherchait à ressouder ses contacts dans le comté des Niramonies, dans lequel les Réformés entendaient montrer leur pouvoir. Chacun essayait de prendre position en l’absence du duc, car il risquait de se prononcer à son retour du couronnement. A cause du duc d’Eriol, Albien extrémiste, les Réformés avaient repris les armes. La situation devenait de plus en plus tendue. L’idée du comte d’Enro était de forcer la main au duc de Dimannor en montrant que Neuhor, sa capitale, était réformée. Mais le comte d’Ereu ne comptait pas se laisser faire. Chaque camp était en train de se positionner, de renforcer ses alliances. Une guerre pouvait éclater. Le mage estimait que la position du roi n’était pas claire. Jusque-là, les Albiens avaient dominé, mais les Réformés étaient revenus en force. Il soupçonnait le comte d’Ereu de rassembler les forces albiennes, et d’avoir fomenté l’attaque magique du Solstice pour contrecarrer les plans du comte d’Enro.  

Aussi, il estimait comme une bonne chose que Fleur fût bien vue par le comte d’Enro. Elle lui fit remarquer d’ailleurs que sa baronnie n’était pas à l’abri d’un conflit interne. Les Lasus étaient suzerains de douze seigneurs. Quatre d’entre eux étaient des Albiens, donc des rebelles potentiels. Son père les tenait en respect pour le moment, mais ils n’attendaient peut-être qu’une occasion pour frapper. Peut-être attendaient-ils qu’elle devienne baronne pour la mettre à l’épreuve ? Mais les choses n’étaient pas aussi simples. Les conflits territoriaux et de lignages étaient à prendre en compte, au moins autant, sinon plus que la religion. Dans le comté d’Enro, l’autre baron, Martial d’Olennaç, était un Albien ; encore une menace potentielle ! Ainsi, en servant le comte d’Enro, elle espérait renforcer les liens avec son suzerain ; une façon de protéger ses terres, dans la menace grandissante d’une guerre.

   Puis elle lui posa une autre question qui la taraudait. Pourquoi le frère ainé de Fortuné, Orlande, qu’elle supposait Réformé, se trouvait à la faculté de Néac, pourtant dominée par les Albiens ? Dans sa jeunesse, Korritil avait lui-même étudié à la faculté de Néac, sa ville d’origine. Ils l’avaient quitté après la mort de sa femme. Sa fille s’était mariée à Neuhor. Mais Orlande, lui, était resté à Néac car la faculté était réputée. Il ne se mêlait pas des querelles religieuses. Les deux facultés de magies étaient rivales pour le prestige. Mais elles étaient aussi complémentaires, et parfois elles devaient travailler ensemble. Pour ses affaires, avoir son fils là-bas était un atout.

En discutant avec elle, le mage cernait de mieux en mieux sa future belle-fille, et commençait à l’apprécier. Fleur avait de l’esprit, du caractère et de l’ambition. Korritil se doutait qu’elle ne serait pas une épouse ordinaire, demeurant dans l’ombre de son mari.


Dernière édition par Fleur le Ven 6 Mai - 17:57, édité 5 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Le tournois de Neuhor (2ème partie)

Message  Fleur le Dim 17 Avr - 19:23

Le 12e Moisson (23 juin), débuta par le concours de combat à mains nues. On pouvait miser sur les cotes avant chaque affrontement. Niscarvin et Arnolphe s’étaient portés candidats. Dans la foule, Fortuné et Fleur, savourant chaque instant, se séduisaient, ce qui les rendaient moins vigilants. Néanmoins, par prudence, la jeune femme s’était contenté d’emporter une bourse de 500 pièces d’or. Comme Arnolphe allait affronter son premier adversaire, Fleur misa 50 pièces d’or sur lui. Il fit d’abord face à un soldat très musclé. L’homme attaqua tout de suite, mais l’archer esquissa son poing. Le soldat fit une autre tentative maladroite. Arnolphe manqua aussi sa cible. Le soldat lui asséna subitement un violent coup de poing. Grâce à son Pouvoir, l’archer l’esquiva, riposta à son tour, mais le soldat lui échappa. Arnolphe évita un autre coup. Le combat acharné s’avérait serré. Lorsque le soldat manqua une nouvelle fois son adversaire, il râla, lui disant de cesser de se tortiller comme une anguille. Arnolphe se défendait bien, bloquant toutes ses attaques. Le soldat parvint à placer un coup. Mais ensuite, le combat s’accéléra. Arnolphe encaissa, et lui rendit la pareille, Il en reprit un autre avant de riposter. Il flanqua alors au soldat son poing dans le visage, brisant plusieurs dents, explosant ses lèvres. L’arbitre déclara alors Arnolphe vainqueur du duel. Ravie, Fleur regagna 85 pièces d’or en plus de sa mise.

Ce fut ensuite à Niscarvin d’affronter à mains nues son premier adversaire. Fleur misa 50 pièces d’or sur son ami. L’homme, teigneux, lui asséna d’emblée un crochet dans le ventre. Le saltimbanque se défendit. Mais son adversaire s’acharna. Il voulut lui donner un violent coup de boule, mais se cogna contre le poteau du ring. Furieux, il se déchaina contre Niscarvin et le foudroya d’un violent coup de poing qui lui fit mordre la poussière. Le saltimbanque, déçu, fut réconforté par ses amis.

Arnolphe affronta un deuxième adversaire. Fleur misa de nouveau 50 pièces d’or, confiante. Niscarvin, plus généreux, engagea mille pièces d’or. L’homme attaqua en premier, mais il manqua sa cible. Arnolphe lui infligea un premier coup, avant de l’enchainer. Son adversaire parvint un instant à reprendre l’initiative. Il lui assena un gros coup de poing. Mais Arnolphe l’acheva en lui portant un violent crochet dans les cottes. Sa victoire rapporta de nouveau à Fleur 85 pièces d’or.

Hélas, il rencontra en troisième adversaire, un redoutable combattant, quart de finaliste, et posseux. Cette fois, Fleur ne misa rien et conseilla à Fortuné d’en faire autant. Elle continua toutefois d’encourager son ami avec Niscarvin. Durant trois rounds, les deux adversaires se jaugèrent, manquant leurs attaques. Arnolphe infligea une blessure légère à son adversaire, qui la réduisit grâce à son Pouvoir. Furieux, il enchaina l’archer et remporta le combat. Aussitôt, Arnolphe fut soigné par des médecins. Fleur et Niscarvin le félicitèrent.

Pendant ce temps, d’autres duels à mains nues avaient cours. Fortuné et ses amis encourageaient les combattants, et pariaient, tandis que Fleur regardait, se sentant plongée dans un univers extrêmement masculin. Toutefois, lorsqu’elle sentait un posseux parmi les combattants, elle conseillait Fortuné. Niscarvin misa 1 000 pièces d’or sur dix autres combats, privilégiant les posseux, et les favoris. Il perdit finalement dix pièces d’or.

Puis Fleur partit se préparer pour le concours de reine de beauté du tournoi. Niscarvin lui proposa son aide pour la coiffer et la maquiller. La baronne Filendile assista le saltimbanque. Comme Fleur hésitait longuement sur la tenue la plus appropriée, fouillant dans ses malles, Fortuné, amusé de la voir tracassée par des préoccupations toutes féminines, lui conseilla de mettre sa plus belle robe. Aussitôt, elle se rangea à son avis et le pria de la laisser se changer. Elle opta pour la merveilleuse robe de bal, taillée par des mains d’Elfe, qu’elle avait porté à la réception du comte d’Enro, ravie de pouvoir la porter pour Fortuné. Puis, elle s’abandonna aux bons soins de Niscarvin, qui usa de son Pouvoir, assisté par la baronne. Bien coiffée, bien maquillée, elle était de toute beauté, prête à affronter ses rivales, qui étaient des jeunes filles de la noblesse, et non des courtisanes rompues. Elle avait donc ses chances. Lorsqu’elle reparut devant son promis, et qu’elle se soumit humblement à son jugement, Fortuné l’admira longuement, ébloui, et la complimenta. Touchée, elle arbora un sourire radieux, l’embrassa passionnément. Se souvenant qu’il désapprouvait sa participation, elle lui dit qu’elle l’aimait, que son cœur était à lui, et qu’elle brillerait pour lui.

Dans l’après-midi, les treize candidates au titre de reine de beauté du tournoi, sélectionnées par un jury, furent appelées à défiler sur la tribune, devant les chevaliers. Elles prirent place dans une loge. Les chevaliers passèrent juger chacune d’entre elles. Elles défilèrent dans l’ordre suivant, toutes plus jolies les unes que les autres :

1ère : Emeraudine d’Ateniarde (score de séduction :16)
2e : Emaline de Bame (score de séduction : 19)
3e : Hilary de Melusen (score de séduction : 19)
4e : Delphine de Mortenc (score de séduction : 22)
5e : Odile de Bernan (score de séduction : 26)
6e : Philippine de Vronte (score de séduction : 27)
7e : Fleur de Lasus, avec son Pouvoir (score de séduction : 32)
8e : Gilberte de Monpesant (score de séduction : 25)
9e : Evelyne de Choibers (score de séduction : 21)
10e : Désirée de Lonveux (score de séduction : 30)
11e : Elise de Tillé (score de séduction : 22)
12e : Harmonia de Chanbois (score de séduction : 22)
13e : Adélaïde de Bagrieux, une demi-elfe d’une beauté surréelle (score de séduction : 35)


Fleur fut donc élue première dauphine, derrière Adélaïde de Bagrieux, qui lui ravit de peu la couronne de reine de beauté du tournoi. Lorsqu’elle put rejoindre ses proches, Fleur afficha un sourire de façade, un peu déçue. Pour ne rien arranger, ses amis la taquinèrent. Même Fortuné reconnut que cette petite Adélaïde était quand même très belle. Offusquée, Fleur lui rétorqua d’un air pincé : « Vous n’allez pas vous y mettre, vous aussi ? » Il s’amusa de sa jalousie qu’il jugeait bien infondée. Puis, pour ne pas la courroucer, il la rassura en lui rappelant qu’elle était la seule qui comptait à ses yeux, et qu’il était fier de l’épouser.

Son titre de première dauphine lui accordait le droit de paraître au bal avec le cavalier de son choix, après la reine. Et naturellement, elle désigna Fortuné. Elle n’était pas reine, mais au moins, cette fois-ci, elle profiterait pleinement du bal aux côtés de son bien-aimé, et ne serait pas harcelée par des courtisans.  

Le soir venu, ce fut d’abord à la reine de beauté du tournoi d’ouvrir le bal. Mais la belle Adélaïde de Bagrieux se prit les pieds dans sa robe. Le regard aiguisé, Fleur jubila intérieurement. Mais le cavalier de la reine, qui visiblement était un excellent danseur, lui permit de sauver la face.

   Puis ce fut au tour de la première dauphine et de son cavalier d’entrer en scène. Fortuné dansait bien, mais Fleur, usant de son Pouvoir, fit montre d’une grâce et d’une agilité exceptionnelles, donnant une leçon de danse à toute l’assemblée, récompensée par de chaleureux applaudissements. Fière d’elle, elle faisait non seulement honneur à son promis, mais elle avait aussi éclipsé sa rivale, le temps d’une danse.

Aux concours de spectacles, Niscarvin présenta une farce (score 29), l’histoire d’un gobelin qui cherchait une catapulte parce que c’était un boulet. Il souleva des fous rires en cascade dans toute l’assemblée, remportant un franc succès. Avec cette farce, il avait bon espoir de se hisser parmi les meilleurs, voire de rafler la première place.

Le 13e Moisson (24 juin) débuta avec le concours de tir. Arnolphe y participa, encouragé par ses amis. A l’issue du premier tour, il se qualifia sans difficulté. La moitié des concurrents était déjà éliminée. Il franchit aisément le second tour. Les choses se corsèrent au cours du troisième tour, mais il parvint à se qualifier, puisant à deux reprises dans son Pouvoir. Au début du quatrième tour, il restait quinze participants. Certains possédaient le Pouvoir. Mais l’archer accéda à la finale. Il restait à présent huit redoutables tireurs. Certains participants commencèrent à fléchir. Mais le favori marqua 142 points. Ce fut alors au tour d’Arnolphe. Malchanceux, il puisa dans son Pouvoir, à deux reprises, mais cela ne fut pas suffisant. Il finit tout de même huitième du tournoi, récompensé par 1 000 pièces d’or et une broche avec son nom.

 Dans l’après-midi, eut lieu le tournoi de chevalerie. Fleur y assista dans les tribunes en tant que première dauphine. Adélaïde, un peu rancunière, lui faisait sentir qui était la reine. Mais la belle de Lasus ne s’en offusquait pas ; elle avait digéré sa défaite et avait passé une merveilleuse soirée au bras de son bien-aimé. Les jouteurs offrirent un beau spectacle. Le comte d’Enro remporta son premier duel facilement. Son deuxième duel s’avéra en revanche plus difficile, mais il parvint à l’emporter, puis il élimina son troisième adversaire, se hissant en quart de finale. Huit chevaliers restaient alors en lice. Damien d’Enro passa les quarts et rencontra en demi-finale le comte d’Ereu. Il fut vaincu à la joute, mais demanda le duel. Il finit par vaincre son adversaire. En finale, le comte d’Enro fit face à un redoutable chevalier d’Alsorain, Wilfrid d’Evosque. Le combat fut acharné, mais la victoire revint au chevalier d’Alsorain.

 La reine de beauté du tournoi remit leur prix aux deux premiers, tandis que Fleur récompensa le comte d’Ereu et les suivants. Elle se montra très charmante, dissimulant son opinion sur celui qui avait peut-être gâché la messe du Solstice organisé par son suzerain.

Le soir, Niscarvin présenta un autre spectacle, proposant cette fois-ci un excellent drame, très applaudi. Fleur, usant de son Pouvoir, dansa extrêmement bien (score : 26).

Le 14e Moisson (25 juin), donnait lieu au tournoi de combat en armes. Ils étaient trois à concourir : Niscarvin, Fortuné et Fleur.

Le saltimbanque eut comme premier adversaire un jeune homme armé d’une hallebarde. Les paris furent ouverts. La timorée Fleur misa 100 pièces d’or. Niscarvin misa 1 000 pièces d’or sur lui-même. Arnolphe, qui encourageait ses amis, misa 1 000 pièces d’or. Niscarvin partait grand favori. Il porta une première attaque mais elle fut parée par la targe du jeune homme. Il insista et toucha son adversaire. Mais sa troisième attaque manquée donna une occasion de frapper à son adversaire qui en profita. Le hallebardier retint sa force pour ne pas le tuer, le blessa gravement, Niscarvin la réduisit en légère grâce à son Pouvoir, et reprit l’offensive, mais le hallebardier se défendait bien. La hallebarde l’effleura. Le combat se révélait plus serré qu’il n’y paraissait. Le saltimbanque joua un moment de malchance, peinant à atteindre son adversaire qui se défendait bien. Finalement, Niscarvin se ressaisit, il le toucha deux fois de suite, le blessa légèrement. Sentant l’issue de l’affrontement tourner en sa faveur, il s’acharna et lui infligea une deuxième blessure légère, remportant ainsi son premier combat. Aussitôt, des médecins compétents se chargèrent de le soigner. Ses amis le félicitèrent.

Vint ensuite le tour de Fleur. Ses deux amis lui faisaient toute confiance. Ils misèrent chacun 1 000 pièces d’or sur elle. Fortuné l’encouragea, à sa façon. Elle rencontra comme premier adversaire un semi-ogre armé de gantelets à pointes qui déclara vouloir lui refaire le portrait. Il n’avait pas d’armure, protégé seulement par deux targes. Ne se laissant pas impressionner, elle attaqua en premier, lui infligeant une blessure légère, suivi d’une deuxième blessure grave. Confortée par l’issue rapide de ce combat, elle retrouva ses amis et son bien-aimé qui la congratulèrent.

Il fut alors temps pour Fortuné de rencontrer son premier adversaire. Tandis que l’on prenait les paris, Fleur l’encouragea comme une femme très éprise savait le faire. Confiante, elle engagea 200 pièces d’or en sa faveur. Niscarvin fit de même. Lorsqu’elle le vit rejoindre son adversaire, se mettre en garde, armes au clair, elle le trouva terriblement séduisant. Le combat semblait équilibré. L’homme se battait à l’épée, opposé à Fortuné qui maniait une rapière et une main gauche. Fortuné prit l’initiative, assenant un premier coup étourdissant l’homme. Puis il manqua une attaque. L’homme en profita pour riposter, mais le gentilhomme para le coup élégamment avec sa main gauche. Patient, il jaugeait son adversaire, faisait des feintes et menait bien son combat. Soudain, il plaça une belle attaque, qui blessa mortellement l’homme, totalement pris au dépourvu. Fleur récompensa son promis d’un baiser.

Fleur, Fortuné et Niscarvin passaient ainsi tous les trois au second tour. Arnolphe, ravi, gagnait pari sur pari, tout en les encourageant.

Pour le deuxième duel de Niscarvin, Fleur misa 200 pièces d’or, quand ses deux amis engagèrent mille pièces d’or chacun. Le saltimbanque affrontait cette fois un homme muni d’une épée et d’un bouclier. Niscarvin préféra laisser l’initiative. L’homme plaça une attaque puissante. Le saltimbanque se défendit grâce à son Pouvoir et dévia la lame de son adversaire avec élégance. Son adversaire revint à la charge, mais Niscarvin para son coup et riposta, mais malchanceux, il frappa dans le sable. Le saltimbanque laissa de nouveau l’initiative. Son adversaire lui porta une belle attaque, qu’il défendit grâce à son Pouvoir. L’homme perdit patience, s’acharna. Le saltimbanque parvint à prendre l’avantage et remporta le combat.  

Fleur rencontra ensuite son deuxième adversaire. L’homme était favori dans les paris. Toutefois, ses amis misèrent mille pièces d’or chacun, sachant qu’elle avait de la ressource, alors qu’elle se contentait d’engager cent pièces d’or. Son adversaire maniait une masse d’armes, protégé par un bouclier. Le duel commença. « Vas-y Fleur ! Tu vas l’éclater ! », cria Arnolphe. Fleur attaqua d’emblée mais l’homme para sans difficulté son coup. Elle insista en usant de son Pouvoir, mais il se défendit. Elle s’acharna, utilisant encore son Pouvoir. Cette fois, elle atteignit sa cible, qui n’avait pas vu le coup venir, et le blessa mortellement, manquant de le tuer.

Fortuné, à son tour, affronta un deuxième adversaire. Les paris étaient ouverts : les mises s’élevèrent à 100 pièces d’or pour Niscarvin, 200 pièces d’or pour Fleur, et 800 pièces d’or pour Arnolphe. Le gentilhomme faisait face à un combattant maniant une chaine. Il n’en fit qu’une bouchée en plaçant une très belle attaque, qui blessa gravement son adversaire d’emblée.    

Niscarvin, Fleur et Fortuné étaient ainsi qualifiés pour le troisième tour.

Pour le combat suivant du saltimbanque, Fleur misa cent pièces d’or malgré les conseils avisés de ses amis, tandis que ses compagnons engagèrent 500 pièces d’or chacun. Niscarvin expédia son troisième adversaire en une attaque.

Pour son duel suivant, elle ne misa que cent pièces d’or, quand Arnolphe opta pour 500 pièces d’or et Niscarvin mille pièces d’or, plus confiants. Fleur faisait face à un vétéran muni d’une épée et d’un bouclier. Nullement décidée à recevoir un mauvais coup alors que ses fiançailles approchaient, elle prit l’initiative, usa de son Pouvoir pour sa première attaque et expédia l’homme en lui infligeant une blessure grave.  

Fortuné passa ensuite à son troisième duel. Fleur et Niscarvin engagèrent 200 pièces d’or, quand Arnolphe misa 500 pièces d’or. Le gentilhomme affrontait à présent un homme passé à la chance, muni de deux targes et d’une lance. Toutefois, le combat s’avéra difficile. Le lancier était avantagé par l’allonge de son arme. Mais Fortuné se défendait bien. Les deux hommes se jaugeaient. Le lancier infligea une première blessure légère, puis une seconde et Fortuné dut s’incliner, mais il sortait au troisième tour, ce qui était une belle performance pour sa première participation à un tournoi, puisqu’il restait à présent 128 combattants sur plus de 500 participants. Fortuné fut soigné. Fleur le félicita pour son parcours, lui assurant qu’il n’avait pas démérité ; il se battait bien, et cela, aussi, lui plaisait.    

Niscarvin et Fleur passaient donc au quatrième tour.

Ce fut d’abord au saltimbanque de faire face à un nouvel adversaire. Fleur misa cent pièces d’or, sentant que le combat serait difficile, tandis que ses amis optèrent pour 500 pièces d’or, chacun. Niscarvin affrontait cette fois-ci un Elfe armé de couteaux, et arborant une curieuse armure. Niscarvin prit l’initiative mais manqua son attaque. L’Elfe lança un premier couteau, et le blessa légèrement. Visiblement, il ne visait pas des points vitaux. Il lui infligea deux autres blessures. Niscarvin décida d’abandonner.

Pour le quatrième combat de la jeune femme, ils misèrent tous 500 pièces d’or. Fleur fit face cette fois à un homme du Nord, maniant des haches, protégé par un grand bouclier rond et une armure d’écailles. Il lança une première hache, manqua sa cible. Fleur l’attaqua, usant de son Pouvoir, et lui infligea d’emblée une blessure grave.    

Dernière en lice, la belle de Lasus se hissait en 16e de finale, parmi les 32 meilleurs combattants, et elle s’était faite assurément remarquer. Fortuné, admiratif, trouvait que sa promise était une combattante exceptionnelle. Fleur lui avoua alors son âge, 42 ans, et lui fit remarquer qu’elle s’entrainait depuis une vingtaine d’années. Elle n’avait donc, à ses yeux, pas de mérite.

D’ailleurs, elle redoutait un peu son prochain combat, s’attendant à rencontrer un combattant posseux de haut niveau.   Lorsqu’elle découvrit son nouvel adversaire, elle sentit que ses craintes étaient fondées. C’était un colosse très impressionnant, maniant une masse d’armes, protégé par une grosse armure. Elle ne misa que cent pièces d’or, Niscarvin plaça 339 pièces d’or sur elle, et Arnolphe fut le plus confiant avec 500 pièces d’or. Le duel commença. Fleur comprit rapidement qu’elle n’irait pas plus loin dans le tournoi, car l’homme était posseux et très expérimenté. Ses feintes ne prenaient pas et visiblement, il n’avait pas l’intention de retenir ses coups. Toutefois, si elle devait sortir, elle le ferait avec dignité et elle était donc décidé à lui donner du fil à retordre. L’homme attaqua en premier, Fleur encaissa le coup. Elle riposta, usant de son Pouvoir, elle lui infligea une blessure qu’il réduisit en légère. Comme elle le craignait, l’homme avait du Pouvoir ; il en avait même plus qu’elle car elle ne l’avait pas senti. Fleur fit une nouvelle attaque, mais l’homme se défendait bien. Puis ils manquèrent tous deux leur cible. La jeune femme plaça une belle estocade, qu’il bloqua. Il para son attaque suivante. Fleur le harcela, parvenant à l’étourdir un peu et surtout à lui faire perdre patience. Elle plaça un joli coup ; même avec son Pouvoir, il reçut une blessure légère. Puis une autre. Il se défendit par deux reprises. Fleur manqua une attaque. Elle insista, mais il lui opposa une bonne défense. Il encaissa un nouveau coup, mais ne parvint pas à riposter. Fleur revint à la charge, fit une belle attaque, mais il se défendit grâce à son Pouvoir. Il riposta. Son coup étourdit la jeune femme. Il répliqua, Fleur dut puiser dans son Pouvoir pour se défendre. Elle riposta et l’étourdit. Elle lui assena alors un très joli coup d’estoc, et l’homme, pris au dépourvu, dut utiliser trois points de Pouvoir. Fleur tenta de saisir sa chance, mais par deux fois, elle manqua son attaque. Agacé par cette frêle jeune femme qui lui avait fait perdre cinq points de Pouvoir, il lui infligea un coup de masse d’armes assassin au visage, qui envoya la belle au sol.  

« Fleur !!! », s’écrièrent les trois hommes.  

Fortuné, Arnolphe et Niscarvin accoururent auprès de la jeune femme, pestant contre cette brute qui n’avait pas retenu sa force. Inerte, elle respirait à peine. Le peu de Pouvoir qui lui restait l’avait préservée de la mort, mais elle demeurait mortellement blessée, avec un traumatisme et probablement défigurée à vie. Fortuné, en larmes, était désemparé, horrifié de voir le visage en lambeaux de sa bien-aimée. « Oh non, ma fiancée… »  Le nez explosé, la mâchoire en partie édentée, les lèvres fendues, le front enfoncé, les pommettes écorchées, l’ensemble baignant dans un océan de sang et de chairs à vif… Au vu de son état, Niscarvin comprit immédiatement que même un excellent chirurgien ne pourrait lui rendre son visage et la guérir du traumatisme. Il lui fallait des soins magiques. Il demanda à Fortuné si son père ne pouvait pas la sauver ou trouver un mage capable de le faire. Le saltimbanque savait que certains sorts puissants de magie blanche pouvaient ramener à la vie un individu, or c’était la spécialité de Korritil le Blanc. Aussitôt, Fortuné se ressaisit et se démena pour sauver sa fiancée, ameutant les médecins, allant chercher son père de toute urgence et faisant prévenir le baron.

Lorsque Fleur reprit conscience, elle se trouvait à l’infirmerie. Des premiers soins avaient été pratiqués. Tous ses proches se tenaient près d’elle : ses parents, Korritil qu’elle entendait discuter avec Niscarvin, Arnolphe qui lui disait de tenir bon, et Fortuné qui lui tenait la main. Le saltimbanque demanda au mage ce qu’il pouvait faire pour la jeune femme, arguant qu’elle ne supporterait pas de rester défigurée. Korritil expliqua qu’il pouvait accélérer la guérison, mais pour lui rendre son visage, il fallait un sort de régénération légendaire.

Percluse de douleurs, terrifiée à l’idée de perdre son bien-aimé, Fleur sanglota, s’exprimant avec peine :
« Fortuné. Je suis… si désolée… Je… ne suis… plus digne de… toi. Mon aimé.
- Chut. Ne dis pas ça ma Fleur, lui murmura-t-il. On va te soigner. On va tout faire pour".

Voir sa fiancée dans un tel état lui brisait le cœur et il peinait à cacher son inquiétude.
« Mais, mon visage… ? »

Korritil vint en renfort. « Fleur, écoutez-moi. » Il lui expliqua patiemment que sa guérison pleine et totale nécessiterait deux sorts légendaires, l’un de guérison rapide et l’autre de régénération, mais il devrait pouvoir les lancer, ou faire appel à un confrère. Le coût de ces sorts, s’élevant à 800 pièces d’or, n’était pas un problème, et il n’allait pas faire payer sa belle-fille. Mais elle demeurait terrifiée à l’idée de rester défigurée à vie, de perdre Fortuné, ne comprenant pas comment de telles cicatrices pourraient disparaitre. Il lui précisa qu’avec ces deux sorts, non seulement elle guérirait plus vite, mais son visage redeviendrait ce qu’il était. Leurs effets étaient permanents. Le seul bémol était que si elle devait en bénéficier de nouveau, ces sorts seraient moins efficaces. En entendant son père, Fortuné se sentit soulagé, mais il fallait encore lancer les sorts.  

Le tournoi de combat en armes se terminait assez mal. Lyonide finit quatrième. L’homme qui avait défiguré Fleur s’inclina en quart de finale.

On revint à l’hôtel particulier des Melville. Fleur était transportée en brancard, montée dans une chambre. Fortuné demeurait à son chevet. Korritil partit à l’école de Magie pour étudier les sorts nécessaires. Il revint au soir. Il lança le premier sort, mais difficile à maitriser même pour un lanceur de son niveau, il manqua de peu de provoquer une catastrophe magique, qui aurait pu tuer la jeune femme. Il dit alors qu’il allait demander à un ami plus puissant, Fénelon le Bon, de le faire et il repartit aussitôt à l’école de Magie pour le trouver.  

Niscarvin partit ensuite faire son concours de littérature. Il proposa une poésie. Perturbé par le sort de son amie, il fut performant mais pas suffisamment pour inquiéter les favoris.

Tard dans la soirée, Korritil revint à l’hôtel. Hélas, il n’avait pas trouvé son confrère qui était très pris. Comme la jeune femme souffrait le martyr, Niscarvin lui fit prendre de la morphée. Par chance, elle y réagissait bien. Elle sentit ses douleurs s’atténuer et s’endormit paisiblement.    

Le matin du15e Moisson (26 juin), un messager se présenta à l’hôtel particulier des Melville de la part du comte d’Enro. Les trois frères d’armes étaient convoqués. Niscarvin et Arnolphe s’y rendirent donc, non sans avoir salué la jeune femme auparavant.

Damien d’Enro s’informa de l’état de la jeune de Lasus. Ses deux amis lui expliquèrent qu’ils avaient fait jouer sa future union avec Fortuné pour que Korritil intervienne. Hélas, il n’était pas parvenu à lancer les sorts, d’un niveau légendaire, et il cherchait à présent à contacter un confrère plus puissant pour pouvoir la soigner et réparer son visage. Le comte leur proposa de se renseigner si le beau-père de Fleur n’arrivait pas à trouver la bonne personne. C’était le jour de béhourt, donnant lieu à des affrontements en mêlée, réservé aux chevaliers, mais des écuyers pouvaient y participer. Il leur dit qu’il avait pensé les prendre comme écuyer, mais il sentait à présent que les deux hommes avaient épuisé leur Pouvoir, et leur style de combat ne convenait pas à ce type d’affrontement. Ils souhaitèrent bonne chance au comte, et allèrent voir la jeune femme pour la tenir au courant.

Fortuné se tenait à ses côtés, mais demeurait très anxieux pour sa fiancée, même s’il prenait sur lui devant elle. Les yeux cernés, il avait visiblement peu dormi et se cramponnait à son chevet. Fleur venait de se réveiller et avec elle, ses douleurs. Pour la consoler, Fortuné lui baisa la main et lui murmura des mots doux. Niscarvin et Arnolphe firent alors leur entrée. Elle les remercia de veiller sur elle, et de se montrer si prévenants ; elle était désolée pour eux d’avoir manqué cette occasion de se présenter comme écuyer. Mais ses deux amis lui firent remarquer que de toute façon, c’étaient les écuyers qui prenaient le plus de coups dans ce type d’affrontements. Puis ils allèrent voir le tournoi de béhourt.

L’affrontement durait trente rounds. Il opposait deux équipes menées par un capitaine, respectivement le comte d’Ereu et le comte d’Enro. Les combats étaient particulièrement violents. Niscarvin sentait que cela tournait à l’affrontement confessionnel. En effet, les équipes constituées par les deux capitaines ne suivaient pas forcément les allégeances vassaliques. Certains vassaux du comte d’Enro se trouvaient dans l’équipe adverse et inversement. Le comte d’Ereu présentait une troupe albienne, contre une équipe réformée. Les combats furent acharnés et violents, au terme desquels la victoire revint au comte d’Ereu.

Dans l’après-midi, il y eut la joute de magie, opposant sept participants. Mais personne, dans l’entourage de Fleur, n’y assista. Korritil ramenait un confrère, Fénelon le Bon, pour la soigner. Ce dernier lança un sort de régénération de niveau deux et un sort de guérison ultra rapide, qui apaisèrent aussitôt Fleur. Son nez se redressa, ses dents repoussèrent, son front se reforma. Ses douleurs s’atténuèrent. Sa blessure mortelle se transformait en blessure grave. De plus, sa guérison ne prendrait que dix jours. Son joli visage, encore tuméfié pour l’heure, se redessinait, ce qui la rassura. D’ailleurs, lorsque Fortuné fut autorisé à la voir, il fut lui aussi soulagé en constatant qu’elle retrouvait son charme. Il ne put contenir des larmes de joie, lui baisant les mains qu’il étreignait.  
« Je suis désolée.
- De quoi ma douce ?
- De te causer tant de tracas.
- Tu n’y es pour rien. C’est cette brute qui n’a même pas essayé de retenir son coup. Je vais le retrouver et le tuer cet enfoiré ! »

Fleur, voyant son fiancé fulminer, mais sachant que l’autre était bien plus fort que lui, tremblait pour la vie de son promis. Usant de son Pouvoir, elle le persuada de ne rien faire :

« Ne fais pas ça mon aimé ! C’était un accident ! Si tu le tues, ce sera un meurtre. Je ne veux pas te voir pendu. Pense à moi. Jure-moi que tu ne lui chercheras pas querelle. J’ai besoin de toi. »

Calmé, il lui promit ce qu’elle voulut et il sortit pour la laisser se reposer.

Korritil parvint à négocier un bon prix pour ces soins, 800 pièces d’or, et remercia son confrère. Les parents de Fleur souhaitèrent payer ces soins mais Fleur refusa, tenant à ce que la somme soit réglée avec son propre argent, car elle connaissait les comptes de la baronnie, et elle savait qu’ils n’étaient pas brillants ! Sans compter que son père avait un mariage à organiser à présent.

Puis Niscarvin offrit à Fleur de réparer son armure et lui enleva une dégradation.

Après une sieste réparatrice, lorsque Fleur fut suffisamment vaillante pour se lever, le saltimbanque proposa à ses deux frères d’armes de discuter des derniers événements. Ils décidèrent d’aller voir la prêtresse Victoriane pour se confesser et apaiser leurs angoisses. Elle les reçut un par un. A Arnolphe, elle recommanda de faire attention à sa gourmandise, et de prier pour lutter contre son envie de manger, et lui imposa une huitaine de jeun. A Niscarvin, elle lui préconisa de réduire sa consommation de morphée, de prier pour y résister, de s’en priver les jours fériés pour commencer. Enfin, à Fleur, elle reprocha son péché de luxure. Elle lui dit qu’elle aurait dû attendre d’être mariée pour connaitre charnellement Fortuné. Elle lui demanda d’être chaste jusqu’au mariage, afin d’éviter de tomber enceinte trop tôt. Et puisqu’elle allait se marier, elle lui recommanda de ne plus séduire, de se montrer moins coquette, de porter une tenue plus chaste, de mettre un voile sur ses cheveux, et de se réserver pour Fortuné. Fleur acquiesça, reconnut qu’elle pouvait se montrer plus raisonnable, mais doutait d’arriver à se plier à toutes les exigences de la prêtresse, qui ne seraient pas du goût, à son avis, de son promis.        

Le 16e Moisson (27 juin) voyait la conclusion de la Huitaine sainte et du tournoi par un grand banquet.

Une messe fut donnée à midi.

Le soir, les résultats des concours de spectacle tombèrent. En arts musicaux, la première place revint à un Elfe, auteur d’un chant exceptionnel (score : 35). Fleur, en danse, obtint le deuxième prix. Elle fut récompensée par 1500 pièces d’or et une médaille d’argent. En théâtre, les prestations furent éblouissantes pour cette année 1547. Les deux premiers s’illustrèrent particulièrement (score : 37). Deux autres concurrents atteignirent déjà un niveau remarquable (score à plus de vingt) ; l’un des deux étaient Niscarvin qui se hissa donc à la troisième place, récompensé par 1000 pièces d’or et une médaille de bronze. Un Halfling fit un spectacle de cirque mémorable (score : 36).  

Tard dans la soirée, le comte convoqua Fleur et ses compagnons. Comme son promis l’accompagnait, elle fut priée d’attendre son tour.

Le comte reçut d’abord Niscarvin et Arnolphe. Blessé dans la mêlée du béhourt, il avait un bras en écharpe. Il leur expliqua que la situation devenait délicate. La menace d’un conflit armé se précisait au vu des derniers événements. Jusqu’alors, il leur avait confié des missions de moindre importance, mais la tâche qu’il s’apprêtait à leur confier était d’un autre ordre. Il leur demanda si Fortuné leur semblait digne de confiance. Par ailleurs, il ne sentait pas de Pouvoir en lui, il savait que la mission était dangereuse, et il craignait que Fleur ne soit déconcentrée par son promis. Le comte savait de Fortuné que c’était un jeune homme inconstant, un bon vivant. Il s’interrogeait donc sur la capacité de discernement de la jeune femme, manifestement très éprise. Arnolphe et Niscarvin lui répondirent en toute franchise qu’ils ne le connaissaient pas bien, qu’ils avaient trop peu parlé avec lui, pour pouvoir juger. Arnolphe ne s’entendait pas avec ses amis. Niscarvin ajouta toutefois que Fleur s’était beaucoup méfiée de lui à leur rencontre, et que, telle qu’il la connaissait, elle n’accordait pas sa confiance aisément. Le comte jugea donc préférable d’écarter le jeune de Melville de cette affaire, et il fit appeler seulement Fleur.

La jeune femme entra, s’inclina devant son suzerain.
« J’ai appris ce qui vous était arrivé. »

Elle le remercia de s’enquérir de sa santé. Il lui rappela qu’il l’avait soutenue. Il lui demanda s’il pouvait compter sur sa discrétion et sa loyauté. Fleur lui répondit qu’elle entendait le servir fidèlement comme elle l’avait toujours fait. Il lui ordonna de ne pas ébruiter l’objet de la mission, même à son fiancé.
« Très bien, Monseigneur. Vous pouvez compter sur ma discrétion. »

Le comte leur expliqua alors en quoi consistait cette nouvelle mission. Ils devaient se rendre sur une île, dans l’archipel, près des côtes dimannoroises. Il s’agissait de visiter cette île, et d’y inspecter la place forte, refuge pour sa femme en cas de conflit. Voilà pourquoi il exigeait de leur part une discrétion absolue sur cette affaire. Il leur fournit le nom d’un contact sur place, et confia à Arnolphe un étui à parchemin à ouvrir une fois arrivés sur l’île. Avant cela, ils devaient se rendre à Néac pour s’adresser à son ami le mage Piscis, qui s’appelait en réalité Aurélias de Py, et lui demander un collier de téléportation, de niveau 5, avec option multiple et ancre. Il s’agissait ensuite de placer une ancre magique au château, et de lui rapporter le collier. Pour ce faire, il leur remit une lettre de change de 40 000 pièces d’or. Il leur ordonnait de partir le plus vite possible, dès le lendemain. Fleur, accusant le coup, songea aussitôt à son promis et à leurs parents ; cela impliquait de repousser leurs fiançailles, et cela lui fendait le cœur de devoir leur annoncer mais elle n’avait pas le choix. Servir son suzerain passait avant tout. Fortuné devrait bien le comprendre s’il souhaitait devenir baron. De son côté, le comte rentrait à Antegnar.

Comme Arnolphe et Niscarvin restaient à l’auberge, ils prévinrent la jeune femme qu’ils passeraient la chercher à l’hôtel particulier des Melville, dès le lendemain matin. Elle devrait être prête à partir.

Fleur et Fortuné rentrèrent seuls. Voyant l’air contrarié de sa belle, il lui demanda ce que le comte lui voulait. Embarrassée, Fleur s’expliqua :

« Je suis désolée mon aimé. Ce que je vais t’apprendre ne va pas t’enchanter, pas plus que moi, mais je n’ai pas le choix. Le comte m’envoie en mission, et je dois partir dès demain.
- Quoi ? ! Et nos fiançailles ?
- Je sais. Je suis bien consciente que cela reporte nos fiançailles à mon retour de mission et crois bien que cela me désole. »

Très peinée à l’idée d’être séparée de lui, car il allait terriblement lui manquer, elle ajouta :

« Tu sais, ce n’est pas facile pour moi d’être tiraillée entre mes devoirs de vassale et notre amour, et je ne pars pas de gaité de cœur.  J’étais si heureuse de me fiancer. Mais, ce n’est qu’un fâcheux contretemps.  
- Tu n’es même pas encore remise de tes blessures. Cela ne peut pas attendre quelques jours ?
- Non. Hélas, les ordres de mon suzerain sont clairs, l’affaire est urgente. »

Il digéra ses paroles. Puis il demanda :
« On part quand ? »

Manifestement, Fortuné tenait à veiller personnellement sur elle. Et cela se comprenait au vu des coups qu’elle avait pris durant le tournoi. Mais les ordres de son suzerain étaient sans équivoque. Elle devait partir seule avec ses amis dans les plus brefs délais. Au fond, ayant conscience des dangers qu’elle affrontait en mission, elle ne pourrait être totalement sereine si Fortuné venait avec eux. Certes, il se battait bien, mais il n’avait pas de Pouvoir, elle-même s’était vu mourir à plusieurs reprises et elle ne supporterait pas de le perdre. Comment le dissuader de partir sans le vexer ? Elle chercha ses mots, usa de son Pouvoir. Avec diplomatie, elle argua :

« Écoute. L’affaire est confidentielle et je dois partir seule. Il s’agit de prendre des précautions, en cas de conflit. Je ne peux pas t’en dire plus.
- A chaque fois, tu me reviens blessée. Alors cette fois-ci je pars avec toi. Nous allons nous marier Fleur, tes dangers sont les miens.
- Mon valeureux Fortuné, je comprends tes réticentes, mais je ne serai pas seule. Niscarvin et Arnolphe veilleront sur moi et tu as vu de quoi ils sont capables. »

Fortuné n’était pas homme à céder facilement. Elle ajouta :
« D’après le comte d’Enro, une guerre se prépare. Or, même dans ma baronnie, le danger menace. Certains de nos vassaux sont des Albiens, et je ne parle même pas du baron d’Olennaç qui nous menace à nos portes. Aussi, en ces temps troublés, je ne puis me permettre de contrarier mon suzerain. Il est de mon devoir de lui obéir, et en devenant mon époux, tu devras toi aussi te soumettre à ses ordres. Dis-toi bien que si je fais cela, c’est aussi pour protéger mes terres et assurer notre futur bonheur. »
 
  Elle sonda ses prunelles vertes. Fortuné n’était pas enchanté, mais il comprenait ses arguments et ne lui en tenait pas rigueur. Il lui demanda :
« Et tu pars combien de temps ? »

Elle réfléchit un instant. Évidemment, elle ne pouvait pas lui donner sa destination. La confection d’un objet magique nécessiterait déjà plusieurs jours. Préparer une place forte exigerait du temps. Elle calcula mentalement les temps de voyage pour aller à Néac, puis se rendre sur l’île, et revenir à Antegnar. Elle lui répondit :

« Au moins un mois. Je devrai ensuite retourner à Antegnar lui faire mon rapport. Dès que ma mission touche à son terme, je te préviendrai pour que nous puissions nous revoir le plus vite possible. Tu voudrais bien me retrouver à Antegnar ?
- Évidemment. »

Redoutant déjà leur séparation, elle se blottit contre lui. Pour le consoler, elle lui suggéra d’un ton suave :

« Pour l’instant, je ne suis pas encore partie. Et si nous profitions des dernières heures qu’il nous reste ?
- Je croyais que tu ne voulais pas prendre le risque de contrarier ton père ?
- C’est vrai, mais… Disons, que la donne a changé. »

Tandis qu’ils arrivaient à l’hôtel des Melville, ayant bien compris les désirs de sa bien-aimée, qu’il partageait, il l’attira dans les jardins, trouvant un endroit sûr, à l’abri des regards. Complices et experts en la matière, ils s’adonnèrent à des ébats passionnés, savourant chaque instant. Par chance, ils ne se firent pas prendre, et ils regagnèrent ensuite leurs chambres respectives, comme si de rien n’était.


Dernière édition par Fleur le Dim 12 Juin - 5:57, édité 8 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 1ère étape : Néac

Message  Fleur le Jeu 21 Avr - 5:42

Le 17e Moisson (28 juin), au moment de la collation du matin, Fleur, le cœur gros, dut prévenir leurs parents de son départ subit, soutenue par Fortuné.  

« C’est un fâcheux contretemps, mais, en ces temps troublés, je souhaite plus que jamais me fiancer à Fortuné. Une fois ma tâche accomplie, je devrai me rendre à Antegnar pour faire mon rapport. Dès que ma mission touchera à sa fin, je vous préviendrai. »

Heureusement, Korritil et ses parents se montrèrent compréhensifs. Les ordres du comte d’Enro ne se discutaient pas. Comme la Huitaine sainte était une semaine fériée, ils n’avaient pas encore pu, comme Fleur s’en doutait, organiser leurs fiançailles et pensaient le faire durant son rétablissement. Elle s’absentait pour au moins un mois. Ils l’exhortèrent à être prudente. Elle leur expliqua qu’elle ne voyageait pas seule, protégée par ses deux frères d’armes qui n’allaient pas tarder à venir la chercher.

Elle alla ensuite se préparer. Avant son départ, elle remercia ses parents, d’avoir consenti à son mariage avec Fortuné et d’être venus jusqu’à Neuhor. Elle s’entretint seul à seul avec le baron. Elle lui demanda s’il voulait bien organiser leurs fiançailles à son retour de mission, à Lasus. Elle lui précisa qu’elle tiendrait informé Fortuné lorsque sa tâche serait bientôt accomplie. Le baron accepta, mais il rappela à sa fille, manifestement très éprise et impatiente de se marier, qu’il comptait sur elle pour garder la mainmise sur leurs terres.  

Puis elle s’entretint avec Korritil, se sentant très redevable envers lui, pour son accueil, sa bienveillance, ses conseils, pour avoir protégé les siens, pour l’avoir soignée. Elle lui devait beaucoup et lui fit savoir qu’il pouvait compter sur elle. « Si je peux faire quoi que ce soit pour vous, demandez-moi et je le ferai. » Elle lui confia d’ailleurs qu’elle devait passer par Néac, lui demandant de ne pas dévoiler cette information, et lui proposa de transmettre un message à son fils ainé. Comme son engagement avec Fortuné était tout récent, il la chargea de saluer Orlande de sa part et de l’informer des fiançailles de son frère. Il lui indiqua dans quel quartier il logeait.  

On lui procura des rations pour le voyage. Comme ses amis étaient arrivés et la réclamaient, elle s’isola un instant avec Fortuné. La séparation s’avérait plus dure à chaque fois qu’ils se retrouvaient. Blottie contre lui, elle sentit des larmes couler, et pesta contre sa faiblesse. « Je m’étais jurée d’être forte. Tu vas me manquer. » Fortuné aussi peinait à contenir ses émotions. Ils échangèrent des mots doux. Elle prit alors sur elle. Elle lui promit d’être prudente, comme toujours. Elle ferait en sorte de le retrouver le plus vite possible. Et elle lui dit au revoir, comme une femme très éprise savait le faire.  

Elle salua ses deux amis qui l’emmenèrent en ville. Le comte leur accordait 1500 pièces d’or chacun pour leurs dépenses. Avant de quitter Neuhor, ils s’achetèrent des cassettes pour conserver leur argent. Puis elle voulut aller à la messe, consciente qu’elle avait transgressé les recommandations de la comtesse la nuit dernière. Mais Niscarvin l’en dissuada, arguant que le temps pressait, et plus ils partaient tôt, plus vite elle retrouverait son Fortuné.

Dans la matinée, ils quittèrent donc Neuhor, voyageant à une allure raisonnable. Fleur et Niscarvin se renseignèrent sur l’itinéraire, et Arnolphe trouva le chemin facilement. Il s’agissait d’une route commerciale bien balisée.

Les deux premières journées de voyage se déroulèrent sans encombre, par beau temps et ils se logèrent dans des auberges. Arnolphe n’arrivait pas à résister à la gourmandise et mangea toutes ses rations.

Le 19e Moisson (30 juin), troisième jour de voyage, un orage éclata, accompagné de grosses averses. Trempés, ils virent alors un carrosse se porter à leur hauteur. Son occupant les interpella. Il leur proposa de les emmener. Les trois compagnons se consultèrent du regard. D’une cinquantaine d’années, les cheveux blancs, bien habillé, il disait se rendre à Néac. Arnolphe accepta de bonne grâce et commença à descendre de monture. Fleur, méfiante, lui demanda son nom. Il se nommait Philomond d’Augrieu. Il voyageait en compagnie d’une servante et de son cocher. Comme Arnolphe avait pris l’initiative, Niscarvin et Fleur l’imitèrent. Ils attachèrent leurs montures et rejoignirent l’homme dans son carrosse. Ils le remercièrent et se présentèrent. Philomond identifia alors Fleur comme la première dauphine du tournoi.

« Mais qu’est-il arrivé à votre joli minois ?
- J’ai participé au tournoi de combat en armes. Hélas, en 16e de finale, je suis tombée face à une brute qui n’a pas retenu sa force.
- Le tournoi de combat en armes, c’est bon pour les roturiers.
- Vous savez, on n’y rencontre pas que des roturiers.
- Une jeune fille ne devrait pas se battre. Remarqua-t-il avec un air condescendant. Les tournois et le métier des armes, ce n’est pas fait pour les femmes.
- Je ne suis pas d’accord, objecta-t-elle d’un ton courtois. En ces temps troublés, une femme capable de se battre peut-être fort utile à son époux. En tout cas, cela ne dérange pas mon promis.
- Ah, et qui est l’heureux élu ? »

Avec une pensée émue, elle répondit fièrement :
« Fortuné de Melville.
- Cela ne me dit rien. Je connais Corentin de Melville, un mage. »

Pensant que l’homme s’était trompé, elle corrigea :

« Vous voulez dire Korritil.
- Ah oui, c’est un surnom. Les mages et leur manie à changer de nom. Il a eu des démêlés avec les Mornille, et il a perdu sa femme, il y a dix ans. Il doit être à Neuhor à présent. Il me semble qu’il reste un Melville à Néac. »

Lorsqu’elle argua que certains mages pouvaient être puissants, se sentant un devoir de défendre son beau-père, il lui rétorqua que ce n’était pas le cas de Corentin. Ne voulant pas se fâcher avec leur bienfaiteur, elle préféra ne pas relever. Philomond pouvait bien en penser ce qu’il voulait, elle se sentait fière de devenir sa belle-fille ; Korritil était un mage influent à Neuhor, et si elle avait encore un visage digne de Fortuné, c’était bien grâce à son intervention. C’était encore lui qui avait protégé ses parents des pillards.

Puis Philomond demanda à Niscarvin s’il était connu. Le saltimbanque lui répondit qu’il avait tout de même remporté le troisième prix en théâtre. Le chevalier salua sa performance, remarquant :

« Ah oui, les spectacles étaient exceptionnels cette année. »

       Ils discutèrent ensuite de la messe du Solstice. Philomond était visiblement un Albien, car il trouvait honteux que les Réformés aient ainsi profité de l’absence de l’évêque pour détourner la messe. Philomond expliqua qu’il n’avait pas bien entendu le discours de Télémaque de Golawyn, du fond de la cathédrale, et qu’il n’était pas resté jusqu’au bout. Voyant qu’il n’y avait pas de vicaire, que la messe prenait un tour Réformé, il était parti avant la fin et n’avait pas, par conséquent, vu les démons. Ils discutèrent quelques temps de l’incident. Les trois compagnons évitèrent scrupuleusement d’évoquer le nom de leur commanditaire : le comte d’Enro.

Fleur lui demanda par curiosité s’il connaissait sa baronnie, mais son nom ne lui disait rien. Elle lui avoua que son nom ne lui évoquait rien non plus, arguant qu’elle se trouvait loin de ses terres. Philomond expliqua qu’il était chevalier, vassal du comte de Sodavlac, et que son défunt père était mage, ce qui expliquait pourquoi il était au courant des démêlés entre les Melville et les Mornille. Il se souvenait encore du jour de son adoubement. Quelques années après, il avait affronté des Elfes noirs, avec des camarades. Il leur narra alors des souvenirs de sa vie. Fleur l’écouta attentivement et son récit lui semblait sincère. Philomond leur narra des épisodes de l’histoire du royaume ; visiblement il était féru d’histoire et le sujet le passionnait. Fleur lui montra qu’elle avait quelques connaissances en la matière.

Ils s’étendirent ensuite sur les querelles religieuses. Un conflit menaçait : les Réformés voulaient être reconnus, tandis que les Ligueurs cherchaient à les éliminer. Philomond estimait pour sa part que c’était à cause des Réformés qu’il y avait la guerre. L’Eglise n’avait besoin de personne pour se réformer, elle le faisait toute seule. « C’est bien des idées de femmes, ou d’Elfes, avec leurs mœurs dissolues. Enfin, sans vouloir vous offenser. » Là encore, Fleur prit sur elle. Elle avait entendu ces préjugés des centaines de fois. Il les informa que d’après les rumeurs, des vampires rôderaient dans le Sud.

Le soir, Niscarvin voulut prier. Il tenta de convaincre Philomond d’être plus modéré envers les Réformés, en vain.
 
Ils voyagèrent ainsi pendant deux jours. Au fil du temps, l’homme s’avéra très sympathique. Arnolphe se montra amical. Niscarvin l’appréciait bien. Fleur devint très amicale, et Philomond la trouva assez sympathique.

Dans l’après-midi du Sidi 22e Moisson (3 juillet), ils arrivèrent à Néac. Ils remercièrent et saluèrent Philomond, qui leur rendit la pareille :

« Au plaisir. C’était un voyage fort agréable. »

Tandis qu’ils entraient en ville, Arnolphe leur avoua qu’il était originaire de Néac, et que sa famille y demeurait toujours. Intrigués, Fleur et le saltimbanque lui posèrent des questions. Il était issu d’une famille ayant prospéré dans le commerce de l’alcool de pommes. Mais lorsque son père exigea qu’il reprenne les affaires familiales, ils s’étaient querellés car Arnolphe n’en avait pas envie. Préférant suivre sa propre voie, il avait quitté le foyer, et il ne les avait pas revus depuis des années. Il indiqua à ses amis où trouver une auberge. Niscarvin, aidé par Fleur, trouva une auberge très moyenne, plutôt chère, à cent pièces d’or la nuit. En s’installant dans sa chambre, il remarqua que l’auberge ne semblait pas sûre, et il le signala à Fleur.

Puis Arnolphe alla rendre visite à sa famille, en compagnie de ses amis. Un peu nerveux, il toqua à la porte. Sa mère, Eléonise, ouvrit. Reconnaissant son fils, elle l’accueillit à bras ouverts. Ainé de la fratrie, Arnolphe avait deux sœurs, dont la plus jeune vint se précipiter dans ses bras. Toute à sa joie, Eléonise alerta son mari. Henrique, beaucoup plus sévère, fit son apparition. Visiblement, il lui en voulait encore : « Quoi ? Ce bon à rien, ce vagabond est de retour ! Tu veux de l’argent, c’est ça ? » Arnolphe lui expliqua qu’il n’avait pas besoin d’argent, qu’il voulait juste leur rendre visite, étant en ville pour quelques jours. Désolée par l’accueil glacial du père, Fleur choisit de se présenter, et prit soin de marquer son rang, pour montrer que son fils fréquentait des gens respectables. Ses parents, intrigués, lui demandèrent si cette jeune femme était sa fiancée. Arnolphe démentit immédiatement, et Fleur précisa qu’elle était promise à un gentilhomme de Neuhor. Et Arnolphe présenta Niscarvin comme un talentueux saltimbanque. Impressionnés par ces compagnons, les parents les invitèrent à rentrer.

Tout le monde s’attabla. On déboucha un bon alcool de pommes maison. Les Grosjean apprirent à Arnolphe que sa sœur cadette était mariée et avait repris les affaires familiales. Henrique interrogea son fils sur ses activités, son train de vie. Arnolphe lui répondit qu’il servait le comte d’Enro, qu’il gagnait bien sa vie. Mais il resta discret sur la nature de ses activités. Il lui précisa qu’il avait son propre cheval, qui se nommait Cantal. Henrique, fier de ce qu’il entendait, comprit alors qu’Arnolphe s’assumait et était devenu un homme respectable. Au fil de leurs conversations, l’alcool fit des ravages. Henrique, Arnolphe et Niscarvin étaient un peu saouls. Fleur, piégée par la teneur très sucrée de la liqueur, se resservit plus que de raison, elle qui d’ordinaire buvait si peu. Totalement ivre, elle se mit à rire de tout, à bafouiller, à ne plus savoir ce qu’elle disait. Niscarvin et Arnolphe, atterrés, ne l’avaient jamais vue ainsi ! Le saltimbanque lui conseilla de se montrer raisonnable. Mais elle rebut. Elle devint incapable de tenir quoi que ce soit en main. Ses amis, inquiets, comprirent qu’elle risquait de perdre connaissance. Ils lui retirèrent son verre et s’excusèrent de son comportement auprès des parents d’Arnolphe. Cela n’était pourtant pas dans ses habitudes.

Ils emmenèrent la jeune femme jusqu’à l’auberge, obligés de la soutenir, car elle ne tenait plus sur ses jambes. Ah, s’ils le souhaitaient, ils tenaient là un bon moyen de la faire chanter, la petite de Lasus. Si son fiancé apprenait son incartade, il tomberait du grenier à la cave ! Ils l’allongèrent dans sa chambre. Puis, ils discutèrent ensemble pour se trouver un alibi crédible durant leur mission. Niscarvin, grâce à son Pouvoir, trouva un scénario valable. Fleur de Lasus n’aurait qu’à expliquer qu’elle voyageait pour annoncer à ses contacts qu’elle allait se marier, et qu’ils l’accompagnaient en qualité de gardes, pour la protéger, Ce qui avait l’avantage de comporter un fond de vérité.

Arnolphe retourna chez ses parents. Il leur raconta ses aventures. Le soir, sa sœur et son mari lui rendirent visite.

Le 23e Moisson (4 juillet), Fleur sentit que son visage était presque guéri. En revanche, son crâne : c’était une autre affaire ! Vaseuse, l’estomac barbouillé, souffrant d’une migraine, elle regretta amèrement ses frasques de la veille, se souvenant à peine comment elle avait regagné sa chambre. Or, elle détestait tout particulièrement perdre le contrôle ! Et si Fortuné l’apprenait, ou pire ses parents ? Ce n’était pas un comportement digne d’une future baronne, digne d’une future épouse ! Elle se sentit aussitôt coupable envers Fortuné, dont elle avait reproché les excès d’alcool ! Lorsqu’elle retrouva ses amis, elle s’excusa auprès d’Arnolphe, et les supplia instamment de garder le silence sur cette affaire. Fortuné avait de quoi lui en vouloir, voire la repousser. Quant à son père, s’il l’apprenait, c’en serait fini de leurs fiançailles. Sachant comme elle tenait à son Fortuné, ils lui promirent de garder le silence sur ses frasques. Et Fleur se jura que l’on ne l’y reprendrait plus.

Ils convinrent de trouver d’abord le mage. Niscarvin proposa de se renseigner à la faculté de magie. Mais Fleur songea aussitôt qu’elle risquait de rencontrer le frère de Fortuné avec une belle gueule de bois. Elle sollicita alors l’aide de Niscarvin pour l’aider à trouver une meilleure allure, en la coiffant et en la maquillant. Le saltimbanque la rendit très belle. Rassurée, elle accompagna ses amis, trouva sans mal la faculté, et aidée par Niscarvin, elle obtint l’adresse de Piscis, dans le quartier Saint Nicolas.

Ils trouvèrent sans mal la demeure du mage. La porte comportait un battant orné d’un poisson. Un homme, ressemblant à un ancien soldat, leur ouvrit et leur demanda la raison de leur visite. Fleur expliqua qu’ils venaient de la part d’un contact du mage se procurer un objet magique. Il les fit entrer et les informa que le mage allait les recevoir. Ils attendirent un moment dans une antichambre. Puis, un mage à la robe bleue, d’une soixantaine d’années, vint les accueillir. Chauve au visage glabre, il était manifestement posseux. Arnolphe lui expliqua qu’ils venaient de la part du comte d’Enro. Fleur précisa qu’il avait besoin d’un objet magique, et demanda au mage s’ils pouvaient s’entretenir dans une pièce plus discrète.

Piscis les emmena dans une bibliothèque à l’étage. Fleur lui exposa alors les détails de l’objet demandé par le comte. Le mage leur expliqua alors qu’ils arrivaient bien tard. La foire de la Saint Timothy approchait à grands pas et permettait d’obtenir des prix intéressants pour les objets magiques. A cette occasion, n’importe qui pouvait vendre n’importe quoi. Des contrôles étaient cependant faits sur les transactions, qui devaient être dument enregistrées. La confection d’un collier de téléportation nécessitait cinq jours, mais comme il était destiné à son ami « Damien », le mage leur dit qu’il allait s’arranger pour que la transaction soit enregistrée au moment de la foire. Il fallait donner un nom pour la vente. On songea d’abord à mentionner celui de la jeune femme. Mais Fleur argua qu’étant vassale du comte d’Enro, on ferait forcément le rapprochement avec son suzerain. Arnolphe proposa de mettre le nom de Fortuné. Là encore, Fleur objecta que n’importe qui apprenant qu’il était son promis, pourrait remonter la piste jusqu’au comte d’Enro. Alors l’archer eut l’idée cocasse mais néanmoins brillante de mettre la vente au nom de son cheval : Cantal Grosjean. Piscis leur proposa même de leur vendre le collier pour la moitié de son prix en échange d’un service. Il sentait qu’il avait face à lui trois détenteurs du Pouvoir et les estimait donc capables de dénicher ce qu’il recherchait.

Comme son surnom l’indiquait, Piscis était un mage d’eau. Il faisait des recherches archéologiques, sur le passé de Néac, recherchant des traces d’un peuple perdu. Il avait trouvé dans les archives de la ville des traces d’un clan telxe, affilié à la maison zodiacale des Requins, qui l’intéressait tout particulièrement. Néac était bâtie sur des carrières, toujours exploitées, et ses recherches dans les archives lui laissaient à penser qu’il subsisterait des tombes anciennes de ce clan. En effet, les textes mentionnaient des sépultures liées à un incident dans les carrières survenu 500 ans auparavant. Selon Piscis, il pourrait s’agir de tombes telxes. Aussi, il leur demanda de retrouver ces sépultures, qui devaient se trouver dans une partie condamnée des carrières. Les trois amis acceptèrent. Le mage leur demanda de prendre note des lieux, de ramener les objets trouvés. Il les mit en garde toutefois. Les galeries, condamnées, situées dans des lieux désaffectés, pouvaient être dangereuses. Arnolphe lui demanda si les lieux pouvaient être surveillés. Piscis leur dit que l’on pouvait leur poser des questions car des étrangers n’avaient rien à faire dans les carrières. Il leur conseilla de trouver un guide chez les carriers. Ils avaient le droit de déclarer qu’ils faisaient des fouilles pour lui, car ses recherches archéologiques étaient de notoriété publique, mais selon lui, graisser des pattes serait plus efficace. Comme il devait se procurer les ingrédients nécessaires à la confection du collier, il leur exigea la moitié de la somme immédiatement.

Ils allèrent faire encaisser la lettre de change. Fleur trouva un banquier honnête. On recompta la somme pour plus de sûreté. Puis, ils remirent l’argent à Piscis, soit 20 000 pièces d’or. Ils en profitèrent pour commander des objets magiques. Piscis prit leurs commandes et allait les confier à d’autres mages. Niscarvin proposa l’achat pour le groupe d’un objet illuminé qui faciliterait leurs recherches dans les carrières. Pour 5000 pièces d’or, on pouvait leur en confectionner un, mais cela prendrait deux jours. Arnolphe souhaita un arc lui procurant plus d’initiative. Le mage exigea 8 000 pièces d’or. L’archer accepta et lui commanda un arc enchanté. Fleur pensa bien à un moyen de communiquer rapidement avec ses proches pour leur annoncer son retour, mais les prix annoncés avoisinant 20 000 pièces d’or étaient par trop élevés pour sa bourse. Elle se résigna donc à prévenir Fortuné de son retour par coursier, par le biais d’un marin, ou encore par pigeon voyageur, selon ce qu’elle trouverait sur place, et en calculant pour lui envoyer son message avec une avance suffisante, pour qu’il puisse la retrouver à Antegnar. Aussi, elle confia au mage la chaine que Fortuné lui avait offerte, et elle demanda un sort de bénédiction de niveau un, pour 4 000 pièces d’or.    
Puis les trois amis déambulèrent en ville pour faire des emplettes. Niscarvin et Arnolphe se procurèrent des martinets pour pouvoir expier leurs fautes. Sur les conseils de l’archer, ils s’équipèrent en vue d’explorer les carrières : ils se procurèrent des pioches, des pelles, des écrins pour protéger les objets trouvés, une lampe à huile avec des réserves.  La jeune femme racheta une corde de vingt mètres pour le groupe. Niscarvin et Fleur firent réparer leurs rapières. La belle de Lasus, coquette, malgré les recommandations de la prêtresse, se procura : une trousse de maquillage, une belle tenue d’escrimeuse, trois chemises de rechange, du parfum, du savon, deux voiles de soie pour dissimuler en partie ses cheveux, et une boite pour protéger ses fioles. Elle pensa aussi à leur mission : elle s’acheta des feuilles de parchemin, de l’encre, un étui à parchemin, ainsi que de l’encre invisible à révéler avec de la lumière ou du citron. Elle pourrait ainsi prendre des notes pour Piscis, puis sur l’île pour le comte, voire dessiner le plan du château.

Le soir à l’auberge, elle pria pour expier ses excès. Avec ses amis, ils se réunirent dans la chambre de la jeune femme, et parlèrent de leurs dernières péripéties, ce qui soulagea Fleur et Niscarvin. Mais Arnolphe ne parvenait pas à se défaire de ses traumatismes.  

Le Huiti 24e Moisson (5 juillet), Fleur pria dès son lever. Elle se prépara, puis elle rejoignit ses amis qui devenaient de plus en plus pieux, allant jusqu’à se montrer plus dévots qu’elle : priant trois fois par jours, bénissant chaque repas et s’efforçant de suivre les recommandations de la prêtresse.

Par respect pour son futur époux, Fleur drapa élégamment ses cheveux d’un voile soyeux vert d’eau, attaché à son chignon. Ses deux amis, surpris, constatèrent, taquins :

« Enfin, tu deviens un peu raisonnable ! »

Eux aussi s’efforçaient de corriger leurs excès, par la prière. Arnolphe tentait de respecter son jeûne, tandis que Niscarvin se contentait d’une toute petite dose de morphée.

Tous les trois souhaitaient trouver une messe réformée, ce qui n’était pas sans risque dans une ville albienne, en ces temps troublés. Plutôt que se hasarder à demander à des inconnus, Fleur leur proposa alors d’aller voir le frère ainé de Fortuné, Orlande, un mage qui se surnommait Orlandeau. Comme son père était Réformé, elle supposait, du moins l’espérait-elle, qu’il serait également Réformé, ou un Albien tolérant, comme Fortuné à leur rencontre. Ils se dirigèrent donc vers le quartier que lui avait indiqué Korritil. Ils trouvèrent sans mal sa demeure. La jeune femme convint en chemin avec ses compagnons de se conformer à leur scénario : pas un mot sur la mission, elle voyageait avec ses gardes et amis pour annoncer ses fiançailles.

Elle frappa à la porte. Une femme d’âge mûre ouvrit. Fleur demanda à voir Orlande de Melville.
« Désolée. Monsieur ne reçoit pas le Huiti. Repassez demain.
- Je ne viens pas pour affaires. Je suis sa belle-sœur. Puis-je le voir ? »

La servante s’en alla un instant, puis reparut à la porte :
« Monsieur dit qu’il n’a pas de belle-sœur. »

Agacée, Fleur s’interrogea : était-elle simplette ou y mettait-elle de la mauvaise volonté ? Nullement décidée à se faire chasser, elle insista :

« Je suis Fleur de Lasus. Son frère a obtenu ma main avec la bénédiction de nos parents. Je viens me présenter à lui pour lui annoncer l’heureuse nouvelle.
- C’est compliqué vos histoires ! »

Cette fois, Fleur ne fut pas dupe. Visiblement, elle cherchait à monnayer sa bonne volonté, mais la belle de Lasus ne lui donnerait pas ce plaisir. D’un ton plus ferme, elle résuma :

« Fleur de Lasus, Son frère va m’épouser. Dites-lui que c’est son père qui m’envoie.
- D’accord. », répondit-elle avant de repartir trouver son maitre.

Un instant plus tard, elle reparut :
« C’est bon. Entrez. Monsieur va vous recevoir. »

Ils furent introduits dans un salon. Un homme d’une trentaine d’année, châtain, avec une barbichette, richement vêtu, les accueillit. Aussi beau que son frère, il avait en effet un air de famille avec Fortuné. Fleur se présenta, le remercia de l’accueillir. Elle présenta ses gardes et amis.

« Ainsi mon frère va se marier ? », nota-t-il un peu surpris.
- En effet. , confirma la jeune femme, un peu émue. Fortuné a demandé ma main récemment. Et à l’occasion de la Huitaine sainte, mes parents ont rencontré votre père, qui a donné son accord. Nous allons donc nous fiancer sous peu, et votre père souhaitait vous en informer par mon intermédiaire. Il m’a d’ailleurs chargée de vous saluer. »

Ayant noté l’indéniable beauté de sa future belle-sœur, Orlande constata, d’un ton chaleureux :

« Et bien, mon frère est un petit chanceux. »

Il lui proposa de diner ensemble ce qu’elle accepta. Ses amis étaient bien évidemment invités. Arnolphe, spontanément, déclina l’offre avec sa brusquerie coutumière :

« Non, je jeûne. »

Même si elle comprenait les raisons de son ami, elle savait qu’il y avait de quoi froisser leur hôte. Elle tenta de le raisonner à voix basse. Mais l’archer n’en démordait pas. Niscarvin expliqua alors à Orlande qu’il faisait pénitence. Aussitôt, le mage d’eau se détendit et approuva :

« Si c’est pour une pénitence, évidemment. En ces temps troublés, heureusement que des gens comme vous font montre de plus de piété. Avec tous ces impies qui défient le Pape ! »

Mais avant, il fallait se rendre à la messe. Il lui proposa de l’accompagner. Inquiète, elle lui demanda à quelle cérémonie il se rendait. Un peu surpris, Orlande lui répondit, comme si cela était une évidence :

« Et bien, à la paroisse d’à côté. »

Un froid s’installa aussitôt entre eux. Orlande, perspicace, devina pourquoi la jeune femme se sentait mal à l’aise. Et Fleur, de son côté, voyait bien qu’il ne la considérait plus d’un très bon œil, subitement. Cela la peinait d’autant plus que, d’après ce que lui avait dit Fortuné, les deux frères s’entendaient assez bien, et elle ne voulait pas semer la zizanie entre eux.

« Je vois, nota-t-il d’un ton lourd de sous-entendus.
- Désolée de vous décevoir, mais comme ma famille, comme votre père, je suis Réformée.
- Comme mon père, vous vous complaisez dans l’erreur. »
 
Hélas, contrairement à ce qu’elle supposait, Orlande était un Albien très convaincu. Sentant qu’un orage menaçait, elle demanda à ses amis de se retirer, leur disant qu’elle les rejoindrait plus tard. Puis, une fois seule avec Orlande, elle accepta de l’accompagner à la messe albienne, pour, argua-t-elle, lui montrer sa bonne volonté. Il ne lui facilitait toutefois pas la tâche. Ayant remarqué ses oreilles pointues, il lâcha :

« Cela ne m’étonne pas de la part d’une telle engeance. »

Fleur accusa le coup :
« Voilà qui n’est pas très courtois ! Heureusement pour moi, Fortuné m’aime et m’accepte telle que je suis. Et très franchement, je doute qu’il approuve de telles paroles de votre part, surtout maintenant qu’il s’apprête à se réformer lui aussi. »
 
Aussitôt, Orlande s’insurgea :
« Mon frère fréquente davantage les tavernes que les églises. Pour autant, n’allez pas l’entrainer dans l’erreur !
- C’est sa décision. Je n’y suis pour rien, et personne ne le fera changer d’avis. »          
 
  « Quel rabat-joie ! », pensa la jeune femme. « Mais pour qui se prend-t-il ? » Au nom de quoi se permettait-il de juger ainsi son bien-aimé et leur propre père ? Déçue par ce grand frère, intransigeant et hautain, Fleur se contenait néanmoins, par amour pour Fortuné, car elle ne voulait pas se quereller avec le frère de son futur époux. Tenace, elle fit preuve de diplomatie, usant de son Pouvoir :

« Écoutez. Le royaume souffre déjà assez des querelles religieuses, pour les amener jusque dans nos familles, ne croyez-vous pas ?  Je me marie avec votre frère avant tout parce que je l’aime, et je veux faire son bonheur. Par ailleurs, notre union sera profitable autant aux Melville, qu’aux Lasus. Nos parents en ont convenus. Si vous tenez à votre frère, ne faites pas ombrage à notre bonheur. Nous ne pourrons pas nous entendre sur la religion, soit. Evitons les sujets fâcheux dans ce cas. »

Orlande devait en convenir, elle se défendait bien, et ses arguments se valaient. Il ne l’appréciait pas, mais il n’avait guère envie de se brouiller avec son frère à cause d’elle. Il mit de l’eau dans son vin et changea de sujet comme elle le proposait.

Ils se rendirent donc ensemble à la messe. Puis, ils partagèrent un très bon repas. Conformément à leur accord, ils ne parlèrent pas de religion, ni même de politique. Orlande l’interrogea d’abord sur leur rencontre. Comme avec ses parents, elle lui expliqua qu’elle avait rencontré Fortuné par le plus grand des hasards, alors qu’ils pourchassaient la même bande de forbans, pour délivrer leur captif, et qu’ils avaient lutté ensemble les armes à la main. Que la jeune femme sache se battre le surprit un peu, non en sa faveur. Intrigué, il lui demanda, d’un ton suspicieux :

« Et, que faisiez-vous sur les routes ?
- J’étais en voyage diplomatique pour mon père. Vous savez, il se fait vieux. Aussi, depuis une quinzaine d’années, il me prépare à lui succéder, et je l’aide dans sa tâche.
- Vous êtes donc l’héritière d’une seigneurie ? , supposa-t-il.
-  D’une baronnie. En m’épousant, Fortuné deviendra donc baron.
- Voilà qui doit plaire à Père. »

Puis elle lui parla du tournoi. Il s’enquit :
« Il parait que le comte d’Ereu et le comte d’Enro se sont âprement affrontés ?
- On peut dire cela, oui. Le comte d’Enro a remporté son duel contre le comte d’Ereu lors des joutes, mais le comte d’Ereu s’est ensuite imposé en mêlée.
-On m’a aussi rapporté que les spectacles étaient exceptionnels cette année.
- En effet, confirma-t-elle. Niscarvin, que vous avez vu tout à l’heure, est arrivé à la troisième place en arts du théâtre. Et, pour ma part, je suis arrivée deuxième en arts musicaux.
- Vous avez chanté ou joué d’un instrument ?
- Non. J’ai proposé une danse.
- Vous devez être une danseuse exceptionnelle.
- En tout cas, je m’efforce de l’être. »

Fleur ajouta :
« Fortuné et moi-même, nous avons participé au combat en armes. Votre frère s’est illustré en s’inclinant à l’issue du troisième tour.
- Vraiment ? Je savais qu’il se débrouillait en salle, mais je ne pensais pas qu’il se battait suffisamment bien, pour se présenter en tournoi.
- Oh, je ne suis pas surprise, ayant affronté des forbans à ses côtés. Pour ma part, j’ai eu plus de chance, je me suis hissée en 16e de finale. Hélas, je suis tombée face à une brute qui n’a pas retenu sa force. Si j’ai encore un visage digne de Fortuné, c’est grâce à l’intervention de votre père. »

Malgré ses efforts, Fleur ne trouvait pas grâce à ses yeux, elle ne parvenait pas à l’impressionner, et il la trouvait même un peu prétentieuse. En tout cas, Fortuné n’épousait pas n’importe qui, il devait en convenir. L’héritière d’une baronnie, tout de même ! Soit, il ferait donc bonne figure à leur mariage, par égard pour son frère.

De leur côté, Niscarvin et Arnolphe, après avoir hésité, renoncèrent finalement à trouver une cérémonie réformée et regagnèrent l’auberge, en attendant le retour de la jeune femme. N’y tenant plus, Arnolphe prit un bon repas. Puis, il poursuivit ses leçons de lecture avec Niscarvin, qui s’accorda une nouvelle dose de morphée.

En milieu d’après-midi, Fleur rejoignit ses amis. Arnolphe resta un moment avec eux. Puis, il rentra chez ses parents, tandis que Niscarvin faisait pénitence et que Fleur se plongeait dans la lecture de son traité d’escrime.

Le matin du Undi 25e Moisson (6 juillet), une fois préparés et après avoir fait leur prière du matin, Fleur et Niscarvin retrouvèrent Arnolphe en ville. Ils devaient chercher un guide chez les carriers. Aidée de Niscarvin, et moyennant finance pour délier les langues, Fleur se renseigna. Elle trouva un vieux carrier compétent qui se nommait Paulin Détrais. Elle lui exposa où se trouvait les sites qu’ils souhaitaient explorer. Il leur expliqua qu’ils risquaient de croiser des Ratsens – des hommes-rats – qui avaient transformé des carrières en champignonnières. De plus, il devait poser une journée de congé et s’assurer qu’on les laisserait passer. Il exigea donc 2 500 pièces d’or. Fleur tenta de négocier. Ils se mirent d’accord pour 2 375 pièces d’or, mais Paulin exigeait d’être payé immédiatement, car s’il devait périr, il ne voulait pas laisser sa veuve sans le sou. Les trois amis lui donnèrent l’argent. Paulin leur donna rendez-vous le lendemain matin.

Le reste de la journée, les trois amis retournèrent à leurs occupations. Fleur se procura en ville de la cire et un cachet ; Fortuné lui manquait terriblement, elle allait affronter des Ratsens dont elle ignorait le niveau de dangerosité, et au cas où, elle ressentit le besoin de lui écrire. Elle trouva ensuite un marchand honnête qui se rendait à Neuhor ; elle lui expliqua qu’elle repasserait le jour-même pour lui confier son pli.  

Fleur retrouva ensuite ses amis à l’auberge. Elle s’isola un moment dans sa chambre afin d’écrire sa lettre. Inspirée, elle l’écrivit pratiquement d’un jet, livrant son cœur, sans calcul. Elle la relut plusieurs fois. Elle pensa même à la parfumer, mais y renonça car l’odeur ne tiendrait pas quelques jours. Elle plia soigneusement le parchemin, et le scella. Comme midi approchait, elle partagea un bon repas avec ses amis, avant d’aller porter sa lettre au marchand. L’homme quitterait Néac après la foire de la Saint Thimothy. Elle lui indiqua l’adresse et lui donna le nom du destinataire.

Puis elle revint à l’auberge. Tandis qu’elle poursuivait la lecture du traité d’escrime, elle eut envie de mettre en application ce qu’elle venait d’apprendre, et elle proposa à Niscarvin de s’entrainer avec elle, comme il maniait aussi la rapière. Tout en échangeant ses observations avec le saltimbanque sur les techniques de toucher, elle se confia à son ami. Sa rencontre avec Orlande la contrariait. Elle sentait bien qu’il ne l’appréciait pas et cela l’ennuyait d’autant plus que les deux frères avaient l’air de bien s’entendre. Pour la rassurer, Niscarvin lui dit qu’elle n’y pouvait rien, qu’elle n’avait rien à se reprocher, et que de toute façon, elle ne vivrait pas avec Orlande.

Le soir, ils allèrent chez Piscis récupérer l’objet illuminé. Ils devraient en revanche attendre la foire pour avoir l’arc et la chaine enchantés.
Fichiers joints
Lettres 1.docx Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(18 Ko) Téléchargé 2 fois


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 23:33, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 2ème étape : Dans les entrailles de Néac

Message  Fleur le Ven 6 Mai - 2:43

Le Deudi 26e Moisson (7 juillet), Le Deudi 26e Moisson (7 juillet), dès son lever, Fleur retira ses bandages et constata avec joie que son visage était intact, ce qui la mit d’excellente humeur. Niscarvin, de son côté, tenta d’invoquer la bénédiction de Tharès, mais s’attira hélas une malédiction.

En chemin, Fleur s’excusa encore de son comportement chez les Grosjean, mais Arnolphe lui assura que ses parents ne lui en voulaient pas.

Les trois amis retrouvèrent comme convenu le carrier, qui avait posé sa journée et les fit accéder aux entrailles de la ville. Paulin était muni d’un casque, d’une lampe et d’une pioche. Les autres carriers les laissèrent passer, se demandant juste qui étaient ces nouveaux venus. Au fur et mesure qu’ils progressaient vers les anciennes galeries, les bruits de pioche diminuèrent. Ils descendirent par des escaliers de bois. Ils s’enfoncèrent dans les entrailles de la ville de plusieurs étages. Paulin s’arrêta dans la galerie 45, condamnée par des planches. Eclairé par Niscarvin et Fleur, aidé par Arnolphe, il ouvrit le passage. Les galeries, abandonnées depuis longtemps, étaient poussiéreuses. Ils avancèrent prudemment, se retrouvèrent face à deux couloirs, l’un partant à gauche, l’autre à droite. Il y avait également une salle ; Paulin alla l’explorer en éclaireur : c’était une zone d’excavation. Il poursuivit tout droit. Visiblement expérimenté, il savait où aller. Il remarqua un endroit qu’il ne connaissait pas, et constata qu’il s’agissait d’un cul-de-sac ; les extractions n’avaient pas été poussées plus avant car la roche était à cet endroit trop dure, expliqua-t-il.

Ils reprirent leur marche, arrivèrent sur une grande salle. Ils entendirent soudain un énorme vacarme, provenant du plafond : des cris et des battements d’ailes. Ils se trouvaient dans le repère de chauve-souris géantes, qui, excitées par la lumière de leurs lampes, se mirent à les assaillir. Arnolphe remarqua qu’il y avait pas mal d’ossements, de grande taille. Ces créatures n’aimaient manifestement pas beaucoup les visiteurs. L’une d’entre elles mordit l’archer à la jugulaire, qui dut faire reculer la mort grâce à son Pouvoir. Elles blessèrent gravement Niscarvin à la tête, mais il réduisit sa blessure en légère. Assaillie également, Fleur parvint à se défendre, grâce à son Pouvoir, et s’en tirait sans une égratignure. Le carrier les repoussait comme il pouvait. Il éteignit sa lampe et leur dit de se replier. Fleur sortit en première de la salle. Attirées par son sang, les chauves-souris ne cessaient de harceler Niscarvin, qui même en usant de son Pouvoir, reçut une blessure grave. Quatre créatures attaquèrent Arnolphe, qui se défendit grâce à son Pouvoir. Paulin leur dit « Eteignez les lampes ! Il faut qu’on se réfugie dans un boyau », avant de se replier.

Arnolphe parvint à le rejoindre dans le cul-de-sac. Fleur, un peu perdue dans le noir, longeait le mur, sans trop savoir où aller et entendant sans cesse les bruissements d’ailes au-dessus de sa tête. Niscarvin, complètement désorienté, blessé, cheminait de son côté. Lorsqu’il ralluma sa lampe pour se diriger, il se rendit compte avec effroi qu’il était retourné dans le repère des chauves-souris. Attirées par la lampe, ces dernières l’attaquèrent violemment, et il dut puiser dans son Pouvoir, pour ne pas mourir.

Dans le petit boyau, Paulin ralluma la lampe. Il dit à Arnolphe : « Couvrez-moi ! », tandis qu’il rallumait la lampe. Des créatures les avaient poursuivis.

De son côté, Fleur réalisa qu’elle ne se trouvait plus dans le couloir. Elle s’arrêta, s’appuya contre le mur, appela ses camarades.

Ayant entendu les cris du saltimbanque, Arnolphe décida d’aller le chercher. Il courut et s’engouffra courageusement dans le repère des chauves-souris. L’une d’entre elles lui déchira l’oreille mais il extirpa de la salle son ami. Les chauves-souris les poursuivirent, excitées par le sang, mais dans le boyau, ils pouvaient les affronter une par une. Arnolphe les repoussa avec ses couteaux, il en toucha une à la tête. Niscarvin en transperça une autre.

Fleur sentit qu’une créature fondait sur elle. Elle moulina ses lames au hasard, et par chance, elle repoussa la chauve-souris. Elle décida de repartir, mais dans quelle direction aller. Elle était totalement perdue. Elle longea le mur, vers sa droite, repoussant comme elle pouvait les créatures, et tachant de protéger son visage.

Débarrassés des chauves-souris, Arnolphe, Niscarvin et Paulin sortirent de leur abri pour aller chercher la jeune femme. Fleur poursuivait sur sa droite. Une chauve-souris la griffa, lui laissant une estafilade. Paulin fut également blessé. Niscarvin le défendit. Arnolphe prit la lanterne et la ralluma. Fleur aperçut la lumière, et l’archer la retrouva. Elle se rendit alors compte qu’elle avait tourné en rond et qu’elle était revenue vers le repère des chauves-souris. Son ami lui cria : « Pas par-là ! » Quatre chauves-souris fondirent sur elle. Fleur, grâce à son Pouvoir, la repoussa et s’en sortit sans une égratignure. Ils se replièrent dans le petit boyau. Niscarvin faisait face bravement. Paulin tua une créature d’un coup de pioche. Fleur en élimina une autre. Trois autres succombèrent sous les coups de nos héros. Les chauves-souris finirent par se retirer.

Niscarvin en profita pour soigner leurs blessures. Ensuite, guidés par Paulin, ne souhaitant pas s’attarder sur les lieux, ils partirent en courant, en contournant les chauves-souris. Ils arrivèrent dans une petite salle, puis tournèrent à droite. A leur grand soulagement, pas de chauve-souris. Ils en profitèrent pour se reposer. Ils reprirent leur marche. Hélas, nouveau cul-de-sac. Ils durent faire demi-tour. Paulin recherchait le passage pour accéder à l’étage du dessous. Un peu plus loin, ils entrèrent dans une salle avec un puits. Une odeur nauséabonde s’en dégageait. Fleur attrapa une migraine. Paulin leur dit aussitôt de reculer. Il leur expliqua que cette odeur pouvait provenir de champignons en décomposition qui se développaient dans les galeries à cause des Ratsens, qui y installaient des cultures. Ils se replièrent et explorèrent une autre salle, effondrée. Il y avait des étais partout, complètement pourris qui cédèrent. Des gravats s’abattirent sur eux. Arnolphe s’en sortit sans trop de mal, grâce à son Pouvoir. Il reçut un caillou sur l’épaule. Fleur, surprise, eut néanmoins de bons réflexes. Elle usa de son Pouvoir pour réduire ses handicaps. Fleur et Paulin s’extirpèrent de la salle, groggys, mais sans blessure. Niscarvin s’en sortit indemne. Il soigna ses compagnons.

Ils finirent par trouver un escalier, et descendirent. Ils se retrouvèrent face à un couloir. Paulin les prévint qu’à partir de là, il ne connaissait plus trop les lieux. Il estimait que les ruines qu’ils recherchaient devaient se trouver plus bas. Ils partirent à droite. Soudain, quatre rats gigantesques les menacèrent. Ils se trouvaient dans leur repère. Niscarvin para une première attaque. Un autre manqua sa cible, la jeune femme. Celle-ci riposta et lui assena une blessure mortelle. Fleur tenta d’aider Arnolphe. Mais son rat, rancunier la prit en traitre ; elle parvint néanmoins à se défendre. Paulin en élimina un d’un coup de pioche. Arnolphe en blessa un autre gravement. Soudain, les rats enragés semblèrent subitement épuisés. Celui de Fleur s’enfuit. Elle vint prêter main forte à Niscarvin. Elle fit une estafilade à son rat. Niscarvin lui assena une blessure grave. Le vaillant carrier l’acheva. Comme toujours, le saltimbanque pansa les plaies de ses compagnons.

Ils reprirent leur exploration. Sur leur droite, ils ne trouvèrent que des culs-de-sac. A leur gauche, ils empruntèrent un couloir, qui s’ouvrait sur une grande salle. C’était une grande zone d’excavation déserte, tapissée de terreau pour faire pousser du nigrame, une tubercule souterraine cultivée par les Ratsens. Ils distinguèrent deux passages : l’un à gauche, l’autre à droite. Paulin estima que les vestiges recherchés pourraient se trouver vers la droite. Ils empruntèrent donc le long couloir à droite. Alors qu’ils progressaient dans le couloir, ils trouvèrent une petite salle humide, envahie de champignons. Paulin les avertit que cela signalait la proximité de Ratsens. Il leur indiqua un gros champignon brun et les mit en garde. Ces champignons étaient remplis de gaz qui pouvait s’enflammer ou exploser si on en approchait imprudemment les lampes. Plus loin, il leur montra un lichen brunâtre en leur conseillant de ne pas y toucher car il faisait rouiller les métaux.

Ils poursuivirent leur route. Alors qu’ils se trouvaient à un croisement, ils s’aperçurent qu’ils s’étaient faits repérés par des Ratsens. Niscarvin les exhorta astucieusement à se replier dans le couloir, en se protégeant grâce au cul-de-sac sur leur droite. Niscarvin et Fleur firent face, protégeant Arnolphe qui se munit de son arc. Une dizaine de Ratsens chargèrent, armés d’épées courtes, protégés par des armures et des boucliers de bois. Fleur, assaillie par deux Ratsens, blessa mortellement l’un d’entre eux, qui se retira, remplacé par un autre, supprimé aussitôt par la jeune femme. Un nouveau l’attaqua, mais, grâce à son Pouvoir, elle se défendit bien. Arnolphe visa un Ratsen : il le blessa légèrement. Les assauts des créatures ne se révélèrent pas très dangereux face à nos héros. Niscarvin en supprima un. Arnolphe blessa légèrement celui qui faisait face à Fleur, qui lui infligea une blessure grave au bras. Il prit alors la fuite. Arnolphe visa celui qui affrontait le saltimbanque, mais Niscarvin le supprima. Un trait mortel d’Arnolphe en tua encore un. Un nouveau s’attaqua à Fleur, mais la belle tenait bon et l’élimina. Les derniers s’enfuirent. Niscarvin se soigna, puis s’occupa des plaies de Fleur, pendant que Paulin et Arnolphe faisaient le guet.

Nos explorateurs se replièrent pour panser les blessures. Ils retournèrent explorer le repère des Ratsens, déserté par ses occupants, pour le moment. Ancienne salle d’excavation, elle comportait un rangement pour les outils. Un enclos, retenant une dizaine de rats géants, barrait la moitié de la grande salle. Il n’y avait pas d’autres issues. A partir du carrefour, ils empruntèrent le couloir à gauche. Ils le longèrent un long moment, avant de trouver une nouvelle intersection. Pour ne pas se perdre, Paulin marquait régulièrement leur chemin avec de la craie. Ils continuèrent tout droit, traversèrent une petite salle avec un passage à droite. Le carrier leur précisa que certaines mousses, acides, pouvaient faire fondre les chaussures.

Tandis qu’ils poursuivaient leur route, Arnolphe entendit un groupe de rats ou de Ratsens qui se précipitaient vers eux. Dos à dos, ils se préparèrent à les affronter. Une douzaine de rats géants les assaillirent. Ils avaient des scarifications.

Deux rats s’attaquèrent à Fleur. L’un la manqua. L’autre trouva une prise, mais grâce à son Pouvoir, elle n’eut aucune égratignure. Arnolphe arma son arc ; il frôla Niscarvin. Des deux rats face à la jeune femme, l’un fut inoffensif, l’autre la poussa à utiliser son Pouvoir pour se défendre. Le saltimbanque para un assaut dangereux. L’archer, à l’aide de son Pouvoir, visa cinq rats : il en tua quatre ! Le dernier échappa à son trait. Il tenta de les faire fuir. L’un, intimidé, s’éclipsa, mais les trois autres tenaient bon. Ils se ruèrent sur le saltimbanque. Fleur vint lui prêter main forte et ses lames assassines les supprimèrent.

Paulin leur conseilla de faire demi-tour. Un peu plus loin, ils trouvèrent enfin ce qu’ils cherchaient : des escaliers qui descendaient. Arnolphe, le plus vigilant d’entre eux, passa en éclaireur. Les marches, pourries, cédèrent. L’archer dérapa et tomba. Il se blessa légèrement au coude. Il rassura aussitôt ses compagnons : « Ça va, rien de grave. » Fleur eut l’idée d’attacher une corde pour sécuriser leur descente. Elle demanda de l’aide à Niscarvin, qui était plus habile qu’elle de ses doigts. Le saltimbanque l’attacha. Paulin descendit sans difficulté. Puis, ce fut au tour de Niscarvin. Il fit une chute, et récolta deux blessures légères, il fit reculer la mort grâce à son Pouvoir. Fleur descendit à son tour, lentement, mais elle arriva en bas sans encombre.

Deux couloirs s’offraient à eux : l’un à gauche, l’autre à droite qui s’ouvrait sur un autre couloir. Paulin leur proposa de partir à gauche. Niscarvin désinfecta le coude d’Arnolphe. Ils déambulèrent ainsi à travers d’étroits couloirs. A l’approche d’une salle, le carrier remarqua des toiles d’araignées, et leur fit aussitôt changer de direction, ils n’avaient aucune envie de se retrouver face à une araignée géante.

Ils passèrent un embranchement, puis se retrouvèrent dans une salle occupée par un troll des cavernes ! Les hommes voulaient l’affronter, mais Fleur prit peur sur le moment, impressionnée par la taille de la créature. Effrayée, elle s’enfuit. Furieux contre ces visiteurs importuns, le troll les poursuivit. Un sol glissant les fit déraper. Ils dévalèrent un long couloir, et s’écrasèrent dans une salle vide, couverts de contusions. Lorsque le troll les rejoignit, armé d’un étai en guise de massue, Fleur fit face bravement pour donner une chance à ses amis de le vaincre, malgré ses blessures, et son mal de crâne qui la tenaillait. Elle cria sa devise. Le troll fendit l’air avec son étai. Fleur se défendit, mais la force colossale du monstre l’envoya valser contre un mur. Totalement sonnée, elle constata qu’elle était encore en vie, par chance. Les trois hommes s’élancèrent contre le troll. Paulin lui asséna un coup de pioche, mais le monstre ne sentit rien. Niscarvin n’eut pas plus de succès. Arnolphe, lui, puisa dans son Pouvoir : il ignora ses blessures, visa la tête, et lui logea une flèche dans le crâne, crevant un œil. Profitant de l’occasion, Paulin saisit sa pioche à deux mains et lui enfonça profondément le fer dans le bras. Le troll s’effondra, inconscient. Niscarvin l’acheva. Puis, il soigna ses compagnons. Fleur, soulagée, félicita ses amis, les étreignant et s’excusant pour son moment de panique, mais ils ne lui en tenaient pas rigueur. Elle avait certes eu son moment de faiblesse mais elle s’était bien rattrapée. Alors que le saltimbanque annonçait qu’ils étaient presque à court de bandages, le troll se releva. Sa plaie au bras s’était refermée mais son œil demeurait toutefois crevé. Fleur fit face seule. D’une botte bien ajustée, elle lui infligea un coup mortel. Le monstre s’effondra de nouveau. Arnolphe sortit ses couteaux de boucher pour lui couper la tête, tandis que Niscarvin continuait de le taillader pour l’empêcher de se régénérer. Laborieusement, car le troll avait une peau très résistante, il finit par le décapiter.

Emportant la tête, ils empruntèrent un couloir qui remontait en pente douce. Mais ils cherchaient à descendre, et en outre, certains indices leur laissaient à penser qu’ils retournaient vers une zone contrôlée par les Ratsens. Ils décidèrent alors de reprendre leur exploration à la salle où ils avaient trouvé le troll.

Ils empruntèrent pour remonter le passage qu’ils avaient dévalés cul par-dessus tête. Fleur et Paulin se hissèrent sans difficulté. Mais Arnolphe et Niscarvin glissèrent et churent de nouveau. La jeune femme et le carrier redescendirent pour les aider. Une fois tous en haut, Niscarvin les soigna. Il les prévint cependant qu’il avait épuisé son matériel de chirurgie. Ils explorèrent le repère du troll. Ils repérèrent ses latrines, et après deux autres salles, un passage qui descendait. Ils trouvèrent au bout un couloir fermé par un mur maçonné. Paulin leur dit que d’après lui, c’était cela ce qu’ils recherchaient. Tous ensemble, ils s’attaquèrent à la structure à coup de pioche. Fleur avait deux mains gauches et manque de se blesser. Visiblement, il y avait une salle derrière ce mur.


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 23:38, édité 3 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 3ème étape : La nécropole telxe

Message  Fleur le Lun 16 Mai - 18:02

Lorsque le mur s’écroula, ils découvrirent une salle vide, tapissée d’étranges motifs au mur. Elle ouvrait sur une pièce, de chaque côté. Arnolphe les alerta aussitôt, il était certain qu’il y avait un piège, déclenchant un flot de flèches sur ses victimes. Ils choisirent la pièce de gauche. Arnolphe manqua de s’étaler de tout son long, et usa dans son Pouvoir pour éviter le piège, qui ne se déclencha pas. Fleur, agile comme un chat, usa de son Pouvoir et atterrit sur ses deux jambes. Paulin se faufila sans difficulté. Personne ne déclencha le piège.

Dans la salle, il y avait des tombes creusées dans le mur. La plupart étaient brisées. Les lieux avaient manifestement été déjà visité par des pilleurs depuis longtemps. Il y avait aussi des cadavres armés, huit squelettes en vrac. Arnolphe fouilla la pièce. Fleur examina. D’après ses connaissances en histoire, elle estimait que ces armes dataient de l’époque des croisades. Il ne s’agissait en tout cas pas d’armes antiques.

Fleur décida de prendre des notes. Elle fit un plan. Elle nota les gravures. Elle consigna ses observations sur les armes. Ils en profitèrent pour se restaurer.

Ensuite, ils avancèrent tout droit. Ils trouvèrent trois passages étroits : un sur le mur du fond, un sur celui de droite et un à gauche. Il y avait beaucoup d’ossements, des tombes brisées. Curieusement, il y avait aussi un cadavre pas décomposé, sans tête, avec une lance dans le corps. Le sang était séché depuis longtemps. Arnolphe et Niscarvin fouillèrent les lieux, tandis que Fleur prenait des notes. Visiblement, comme le notait Arnolphe, il y avait eu des combats. L’archer trouva quelques bijoux en or, des armes anciennes que Fleur identifia comme des vestiges antiques, peut-être telxes. Les hommes distinguèrent une quinzaine de cadavres ; certains se trouvaient en meilleur état. Fleur usa de son Pouvoir pour identifier les objets ; les bijoux étaient bien telxes, ainsi que les cadavres les plus anciens. Les hommes pensaient que l’on s’était acharné à les briser. Ils se rappelèrent ce que leur avait indiqué le mage : Piscis leur avait expliqué que ces galeries avaient été murées 500 ans auparavant, époque qui correspondait aux cadavres plus récents. Niscarvin fit des dessins. On ramassa quelques objets : des bijoux, quelques armes. Soudain, ils sentirent un courant d’air froid. Niscarvin entendit des voix. Arnolphe distingua des mots dans une langue inconnue. Le saltimbanque était effrayé. Arnolphe s’inquiétait. Fleur, qui ne perçut qu’un courant d’air, demeurait calme, mais elle ne souhaitait tout de même pas s’attarder dans les lieux. Niscarvin fit de l’humour par l’absurde pour détendre ses compagnons, mais il fit pire que mieux :

« Bah au moins, si on meurt ici, on sera bien entourés ! »

En l’entendant, Fleur s’offusqua subitement :
« Non, mais qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Moi je n’ai pas l’intention de rester ici, et je compte bien revoir Fortuné, tu m’entends ! »

Paulin commença à paniquer. Pas rassurée, la jeune femme s’angoissa en pensant à son fiancé :
« Mais qu’est-ce que je fais là… Fortuné, je ne le reverrai jamais… »

Une larme coula sur sa joue. Son orgueil prit alors le dessus. Fleur tenta de se raisonner. Non, elle ne voulait pas mourir ici. Elle pensa très fort à son bien-aimé, et elle allait se battre de toutes ses forces pour le revoir. Ainsi, elle tenait bon. Voyant les trois hommes s’angoisser, elle tenta de les raisonner. Elle se ressaisit et persuada ses compagnons de ne pas craquer. Mais Paulin et Niscarvin demeuraient terrifiés. Paulin les exhortait à quitter ces lieux maudits. Niscarvin, lui, souhaitait poursuivre l’exploration, mais il se rangerait à l’avis de la majorité. Fleur était de son avis. Arnolphe, lui, voulait aller jusqu’au bout de l’exploration, d’autant que, leur rappela-t-il, ils avaient dépensé une partie de l’argent du comte, et ne se trouvaient pas en mesure de le rembourser ; il faisait preuve de bon sens. Paulin voulut rester dans cette pièce pour les attendre, mais la jeune femme lui rétorqua que rester seul ne serait pas très prudent. Il décida donc de les suivre.

Ils allèrent explorer une autre pièce. Ils trouvèrent des tombes déjà pillées, mais pas de cadavres. Comme ils repassaient devant la première pièce, Arnolphe se rendit compte alors qu’il n’y avait aucun piège. Il prétendit, pour sauver la face, que les mécanismes devaient être grippés. Fleur lui faisait confiance.

La salle de droite menait à un couloir en T. Prévoyant, Paulin continuait de marquer leur chemin à la craie. Le couloir de gauche s’achevait en cul-de-sac. Ils empruntèrent celui de droite. Arnolphe repéra des traces d’explosions, de grenades magiques, mais il ne trouva pas de pièges. Au bout de quelques mètres, ils poursuivirent à gauche. Ils remontèrent un long, très long couloir, qui n’en finissait pas. Arnolphe chercha une issue. Il se rendit compte qu’ils étaient piégés dans une boucle illusoire : ils tournaient en rond. D’ailleurs, Paulin avait criblé le mur de craie, qui faisait en réalité six mètres. Le carrier en prit également conscience. L’archer leur fit faire alors demi-tour. Fleur et Niscarvin, toujours trompés par l’illusion, avaient l’impression que le couloir se distendait, et ils perdirent de vue leurs compagnons. Arnolphe et Paulin, de leur côté, les voyaient tourner en rond. L’archer s’encorda, vint les chercher, il les prit par la main. La jeune femme et le saltimbanque retrouvèrent le groupe. Ils empruntèrent un autre passage, mais Niscarvin les perdit de vue, resté dans l’embranchement. Arnolphe, agacé, le retrouva, tenta de le gifler pour le faire réagir. Niscarvin intercepta son bras :

« Mais qu’est-ce que tu fais ?
- Réagis, bon sang ! T’es pris dans une illusion ! »

Grâce à son Pouvoir, Niscarvin sortit enfin de l’illusion.

Ils partirent à gauche. Ils arrivèrent dans une grande salle avec deux passages. Elle comportait une cinquantaine de tombes intactes. Fleur s’assit et prit des notes. Elle demanda à Niscarvin de dessiner les symboles. Arnolphe et Paulin commencèrent à ouvrir les tombes. Arnolphe finit par soulever la dalle. Ils découvrirent dans la tombe un homme portant un casque, des vêtements, une armure, une épée en bronze, un bouclier en bois, une épée en bronze, un torque en or.



Soudain, un tourbillon d’eau apparut et laissa place à un monstre au corps décharné et massif, armé de lames tranchantes comme des rasoirs, rappelant un requin à la forme de sa tête et de ses nageoires. La créature moulina ses énormes lames sans faire de victime. Fleur riposta, usant de son Pouvoir, et le blessa gravement. Ils l’assaillirent, sans succès. Le monstre attaqua la jeune femme, la toucha. Déstabilisée, elle fut bousculée. Niscarvin reçut une blessure légère, et fut repoussé rudement, assommé. Puis le monstre frappa plus fort la jeune femme. Il toucha l’archer. Il s’acharna sur Fleur, qui usa de son Pouvoir pour se défendre. Il tua Niscarvin, qui revint grâce à son Pouvoir. Furieuse pour son ami, Fleur prit l’initiative et infligea une autre blessure grave à la créature. Arnolphe le toucha à son tour, sans toutefois l’inquiéter. Le monstre revint à la charge, mais ne fit pas de victime. Fleur lui infligea un groggy, avant de l’achever. Alors qu’elle retirait sa lame, le monstre disparut en se liquéfiant.



Débarrassés de la créature, ils s’attaquèrent à une deuxième tombe. Fleur, méfiante, garda ses armes près d’elle. La dalle finit par céder. Aucun monstre ne se manifesta. On découvrit un corps de guerrier avec des armes, des bijoux. Cinq tombes en tout furent ouvertes. On récupéra des objets : un torque en or, une fibule, un couteau, un casque, un bracelet, une épée dans son fourreau, ainsi qu’une bague. Conscients que desceller toutes les tombes leur prendrait des heures, voire des jours, ils décidèrent de reprendre leur exploration.

Ils empruntèrent le passage à gauche. Ils tombèrent sur un embranchement, offrant un chemin à droite et un à gauche. Ils tombèrent un peu plus loin sur un ossuaire qui formait un cul-de-sac.



Ils firent demi-tour et ils empruntèrent l’embranchement à droite. Ils débouchèrent sur une salle déjà vue : celle qui était jonchée de corps, et où se trouvait le curieux cadavre non décomposé. Ils revinrent sur leurs pas, déterminés à finir cette longue exploration. Ils repassèrent devant l’ossuaire. Ils empruntèrent le passage à gauche. Au bout de cinq mètres, le chemin tournait à droite, avant d’aboutir à un embranchement en E.

Ils poursuivirent à droite, puis à gauche, Soudain, Arnolphe les prévint qu’une énorme vague déferlait derrière eux. Niscarvin fit face, inébranlable. Arnolphe fut bousculé mais tint bon. Paulin et Fleur prirent la vague de plein fouet et s’écrasèrent lourdement contre le mur. Niscarvin leur dit alors de ne pas rester là et retourna dans le couloir précédent. Alors qu’Arnolphe cherchait à comprendre comment ce piège fonctionnait, une autre vague se manifesta, emportant la jeune femme, l’archer et le carrier. Fleur, couverte de blessure, échappa à la mort grâce à son Pouvoir, comme Arnolphe. Elle jugea qu’elle avait compris la leçon et elle se précipita hors du couloir pour rejoindre Niscarvin, mais elle déclencha sur son passage une nouvelle vague. Cette fois, elle parvint à résister et à sortir du piège. Le carrier et l’archer, eux, furent emportés. Lorsque l’archer se releva, il s’aperçut que Paulin avait rendu son dernier souffle. Attristé, il récupéra ses craies et la corde. Arnolphe tenta de s’encorder. Une nouvelle vague déferla, mais grâce à son Pouvoir, il parvint enfin à s’extirper du piège. Lorsqu’il prévint ses compagnons du sort de Paulin, Fleur se sentit coupable. Peut-être auraient-ils pu agir conjointement pour s’extirper de ce piège, et trouver le moyen de sauver leur brave guide ? Mais son instinct de survie avait parlé en premier. Ils prièrent pour le repos du carrier avant de se remettre en route.

Le couloir ne menait nulle part. Ils revinrent donc sur leurs pas. Sur leur gauche, ils trouvèrent une pièce déjà profanée. Ils poursuivirent leur chemin, et arrivèrent dans une petite salle inconnue ; elle comportait six tombeaux telxes intacts, et deux passages. Les gravures semblaient plus raffinées, les sépultures plus prestigieuses. Fleur prit des notes, tandis que Niscarvin dessinait quelques gravures. Ils restaient toutefois sur leurs gardes, redoutant la visite d’un monstre, tandis qu’Arnolphe s’attaquait à une tombe. Faire céder la dalle s’avérait laborieux. Tout à son ouvrage, il remarqua une étrange lumière argentée, avant d’être frappé par un sortilège. Ses oreilles se bouchèrent, sa vue se brouilla. Il se sentit subitement plus faible. Son sac lui parut très lourd. Mais son esprit devint plus affuté. Il fouilla la sépulture et en tira un magnifique torque en or, une belle fibule, un bracelet. Il fit céder la deuxième tombe plus facilement, mais n’y trouva rien d’intéressant, hormis une corne à boire rehaussée d’argent. La troisième tombe lui donna plus de difficulté. Il se sentait fatigué. Ses amis prirent le relais. Lorsque la dalle céda, une lumière argentée jaillit. Fleur, aux aguets, lâcha prise, et roula sur le côté, échappant ainsi au sortilège. Le saltimbanque, lui, fut touché. Mais d’une grande force de volonté, il résista au sort. Il en avait néanmoins compris son effet : ce sortilège diminuait les points forts d’un individu. Aidé par Niscarvin, Arnolphe fouilla la sépulture : ils récupèrent une fibule et un poignard.

Ils remontèrent ensuite un long couloir qui déboucha sur une salle abritant des tombes intactes bien décorées. Mais ils ne voulurent pas risquer une nouvelle malédiction. Ils poursuivirent leur chemin tout droit. Ils trouvèrent une trace de craie. Ils continuèrent sur la même voie, mais ils s’aperçurent qu’ils étaient dans une nouvelle boucle illusoire. Ils s’encordèrent. Arnolphe usa de son Pouvoir, commanda à ses amis de fermer les yeux et les sortit de l’illusion.

Ils rejoignirent la salle où ils avaient affronté le monstre. Ils examinèrent d’autres pistes et identifièrent deux voies reliant des pièces connues. Puis ils trouvèrent un couloir inexploré. Ils distinguèrent plusieurs voies menant toutes à la salle au monstre. Ils trouvèrent un ossuaire. Ils longèrent la grande salle aux cinquante sépultures. Ils trouvèrent une autre salle avec de belles tombes, mais décidèrent de ne pas les toucher : ils laissaient ce plaisir à Piscis car leur Pouvoir et leurs forces s’épuisaient, et le temps passait. Ils poursuivirent leur chemin.

Dans une salle carrée, ils virent des tombes telxes intactes, mais six squelettes armés les attaquèrent. Niscarvin incita astucieusement ses amis à se replier dans le couloir pour les affronter deux par deux. Comme Arnolphe était affaibli, ses deux compagnons le protégèrent en faisant front devant lui. Deux premiers squelettes les attaquèrent, lamentablement. Fleur, qui prit son épée courte dans sa main directrice, riposta. Elle arracha la tête de son squelette, qui, à sa grande surprise, demeurait debout en armes. Il l’attaqua. Elle se défendit grâce à son Pouvoir. Le combat s’engagea également entre Niscarvin et son squelette. Le saltimbanque esquiva une première attaque. Il prit toutefois peur, mais Fleur l’exhorta à se battre, « Ah non Niscarvin, ce n’est pas le moment ! Bats-toi ! », et, pour bien faire, elle élimina un deuxième squelette. Il fut aussitôt remplacé par un squelette qui blessa légèrement la jeune femme. Elle riposta en l’entamant gravement. Le squelette, ne ressentant ni fatigue ni douleur, revint à la charge sans la toucher. Saisissant l’opportunité, elle l’élimina. De son côté, Niscarvin blessa légèrement son adversaire. Un autre squelette s’attaqua à Fleur, qui usa de son Pouvoir pour se défendre. Elle le blessa. Le squelette riposta, en vain. La redoutable Fleur l’élimina. Niscarvin tenait bon et blessa son squelette. Un autre se présenta devant la jeune femme. Elle le toucha légèrement. Il la frappa, mais bien protégée par sa cuirasse, elle ne sentit rien. Elle le blessa légèrement. Il la frappa de nouveau, sans lui faire le moindre mal. Il l’attaqua plus dangereusement. Niscarvin le supprima. Fleur en élimina un autre. Le dernier disparut sous les coups du saltimbanque. Arnolphe remercia ses amis de l’avoir protégé. Il leur annonça qu’il avait vaincu le sortilège et qu’il se sentait beaucoup mieux, ayant recouvré sa vision et sa force.



Ils reprirent leur exploration. Un peu plus loin, dans un couloir encore inconnu, ils se retrouvèrent subitement plongés dans les ténèbres. Arnolphe avait une meilleure vue que ses amis, complètement aveuglés. L’archer, peu à peu, s’habituait à l’obscurité, et s’aperçut que la lampe fonctionnait toujours, mais sa lumière était comme étouffée par les ténèbres. Il puisa une dernière fois dans son Pouvoir pour distinguer à travers l’obscurité, et parvint à guider ses compagnons pour les sortir des ténèbres.

Inquiète pour Arnolphe, Fleur commença à émettre le souhait d’achever là leur exploration, estimant qu’il était plus sage de quitter cette nécropole tant qu’ils disposaient encore un peu de Pouvoir pour protéger l’archer. Mais à sa grande surprise, les deux hommes ne l’entendirent pas de cette oreille, poussés par la curiosité et arguant qu’ils ne voulaient pas rentrer bredouilles. Niscarvin, pour l’encourager, la piqua dans son orgueil :

« Tu t’es un peu ramollie, Fleur !
- Oui. Je trouve aussi…, confirma l’archer.
- Je ne suis pas craintive ! , s’insurgea-t-elle. Je fais preuve de bon sens !
- Dis surtout que t’as peur de pas revoir ton Fortuné. », nota Arnolphe.

Frappée par cette vérité qu’elle ne pouvait nier, elle reconnut :
« Parfois oui. Je l’admets. »

Elle n’en démordait toutefois pas et ajouta :
« Mais là n’est pas la question. C’est pour toi que je m’inquiète, Arnolphe. Enfin, reconnaissez tout de même que continuer à explorer cette nécropole sans Pouvoir, ce serait du suicide. Sans compter que nous devons ensuite remonter par les anciennes carrières, peuplées par de charmantes créatures, qui se feront une joie de nous barrer le chemin.
- Écoute, on peut encore explorer quelques couloirs et ensuite, on avisera, proposa Niscarvin.
- Très bien. », capitula la jeune femme, de guerre lasse.

Ils explorèrent d’autres pistes. Ils se retrouvèrent dans une salle déjà connue, dont le sol était jonché de squelettes et de poteries brisées. Ils remontèrent un couloir qui déboucha sur quatre issues : deux sur le mur d’en face, une vers la gauche, et une à l’angle du mur du bas et du mur de gauche. Ils suivirent un couloir tout petit. Les salles étaient presque contigües. Ils poursuivirent en face. Ils trouvèrent un dépotoir avec des motifs telxes effacés par les graffitis, des ordures. Sur leur gauche, ils trouvèrent également des ordures, dégageant une odeur nauséabonde. Ils décidèrent de faire demi-tour.

Ils explorèrent un couloir dans les ténèbres. Tout à coup, la lampe s’éteignit. On n’apercevait plus le mur. Les trois amis furent transpercés par un souffle qui leur glaça le sang. On entendit distinctement des voix hostiles, dans une langue inconnue. Fleur leur dit, pour ne pas perdre ses camarades : « Faut qu’on se donne la main ». Niscarvin et Arnolphe tentèrent de la rejoindre. Des fantômes de guerriers telxes firent leur apparition, en leur lançant des imprécations. Ils tentèrent de fuir. Ils firent quelques mètres, avant de se heurter à un mur. Ils essayèrent de le longer vers la gauche. Soudain, quelque chose fit bouger leurs ceinturons. Fleur tint bon. Arnolphe perdit le sien, et trébucha. Niscarvin fut déstabilisé. Lorsqu’Arnolphe le remit, il remarqua qu’il lui manquait un couteau. Ils continuèrent de longer le mur. Les fantômes leur barrèrent le passage. Les trois amis prirent sur eux et passèrent à travers. Ils s’enfuirent en courant, et regagnèrent le couloir. La lumière de la lampe jaillit de nouveau. Ils aperçurent dans le fond du couloir les fantômes.

Ils retournèrent dans la salle pleine d’ordures, poursuivirent à droite, pour retrouver une grande salle profanée avec des squelettes, qu’ils connaissaient déjà. Ils reprirent leur souffle et leurs esprits. Cette fois, Arnolphe et Fleur voulaient repartir. Niscarvin leur rappela qu’il restait encore de nombreuses voies inexplorées. Mais ses amis lui opposèrent que leur Pouvoir s’amenuisait et que leurs réserves en eau étaient épuisées depuis longtemps. Ils étaient blessés, exténués. Il leur fallait encore refaire le chemin en sens inverse, donc se frotter de nouveau aux créatures qui erraient dans les carrières abandonnées et ils n’avaient plus de guide pour retrouver leur chemin. Niscarvin se rangea donc à l’avis de ses amis.

Ils vérifièrent quelques voies, constatant qu’elles reliaient des pièces connues. Guidés par Niscarvin qui tenait le plan, ils partirent à droite, passèrent une intersection en T, puis à gauche, avant de traverser un second croisement en T, poursuivirent à droite, encore à droite, puis remontèrent un couloir d’une dizaine de mètres, qui tournait ensuite à gauche. Ils traversèrent une pièce déjà visitée. Enfin ils retrouvèrent la salle supposée piégée et l’escalier.

Ils repassèrent par la salle du troll, poursuivirent tout droit. Ils arrivèrent devant une salle mais ne distinguèrent aucune trace de craie, et l’absence de leur brave carrier se fit sentir. Niscarvin usa de son Pouvoir, et retrouva le chemin sans difficulté. Il se souvenait par où Paulin les avait fait passer. La marque était quelques pas plus loin.

Un peu plus loin, ils retrouvèrent la corde de Fleur qui pendait encore, à l’endroit où un vieil escalier s’était effondré. Plus agile, Fleur passa en première, emportant la corde de Paulin. Elle se hissa sans difficulté, et passa la corde à Niscarvin qui attacha Arnolphe. Le saltimbanque commença son ascension, mais il fatiguait. Ses amis l’encouragèrent. Il finit par se hisser, laborieusement. Tandis qu’ils aidaient Arnolphe à monter, ils virent des Ratsens approcher. Fleur prévint ses amis avant de tirer ses armes au clair pour les affronter. Elle en compta six en armures de peaux, munis de lances. Comme ses amis ne pouvaient lui prêter main forte, elle puisa dans son Pouvoir et les chargea. Elle transperça le premier à l’avant-bras et l’égorgea. Elle trancha la main droite du second avant d’enfoncer sa rapière entre les yeux. Elle écarta la lance du troisième de son épée courte, et lui perfora le ventre d’un coup de rapière. Elle fit une petite botte en garde basse, traversant la jambe d’un quatrième Ratsen et le tailla de bas en haut. De son épée courte, elle trancha le bras gauche du cinquième, avant de l’égorger. Mais le dernier esquiva ses lames. Elle revint à la charge. D’un coup de rapière, elle lui entailla son bras droit, et lui fendit le crâne de son épée. Ils reprirent la corde, et se remirent en marche, guidés par des traces de craie.



Un peu plus loin, les trois compagnons hésitèrent entre deux chemins marqués d’une trace de craie. Ils décidèrent de partir à droite. Tandis qu’ils avançaient, Arnolphe entendit des Ratsens. Il fit signe à ses amis de rester discrets. Arnolphe et Fleur parvinrent à se replier silencieusement. Niscarvin, surpris, car il ne les avait pas entendus, fut pris en chasse par une escouade de guerriers. Il rejoignit ses compagnons en courant. Ils se replièrent dans un couloir. Comme Arnolphe n’avait plus de Pouvoir, les deux bretteurs se placèrent devant lui. Fleur usa de son Pouvoir et en attaqua trois. Le premier para sa lame grâce à son bouclier. Elle blessa mortellement les deux autres. Niscarvin se chargea, pour sa part, de leurs trois congénères ; il en élimina deux, perfora le bouclier du troisième, qui s’en sortit avec une blessure légère. Fleur tenta d’éliminer le Ratsen qui lui faisait toujours face ; malgré une belle attaque, son adversaire para de justesse ses lames. Les trois compagnons laissèrent les survivants s’enfuir et quittèrent les lieux, conscients que d’autres Ratsens pouvaient revenir à la charge.

Ils retrouvèrent la salle occupée par l’enclos. Arnolphe identifia des traces, qui les conduisirent à la salle du champ de nigrame. Ils traversèrent un couloir. Ils entendirent alors les bruits d’une cavalcade. Ils se sauvèrent. Des rats géants, lâchés par les Ratsens, les poursuivaient. Ils trouvèrent les escaliers, les grimpèrent quatre à quatre. Ils remontèrent un couloir qui tournait à gauche, puis encore à gauche. Ils couraient à vive allure. Fleur distança ses camarades. Elle dut bientôt ralentir car ses compagnons peinaient à la rejoindre. Les rats rattrapèrent et chargèrent les deux hommes. Arnolphe se fit mordre par deux d’entre eux. Pour le sauver, Niscarvin fit don de la dernière once de Pouvoir qui lui restait à l’archer. Malgré cela, Arnolphe endura deux blessures légères. C’est alors que Fleur revint sur ses pas pour aider ses amis. Elle chargea les rats, balayant leurs rangs en moulinant avec une efficacité redoutable. Elle tua huit rats géants. Il n’en restait plus que quatre. Pour la protéger, Niscarvin en cibla deux, mais il se fit mordre. Fleur, pressée de quitter ces maudites galeries, chargea les quatre derniers, et les blessa gravement. Ne voulant pas laisser de survivants, elle s’acharna sur eux et leur infligea des blessures légères. Niscarvin les acheva.

Débarrassés des rats géants, ils se sauvèrent en courant. Ils passèrent non loin des chauves-souris, qu’ils se gardèrent bien de recroiser. Ils purent entendre toutefois leurs battements d’ailes inquiétants.

Enfin, ils franchirent l’entrée des galeries abandonnés. Ils gravirent avec soulagement les escaliers, remontèrent un couloir qui amenait aux galeries en activité. Mais Arnolphe peinait à s’orienter. Ils étaient blessés, assoiffés, et fourbus, ignorant même pendant combien de temps ils s’étaient aventurés dans les galeries abandonnées. Fleur puisa alors ce qui lui restait de Pouvoir pour retrouver le chemin et aidée par Arnolphe, elle se souvint du numéro de la galerie indiquée par Paulin, Elle remonta en éclaireur et prévint ses amis qu’ils étaient sur la bonne voie.

A mesure qu’ils avançaient, ils entendaient les bruits de pioche des carriers au travail. Lorsqu’ils les aperçurent enfin, Niscarvin les salua, imité par ses amis. Intrigués, les ouvriers leur demandèrent d’où ils sortaient. Niscarvin leur répondit en leur indiquant du doigt « De là-bas ». Le saltimbanque en profita pour s’enquérir : « Au fait, quel jour sommes-nous ? » Un des carriers l’informa que c’était le matin du 27e Moisson. Perplexe, l’homme leur demanda : « Mais qu’est-ce que vous faites là ? », Arnolphe lui expliqua qu’ils s’étaient perdus. Il prétendit qu’ils se trouvaient dans une grotte qui s’était effondrée, et qu’ils s’étaient retrouvés ainsi dans de vieilles carrières de la ville. L’homme leur fit savoir qu’ils devraient en informer leur contremaître. Arnolphe leur raconta qu’ils avaient eu maille à partir avec des Ratsens. Les trois compagnons leur signalèrent qu’ils avaient besoin d’un médecin. Les carriers les conduisirent jusqu’à la sortie.


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 23:49, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : quelques jours de repos

Message  Fleur le Dim 22 Mai - 3:38

En ce matin du 27e Moisson (8 juillet), les trois compagnons se mirent en quête du matériel nécessaire à Niscarvin pour soigner leurs blessures. Ils se procurèrent une trousse de chirurgie pour 150 pièces d’or. Fleur, soulagée d’avoir quitté ces maudites galeries, remarqua : « Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais été aussi heureuse de revoir la lumière du jour ! », savourant la caresse du soleil matinal sur son visage.

Ils se rendirent ensuite chez les Grosjean. Niscarvin soigna ses amis avec une grande habileté. Fleur ne sentait plus sa blessure. Arnolphe se portait mieux. Puis, ils savourèrent un vrai repas, buvant abondamment, assoiffés qu’ils étaient. Taquins, les deux hommes proposèrent à Fleur de l’alcool de pomme, mais elle refusa, amusée : « Non merci. Je vous vois venir tous les deux… Je tiens à ma dignité ! »

Bien que très harassés, les trois compagnons se décidèrent à aller voir Piscis, pour lui rendre compte brièvement de leur exploration et lui demander conseil, comme le suggérait la jeune femme. Lorsque le mage les aperçut, il constata à leurs états que l’expédition n’avait pas été de tout repos. Ils exposèrent rapidement les faits, lui indiquant qu’ils entreraient le lendemain dans les détails car ils avaient grand besoin de se reposer. Ils lui remirent les objets trouvés, les notes de Fleur, les plans établis par Niscarvin, ainsi que les dessins des gravures. Le mage parut assez content. Il leur donna rendez-vous le lendemain, jour de la foire, dans l’après-midi. Fleur lui expliqua qu’ils avaient perdu leur guide dans leur périple et lui demanda ce qu’il valait mieux indiquer aux carriers ou aux autorités si on leur demandait des comptes, comme elle s’y attendait. Arnolphe proposa de dire qu’ils avaient exploré les galeries à la recherche du troll, pour ramener des ingrédients magiques, et que, hélas, Paulin n’avait pas survécu. Piscis jugea que c’était effectivement une bonne chose à dire, mieux valait taire en effet qu’ils étaient partis piller des tombes, fussent-elles telxes.

Tandis qu’Arnolphe retournait chez ses parents, Fleur et Niscarvin regagnèrent l’auberge. On leur réclama vingt pièces d’or supplémentaires pour leurs chevaux. Durement éprouvés, le saltimbanque s’accorda une bonne dose de morphée, tandis que Fleur, de son côté, pensa à son bien-aimé, remerciant le grand Tharès d’avoir épargné sa vie, avant de sombrer dans un sommeil profond.

Le matin du 28e Moisson (9 juillet), à l’auberge, Fleur et Niscarvin furent tirés d’un sommeil réparateur par des carriers accompagnés d’un milicien, car Paulin n’avait pas reparu. On leur demanda des comptes. Niscarvin leur expliqua qu’ils étaient partis chasser un troll pour ramener un ingrédient magique à Piscis. Mais durant leur affrontement, le troll avait tué Paulin, et comme ils étaient revenus eux-mêmes blessés et épuisés, ils n’avaient pas pu faire le nécessaire pour répandre la funeste nouvelle. Le saltimbanque, à qui la jeune femme s’associa, leur fit part de leurs condoléances pour le carrier. Ils étaient sincèrement désolés pour lui. Le milicien crut leur histoire mais leur demanda de rester en ville pour le moment. Après leur départ, ils regagnèrent chacun leur chambre, et Niscarvin s’accorda une dose de morphée avant de se reposer.

Dans l’après-midi, ils retournèrent voir Piscis, en compagnie d’Arnolphe. Le mage leur remit les objets enchantés. Fleur récupéra son collier avec joie. Niscarvin avait désormais un sac enchanté tandis qu’Arnolphe admira son nouvel arc avec un air satisfait. Piscis leur confia le collier de téléportation pour le comte. Ils passèrent contrat ensemble pour régulariser leur transaction. Fleur pensa à lui demander s’ils devaient accomplir un rituel pour déposer l’ancre au château. Le mage lui fit savoir qu’ils devaient juste déposer une perle, dans l’endroit où on souhaitait se téléporter, tout en prenant garde à ne pas égarer les autres perles du collier. Il les invita aussi à bien réfléchir au choix de la destination, et à savoir où déposer la perle pour qu’elle ne soit ni perdue, ni volée. Piscis en profita pour leur demander de venir lui parler demain de la nécropole telxe.

Puis ils se rendirent à la foire, notamment chez l’armurier. Ils lui confièrent leurs armes et armures endommagées. Arnolphe fit réparer ses couteaux de boucher. Les réparations nécessitaient trois jours. Ils achetèrent des targes. Fleur lui demanda s’il pouvait lui fabriquer un masque, mais l’homme lui fit savoir que cela n’entrait pas dans ses compétences. Arnolphe se procura un couteau et des flèches. Il pensa aussi à acheter des bocaux, pour collecter des ingrédients de magie. Cependant, au fil des heures, il sentait que son coude le lançait.

Le soir, avant de se séparer, ils discutèrent de leurs traumatisantes péripéties et Niscarvin trouva des paroles apaisantes.

Le matin du 29e Moisson (10 juillet), une lettre prenait le chemin de Neuhor entre les mains d’un marchand.
Lorsque Fleur et Niscarvin retrouvèrent leur ami, Arnophe était au plus mal, perclus de douleur, et le front brulant. Sa blessure au coude s’était infectée. Niscarvin pouvait le soigner mais il lui fallait d’excellents remèdes.

Fleur se renseigna, usa de son Pouvoir et dénicha un très bon médecin. Ses services étaient très onéreux, mais il s’avéra efficace. Il soigna Arnolphe, lui procura huit jours de remèdes pour combattre l’infection. Sa blessure cicatriserait sous une huitaine de jours.

Dans l’après-midi, les trois amis se rendirent chez Piscis pour parler en détails de leur expédition. Niscarvin lui narra leur périple avec brio. Le mage était fasciné par ce qu’il entendait. Puis Piscis leur fit part de ses observations. Il trouvait les objets intéressants, avait lu attentivement les notes de Fleur, mais les dessins des gravures manquaient de précision. Les trois amis n’étaient pas archéologues. Le plan était difficile à lire et incomplet, ce que Niscarvin lui confirma en lui indiquant des sections encore inexplorées. Le saltimbanque lui montra les salles où se trouvaient les sépultures, en particulier les plus prometteuses, mais il lui précisa que des sortilèges puissants les protégeaient. Arnolphe lui rapporta ce qu’il avait subi sous l’effet de la malédiction. Les trois compagnons demandèrent à Piscis si des pièges magiques pouvaient être descellés. Le mage leur répondit que la tâche était très ardue mais pas impossible.

Piscis leur demanda de nouveau s’ils voulaient bien retourner dans la nécropole car il restait certainement des vestiges très prometteurs à découvrir, et aussi des dangers à neutraliser. Il ne pouvait pas par conséquent s’y rendre seul, ou envoyer des personnes dénuées de Pouvoir. Les deux hommes étaient partants, mais il fallait convaincre la belle de Lasus. La tâche que leur demandait son suzerain était urgente, argua-t-elle, et retourner dans les entrailles de la ville n’était pas sans risque, surtout sans guide. Mais ses amis lui opposèrent que la nécropole recelait encore des trésors, peut-être même des objets enchantés, qu’ils pouvaient en profiter pour se procurer des ingrédients magiques à revendre, et que de toute façon, ils devaient encore attendre leurs armes et armures en réparation, alors ils n’étaient pas à un ou deux jours près. A contrecœur, elle se rangea donc à leur avis, à la condition, exigea-t-elle, de prendre toutes les précautions nécessaires, à commencer par reprendre un guide. Comme ils ne savaient pas reproduire les gravures de manière satisfaisantes, ni sentir la magie comme un mage pouvait le faire, Fleur proposa, à tout hasard, à Piscis de les accompagner. Le mage était évidemment partant. Ils fixèrent leur départ au matin du 33e Moisson.

Niscarvin lui demanda ce qu’il pensait du corps non décomposé, avec une lance dans la poitrine. Piscis songeait à un vampire. Fleur lui demanda s’il existait des armes plus efficaces contre les créatures qu’ils avaient rencontrées dans les profondeurs de Néac, comme les fantômes ou les vampires. Piscis lui répondit que contre les fantômes ou autres créatures éthérées, il fallait des armes bénies avec du sang des martyrs. Il les mit cependant en garde qu’il ne pouvait pas les défendre contre ce type de créature. Contre les vampires, le plus efficace restait un pieu dans le cœur. Toutefois, il leur expliqua que les vampires, comme les Ratsens fonctionnaient selon leur propre culture et les invita à les respecter, à se montrer tolérant, à dialoguer avec les Ratsens, car on empiétait sur leur territoire après tout. Il suggéra de ramener de la nourriture aux Ratsens pour éviter tout conflit. Fleur, sceptique, lui dit qu’elle ferait néanmoins un essai dans ce sens.

Sachant qu’ils allaient explorer ensemble la nécropole, Fleur tenta de se montrer aimable envers le mage, sans arrière-pensée. Piscis la trouva assez sympathique, mais la jeune femme se figura intérieurement que décidément, les mages lui donnaient du fil à retordre et ne cédaient aisément pas à son charme. Puis, elle lui demanda comment elle pourrait faire guérir son œil mutilé. Elle lui précisa que grâce à son beau-père, elle avait bénéficié récemment d’un sort légendaire de régénération de niveau 2, et que Korritil le Blanc l’avait mise en garde ; si elle bénéficiait de nouveau de ce sort, il serait moins efficace. Piscis lui expliqua qu’une rémission de son œil était en effet possible. Le prix du sort n’était pas excessif : environ 5 000 pièces d’or. Mais le plus difficile serait de trouver le mage blanc, car il lui faudrait un sort de régénération légendaire de niveau 6. Elle devrait pour cela se rendre dans une des plus grandes villes du royaume, à Ile-preux, la capitale felxiroise, ou encore chez les Elfes. A son avis, cela dépassait en tout cas les compétences des mages de Neuhor et de Néac.

Comme ils songeaient à leur équipement, craignant d’être à nouveau assoiffés, Piscis leur fit remarquer qu’il pouvait leur procurer de l’eau magiquement.

Tandis qu’ils quittaient la demeure du mage, Niscarvin suggéra à la jeune femme, sachant qu’elle n’appréciait pas beaucoup le frère de Fortuné :

« Pourquoi tu ne proposes pas à ton beau-frère de nous accompagner ? C’est un mage d’eau, non ?
- Oui. J’avoue que c’est tentant, confessa-t-elle, ne plaisantant qu’à moitié.
- Si tu veux, on le confie aux chauves-souris, ou on le sème dans un piège magique, proposa l’archer. T’auras qu’à dire à Fortuné qu’il n’a pas eu de chance. »

Elle rit aux éclats en imaginant ce prétentieux terrorisé, la suppliant de l’aider. Mais ensuite, elle se vit annoncer une funeste nouvelle à Fortuné et à son père, et la scène lui parut nettement moins drôle.

« Non. J’aime trop Fortuné pour le priver de son frère. », conclut-elle, en toute franchise.

Les jours suivants, ils prièrent, matin et soir, se reposèrent, s’équipèrent. Arnolphe reprit ses leçons de lecture, tantôt avec Niscarvin, tantôt avec Fleur.

Le 31e Moisson (12 juillet), ils passèrent leur journée à préparer leur future expédition.

Fleur se mit en quête d’un nouveau guide parmi les carriers, avec l’aide de Niscarvin, et concédant 200 pièces d’or pour délier les langues. Nul n’ignorait chez les carriers la mésaventure de Paulin, mais la jeune femme sut convaincre l’un d’entre eux : ils connaissaient déjà les lieux, étaient par conséquent mieux préparés, et un mage les accompagnaient cette fois-ci. Ils trouvèrent un nain des plus compétents, plus élevé dans la hiérarchie que ne l’était Paulin, pourtant contremaître. Il se nommait Borador Moradinson Ta Brogor. Très résistant, il ne craignait pas les trolls. Il exigea 4 000 pièces d’or.

Ensuite, ils se rendirent dans l’église du quartier d’Orlande, pour faire bénir leurs armes. Fleur trouva un prêtre. L’homme accepta de les aider, moyennant un don à l’église. Les trois amis se dépossédèrent de 300 pièces d’or. Le prêtre fit alors une prière qui porta ses fruits mais l’efficacité du miracle dépendait de leur foi, et il les invita à bien se comporter pour mériter l’aide du grand Tharès. Ils étaient à présent redevables envers Dieu, et devraient accomplir de bonnes actions en retour.

Niscarvin, prévoyant, doubla ses provisions de chirurgie. Ils se procurèrent deux jours de ration et deux litres d’eau chacun.

Comme Fleur n’avait pas renoncé à son masque, craignant d’être de nouveau défigurée, elle eut finalement l’idée de s’adresser à un fabriquant de marionnettes. L’homme lui proposa de le confectionner en cuir ou en métal. La jeune femme opta pour le métal plus résistant, et ils se mirent d’accord sur un masque couleur argenté, orné du front aux joues de roses dorées entrelacées.

Le 32e Moisson (13 juillet), veille de leur expédition, ils célébrèrent le Huiti entre eux, en priant ensemble.

Niscarvin refit les plans au propre. Puis il eut une discussion apaisante avec l’archer sur les périls horribles qu’ils avaient affrontés, tandis que Fleur pria le grand Tharès de ne pas la séparer prématurément de son bien-aimé. Fortuné lui manquait, et cette nouvelle expédition allait encore prolonger son absence, mais elle savait qu’il l’attendait, ce qui la consolait un peu.


Dernière édition par Fleur le Jeu 9 Juin - 23:56, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 3ème étape : La nécropole telxe 2

Message  Fleur le Mar 31 Mai - 23:50

Le matin du 33e Moisson (14 juillet), les trois amis retrouvèrent comme convenu Piscis, et Maitre Borador, avec qui ils reprenaient l’exploration des anciennes carrières. Comme lors de leur premier passage, ils prirent soin de marquer leur passage à la craie.

Avant de passer près des chauves-souris, Borador leur dit de s’encorder, expliquant qu’ils allaient longer les murs et passer le plus rapidement possible avec le minimum de lumière. Le nain passa devant pour les guider, muni d’une lampe tempête. En second, venait Arnolphe, suivi par Niscarvin, Piscis, et Fleur qui fermait la marche. Peu impressionnable et très expérimenté, Borador était visiblement bien équipé, armé d’une pioche, protégé par un casque, une vieille armure de guerre, et un bouclier. Les cinq explorateurs trottèrent, avant de se détacher, une fois qu’ils furent hors de portée des chauves-souris.  

En passant dans un couloir, ils remarquèrent des ossements de rats, peut-être ceux qu’ils avaient tués. Le nain trouva sans difficulté l’escalier qui conduisait au niveau inférieur.

Borador les prévint que les Ratsens devaient être sur le qui-vive. Il leur indiquait bien les champignons, et autres mauvaises surprises dont ils devaient se garder. Piscis générait sa propre lumière. Un poisson lumineux voletait autour de lui. Il les prévint qu’il n’était pas un grand combattant, même si un mage avait toujours plus d’un tour dans son sac. Pour se prémunir des pièges magiques, il fallait un sort de zone. Aussi, Piscis avait apporté un artefact puissant, un collier d’Anti-magie permettant de réduire leur puissance. Mais en activant cet objet, il diminuait toute magie, donc la sienne, et ne pourrait pas, par conséquent, beaucoup les aider. Leurs objets enchantés deviendraient eux aussi inefficaces. Niscarvin lui demanda si on pouvait neutraliser définitivement les pièges magiques. Le mage lui expliqua que c’était faisable mais compliqué et que, d’après ce qu’ils lui avaient rapporté, cela n’avait pas grand intérêt. Fleur demanda par curiosité quelle était la spécialité des mages bleus, comme elle ne connaissait rien à la magie. Il lui expliqua que c’était la magie d’eau. Pour sa part, il était aussi spécialisé en magie animale. Il avait un sort lui permettant de transformer en invocation de combat.

Ils traversèrent un couloir glissant. Piscis usa de son Pouvoir pour ne pas glisser. Les autres passèrent avec aisance.
Ils croisèrent ensuite huit Ratsens. De nature pacifique, Piscis s’adressa aux hommes-rats. Mais ces derniers se montraient visiblement hostiles. Fleur s’interposa entre le mage et les quatre Ratsens qui lui faisaient face, pour le protéger. Borador posa sa lampe et s’équipa. Niscarvin l’imita. Les Ratsens lancèrent les hostilités. Fleur défendait bien le mage. Le nain fut touché, juste secoué. Deux Ratsens s’attaquèrent à Arnolphe : l’un d’eux le blessa gravement et força l’archer à réduire sa blessure grâce à son Pouvoir. Piscis interpella ses camarades : il leur demanda de ne pas riposter pour montrer qu’ils n’étaient pas là pour les agresser, qu’ils ne faisaient que passer. Il semblait savoir ce qu’il disait. Mais les Ratsens insistaient. Les deux créatures sur Niscarvin, particulièrement dangereux, poussèrent le saltimbanque à user de son Pouvoir pour se défendre. Mais Piscis, sûr de son fait, se mit à faire des mimes, pour montrer aux Ratsens qu’ils n’étaient pas hostiles. Les Ratsens le comprenaient sûrement mais ils l’ignorèrent. Ils s’attaquèrent à Fleur, qui dut aussi se défendre à l’aide de son Pouvoir. Le nain hésita, puis il frappa le Ratsen face à lui qui para sa pioche. Arnolphe fut sérieusement touché, harcelé par ses deux adversaires. Mais le mage leur demanda de tenir bon. Malgré ses efforts, les hommes-rats ne lâchaient pas prise. Niscarvin et Fleur repoussèrent leurs attaques, non sans mal. Arnolphe dut échapper à la mort grâce à son Pouvoir. Piscis leur jeta des rations. Les Ratsens, interpellés, regardèrent la nourriture, puis ils attaquèrent Niscarvin qui les repoussa. Ils atteignirent gravement Fleur, qui usa de son Pouvoir, pour réduire sa blessure qui devint légère. L’archer tenait bon. Après avoir mordu la belle de Lasus, les Ratsens s’attaquèrent à Arnolphe. Piscis, grâce à son Pouvoir, se transforma alors en monstre d’eau. Deux Ratsens s’élancèrent contre lui, tandis que deux autres restaient face à Fleur. Niscarvin se défendait bien. Fleur peinait à parer les attaques de ses deux adversaires qui la touchèrent. A contrecœur, Piscis balaya les rangs des Ratsens, en retenant sa force. Il ne fit que les déstabiliser un peu. L’un d’entre eux blessa légèrement Niscarvin. Fleur dut puiser dans son Pouvoir pour repousser ses adversaires. Piscis balaya de nouveau les rangs des Ratsens : il blessa légèrement six d’entre eux, le septième fut secoué, et le dernier s’en tira sans séquelle. Excédée, Fleur attaqua trois Ratsens, et les élimina. Niscarvin manqua son adversaire, comme le nain. Arnolphe décocha trois flèches, et blessa mortellement ses cibles. Fleur attaqua le Ratsen de Niscarvin, mais ses lames furent parées. Le nain ne fit pas de touche derechef. Un Ratsen choisit subitement de s’enfuir. Arnolphe le visa. Sa flèche fut parée. Mais l’archer avait tiré avec une telle force, que son trait transperça le bouclier et se ficha mortellement dans la poitrine de la créature. Le saltimbanque en supprima un. Piscis, voyant les créatures en déroute, leur demanda d’arrêter, en vain. Arnolphe lui expliqua qu’il fallait les empêcher de donner l’alerte. Le mage reprit sa forme humaine. Il leur commanda de cesser le combat. Les cinq Ratsens survivants en profitèrent pour se sauver. Fleur hésita à les poursuivre, mais s’aventurer seule dans le couloir ne lui parut pas très sage, si elle se retrouvait à affronter seule des renforts. Conscients que les Ratsens n’allaient certainement pas en rester là, ils se remirent en marche immédiatement.

Maître Borador les emmena vers le Sud, pour les éviter. Ils se retrouvèrent face à un terrier. Le nain proposa alors aux explorateurs plusieurs solutions : se frayer un passage parmi les Ratsens, explorer d’autres pistes, ou creuser un passage pour rejoindre une salle au niveau du dessous, mais cela risquait de prendre trop de temps. Ils revinrent finalement sur leurs pas, traversèrent le couloir glissant jonché de mousses, sans incident. Ils cherchèrent un autre passage et finirent par en trouver un qu’ils n’avaient pas exploré avec Paulin.

Ils arrivèrent dans une grande salle, reliée à deux couloirs, en partie occupée par un enclos à rats géants. Les cinq qu’ils avaient tués lors de leur premier passage avaient été remplacés, surveillés par cinq Ratsens munis de lances. En puisant dans son Pouvoir, Fleur s’élança contre les cinq éleveurs et les tua. Les traits mortels d’Arnolphe éliminèrent trois rats géants. Horrifié par ce qu’il voyait, Piscis protesta, arguant que ces créatures étaient justes en train de nourrir leurs animaux. Ils n’en avaient cure. Le nain démolit un enclos. Un rat se rua sur lui. L’autre s’élança contre le saltimbanque qui dut user de son Pouvoir pour le repousser. Fleur vint à sa rescousse, en vain. Maître Borador explosa son rat à coups de pioche, tandis que Niscarvin, blessé, peinait à se défendre, abimant sa rapière. Arnophe prit son adversaire pour cible, sans succès. Fleur lui infligea une blessure mortelle. Et, comme juste revanche, le saltimbanque lui assena le coup de grâce. Ils quittèrent aussitôt les lieux.

Guidés par Borador, ils remontèrent vers le Nord. Ils finirent par retrouver le trou béant où ils étaient descendus à l’aide de la corde de Fleur. Avant de descendre, le nain vérifia les alentours : aucun Ratsen en vue. Fleur passa la corde. Niscarvin, blessé au bras, peina à l’attacher. Borador, qui s’impatientait, s’en empara et l’attacha solidement. Puis il descendit sans difficulté, comme Fleur et Arnolphe. Niscarvin, souffrant au bras, dut user de son Pouvoir pour éviter une mauvaise chute.    

Ils traversèrent un couloir, tournèrent à gauche à deux reprises. Se jugeant hors de portée des Ratsens, ils s’accordèrent enfin une pause. Niscarvin en profita pour soigner leurs blessures.

Ils se dirigèrent ensuite vers la salle du troll. Fleur fermait la marche. Elle sentit soudain quelque chose derrière elle, et grâce à des réflexes hors du commun, elle se retourna à temps pour faire face à l’araignée géante qui l’attaquait. Fleur fut groggy.  Borador posa sa lampe, et s’empara de sa pioche. Arnolphe et Niscarvin s’armèrent. Le saltimbanque l’attaqua mais l’araignée esquiva sa lame. Le nain enfonça sa pioche, lui perfora l’abdomen, laissant dans son sillage une plaie mortelle. Arnolphe ordonna à ses compagnons de s’écarter. Il visa l’araignée, mais elle esquiva son trait de justesse. Elle échappa également à la lame du saltimbanque. Piscis incanta un sort de soutien avec succès (leur procurant + 2 toucher, + 2 défense). Arnolphe atteint sa cible ; la flèche s’enfonça dans la chitine de l’araignée. Fleur lui infligea un groggy. Niscarvin, malchanceux, abima sa rapière. D’un puissant coup de pioche, Borador tua l’araignée. Les explorateurs le félicitèrent. Fleur proposa d’en profiter pour prélever sur la créature des ingrédients magiques. Borador leur rappela que c’était lui qui venait d’achever l’araignée. Niscarvin indiqua à Arnolphe les parties qu’il fallait récupérer. Arnolphe sortit ses couteaux de boucher. Il batailla pendant une heure, mais il n’arrivait pas à la dépecer. Sa chitine était trop dure pour ses outils et il n’en tira rien. Pendant ce temps, Niscarvin en profita pour soigner Fleur.

Ils se remirent ensuite en marche. Ils passèrent le repère du troll. Ils descendirent l’escalier et retrouvèrent le mur maçonné qui marquait l’entrée de la nécropole.

Consciente qu’ils avaient déjà abondamment puisé dans leur Pouvoir, Fleur proposa au mage de lui montrer d’abord les plus belles tombes pour les fouiller. Puis, ils arpenteraient les passages non explorés. Ses amis se rangèrent à son avis. Piscis les avertit toutefois que son artefact réduisant la magie avait un nombre de charges limité.

Ils accédèrent dans la salle renfermant les tombes des guerriers. Des squelettes animés par une enveloppe charnelle fantomatique leur firent face. Ils étaient cinq, ce qui correspondait au nombre de tombes qu’ils avaient profanées. Piscis activa son artefact mais demanda aux explorateurs de le protéger. Face à ces squelettes animés par des fantômes, Fleur passa dans sa main directrice son épée courte, pria pour déclencher son miracle. Tharès consentit à bénir ses armes et celles de Niscarvin. Une aura blanche illumina leurs lames. La jeune femme usa de son Pouvoir et attaqua les cinq gardiens spectraux, sans succès. Arnolphe activa son pouvoir divin et bénit toutes leurs armes. Puis il fit appel à son Pouvoir, visa trois gardiens spectraux, et atteignit ses cibles. Niscarvin s’élança à son tour, sans succès. D’un fracassant coup de pioche, Borador explosa le crâne d’un gardien et le fendit en deux ; aussitôt les os brisés se répandirent sur le sol, inertes. De son côté, Piscis incanta un sort, mais rien ne se passa. Fleur s’attaqua à l’un des gardiens spectraux, sans succès. Le nain en prit un autre pour cible, mais leur affrontement s’enlisa. Par trois fois, Borador effleura le gardien spectral, qui riposta, sans lui laisser de séquelles. Ils sentirent alors que Piscis les soutenaient (en leur offrant +2 toucher, +2 défense). Niscarvin endura, pour sa part, une blessure légère. Arnolphe subit une sérieuse attaque, mais se défendit brillamment. Soudain, Fleur succomba sous les coups de son gardien spectral, et revint grâce à son Pouvoir. Niscarvin dut faire de même. Se heurtant au mutisme des fantômes alors qu’il essayait de parlementer, voyant les combattants en difficulté, et comprenant que son artefact n'avait pas d’effet sur ces apparitions, Piscis en stoppa les effets, et se transforma en élémentaire d’eau. A peine revenue, Fleur dut bloquer un nouvel assaut du gardien spectral qui ne lui laissait pas de répit. Un trait d’Arnolphe atteignit une apparition, sans toutefois l’inquiéter. Le mage se porta au secours de la jeune femme, mais son attaque fut parée. Rageuse, Fleur persista, assaillit brillamment son adversaire et le supprima. Elle alla ensuite prêter main forte à Arnolphe, aux prises avec un gardien spectral, mais son adversaire para ses lames. L’archer en profita toutefois pour se retirer, et reprendre son arc. De son côté, Piscis harcela les trois gardiens spectraux restants, qui encaissèrent ses coups, à deux reprises. Arnolphe puisa dans son Pouvoir, visa les trois apparitions restantes : il toucha ceux qui affrontaient Niscarvin et Borador, tandis que celui de Fleur para sa flèche. Il décocha deux autres flèches et atteignit ses cibles : l’adversaire du saltimbanque et celui de la jeune femme. Le nain qui tenait bon explosa le bouclier du fantôme, ce qui permit au mage de le supprimer. Enfin, Niscarvin acheva le dernier gardien spectral. Arnolphe en profita pour récupérer ses flèches.

Fleur pensait se remettre en marche, mais Piscis observa la salle et la cinquantaine de tombes qu’elle renfermait. Il voulut ouvrir des tombes de guerriers donc on fit halte. Toutefois, les trois amis demeurèrent sur leurs gardes pendant que Borador s’attaquait à une sixième tombe. Un monstre d’eau fit alors son apparition. Le nain, véloce, lui porta un premier coup de pioche, sans succès. Fleur s’élança contre la créature, et parvint à le blesser. Piscis lança un sort de soutien, (les gratifiant d’un bonus en toucher et en défense). La créature repoussa toutes leurs attaques. Elle riposta à deux reprises mais les explorateurs se défendaient tous bien. Profitant de l’opportunité, Fleur lui porta une blessure mortelle, qui permit au nain de l’achever. Comme lors de leur première expédition, le monstre disparut en se liquéfiant.

 Ils purent souffler. Ils se désaltérèrent, mangèrent un peu, discutèrent pour se détendre. Piscis se mit à prendre des notes tandis que le nain ouvrait les six tombes suivantes désignées par le mage. Après son passage, Arnolphe fouillait les sépultures. Il n’exhuma que des vestiges communs, ou en mauvais états de cinq tombes. En revanche, l’une d’entre elles réjouit particulièrement le mage. Elle recelait un squelette bien conservé et le mobilier découvert s’avérait plus intéressant : des bijoux, des fibules, quelques belles pièces. Toutefois, Piscis reconnut que ces tombes de guerriers n’étaient pas exceptionnelles. Lorsque les explorateurs l’interrogèrent sur le monstre qu’ils venaient d’affronter, il se montra très intéressé. Il expliqua que s’ils pouvaient le faire apparaître de nouveau, et bloquer ses assauts, il pourrait de son côté tenter de le contrôler pour discuter. Les explorateurs n’étaient toutefois pas très enthousiastes à l’idée et promirent de le faire plus tard. Fleur lui suggéra d’aller voir les tombes plus prestigieuses.

Niscarvin les guida jusqu’à la salle où Arnolphe avait reçu un sortilège. Elle renfermait six tombes, dont trois profanées par leurs soins, lors de leur première exploration. Piscis examina les gravures, les sépultures. Il s’agissait, expliqua-t-il, d’une famille princière. Il activa l’artefact, et lança un sort de lumière. Puis il se mit à prendre des notes, tandis que le nain s’attaquait à la dalle de la quatrième tombe. Une lueur argentée cibla Borador, qui parvint à résister au sortilège. Arnolphe fit le bonheur du mage en exhuma un beau mobilier funéraire. Le nain ouvrit la cinquième sépulture, mais cette fois, il fut maudit, se sentant subitement moins fort. Il bougonna, mais il en fallait plus pour désarmer un nain. Le mage identifia le sortilège. C’était de la magie nécromancienne, ou plus exactement un sort de décrépitude. Piscis rassura le nain en lui disant qu’il pourrait l’en délivrer par un rituel. Arnolphe fouilla la tombe. Il en soutira des bijoux précieux, des armes dont une était enchantée, que le mage céda au nain en compensation. Fleur proposa au mage de l’emmener dans la salle contenant six autres tombes prestigieuses.

Dans cette pièce, Piscis examina les gravures, un peu différentes. Il comprit qu’il s’agissait d’une autre famille princière. Il signala aussi que les six tombes devaient être aussi protégées par un sort de décrépitude. Piscis était en tout cas ravi par ces découvertes. Il lui fallait toutefois trouver, songeait-il, un moyen de contrer ce sort de décrépitude pour pouvoir ouvrir les autres sépultures, peut-être en faisant appel à des invocations.

On décida alors d’explorer les passages encore inconnus. Ils localisèrent un gros ossuaire. Ils retournèrent ensuite à la salle dédiée aux tombes des guerriers, empruntèrent un couloir. Les lumières s’éteignirent subitement. Piscis identifia un sort de ténèbres, associé à un sort de distorsion. Dans un premier temps, tous demeuraient impuissants, ne distinguant absolument rien. Puis, Arnolphe finit par s’acclimater. Il remarqua que le fond du couloir était sans issue. Tout le monde se tint par la main, tandis que l’archer les tirait de ce mauvais pas.

Niscarvin et Piscis examinèrent le plan. Ils repassèrent par la salle de l’invocation, croisèrent les tombes princières. Ils arrivèrent dans une grande salle déjà profanée, comportant cinq passages. Seul l’un d’entre eux restait inexploré. Il tournait à gauche au bout de quelques mètres, et débouchait sur une grande salle de 225 mètres carrés. Elle comportait deux ouvertures, une à droite et une au milieu. Dans cette pièce, beaucoup d’ossements jonchaient le sol, témoignages d’un affrontement. Certains dataient de l’époque des croisades. D’autres étaient telxes. Il y avait surtout un pentacle au centre de la salle avec un squelette, portant un équipement étrange. Arnolphe entra en premier, suivi par le nain. Fleur, méfiante, hésita. Ces ossements et ce pentacle ne lui inspiraient pas confiance. Niscarvin était de son avis. Elle prévint le mage, mais lui, très curieux, voulait voir ça de plus près et entra. La jeune femme et le saltimbanque le suivirent, armes au clair, craignant quelque mauvais tour. Piscis examina le squelette au niveau du pentacle. Il sentit que l’équipement était magique, fasciné par tout ce qu’il voyait. Ces hommes, expliqua-t-il, étaient en train d’accomplir un rituel pour ramener leur roi. Il rassura les explorateurs que les lieux étaient sûrs, il ne sentait pas de magie autour du pentacle, hormis au niveau de l’équipement. Le roi telxe portait un torque en or, d’autres bijoux très précieux, des armes, ainsi qu’une armure de crabe géant et une épée en dent de requin enchantées. Il examina les gravures autour du pentacle. Manifestement, les telxes pratiquaient de la nécromancie ; ils étaient liés à un pacte avec leur souverain. De son vivant, les guerriers faisaient partie de sa garde rapprochée et jouissaient à ce titre de privilèges, mais si le roi mourait, alors ses guerriers le suivaient dans sa tombe. Le but de ces hommes, autour du pentacle, était de réveiller le roi, pour déterrer aussi ses guerriers. Mais ils n’avaient pas pu finir le rituel. Le mage était très content par ces trouvailles, s’exclamant :

« Mais comment avez-vous pu passer à côté de ça ?! »

Fleur demanda à Piscis ce qu’elle pouvait faire. Il lui ordonna de prendre des notes, sur la disposition de la pièce, des tombes, et de bien noter les gravures.

Puis ils poursuivirent leur périple, à gauche. Ils arrivèrent à une intersection en T. Le nain signala des traces d’explosion magique. On rejoignit la salle abritant le corps non décomposé, supposé vampire. Piscis l’examina et enleva la lance. Le cadavre tomba aussitôt en cendres qui se dispersèrent vers l’entrée. Les explorateurs sentirent alors une aura maléfique qui leur glaça le sang, hormis Piscis, qui ne voyait pas où était le mal à libérer un vampire. Ne comprenant pas son geste, Fleur lui demanda si le vampire risquait de reparaître. Il lui répondit que c’était possible mais pas avant longtemps. Il expliqua qu’il ne pouvait pas laisser le pauvre vampire comme ça. Il demanda d’ailleurs à Fleur si elle avait bien pris en notes les gravures autour du pentacle. Elle lui montra ses notes avant de les lui transmettre. Il avait bien envie d’accomplir le rituel pour pouvoir parler avec le roi telxe. Niscarvin fit alors remarquer discrètement que faire de la nécromancie était interdit.

Les explorateurs quittèrent la salle. Ils arpentèrent un passage inexploré qui faisait une quinzaine de mètres. Des squelettes épars gisaient au sol, certains brisés. Arnolphe et Piscis entendirent soudain des voix. Tous sentirent un courant d’air froid. Fleur expliqua à Piscis que, si c’était comme lors de leur première expédition, ce devait être des esprits telxes qui tentaient de les intimider. A sa grande surprise, le mage se réjouissait à l’idée de pouvoir parler aux esprits. Elle lui rétorqua alors : « J’aimerais avoir votre enthousiasme. » Les mages avaient de bien curieuses lubies, se dit-elle.  

Au bout d’un moment, ils trouvèrent une grande pièce en partie profanée. Elle renfermait une quarantaine de tombes de guerriers, et offrait trois ouvertures. Des squelettes jonchaient le sol. Arnolphe fouilla le sol, mais ne trouva rien de fabuleux, tout au plus un objet en étain rouillé depuis longtemps. Niscarvin, Arnolphe, Borador entendirent soudain distinctement des voix menaçantes. Tous sentirent de nouveau des courants d’air froids. Il leur semblait voir des ombres, des ossements bouger. Niscarvin et Fleur se disaient que les fantômes ne pouvaient pas leur faire trop de mal. Arnolphe ne se sentait pas très rassuré. Borador grogna : « J’aime pas les trucs que je ne peux pas tuer ». Piscis était effrayé. Sarcastique, Fleur lui rétorqua avec calme :

« Vous vouliez parler aux esprits, et bien ils viennent nous voir…
- Arrêtez, ce n’est pas drôle Fleur ! J’ai vraiment vu quelque chose. »

Elle tenta alors de le rassurer. Il se ressaisit. Borador attaqua une tombe. Méfiants, les trois amis dégainèrent leurs armes…, à juste titre car cinq gardiens spectraux firent leur apparition. Comprenant qu’il s’agissait du même type de squelettes animés par des esprits, Fleur demanda à Piscis d’éteindre l’artefact d'Anti-magie. Le mage tenta de communiquer avec les esprits, en vain. Deux d’entre eux s’élancèrent contre Fleur. Le premier la manqua, mais le second la menaça plus sérieusement. Heureusement, elle se défendit efficacement. Les autres esprits manquèrent leurs adversaires. Fleur riposta en assaillant les cinq gardiens spectraux, elle utilisa la bénédiction de sa chaîne enchantée, et parvint de peu à tous les blesser. L’attaque de Niscarvin fut parée. Arnolphe dégaina son arc, visa trois gardiens spectraux, mais ne fit pas mouche. Piscis usa de sa magie pour les soutenir, (leur offrant +3 toucher, +3 défense). Fleur puisa dans son Pouvoir et assaillit de nouveau les cinq gardiens spectraux qu’elle élimina avec une aisance déconcertante. Piscis salua ses talents d’épéiste, mais regrettait que la jeune femme n’ait pas retenu ses coups, il aurait bien voulu leur parler. A la demande du mage, le nain ouvrit quatre tombes. Piscis fit un sort de lumière pour l’aider dans sa tâche. Arnolphe fouilla consciencieusement les sépultures : il trouva un vase ainsi que des bijoux assez bien conservés. Le mage voulut ouvrir deux autres tombes. Arnolphe exhuma six objets intéressants : des bracelets, des vases, des vêtements en bon état.

Puis on reprit l’exploration des couloirs. Celui de gauche faisait immédiatement un coude à droite et débouchait sur un énorme ossuaire. L’autre couloir amenait également à un ossuaire, encore plus grand. En fait, il s’agissait du même couloir, qui faisait le tour de la moitié de la salle. Ils empruntèrent le passage d’en face. Au bout d’une quinzaine de mètres, ils trouvèrent des squelettes au sol, des traces d’explosions. Le couloir serpentait à droite, puis deux fois à gauche.

Ils passèrent devant un grand ossuaire et arrivèrent dans une salle de sept mètres de large sur dix mètres de long. Au milieu du mur du haut, il y avait un passage. Cette salle renfermait de riches décorations. Un monticule d’os gisait au sol. Le mur paraissait très abimé. Soudain, le tas d’os se mit en branle : c’était un golem d’os ! Fleur conseilla de s’enfuir, mais elle ne fut pas suivie. Elle se ravisa donc ; ils devaient faire face ensemble. Niscarvin se plaça courageusement devant le golem qui lui porta un premier coup, que le saltimbanque évita. Ses compagnons en profitèrent pour s’élancer à leur tour. Le nain assena un gros coup de pioche qui endommagea la créature. Arnolphe, armé de sa pioche, frappa de toutes ses forces : il explosa le golem dont les ossements se dispersèrent aussitôt. Impressionnée, Fleur le félicita. Piscis regarda d’un air désolé les os brisés, qu’il examina. Arnolphe fouilla la salle, qui avait apparemment été le théâtre d’un violent combat. Il y avait une sorte d’enfeu, mais tout avait été pillé. Au vu de la richesse et de la profusion des décorations, Fleur se demanda si cela pouvait être la tombe du roi. Piscis jugea que cela semblait plausible. Arnolphe approfondit ses fouilles. Il s’enfonça une écharde dans l’ongle du pouce. Fleur dit qu’il fallait le désinfecter immédiatement. Niscarvin s’en chargea effectivement, et lui fit un bandage.



Les explorateurs regagnèrent la salle du pentacle, pour explorer trois passages reliés à cette pièce. Piscis, prudent, ralluma l’artefact. Deux des couloirs se rejoignaient. Lorsqu’ils remontèrent le dernier passage, ils se rendirent vite compte qu’il se prolongeait indéfiniment. Le mage identifia un sort d’illusion, détecté grâce à son artefact d’Anti-magie. Il fit un sort de lumière pour aider à la dissiper. Au bout de quelques instants, Piscis, Borador, Arnolphe se repérèrent et retrouvèrent le chemin avec aisance. Niscarvin eut plus de difficulté mais parvint à les rejoindre. Fleur demeurait hélas bloquée et déambulait, désemparée, ce qui paraissait très drôle pour ceux qui s’étaient libérés de l’illusion. Finalement, ils vinrent la chercher et la ramenèrent à la grande salle. Elle eut toutefois du mal à se tirer de l’illusion, les murs continuèrent à lui jouer des tours, mais avec de la volonté, elle parvint à revenir totalement à la réalité.

Ils remontèrent ensuite un couloir, empruntèrent un passage à gauche, qui n’en finissait pas. Borador et Piscis, pris au piège, jugèrent cette fois l’illusion plus convaincante. Niscarvin, qui se tenait sur ses gardes, se tira de ce mauvais pas sans difficulté. Il fut rejoint par le mage, qui avait détecté le piège. Fleur, qui se méfiait, eut moins de mal à s’extirper de l’illusion, guidée par ses compagnons.

Ils regagnèrent la salle contenant six tombes intactes. En examinant le plan, Niscarvin et Piscis comprirent qu’ils avaient exploré une grande partie du complexe. Le mage eut envie d’ouvrir des tombes, mais les trois amis le mirent en garde. Ces sépultures princières devaient forcément être piégées comme les autres. Mais, Piscis ne sentait aucune anomalie. Arnolphe et Borador firent savoir au mage qu’ils n’avaient pas très envie de s’attaquer à une sépulture, flairant un mauvais tour. Fleur demanda au mage d’insister : « Vous êtes sûr de vous ? » Mais Piscis en demeurait convaincu, au point qu’il s’empara d’une pioche et s’attaqua lui-même à une dalle funéraire. Totalement surpris, il fut frappé par un sort de décrépitude, mais grâce à son Pouvoir, il résista à son effet. Aidé par les connaissances du mage qui le guida, Arnolphe fouilla la sépulture. Ils mirent au jour un très joli mobilier funéraire : une ceinture, un casque, des bijoux. Cette fois, Piscis jugea plus sage d’arrêter là les fouilles en attendant de trouver un moyen de neutraliser ces pièges.

Les explorateurs se remirent donc en marche, pour vérifier les derniers passages inconnus. Ils arrivèrent à un embranchement en T, débouchant sur un cul-de-sac à droite et un passage à gauche. A peine avaient-ils fait quelques pas à gauche qu’une vague s’abattit sur eux. Personne ne fut trop surpris, l’ayant vue fondre sur eux à temps. Fleur et Niscarvin esquivèrent d’ailleurs le piège sans problème et regagnèrent le couloir, indemnes. Arnolphe, Borador et Piscis furent en revanche projetés contre le mur. Le nain et l’archer groggy, s’en tiraient mieux que le mage, blessé légèrement. Fleur et Niscarvin ne pouvaient rien faire pour les aider alors ils encouragèrent leurs compagnons. Ayant compris le mécanisme, le mage demanda à l’archer et au nain s’ils étaient prêts, avant de déclencher une nouvelle vague. Piscis regagna le couloir grâce à son Pouvoir, mais l’archer et le nain, groggys, demeuraient piégés. Ils comptèrent à l’unisson, avant de faire face à une nouvelle vague, et se tirèrent de ce mauvais pas facilement. Niscarvin soigna ses compagnons. Le mage ne conserverait sa blessure qu’un jour.

Puis Piscis voulut revoir l’élémentaire d’eau pour tenter d’en prendre le contrôle. Ils retournèrent à la salle protégée par le monstre. Le mage soutint ses compagnons par sa magie. Borador ouvrit une tombe. Aussitôt, le monstre fit son apparition. Il attaqua Fleur qui lui faisait barrage. La belle de Lasus se défendit bien. Ses compagnons en profitèrent alors pour assaillir la créature. Arnolphe le toucha, mais ne parvint pas à pénétrer sa peau épaisse. Niscarvin lui infligea une blessure grave. Grâce à son Pouvoir, Piscis parvint à prendre le contrôle de l’invocation. Il discuta avec elle pendant quelques minutes, puis la créature disparut. Ravi, il avait appris quelques informations sur le clan telxe qui le fascinait tant. Il fit savoir alors aux explorateurs qu’ils pouvaient rentrer.

Niscarvin voulut tout de même aller voir un dernier couloir. Une vague déferla sur eux. Fleur s’extirpa du piège sans difficulté, suivie par Niscarvin qui usa de son Pouvoir. Piscis, Borador, et Arnolphe demeuraient piégés. Le nain fit un décompte, pour qu’ils se coordonnent. Borador affronta la vague en s’aidant de son bouclier, et parvint à rejoindre Fleur et Niscarvin. Piscis et Arnolphe sortirent du piège, après une troisième vague, grâce à leur Pouvoir. Avant de repartir, Niscarvin soigna le nain et le mage.

Au grand soulagement de Fleur qui détestait ces expéditions souterraines et souhaitait accomplir sa mission au plus vite, ils regagnèrent le mur maçonné, et l’escalier. Borador les prévint alors que les Ratsens devaient sûrement les attendre de pied ferme. Niscarvin et Fleur firent d’ailleurs savoir au mage qu’ils ne pouvaient se permettre, pour leur propre survie, d’épargner ces créatures. La belle de Lasus tenta de le convaincre, arguant que les Ratsens et les carriers, seuls humains qu’ils croisaient, s’affrontaient depuis des siècles, et qu’ils ne pouvaient pas, à eux seuls, résoudre le conflit pacifiquement. Sceptique, le mage décréta qu’il aviserait.

Les explorateurs, guidés par le nain, arrivèrent dans la salle du troll. Ils arpentèrent le couloir où ils avaient affronté l’araignée géante, mais son cadavre avait disparu. Ils retrouvèrent la corde qui remplaçait l’escalier tombé en lambeaux. Piscis tenta de se donner de l’agilité mais il fit une catastrophe magique ; son sort se retourna contre lui. Pour en diminuer les effets, il ralluma l’artefact d’anti-magie. Le nain s’empara de la corde, il peinait à se hisser, et se blessa légèrement en tombant. Niscarvin nettoya sa plaie mais ne parvint pas à en accélérer la guérison. Soudain des Ratsens, vêtus d’armure de cuir et armés de lames courbes, firent leur apparition, trahis par le manque de discrétion de l’un d’entre eux. Agacée, Fleur s’élança contre eux en puisant dans son Pouvoir, et les blessa mortellement. Elle exhorta ses compagnons à les achever. Niscarvin courut, leur bloqua le passage et en blessa un légèrement. Les traits mortels d’Arnolphe en éliminèrent trois. Le nain affronta un Ratsen qui se défendait bien. Fleur en supprima un autre. Niscarvin attaqua le dernier survivant, qui esquiva sa lame, avant d’être achevé par Borador. On examina leurs armes ; elles étaient enduites de poison. Le nain maugréa : « Maudits Ratsens ! Ce sont des assassins ». Prudent, il inspecta les alentours : aucun ennemi en vue. Il alerta néanmoins le groupe qu’ils devaient rester sur leurs gardes. Les Ratsens connaissaient leur itinéraire : d’autres assassins les attendaient peut-être en haut.    



Très agile, Fleur se hissa sans difficulté, suivie par Niscarvin. Arnolphe peina à grimper. Ses amis le hissèrent. Piscis commença à grimper à son tour. Dans son ascension, il entendit des bruits suspects qui provenaient du niveau supérieur et prévint juste à temps le saltimbanque et la jeune femme. D’autres assassins Ratsens tentaient de les attaquer par surprise. Rageuse, Fleur dégaina ses armes et les chargea. Par ses attaques d’une précision redoutable, elle les blessa mortellement. Niscarvin vint lui prêter main forte et en acheva un. Fleur blessa légèrement les quatre restants. Arnolphe arma alors son arc, en visa trois et les acheva. Niscarvin mit un terme aux souffrances du dernier. Ils furent rejoints alors par Borador qui était parvenu à grimper seul.

Sur les conseils avisés du nain, ils s’élancèrent en courant vers l’entrée des galeries abandonnées, qui n’était plus très loin. Ils repassèrent par la salle d’élevage, vide. Un instant plus tard, ils entendirent près d’eux les battements d’ailes inquiétants des chauves-souris. Ils quittèrent enfin les galeries abandonnées, sans incident.

Tandis qu’ils se rapprochaient des bruits de pioche des carriers au travail, Niscarvin et Arnolphe taquinèrent Fleur en suggérant :

« On devrait y retourner, pour chasser du Ratsen. »

Fleur leur opposa alors un « non » catégorique qui fit bien rire ses deux amis.

Lorsqu’ils croisèrent des carriers, ils les saluèrent. Les ouvriers manifestèrent un respect particulier pour Maître Borador. Les explorateurs leur demandèrent :

« Au fait quel jour sommes-nous ? »

C’était le matin du 34e Moisson. Exténués, les trois amis convinrent avec le mage d’un rendez-vous le 35e Moisson, tandis que le nain le verrait ultérieurement pour être débarrassé de la malédiction. Ils avaient bien mérité une journée de repos.
Fichiers joints
plan nécropole.jpg Plan de la nécropole établi par NiscarvinVous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(34 Ko) Téléchargé 1 fois
level 1.JPG Plan du MJ 1Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(203 Ko) Téléchargé 1 fois
level 2.JPG Plan du MJ 2Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(132 Ko) Téléchargé 1 fois
level 3.JPG Plan du MJ 3Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(134 Ko) Téléchargé 1 fois


Dernière édition par Fleur le Ven 10 Juin - 0:16, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : quelques jours de repos 2

Message  Fleur le Ven 3 Juin - 3:02

Le matin du 35e Moisson (16 juillet), Fleur, Niscarvin et Arnolphe commencèrent leur journée par une prière, avant de se retrouver en ville.

Ils passèrent chez l’armurier pour faire réparer leurs armes et armures. Arnolphe se procura des flèches.

Dans l’après-midi, ils se rendirent chez Piscis. Le mage était très content de leur exploration et les remercia pour leur aide. Il trouvait les trois amis plus sympathiques. Fleur tenta de mieux le cerner, non sans mal, mais elle sentait néanmoins un homme bon. Approuvée par ses amis, elle tenta de négocier avec le mage, arguant qu’ils avaient exploré deux fois la nécropole, ce qui avait occasionné pour eux des dépenses importantes. Conscient qu’ils n’avaient pas ménagé leurs efforts, et qu’ils avaient tous les trois été d’une aide précieuse, Piscis leur accorda à chacun 1 500 pièces d’or.      
   
Le matin du 36e Moisson (17 juillet), la belle de Lasus entama sa journée par une prière. Elle avait une dette envers Tharès, qui l’avait gracieusement épargnée.    
     
Puis, elle retrouva ses amis, et ils se rendirent ensemble chez l’armurier pour récupérer leur équipement. De retour à l’auberge, Arnolphe se remit à lire. Niscarvin et la belle de Lasus s’entrainèrent à la rapière.

Ils se réunirent le soir dans la chambre de Niscarvin, pour discuter de leur éprouvante exploration ensemble. Fleur parvint à trouver des mots apaisants et le fait d’en parler la soulagea elle aussi, encore préoccupée par ce gardien spectral qui lui avait fait voir la mort de près.

Le matin du 37e Moisson (18 juillet), soulagée d’être sortie indemne de ces maudites galeries, Fleur ressentit le besoin d’écrire à Fortuné. Son promis lui manquait terriblement. Elle pensait être absente pendant un mois au moins, comme elle le lui avait dit. Mais elle avait déjà passé plus de temps qu’elle ne le prévoyait à Néac, et lorsqu’elle songeait aux ordres du comte, en fonction de l’état de la place forte, elle redoutait que son absence ne se prolongeât encore. Et si les travaux nécessaires prenaient plus de six mois ? s’angoissait-elle. Bien sûr, elle ne se déroberait pas à ses devoirs de vassale, mais elle y perdrait peut-être l’amour de Fortuné, s’il finissait par se lasser de son absence. De fait, ils n’étaient pas encore fiancés. Elle rédigea une lettre fleuve, dans laquelle elle se livrait comme jamais elle ne l’avait osé. Toutefois, depuis leur arrivée à Néac, elle pensait souvent à ce chevalier, qui les avait recueillis dans son carrosse, se demandant si leur bienfaiteur n’était pas à la recherche d’informations. Néac se situait précisément sur les terres du comte de Sodavlac, qui, jusqu’à preuve du contraire, ne faisait pas partie des alliés de son suzerain. Or, le comte d’Enro leur avait confié une tâche qui requerrait la plus grande discrétion. Pour l’instant, face à un éventuel informateur, elle pouvait arguer qu’elle rendait visite à de la famille, même si elle ne portait pas dans son cœur Orlande. Mais, si elle continuait à essaimer des courriers le long de leur route, alors un bon espion pourrait aisément retrouver leur itinéraire et compromettre leur mission. A contrecœur, Fleur se résolut donc à se murer dans le silence jusqu’à ce que sa tâche soit accomplie, et prévint son bien-aimé dans ce courrier. Elle prit d’ailleurs grand soin à ne pas laisser d’indice dans sa lettre si toutefois un espion s’en emparait.

Tandis qu’elle cachetait sa lettre, Fleur entendit frapper à la porte. Comme convenu, les trois amis se réunirent dans sa chambre, pour préparer leur expédition pour le comte d’Enro. Il fut temps d’ouvrir l’étui que conservait Arnolphe. Il contenait une lettre de change de 15 000 pièces d’or, ainsi que les instructions de leur commanditaire qu’ils lurent attentivement.

« Nous, Damien, comte d’Enro, avons chargé Fleur, héritière de la baronnie de Lasus, Arnolphe Grosjean, garde, et Niscarvin le Baladin, de vérifier le bon état de notre fort & seigneurie d’Houqbrec de Qres. Et à cette fin nous leur donnons pouvoir de faire procéder aux réparations & améliorations qu’ils jugeront nécessaires et de commander en notre nom.

Nous libérons nos sujets des îles de Qres & Houqbrec de leurs devoirs de taille et de corvée et les tiendrons quittes de ces impôts, pourvu que les habitants fournissent immédiatement travail, matériaux et financements nécessaires à l’entretien et la réfection de notre fort, selon les ordres de nos représentants. La place sécurisée & fortifiée selon notre bon vouloir, nous tiendrons tous ceux de Qres & d’Houqbrec qui auront contribués à sa réfection quittes de taille & de corvée à perpétuité, ainsi que leurs descendants.

Fait à Neuhor le huiti seizième jour du mois de moisson, anno domini MQXLVII

Damien d’Enro [signature et sceau du comte] »


Ils devaient donc se rendre sur l’île de Qres. Le port permettant de s’y rendre se situait à 120 kilomètres de Néac, calcula la jeune femme. Leur contact était le châtelain : Jean-Michel Nicemount, ancien seigneur de l’île.

Les trois amis déjeunèrent ensemble. Ils se rendirent ensuite en ville pour faire changer la lettre du comte. Avec l’aide de Niscarvin, Fleur trouva un banquier honnête qui leur remit 15 000 pièces d’or. Elle rendit à Arnolphe les 3 000 pièces d’or qu’elle avait conservé de la précédente lettre de change du comte. Fleur proposa ensuite à ses amis d’emmener avec eux un architecte, car ils ne pourraient pas en trouver sur l’île ou à proximité. Mais ils n’y étaient pas très enclins, lui rappelant qu’ils devaient se montrer le plus discret possible et qu’il faudrait le protéger durant la traversée. Elle leur suggéra alors de se renseigner d’abord et d’en débattre dans la soirée, quitte à rencontrer l’homme le lendemain matin avant leur départ. Ils décidèrent alors de se séparer pour régler leurs affaires personnelles.

Fleur chercha un marchand qui se rendait à Neuhor, et lui confia sa lettre. Par chance, le commerçant prenait la route dès le lendemain. Elle chercha ensuite un architecte. On lui indiqua un certain Vitalien, un bon architecte compétent en urbanisme et en fortification militaire, qui travaillait fréquemment pour les nobles gravitant autour du comte de Sodavlac. L’homme pourrait donc faire l’affaire pour la jeune femme mais elle eut l’idée d’établir avec lui une clause de confidentialité, moyennant finance. Puis, elle acheta une nouvelle robe de ville, non pas par pure coquetterie, mais pour pouvoir en imposer auprès des gens du château de Qres qu’elle allait devoir commander. Elle marchanda très bien. Après tout, elle avait un oncle drapier Elfe à Noyl, et grâce à sa mère, elle s’y connaissait donc en qualité d’étoffe. Elle parvint à négocier, pour seulement 260 pièces d’or, une tenue complète de ville de très bonne qualité, comprenant une robe rouge et ses accessoires.

De son côté, Niscarvin alla dans les tavernes des bas quartiers, à la recherche d’un apothicaire complaisant susceptible de lui vendre de la morphée, cédant vingt pièces d’or pour délier les langues. On lui en indiqua un, qui accepta de lui fournir trente doses, après de âpres négociations.

De retour à l’auberge, ils commandèrent dix jours de rations pour le voyage. Fleur tenta de convaincre ses amis d’emmener avec eux un architecte, en leur présentant le profil de celui qu’elle avait trouvé. Elle leur fit valoir que seul un architecte pourrait exécuter de gros travaux et réaliser des plans dignes de ce nom à remettre au comte, mais ils n’en démordaient pas. Cela revenait à inclure dans la confidence un Albien, ayant travaillé pour la noblesse au service du comte de Sodavlac. Niscarvin proposa de se rendre sur l’île, de faire eux-mêmes une liste des travaux à réaliser et d’aviser ensuite. De guerre lasse, elle capitula mais, craignant de perdre un temps précieux, elle ne se priva pas pour leur dire :
« Si jamais nous regrettons là-bas l’absence d’un architecte, vous m’entendrez vous dire : « Je vous l’avais bien dit ! », et vous me devrez une faveur. »

Elle réfléchit un instant.
« C’est surtout le fait de prendre un architecte Albien qui vous tracasse, non ? Qui pourrait vouloir nuire à notre commanditaire… Dans ce cas, nous pourrons en effet faire un état des travaux à prévoir, ensuite deux d’entre nous, autant vous dire que je me porte volontaire, prendront un bateau pour Neuhor, où nous pourrons sans peine trouver un bon architecte, Réformé. »

Les deux hommes ne semblaient pas opposés à cette solution, toutefois, Niscarvin émit un rire narquois en devinant :
« Oui, et tu ne te priveras pas pour aller voir ton Fortuné !
- Oui, évidemment ! Même si ce n’est que pour quelques heures… Vous savez très bien que je ne lui parlerai pas de la mission. Il sait que je suis tenue au secret. »

Fleur leur fit ensuite part de ses craintes concernant les agissements de Piscis. Il avait réveillé un vampire et s’intéressait de très près à la nécromancie, pratique interdite par l’Inquisition, punie par le bûcher. Si le vampire venait à faire des victimes, et que l’on remontait jusqu’à eux, alors non seulement Piscis pourrait avec les pires ennuis, mais en plus, cela placerait le comte d’Enro dans une position fâcheuse. Mais ses amis la trouvèrent trop timorée. Ils doutaient que l’on puisse faire le lien entre leurs expéditions et le vampire. Fleur n’en démordait pas et les prévint qu’elle avertirait son suzerain en temps voulu, au cas où.

Sur ce, Arnolphe partit chez ses parents et ils se souhaitèrent la bonne nuit.
Fichiers joints
Lettres 2.docx Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(18 Ko) Téléchargé 0 fois


Dernière édition par Fleur le Lun 20 Juin - 2:40, édité 1 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 4ème étape : voyage vers l'île

Message  Fleur le Ven 17 Juin - 0:56

Le matin du 38e Moisson (19 juillet), les trois amis quittèrent Néac par un ciel très bas, très orageux.

Deux lieues plus loin, ils atteignirent un péage auquel était arrêté un carrosse. Le rideau de pluie qui barrait l’horizon se rapprochait et serait sur eux sous peu. Comme les trois compères évoquaient ce désagrément tout en préparant de quoi régler les taxes de passage, une voix d’homme les interpella du véhicule devant eux :

« Bien le bonjour mes amis. Mademoiselle de Lasus. Quelle bonne surprise ! Par quelle heureuse coïncidence je vous retrouve ici ? Mais, venez, montez donc, vous voyagerez au sec. »

Les trois amis se consultèrent brièvement du regard. Croiser une seconde fois Philomon d’Augrieu n’était probablement pas une simple coïncidence. Chevalier vassal du comte de Sodavlac, il était peut-être aussi un espion à sa solde qui cherchait à découvrir les agissements du comte d’Enro. Toutefois, les trois amis, pour ne pas paraitre suspects, décidèrent de continuer à jouer le jeu et montèrent dans le carrosse. Fleur chercha dans sa mémoire le nom d’un parent qu’elle pourrait mentionner pour justifier son voyage et fort heureusement, elle avait un cousin éloigné à une journée de la côte.

Généreux, Philomon régla leur péage. Il leur demanda de leurs nouvelles. Fleur se contenta de lui expliquer qu’elle avait rendu visite à de la famille. Philomon devina sans peine : « Ah oui votre beau-frère mage. » Elle se contenta d’acquiescer. Comme elle s’y attendait, il lui demanda où ils se rendaient, et elle lui mentionna le nom de son cousin : Mathieu d’Osan.

Philomon leur apprit que le couronnement de Floriscan II avait été somptueux, d’après ce qu’on lui avait rapporté. Le jeune monarque, de treize ans, souhaitait être respecté et entendait mettre un terme à l’hérésie. Fleur comprit aussitôt que cela n’était pas de bon augure pour son suzerain. Floriscan II était entouré d’Ultras : les Sigue, membres de la famille des Ducs d’Eriol. Le jeune souverain n’était donc pas libre de ses mouvements.  

Le carrosse progressait doucement. Très volubile, Philomon leur faisait part de nouvelles et entendait qu’on lui rende la pareille, régalant ses invités. Niscarvin lui raconta avec talent des contes et légendes, se révélant de très agréable compagnie pour Philomon. Fleur discuta histoire avec lui. Ils parlèrent de la guerre entre l’Empire armannien et le royaume de Valbion, qui durait depuis trois ans maintenant. Elle avait pour objet l’assassinat de l’ambassadeur armannien, cousin de l’empereur, par le petit frère du roi Samwell Ier, Nesle. Celui-ci était un psychopathe sur lequel courraient mille contes effrayants et qui se débarrassait de ses victimes en les jetant au fleuve, cousues dans un sac. Quintus Karlsburg avait exigé sa tête, ce à quoi le roi valbionnais n’avait pu consentir. La chance avait d’abord souri aux armées de l’archipel car une tempête avait disloqué la flotte armannienne au début de la guerre mais on racontait que l’Empire avait refait ses forces et que le vent allait tourner. Déjà, usant de son prestige d’homme le plus puissant de Médianie, l’empereur avait détourné les Rebelles Athalans de leur allié et Valbion était isolé diplomatiquement.

Quant aux positions religieuses de ces deux États, l’archipel valbionnais était réformé. L’autorité du roi y avait officiellement supplantée celle du pape en 1543. Dans l’Empire armanien, il régnait depuis 1538 une relative tolérance religieuse. C’était une terre albienne. L’empereur Quintus Karlsburg avait été assassiné en 1537 par un extrémiste réformé, partisan de Black Teeth Tom, le leader de la guerre des Rustauds (1534-35). Les conséquences de cet acte auraient été si terribles que le souverain avait été aussitôt ressuscité par les religieux présents, notamment les grands réformateurs. Mais ce fragile statu quo avait été rompu quand Quintus Karlsburg avait reçu les trois couronnes de Partalos, d’Ibercia et d’Istalia, et avec elles des millions de sujets Albiens convaincus. L’édit de Baugschurg de 1544 contraignait les Réformés à revenir dans le giron de l’Église mais imposait aussi à celle-ci une correction de ses mœurs. On attendait toujours les conclusions du concile, convoqué à Cialenva en 1543. Comme il était sans héritier, le camp des Réformés l’avait finalement ressuscité. L’empereur avait depuis exigé une réforme de l’Église albienne, à Valence, toujours en cours. Le pape actuel était un politicien et mécène albien : Lémentino VII.

Le 39e Moisson (20 juillet), il fit beau temps toute la journée et le carrosse progressa bien. Niscarvin demanda à Philomon où il se rendait. Le chevalier allait à Oltnias, dans le comté de Cheuman.

Le 40e Moisson (21 juillet), le temps était redevenu mauvais. Le carrosse peinait à progresser dans la boue. Soudain, il se renversa. Philomon eut de bons réflexes. Les trois amis se cognèrent violemment mais n’eurent pas de blessures, justes sonnés.  Chacun s’enquit de la santé de ses compagnons. Puis il fallut calmer les chevaux. « Là. Tout doux ma belle. », murmura Fleur à sa jument, en lui caressant l’encolure. Le cocher vint expliquer à son maître que l’essieu et une roue du carrosse s’étaient brisés. Fleur proposa alors de les aider.

On chercha du bois dans les alentours. En vain. Fleur décida alors avec Arnolphe de partir à cheval pour aller chercher de l’aide chez les habitants les plus proches. Sous une pluie battante, ils détachèrent leurs chevaux et firent route à deux. L’archer fut un guide efficace. Quelques instants plus tard, il indiqua à la jeune femme une habitation. En s’approchant, ils firent aboyer les chiens. Le chef de famille, alerté, sortit. L’archer et la jeune femme le saluèrent, et Fleur, d’un ton courtois, lui demanda son aide. Le brave homme accepta. Il prit du matériel, emmena deux de ses fils et les suivit jusqu’au carrosse.

Les paysans examinèrent le carrosse avec Niscarvin et Arnolphe. Fleur observa, en retrait ; elle était une noble demoiselle, ce n’était donc pas son rôle de s’en mêler normalement. Elle se tenait toutefois prête à les aider si nécessaire. Tous les hommes, sauf Philomon, se placèrent autour du carrosse, et se préparèrent à le soulever. Malgré leurs efforts, ils ne parvenaient pas à tenir suffisamment longtemps pour pouvoir le caler. Faisant fi des convenances, Fleur vint alors leur prêter main forte, et se révéla d’une précieuse aide, ayant trouvé une prise efficace. Puis, Niscarvin, conseillé par les paysans, réussit à réparer le carrosse. Philomon leur versa un peu d’argent pour les remercier de leur aide, et le père et ses deux fils se retirèrent.

En observant le chevalier, Fleur se figura qu’elle lui était redevable, voyageant à ses frais depuis plusieurs jours. Si elle ne voulait pas déshonorer sa famille, elle devait trouver un moyen de le remercier. Philomon n’accepterait pas de la laisser payer l’auberge. Elle songea alors à plusieurs solutions. L’inviter à son mariage ? Si Philomon était un espion à la solde de Sodavlac comme elle le présumait, elle pourrait mettre en fâcheuse position son suzerain, et de plus, elle doutait que cela plaise à Fortuné et à Korritil d’inviter un vassal de celui qui protégeait les Mornille. Lui accorder une faveur ? Qui sait ce que le chevalier pourrait alors lui demander et elle ne pourrait pas le lui refuser. C’était bien trop risqué. Lui offrir un présent ?  Pour le moment, elle n’avait rien sur elle qui pourrait être à la hauteur de sa dette, à part sa chaîne enchantée, ce qu’elle excluait évidemment d’emblée. Philomon était très érudit et Fleur se figura qu’il apprécierait certainement un présent de sa part comme un bon livre, quitte à le lui faire parvenir plus tard, lorsqu’elle retournerait à Antegnar. Satisfaite par cette solution, elle se laissa bercer par le carrosse en pensant à son bien-aimé. Midi approchait.    

Ils se restaurèrent et dans l’après-midi, le carrosse reprit sa route. Deux heures plus tard, alors qu’ils conversaient paisiblement, Arnolphe et Philomon entendirent quelqu’un appeler la jeune femme.

« Fleur ? Fleur ? »

Les deux hommes, intrigués, cherchaient d’où cela pouvait provenir, tandis que Philomon faisait arrêter le carrosse. Arnolphe prévint Fleur, qui sortit aussitôt et tendit l’oreille :

« Fleur ? Ma Fleur ?  

Folle de joie, elle reconnut la voix de son bien-aimé :

« Mon Dieu, cette voix, mais c’est mon Fortuné ! »

Le cœur battant, Fleur scruta les alentours :
       
« Fortuné ? Fortuné... ? Où est-il ? »

Elle l’entendait bien l’appeler, mais elle ne le voyait nulle part. Elle se précipita pour détacher Danseuse et aller à sa rencontre. Arnolphe découvrit alors dans une flaque d’eau le visage de Fortuné. Il le montra à Fleur, mais elle ne connaissait rien à la magie. Et si c’était un piège pour l’abuser ? Méfiante, elle appela Niscarvin qui s’approcha. Le jeune de Melville, voyant le saltimbanque se pencher au-dessus de la flaque, lui demanda :

« Niscarvin, appelez Fleur, s’il vous plait. »

Le saltimbanque rassura la jeune femme, lui expliqua que c’était un sort de communication à distance, et il s’en retourna vers le carrosse, en signalant à Philomon :

« Ce n’est rien. C’est son fiancé qui la contacte. »  

Le chevalier, qui, par curiosité, était lui aussi sorti voir, vint courtoisement saluer le jeune homme :

« Bonjour monsieur de Melville, je suis Philomon d’Augrieu. J’ai beaucoup entendu parler de vous. »

Cela ne plut pas beaucoup à Fleur, qui ne demandait qu’à converser en paix avec son bien-aimé. Elle s’adressa alors à tous les occupants du carrosse, qui baguenaudaient devant la flaque :

« Je vous en prie, partez devant. Je vous rejoindrai. Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis bonne cavalière. »

Les hommes tournèrent les talons. Fleur attendit un instant que le carrosse s’éloigne, puis elle s’adressa à son promis :

« Mon Fortuné, c’est bon de vous voir !  
- Fleur, ma douce, enfin je vous vois et je vous parle ! Nous n’avons plus beaucoup de temps, vous m’avez bien fait languir, cruelle ! J’ai reçu votre lettre, elle m’a beaucoup touché, elle m’a même fait fondre le cœur. Comment ai-je pu vous laisser partir, après vous avoir juré de partager vos périls ? Ah vous avez dû bien me haïr je l’ai senti…
- Pas du tout mon aimé ! Cette lettre ne contenait nul reproche, seulement mon amour pour vous ! »

Elle avait bien espéré que sa lettre pousserait Fortuné à la contacter mais maintenant qu’il le faisait, ah, comme il lui manquait ! Le jeune homme poursuivit :

« En tout cas je suis là pour vous épauler, et mes amis m’ont suivi : Lauridas, Elisse, Dassise, Blégnier… »

Fleur étouffa un cri. Quoi ? Ils s’étaient tous lancés à l’aventure avec lui ? Pour elle ? Cela leur ressemblait bien… Son fiancé continuait :

« Quelle que soit votre mission, vous n’avez pas besoin de nous la dire, nous vous assisterons avec la plus grande discrétion. Nous sommes à Néac chez Orlande, c’est par son entremise que je peux vous parler. Où êtes-vous ?
- Comme je l’ai dit à votre père, Néac n’était qu’une étape. Je m’en suis éloignée à présent…, répondit-elle un peu embarrassée.  
- Mon frère me dit que vous ne pouvez pas être loin, dites-nous où et nous vous rejoignons au triple galop !
- J’aimerais vous le dire mon aimé, mais je ne peux pas. Ce n’est pas raisonnable.
- Ma Fleur, je ne peux plus vivre sans vous, vos dangers sont les miens : laissez-moi vous protéger !
- Mon valeureux Fortuné, comme vous êtes adorable ! Mais, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas en danger. Ce que je dois accomplir s’apparente… à de l’intendance, c’est pour cela que cela risque de prendre du temps. Je ne peux pas vous en dire plus.
- Ne me repoussez pas ! Vous me manquez trop. Nous avons fait toute la route jusqu’ici pour vous assister, laissez-nous vous aider.
- Mais mon aimé, ce que vous me demandez ressemble fort à de la désobéissance. Je suis tenue au secret et vous le savez fort bien.
- Soyez sans crainte, ma mie, je serai muet comme une tombe. Je viendrai seul s’il le faut. Dites-moi où vous êtes.
- Non, je regrette. Je ne peux pas. Mon Fortuné, j’aimerais tant vous retrouver, mais je ne peux pas, et cela me brise le cœur.
- Fleur !  Ah que vous êtes cruelle de me tenir ainsi loin de vous !
- C’est vous qui êtes cruel de me placer face à un tel dilemme. Je me retrouve tiraillée entre mon devoir de vassale et mon amour pour vous. Êtes-vous conscient que si vous me rejoignez, mon suzerain, ou devrais-je dire notre suzerain, finira par le savoir ?  
- Pourquoi me fuyez-vous ?
- Vous fuir ? Mais non, je ne vous fuis pas… Croyez-moi, je donnerai cher pour vous retrouver dans l’instant ! J’ai hâte de me fiancer avec vous, de devenir votre femme, et je ne demande pas mieux que nous luttions ensemble, mais pour l’instant, les ordres de mon suzerain ne me laissent pas le choix.  
- La peste soit de votre suzerain ! Il nous sépare, il vous met en danger, contrairement à ce que vous pouvez prétendre. Je préférerais que vous n’en ayez pas, de suzerain. Qu’il les fasse lui-même ses missions secrètes ! »

En voyant la déception et la colère sur le visage de Fortuné qui semblait au bord des larmes, Fleur fut prise de sanglots et l’implora en pleurs :

« Mon Fortuné, je vous aime tellement… Je vous en supplie. Pardonnez-moi… Je ne veux pas vous perdre ! »

Soudain, l’image de son bien-aimé disparut. Fleur, frustrée, pleura de plus belle. Lui avoir parlé, l’avoir vu lui avait procuré une immense joie sur le moment. Comme elle aurait aimé le revoir, et accepter son aide ! Il lui manquait terriblement ! Elle entendait encore son aveu : « Je ne peux plus vivre sans vous. » Elle ne pouvait qu’être en admiration face à une telle preuve d’amour. Et quel courage ! Manifestement, il était prêt à tout pour la protéger. Le tenir loin d’elle lui déchirait le cœur et à présent, elle craignait de l’avoir déçu. Son beau visage était si triste. Elle mourrait d’envie de partir le retrouver au grand galop, pour lui dire encore combien elle l’aimait, et se blottir dans ses bras. Mais son devoir, aussi pesant fût-il en cet instant, passait avant tout. Elle n’avait pas le choix. Elle sécha ses larmes, se calma. En repartant, elle se promit de tout faire pour se faire pardonner lorsqu’elle pourrait enfin retrouver son cher Fortuné. Elle plaiderait sa cause auprès du comte, car tenir son promis à l’écart devenait de plus en plus pesant pour elle, et elle ne voulait pas fonder leur mariage sur des non-dits et des mensonges. Et si son suzerain refusait de le comprendre, elle sentait que Fortuné aurait le dernier mot, car elle comprit, à cet instant, qu’elle préférerait encore mourir plutôt que de perdre son bien-aimé.  

Le matin du Undi1er Battage (22 juillet), ils quittèrent Philomon en le remerciant pour ses bonnes grâces. Fleur lui déclara qu’elle lui enverrait un livre d’histoire qui devrait l’intéresser dès qu’elle rentrerait à Lasus.

Puis les trois amis firent un petit détour pour se rendre chez le cousin de Fleur, seigneur d’Osan. C’était le fils d’une sœur de son père. On les reçut convenablement. Fleur présenta ses deux gardes et amis. Lorsqu’il l’aperçut, son cousin, Mathieu, un humain d’une quarantaine d’années, la prit d’abord pour sa mère, la baronne Filendilë. La jeune femme le détrompa aussitôt :

« Non, je suis sa fille, Fleur.
- Ah oui, Fleur. Vous lui ressemblez tellement ! Mais quel bon vent vous amène ?
- Comme j’étais de passage dans le comté de Cheuman, je tenais à vous saluer, et à vous annoncer la bonne nouvelle. Je vais bientôt me marier avec un gentilhomme de Neuhor, Fortuné de Melville.
- Ah bien, bien., acquiesça le seigneur en cherchant mentalement si ce nom lui évoquait quelque chose.
- La date n’est pas encore fixée, mais nous comptons bien évidemment sur votre présence. »

Mathieu accepta l’invitation, en attendant la publication des bans. Pensif, il l’interrogea :
« De Melville, dites-vous ? Ce nom ne me dit rien. Enfin, nous sommes bien loin de Neuhor.
- C’est une famille de mages, à la tête de plusieurs seigneuries.
- Alors votre fiancé est un enchanteur ?
- Non, mais son père, pour qui j’ai beaucoup de respect, est un mage influent de Neuhor.
- Ah la magie… Voilà bien un domaine dans lequel notre illustre famille est étrangère… Mais votre promis n’a pas pu vous accompagner ? »

La question était bien innocente, mais le cœur de Fleur se serra, encore attristée d’avoir blessé Fortuné, et craignant de le perdre. Néanmoins elle fit bonne figure et prétexta :

« Non, hélas ! Il est très occupé, mais vous aurez tout loisir de le rencontrer lors de notre mariage. »

« Si toutefois il veut encore de moi… », compléta Fleur intérieurement, mélancolique.

Au fil de leur conversation, Matthieu la trouva sympathique. Elle lui demanda comment se portait sa famille et lui donna des nouvelles de ses parents, de son frère Guilhem. Puis, pour le plaisir de leur hôte, elle lui parla du tournoi de Neuhor pour la Huitaine sainte. Elle en évoqua les événements marquants comme si elle n’avait été qu’une simple spectatrice. Elle lui fit part de leurs performances en spectacle, et Niscarvin put faire montre de son talent. Elle évoqua son titre de première dauphine, la performance d’Arnolphe en tir, et celles de Niscarvin et de Fortuné en combat en armes mais pas la sienne, pour valoriser son promis.

Le soir du 2e Battage (23 juillet), ils atteignirent le port de Ville-Barnet et trouvèrent une petite auberge pour la nuit.

Le 3e Battage (24 juillet), Fleur se rendit au port pour trouver une embarcation, aidée par Niscarvin. On lui indiqua un pêcheur expérimenté, qui l’informa que la traversée prenait plusieurs heures. L’homme pouvait les amener jusqu’à l’île de Qres, mais pas avec leurs chevaux. Les deux amis, comprenant qu’il faudrait pour cela, louer les services d’un bateau et d’un équipage plus onéreux, convinrent de laisser les chevaux en pension. Ils acceptèrent donc de faire la traversée avec lui, et l’homme leur donna rendez-vous le lendemain, car le temps paraissait pour le moment trop mauvais pour prendre la mer. Les trois amis trouvèrent ensuite une auberge susceptible de garder leurs chevaux en pension. Fleur tenta de marchander, arguant qu’ils resteraient peut-être un mois, mais l’homme trouva des motifs de gonfler son prix de départ et exigea 100 pièces d’or la huitaine. Ils payèrent d’avance ce tarif.

Depuis sa communication avec Fortuné, Fleur faisait bonne figure mais ses amis la trouvaient bien mélancolique, ce qui ne lui ressemblait pas. Ils tentèrent de la consoler, arguant que Fortuné ne pouvait lui en vouloir s’il l’aimait comme il le prétendait, qu’elle avait fait ce qu’il fallait, et que s’il mettait un terme à leur relation alors il n’en valait pas la peine. Leur sollicitude la touchait. Mais leurs mots glissaient sur son cœur en peine et elle ne rêvait que de retrouver Fortuné, prête à tout pour se faire pardonner.

Le matin du 4e Battage (25 juillet), les trois amis retournèrent voir le pêcheur. Mais le temps demeurait mauvais. L’homme hésitait. Niscarvin lui demanda s’il ne pouvait pas tenter tout de même la traversée. Le pêcheur se gratta la tête. « Ah, j’sais pas. P’ête ben… » Mais il leur expliqua que par ce temps, il risquait d’abimer son bateau. Arnolphe, avec Fleur, jugèrent plus prudent d’attendre encore une journée, et ils se donnèrent rendez-vous le lendemain.

Comme ils avaient toute la journée devant eux, Niscarvin décida d’aller dans les tavernes écouter les rumeurs du coin et se renseigner sur l’île de Qres, tandis que Fleur restait à l’auberge avec Arnolphe pour lui apprendre à lire. On informa le saltimbanque que Qres était une petite île de pêcheurs, peuplées de quelques centaines d’habitants. Toutefois, un marin le mit en garde : des gens disparaissaient en mer ces derniers temps. Certains parlaient de monstres marins. On lui signala également de la piraterie dans les parages.

Lorsque Niscarvin retrouva ses amis, il leur fit part de ses informations. Ayant remarqué depuis qu’ils faisaient équipe que la magie ne lui était pas totalement étrangère, Fleur lui demanda par curiosité d’où il tirait son savoir. Le saltimbanque lui parut éluder sa question. Il se contenta d’expliquer que ses connaissances lui permettaient de raconter de bonnes histoires. Pratiquer la magie n’était certes pas donné à tout le monde. En avoir des notions n’était pas fréquent, mais possible. Peut-être s’était-il instruit auprès de mages, pour produire des récits convaincants ? Elle réalisa alors qu’elle ne connaissait décidément rien sur la vie de ses amis, ce qui attisait sa curiosité.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Re: Historique IND

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum