Historique IND

Page 2 sur 3 Précédent  1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La place de sûreté : 5ème étape : Le village

Message  Fleur le Ven 1 Juil - 21:36

Le matin du 5e Battage (26 juillet), les trois frères d’armes retournèrent voir le pêcheur, confiants. Il faisait assez beau temps, et cette fois, l’homme, qui se nommait Cliff, jugea qu’ils pouvaient prendre la mer, moyennant 50 pièces d’or. Par chance, nos compagnons découvrirent qu’ils n’avaient pas le mal de mer, mais Arnolphe ne tenait pas bien le roulis, peinait à trouver son équilibre.

Alors qu’ils entraient dans le port de Qres, Niscarvin remarqua qu’il n’y avait aucun bateau amarré et l’indiqua à Cliff. L’homme, perplexe, partagea son inquiétude. Certes les habitants de Qres étaient plus des paysans que des pêcheurs, mais enfin c’était étrange de ne pas voir au moins une barque… Le saltimbanque surprit alors quatre Ondins qui, se hissant discrètement sur le bateau, s’apprêtaient à les attaquer et alerta ses compagnons qui, eux, ne les avaient pas vus. Les Ondins dégainèrent des tridents et de curieuses épées. Niscarvin en attaqua trois : l’un deux se jeta à l’eau pour échapper à sa rapière. Les deux autres esquivèrent sa lame. Le quatrième cibla la jeune femme, mais Fleur parvint à se baisser et à dévier son trident à mains nues de justesse. Furieuse, elle dégaina ses armes et distribua des estocades avec son Pouvoir contre cinq Ondins. Trois furent blessés gravement, tandis que les deux autres retournaient en mer moribonds. D’autres Ondins vinrent aussitôt en renfort. Arnolphe décocha cinq flèches qui firent toutes mouche. Niscarvin harcelait trois créatures. Fleur en attaqua cinq autres. Elle en blessa deux légèrement, trois gravement.

Soudain, le bateau tangua. Les trois amis usèrent de leur Pouvoir pour ne pas tomber à l’eau. Le marin tint le coup. Les Ondins parurent également surpris. Quelque chose avait percé le bâtiment, et de l’eau commençait déjà à s’engouffrer. Quatre Ondins leur faisaient encore face. Ils évitèrent les flèches d’Arnolphe. Fleur leur fit des estafilades. Niscarvin en supprima trois. Le bateau craqua. Comme les trois amis contenaient les Ondins, le marin se précipita sur les cordages, il libéra les voiles, ce qui leur évita de chavirer. Arnolphe visa un Ondin dans l’eau, mais la créature, véloce malgré ses blessures, plongea et lui échappa. Les deux bretteurs se chargeaient de celui qui demeurait sur le bateau. Fleur lui fit une nouvelle entaille, et Niscarvin le supprima par une magnifique botte.

On examina le bateau. L’embarcation avait été éventrée par le mât d’un navire coulé. Voilà pourquoi le port demeurait bien vide ! Le marin manœuvra pour dégager le bateau de l’épave. Les amis proposèrent leur aide. Niscarvin demanda à Fleur de sortir une couverture. Il parvint à calfeutrer la fuite, aidé par la force d’Arnolphe. Elle entreprit de son côté d’écoper l’eau. Le marin put alors amarrer son bateau au port. Aidé par ses passagers, il le hissa sur la plage car la réparation demeurait précaire. Ils constatèrent que tous les bateaux étaient coulés. Des Ondins et un port bien vide. Voilà qui n’était pas très engageant !  Le marin, Cliff, qui regardait son bateau d’un air navré, ne pensait qu’à le réparer et à regagner Ville-Barnet. Fleur lui dit alors qu’ils n’allaient pas le laisser seul, et qu’ils allaient chercher de quoi restaurer son bateau.

Ils marchèrent donc sur 500 mètres et atteignirent le village. Il se composait de maisons en bon état. Mais personne dans les parages. Niscarvin appela : « Y’a quelqu’un ? » On entendit un murmure : « Chut ! ». Une autre voix les rabroua dans un patois incompréhensible. Fleur tenta bien de lui répondre mais son interlocuteur se fâcha davantage. Arnolphe comprenait ce dialecte. Il expliqua à Fleur qu’il leur commandait de se taire, des Ondins rodaient, et il s’offusquait parce qu’elle avait insulté sa mère. « Quoi ? », s’étonna la jeune femme. « Je lui demandais simplement ce qu’il se passe ici ?  C’est ridicule ! Tu sais bien que ce n’est pas mon genre ! » Six Ondins firent leur apparition. Ils leur parlaient en pointant les armes vers le bas. Niscarvin tenta de communiquer par des mimes. Il pensait qu’ils étaient amicaux. Fleur comprit, elle, que les Ondins leur ordonnaient de poser les armes. « Ah ça non ! », se rebella-t-elle, en dégainant ses lames. Ses deux amis l’imitèrent. Les Ondins fondirent sur eux. Niscarvin prit un coup de trident dans le ventre, son armure encaissa mais il en eut le souffle coupé. Fleur esquiva leurs attaques et riposta. Elle les blessa mortellement. Arnolphe en tua trois. Fleur harcela les trois restants, les étourdissant de coups. Niscarvin, malchanceux, planta sa lame dans le sol. Arnolphe aperçut alors trois autres Ondins qui arrivaient en renfort. Il usa de son Pouvoir ; ses flèches leur infligèrent des blessures légères et graves. Il vit que trois nouveaux individus approchaient. Les deux bretteurs affrontaient toujours les mêmes adversaires. Ils esquivèrent la rapière du saltimbanque mais pas celle de Fleur qui les entailla. L’archer, de son côté, usa de son Pouvoir, et cibla six Ondins, pour ne pas se retrouver débordé ; ses traits mortels n’en épargnèrent aucun. Non loin de lui, Fleur en blessa un légèrement, et supprima les deux autres. Niscarvin acheva le dernier.

Ils retournèrent frapper à la porte. Arnolphe fit savoir à l’habitant qu’ils pouvaient les protéger mais l’homme refusa obstinément d’ouvrir. D’autres Ondins firent leur apparition, ils crièrent avant de s’enfuir. Le marin et les trois amis jetèrent un regard autour d’eux. Personne n’osait sortir. Cliff s’empara d’un trident. Sachant que des renforts risquaient de venir, ils s’enfuirent du village en courant. Quelques minutes plus tard, ils atteignirent le bout de l’île. Ils se tenaient au bord d’une falaise. Ils aperçurent le château qui se trouvait sur une île voisine, presque contiguë à celle-ci. Fleur prêta sa longue vue à Arnolphe qui scruta les alentours. Elle demanda à Cliff s’il comprenait les gens du coin. Il lui répondit que oui. Ils repartirent vers le Nord, firent le tour de l’île. Mais ils ne trouvèrent aucune voie d’accès. Ils décidèrent alors de retourner vers les habitations.

C’était le soir. Ils s’arrêtèrent devant une ferme, au bord de la falaise. On frappa à la porte. Aucune réponse. Arnolphe regarda par la fenêtre. La ferme semblait vide. La porte s’ouvrit. Ils entrèrent et barrèrent l’entrée. Niscarvin put alors se soigner. Arnolphe inspecta la ferme : ses occupants semblaient être partis depuis trois jours. Comme ils n’avaient plus de rations, ils se procurèrent de quoi manger. Rassasiés, Arnolphe et Cliff cherchèrent de quoi réparer le bateau. L’archer ne dénicha qu’un maillet, mais le marin trouva tout ce dont il avait besoin, qu’il rangea dans un sac. En accord avec ses amis, Fleur demanda au marin de les emmener au château. Mais Cliff n’avait guère envie de s’attarder dans ce coin infesté d’Ondins. Elle lui opposa qu’ils savaient se battre et qu’ils pouvaient les repousser. Mais le marin désirait regagner Ville-Barnet au plus vite. Les trois amis lui offrirent leur aide pour réparer son bateau en échange de quoi ils voulaient aller jusqu’au château. Cliff finit par accepter. Pour ne pas signaler leur présence, car les Ondins devaient être à leur recherche, ils ne firent aucun feu, Avant de dormir, chacun fit sa prière. Fleur remercia Tharès d’avoir épargné leurs vies et lui demanda de tout son cœur de lui permettre de revoir son bien-aimé.

Le sidi 6e Battage (27 juillet), Cliff et les trois amis se rendirent au village dans l’espoir de trouver enfin un habitant disposé à leur parler. Ils passèrent devant une église vide. Puis ils distinguèrent une boutique. Elle était ouverte, occupée par une femme. Ils entrèrent et saluèrent la vendeuse. A force d’écoute, Fleur commençait à comprendre un peu leur dialecte et leur accent si pittoresque à ses oreilles d’aristocrate. La vendeuse les apostropha :

« C’est vous les étrangers qui ont tué plein d’Ondins ? »

Fleur le lui confirma et lui demanda ce qui se passait sur cette île. La vendeuse lui expliqua que depuis sept jours, les Ondins semaient la terreur, en rançonnant la population. Ils avaient tué certains habitants et avaient pris des otages.

« Que vous réclame-t-il ? »

La vendeuse lui précisa qu’ils leur prenaient des objets en tout genre, de l’argent… Ils avaient prélevé le tribut deux jours auparavant. Aussi, elle exhortait les étrangers à partir au plus vite et ne pas chercher les ennuis. Les Ondins devaient être à leurs trousses. Mais Fleur lui opposa qu’ils ne pouvaient pas décemment les abandonner à leur sort et qu’ils allaient faire leur possible pour les débarrasser de leurs oppresseurs.

Les trois amis décidèrent de faire le tour de l’île pour essayer de trouver le repère des Ondins, car ils devaient bien détenir leurs otages quelque part. Peut-être dans une grotte immergée au gré des marées. Ils commencèrent à faire leur exploration, sans prendre de précaution pour se cacher, grisés par leurs premières passes d’armes.

Quelques minutes plus tard, alors qu’ils se trouvaient dans une cour de ferme et se proposaient d’aller voir les occupants des habitations proches, Arnolphe entendit une troupe d’Ondins s’approcher d’eux. Ces derniers venaient sans doute prélever un nouveau tribut. L’archer enjoignit ses compagnons à se cacher dans une baraque ouverte. Les créatures pénétrèrent dans la cour de la ferme. Elles étaient une vingtaine. Soudain, un Ondin repéra les étrangers embusqués et prévint les autres.

Fleur réfléchit rapidement à la situation. Leur meilleure chance était de combattre. Mais cette fois, la bataille semblait bien mal engagée pour eux. Leur Pouvoir ne suffirait peut-être pas à contrecarrer leur infériorité numérique et ils n’avaient aucune issue. Stratège, Fleur jeta un coup d’œil autour d’eux et préconisa à Arnolphe de se hisser sur une poutre pour pouvoir les harceler de ses traits mortels comme il savait si bien le faire, tandis que les deux bretteurs lutteraient dos à dos. Quant à Cliff, il devait se cacher. Aussitôt, le plan fut appliqué. Niscarvin fit la courte échelle à Arnolphe qui manqua la poutre, et s’écrasa lourdement au sol, sonné. Les Ondins les encerclèrent. Les deux bretteurs se placèrent dos à dos, tandis qu’Arnolphe se relevait, dégainant ses couteaux pour se défendre. Pris de panique, Cliff tenta de s’enfuir. Un Ondin lui assena une blessure mortelle dans le dos. Téméraire, Fleur s’élança balayant leur rang en usant de son Pouvoir. Elle atteignit le premier à l’entrejambe qui ne se releva pas, blessa les deux suivants gravement au tibia, assena un coup mortel au ventre du quatrième, sectionna de son épée courte le bras du cinquième qui se vida de son sang. Le sixième esquiva sa rapière, mais son épée courte infligea une blessure mortelle à l’avant-bras gauche du septième. Les deux derniers repoussèrent ses attaques. Niscarvin, grâce à son Pouvoir, assaillit cinq Ondins, qui durent se défendre. Un autre attaqua sournoisement le saltimbanque, lui infligeant une blessure légère, qu’il réduisit grâce à son Pouvoir. Quatre créatures ciblèrent la belle de Lasus sans l’inquiéter. D’ailleurs, Fleur balaya de nouveau leur rang, utilisant cette fois la bénédiction de sa chaine : ses lames firent de nouveau merveille, tuant cinq Ondins, blessant mortellement le sixième, et forçant leurs acolytes à se défendre. Cette fois, les Ondins commencèrent à paniquer, déstabilisés par cette tornade blonde qui les décimait. Niscarvin blessa deux d’entre eux gravement et un mortellement grâce à son Pouvoir. Arnolphe en profita pour prendre son arc et cibler le plus d’adversaires possibles, mais dans sa précipitation, il perdit six flèches. Fleur revint à la charge, grâce à son Pouvoir, pourfendant leurs adversaires : six furent terrassés, un fut gravement atteint, et deux seulement repoussèrent ses assauts. Niscarvin s’attaqua à trois Ondins mortellement blessés, mais joua de malchance. Arnolphe en sonna un. Fleur fit un nouvel assaut semant la mort parmi les Ondins : elle en tua quatre et le cinquième repoussa bravement sa rapière. Les trois amis ne comptaient désormais plus que deux adversaires : Niscarvin en blessa un mortellement. Un autre, sauvé par son armure, eut le souffle coupé par le coup d’estoc. Arnolphe toucha le même mais sa flèche ricocha. Fleur attaqua les deux survivants qui repoussèrent ses lames. Niscarvin en profita pour soigner de toute urgence le marin qui se vidait de son sang. Grâce à son Pouvoir, il sauva Cliff. Fleur de son côté, ne faisait pas de quartier. Elle étourdit celui qui se trouvait déjà moribond, mais manqua l’autre qui en profita pour s’enfuir. « Reviens ici ! Je n’en n’ai pas fini avec toi ! » ragea-t-elle en s’élançant à sa poursuite. Mais l’Ondin, plus rapide qu’elle, lui échappa. Lorsqu’elle revint bredouille, elle vit Arnolphe ramasser ses flèches. L’autre Ondin avait tenté de s’enfuir, mais il avait succombé à ses blessures quelques mètres plus loin. Ses amis félicitèrent Fleur, conscients que ses lames avaient fait des merveilles, même si la belle avait pour cela usé de son Pouvoir. Elle estimait toutefois qu’elle avait eu de la chance et convint avec eux qu’ils devraient se montrer plus prudents s’ils souhaitaient délivrer les otages.

C’était l’après-midi. Sur les conseils de ses amis, Fleur se hissa un ballot de paille, tribune improvisée, dégaina ses armes et ameuta les habitants. Un homme, venu voir ce qui se passait, approcha prudemment. Elle le héla :

« Holà l’ami ! Allez donc chercher les autres ! Nous sommes là pour vous délivrer. »

L’homme s’exécuta. Il ramena un petit groupe composé de sa famille et des voisins. Fleur, très charismatique, déclara :

« Braves gens, je me présente : Fleur de Lasus, et voici mes deux vaillants compagnons : Niscarvin le Baladin et Arnolphe Grosjean. Tharès a entendu vos prières. Nous sommes venus vous délivrer du joug de ces immondes Ondins. Nous venons d’en occire vingt qui venaient vous rançonner et nous n’allons pas nous arrêter là ! », dit-elle en désignant le carnage.

Les paysans se réjouirent :
« Ouais ! Hourra ! Tuez ces sales poiscailles ! »

D’un geste gracieux de la main, elle obtint le silence :
« Mes amis, ces maudits Ondins vont payer tout le mal qu’ils vous ont fait et nous allons délivrer vos proches. Mais pour cela, nous avons besoin de votre aide. »

Un homme s’inquiéta :
« Mais, s’avons pas de quoi les battre ! Ils vont nous killer ! »

Elle le rassura :
« Je ne vous demande pas de prendre les armes. Mais notre brave marin, Cliff, est blessé. Pourriez-vous le recueillir le temps qu’il se rétablisse ? »

Pas de réponse, dans la foule, on se jaugea du regard. Des murmures se faisaient entendre. Fleur usa de son Pouvoir pour obtenir ce dont ils avaient besoin. Elle insista :

« Personne ? »

On lui indiqua qu’il y avait un monastère mais le prêtre n’était pas jugé très compétent. Quelqu’un proposa d’emmener le marin jusqu’à la taverne où on pourrait sûrement l’aliter. Fleur le remercia avant de leur demander combien d’Ondin ils avaient pu compter. Mais les gens ne savaient pas trop : 150 à 200 créatures peut-être. Conseillée par Niscarvin qui lui soufflait certaines questions, Fleur continua d’interroger la foule :

« Est-ce que quelqu’un sait où vos proches peuvent être détenus ? »

On leur apprit que les otages étaient emmenés au château, de même que le butin qu’ils amassaient. « Donc nous allons devoir leur reprendre le château de monseigneur. », songea-t-elle. Un certain Mathias avait vu l’endroit où ils embarquaient. Quelqu’un se proposa pour les amener jusqu’à sa demeure. Fleur leur demanda pour Arnolphe si on pouvait leur procurer des flèches. On lui indiqua qu’un habitant nommé Thierry qui aimait bien tirer à l’arc, en possédait. Outre le château, elle apprit que les Ondins étaient basés dans un hameau au nord d’ici surnommé « Le Fort ».

Nos trois amis envisagèrent d’aller déposer Cliff à la taverne, d’aller chercher les flèches chez ce Thierry, puis d’aller voir ce Mathias. Une femme leur rappela que des Ondins pouvaient revenir ici entre temps et qu’ils seraient sûrement furieux en voyant le carnage.

Fleur se concerta avec ses amis. Impossible de savoir combien de créatures comptait encore Le Fort. Niscarvin jugea qu’il fallait trouver un moyen de les attirer hors de leur repère, pour ne pas être submergés. Arnolphe proposa d’abord de mettre le feu au hameau pour les attirer hors du Fort. Les gens n’étaient pas ravis. Quelqu’un leur dit que s’ils brulaient la maison du père Magloire, à la rigueur, ce n’était pas très grave, mais ils risquaient d’incendier celle de son voisin, Bruce, qui, lui, était apprécié. Fleur suggéra de servir d’appât en se constituant prisonnière, mais elle convint que cela s’avérait risqué car elle n’aurait pas ses armes pour se défendre. Puis, ils eurent l’idée de laisser ce rôle à un villageois tandis qu’ils prendraient les Ondins en embuscade. Fleur demanda un volontaire :

« Y-a-t-il un brave parmi vous qui pourrait nous accompagner jusqu’au fort et nous aider à les attirer ? »

Un silence gêné s’installa. Elle insista et parvint à convaincre l’un d’entre eux.
« Mi, j’va l’faire. »  

Il se nommait John. Fleur le remercia et lui assura qu’ils feraient le nécessaire pour le protéger. Ils s’apprêtaient à partir quand elle s’inquiéta :

« Mais comment vas-tu faire Arnolphe ? Tu n’as presque plus de flèches ? »

L’archer lui rappela qu’il avait toujours son pistolet à double canon. Elle lui proposa alors son pistolet à mèche et sa poudre. Arnolphe la remercia et accepta l’arme. Niscarvin lui suggéra de ramasser également un trident qui ferait une arme de corps à corps plus efficace que ses couteaux.

Arnolphe équipé, ils se mirent en route, guidés par John. Le villageois les invita à se cacher dans les bois qui jouxtaient le hameau. Mais la furtivité n’était pas le fort de nos aventuriers. Quelques instants plus tard, John revint un instant plus tard et les prévint qu’aucun Ondin ne s’était manifesté. « Ils doivent sûrement nous attendre embusqués », estima Fleur. « Ils ont dû flairer le piège. », compléta Niscarvin. Ne voulant pas risquer la vie d’un villageois, Fleur remercia John pour son aide et lui conseilla de rentrer chez lui pour ne pas être pris à partie s’ils tombaient dans un traquenard. Puis, ils pénétrèrent à l’intérieur du hameau. Si Niscarvin se montra très discret, ses efforts furent réduits à néant par ses amis. Ils décidèrent de progresser, maison par maison, en restant sur leurs gardes. La première habitation était vide. Ils contournèrent une grange, arrivèrent devant une maison en L, celle du père Magloire, qu’on leur avait indiquée.

Arnolphe entra en éclaireur, fouilla chaque pièce. Il revint prévenir ses compagnons qu’elle était vide. D’après lui, des Ondins y avaient bien séjourné, mais ils étaient partis depuis peu. Ils montèrent à l’étage pour avoir une meilleure vue du hameau. Ils distinguèrent les habitations des granges et dépendances. Ils décidèrent de continuer à explorer les lieux en fouillant chaque pièce.  

Alors qu’il entrait dans une autre maison, Arnolphe fut assailli par deux Ondins qui le blessèrent gravement, mais l’archer réduisit sa plaie grâce au Pouvoir. Niscarvin prit pour cible celui qui avait planté son ami. Fleur assaillait les deux adversaires : elle les blessa légèrement, puis gravement. D’une magnifique botte, Niscarvin supprima celui au trident. Fleur fit un pas vers l’autre, mais elle se tordit la cheville dans sa précipitation, et planta sa lame dans un meuble. L’Ondin bloqua un assaut du saltimbanque, tandis qu’Arnolphe s’apprêtait à tirer. Prenant l’archer de vitesse, Fleur supprima leur adversaire.

Pour assurer leurs arrières, ils finirent d’explorer la maison. Dans une chambre, ils trouvèrent trois Ondins en convalescence. D’une efficacité redoutable, Fleur mit fin à leurs souffrances. Ils retournèrent dans la cuisine. Niscarvin soigna admirablement Arnolphe.

Puis, ils firent le tour du hameau, fouillant les autres maisons. Pas d’autres Ondins. D’après Arnolphe, une quarantaine de créatures peuplaient les lieux encore tout récemment. En revanche, ils trouvèrent, enfermés dans une cave, une quinzaine d’otages. Un enfant en bas âge pleurait. Fleur rassura les otages. Niscarvin les interrogea mais ces braves gens ne purent rien leur apprendre sur leurs geôliers. Ils s’attendaient à être emmenés au château. D’après les rumeurs, les Ondins mangeaient ensuite leurs prisonniers. Une mère de famille déplora : « Ils nous ont tout pris. » Les trois amis leur proposèrent de les aider à retrouver leurs biens. On fouilla sommairement le hameau, en vain. Les otages regagnèrent ensuite le village avec les trois amis. Là, ils remercièrent chaleureusement leurs sauveurs, avant de se séparer.

Arnolphe retrouva sans peine la taverne. Ils furent accueillis par une femme forte qui se tenait derrière le bar. Grande gueule d’une quarantaine d’années, ronde comme un barrique, Martha affichait un caractère bien trempé, et tenait la taverne d’une main de fer. Deux clients aux visages rubiconds s’attardaient à table, une choppe à la main.
Fleur la salua et fit les présentations :

« Je me nomme Fleur de Lasus et voici mes braves compagnons : Niscarvin le Baladin et Arnolphe Grosjean. »  

Martha devina et son visage s’éclaira d’un sourire :

« A la bonne heure ! C’est vous les tueurs d’Ondins ! Soyez les bienvenus !
- Nous sommes en effet venus vous délivrer de ces immondes créatures. »

La tavernière remercia les braves combattants.

« Je vous en prie. C’est normal. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés face à de telles exactions, lui répondit l’aristocrate.
- Alors, vous les avez tous tués ?
- Tous, je l’ignore, mais en tout cas, nous avons éliminé tous ceux qui se trouvaient au hameau Le Fort.
- A la bonne heure ! Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
- Quelqu’un a dû amener Cliff, notre brave marin, dans votre établissement. Mais je ne le vois nulle part.
- Ne vous inquiétez pas, il dort.
- Merci de veiller sur lui. Nous devons aller voir un dénommé Mathias, habitant sur la côte ouest de l’île, qui aurait des informations concernant les Ondins, Pourriez-vous m’indiquer quelqu’un susceptible de nous amener chez lui ?
- Bien sûr.
- Mais nous devons d’abord nous procurer des flèches, on nous a parlé d’un certain Thierry …
- A la bonne heure ! Si ses flèches peuvent servir à autre chose qu’à effrayer les lapins, that’s good. On va vous amener. Tuez donc quelques-unes de ces immondes poiscailles pour moi, voulez-vous ? »

Elle tourna son regard sur les deux buveurs attablés.

« Eh le gros Lewis, lève ton cul et va conduire ces gens chez Thierry ! Tu serviras à quelque chose ! »

L’homme protesta en bougonnant. La tenancière l’injuria. Il vida sa choppe et finit par s’exécuter. Visiblement, Martha faisait autorité.  

Ils se dirigèrent donc vers le Sud de l’île et firent escale chez Thierry. Le gros Lewis fit les présentations et Fleur expliqua qu’ils comptaient les débarrasser des Ondins. L’homme leur demanda combien ils en avaient tué. Elle lui répondit qu’ils en avaient supprimé en mer lors de leur arrivée, puis dans le village, et au Fort, en tout une quarantaine. Impressionné, Thierry les félicita et les invita à fêter ces exploits autour d’un verre. Arnolphe et Lewis ne se firent pas prier et on s’attabla. Comme elle se souvenait de ses déboires chez les Grosjean, Fleur demanda d’emblée de l’eau. Leur hôte lui proposa une tisane. Ces messieurs, eux, se délectèrent d’une liqueur du coin. Avant que l’alcool ne fasse des ravages, Fleur demanda à Thierry s’il pouvait leur procurer des flèches, arguant qu’Arnolphe était un formidable archer et qu’il en ferait bon usage contre les Ondins. L’homme se gratta la tête car il en avait besoin pour chasser. Mais enfin, il accepta et céda un carquois de vingt flèches. Satisfaite, elle les laissa converser entre hommes, se sentant peu à sa place et savoura sa tisane en pensant à son bien-aimé. Comme elle le supposait, la liqueur fit une victime. Alors qu’Arnolphe et les deux villageois tenaient bien, Niscarvin était totalement ivre. Fleur repoussa son verre, mais le saltimbanque le reprit.

« Niscarvin, arrête. Ce n’est pas raisonnable !
- Tais-toi ! Laisse-moi boire. »

Elle consulta du regard l’archer qui haussa les épaules. Comme leur ami ne tenait même plus debout, elle décida avec Arnolphe d’aller chez Mathias sans lui, pour le laisser dessaouler tranquille.  

L’alcool triste, Niscarvin se plaignit de tout : du temps, de tuer des Ondins, et en particulier de Fleur qui afficha un sourire amusé, plutôt que de s’offusquer.

« Elle parle tout le temps ! Elle nous saoule avec son Fortuné ! Tout le temps à s’plaindre qu’il lui manque.  
- Mais oui. Mais oui, acquiesça Fleur comme à un enfant récalcitrant. Bon, on te retrouve plus tard. Profite bien. Thierry, merci pour votre hospitalité. »

Puis, elle commanda au gros Lewis d’un ton aimable mais ferme :
"Lewis, vous voulez bien nous emmener jusqu’à chez Mathias ? »  

L’homme grommela, se leva lentement, mais s’exécuta néanmoins.

Ils atteignirent une maison nichée au sommet d’une falaise. Une centaine de mètres en contrebas, la mer léchait une petite plage difficilement accessible. Un quadragénaire blond au teint hâlé leur ouvrit. Niscarvin lui demanda ce qu’il savait sur les Ondins. Mathias expliqua qu’il les avait vus débarquer de chez lui. La dernière fois, le quadri, ils étaient venus au matin. Ils venaient chercher des otages, les emportaient dans une barque. Ils étaient une dizaine à venir d’Houqbrec et autant à les attendre sur le rivage. Les deux équipes avaient échangé leurs positions et chacune était repartie. A la lumière de ces nouvelles informations, Fleur proposa de surveiller leur prochaine arrivée pour les prendre en embuscade et récupérer un bateau. Elle demanda à Mathias s’il pouvait leur indiquer un marin au village. Il leur conseilla Duncan. Elle lui demanda aussi s’ils pouvaient se poster chez lui pour attendre les Ondins et leur tendre une embuscade. L’idée était de se poster à proximité de la plage pour les éliminer et leur prendre la ou les barques. Mathias ne s’y opposa pas mais il leur demanda d’être prudents, et de ne pas les ramener jusqu’à chez lui. Fleur le remercia de son aide et ils repartirent vers le village.

Il faisait nuit, Lewis les abandonna devant chez Duncan et rentra chez lui. Fleur parvint à convaincre le pêcheur de les emmener au château, lui faisant miroiter qu’il serait un héros parmi les siens en les aidant. Elle lui fit savoir qu’ils reviendraient vers lui lorsqu’ils auraient récupéré une barque. Fleur et Arnolphe pensèrent évidemment à Niscarvin qu’ils avaient laissé chez Thierry, mais ils jugèrent hasardeux de le chercher en pleine nuit et prévirent d’y aller le lendemain matin. Ils finirent par retrouver la taverne en demandant leur chemin. Fleur demanda à Martha si elle pouvait leur fournir un logement pour la nuit. La tenancière les emmena, une lampe à la main, chez Martin qui accueillit l’archer. Puis, elle confia la demoiselle aux bons soins de la vieille Maggie. Fleur remercia son hôte, s’excusant pour le dérangement. Les deux femmes sympathisèrent. Fleur lui demanda de la réveiller à l’aube.

Le 7e Battage (28 juillet), Comme convenu, Maggie réveilla la demoiselle au petit matin. Fleur fit une prière avant de se préparer. Elle remercia la vieille dame pour son accueil. Puis elle retrouva Arnolphe chez Martin. Ils se dirigèrent ensemble vers la demeure de Thierry. L’archer ne souvenait pas précisément du chemin. Ils perdirent une demi-heure.

De son côté, Niscarvin se réveilla chez Thierry qui lui fit comprendre qu’il devait aller travailler. Le saltimbanque fit une prière, obtenant la bénédiction de Tharès. Il prit une bonne dose de Morphée pour dissiper son mal de crâne. Il remercia Thierry pour son hospitalité et se posta à un croisement en attendant ses amis. Quelques minutes plus tard, il vit Fleur et Arnolphe apparaitre. Il les apostropha :

« Bah alors ? Vous m’avez oublié hier ! »

Ils lui demandèrent comment il se portait. Mieux, répondit le saltimbanque.

« Alors, vous comptez faire quoi ? Vous avez appris des choses intéressantes ? »

Fleur le mit au parfum et lui indiqua qu’ils retournaient chez Mathias pour surveiller l’arrivée de renforts. Quelques minutes de marche plus tard, ils constatèrent que des Ondins avaient déjà accosté. Ils comptèrent une dizaine d’individus. Fleur et Niscarvin firent le tour de la falaise pour trouver le chemin le plus praticable, pendant qu’Arnolphe se postait pour leur tirer dessus. Les Ondins avaient repéré les trois amis et gravissaient déjà la falaise dans leur direction. Dans sa précipitation, Niscarvin manqua de tomber. Fleur, elle, avait le pied sûr. Arnolphe visa trois créatures mais ses flèches ricochèrent contre leurs armures. Fleur s’élança à son tour en usant de son Pouvoir. Sa rapière priva le premier de sa main droite qui alla s’écraser sur le sable. De son épée courte, elle laissa une entaille mortelle dans le pied droit du second et planta sa rapière dans le ventre du troisième. Elle en blessa deux autres gravement, l’un au bassin, l’autre au ventre. Elle fit une estafilade au genou du septième, et poussa ses deux dernières cibles à se défendre. Niscarvin suivit son exemple, en attaqua le plus possible en usant de son Pouvoir, en commençant par les plus mal-en-point, et ne fut pas moins redoutable. Il sectionna l’avant-gauche du premier de sa rapière. Par retour de lames, il fit une entaille mortelle dans le tibia droit du second, dans le tibia gauche du troisième, et dans le genou droit du quatrième. Il planta son fleuret dans le bassin d’un cinquième, sa rapière dans la cuisse gauche du sixième, avant de faucher un dernier Ondin d’un coup d’estoc entre les deux yeux, semant la mort parmi leurs rangs. Fleur acheva les cinq survivants déjà moribonds. Satisfaits, les trois amis s’emparèrent de la barque. Ils ne pouvaient toutefois la dissimuler nulle part. Ils jugèrent donc qu’il valait mieux aller chercher Duncan pour gagner l’autre île au plus vite et prendre de court leurs adversaires.

Ils se dirigèrent vers le village. Comme Arnolphe et la jeune femme ne retrouvèrent pas la demeure du marin, Fleur s’adressa à des passants. Hélas, il eut méprise. Un habitant lui indiqua que Duncan était aux champs, mais ils s’aperçurent en s’y rendant qu’il ne s’agissait pas de la bonne personne. Elle insista en précisant qu’elle voulait voir celui qui savait naviguer. On l’informa que le marin était en train de pêcher sur la jetée et Arnolphe parvint à les guider. Ils avaient perdu une heure dans l’affaire !  Ils retrouvèrent Duncan vers midi. Fleur lui annonça qu’ils avaient mis la main sur une barque. Il leur proposa de déjeuner ensemble, ce qu’ils acceptèrent, ne voulant pas s’embarquer le ventre vide.

Deux heures plus tard, ils étaient sur la grève et prêts à partir mais le soleil était à son zénith. Niscarvin leur raconta des légendes sur les Ondins. Fleur demanda à Duncan s’il connaissait un endroit où ils pourraient débarquer sans être vus du château. Le marin leur dit qu’il croyait l’escalade difficile mais pas impossible à la pointe est de l’île d’Houqbrec. S’ils passaient par là, ils ne seraient pas visibles du château. La belle de Lasus conseilla à Duncan de s’armer. Le marin récupéra un trident.

Mais alors qu’ils allaient s’embarquer, Fleur eut un doute. Ils se précipitaient. Ils n’avaient pas visité toute l’île. Il restait le monastère, et le sud de l’île. Et s’ils pouvaient trouver une plage plus accessible ? Et s’il restait des otages à délivrer ? Ou des Ondins terrés quelque part ? De plus, il était bien tard pour partir en expédition. Le soleil se trouvait à son zénith : les Ondins du château verraient forcément la barque approcher. Sur terre les trois compagnons étaient les plus forts, mais dans l’eau c’était une autre histoire… Elle fit part de ses doutes à ses deux amis. Elle leur proposa de rester sur l’île encore un jour ou deux, le temps de finir de l’explorer. Mais Niscarvin lui opposa que le temps pressait, que les Ondins n’allaient pas tarder à comprendre que les leurs ne revenaient pas et finiraient par venir en masse pour mettre au pas le village, et les habitants risquaient d’en payer le prix à leur place. Fleur médita ses propos et réfléchit à la situation. Il fallait guetter ce que faisaient les Ondins et agir le plus vite possible. Ils décidèrent finalement d’attaquer de nuit. Fleur demanda au marin s’il s’en sentait capable. Il fut d’accord mais les prévint qu’accoster de nuit pouvait s’avérer très risqué, car il ne verrait pas bien les récifs. Il leur proposa deux solutions : soit les débarquer au plus près de la falaise, au risque de s’écraser contre les récifs, soit les déposer à proximité de l’île, mais ils devraient nager avec leurs équipements, et les amis n’y étaient pas très enclins. Arnolphe eut l’idée d’utiliser des grappins pour rejoindre à la nage le rivage si besoin en l’accrochant à la falaise. Le saltimbanque demanda au marin s’il était déjà allé au château. Duncan leur décrivit sommairement un vieux château, entouré de douves et d’une enceinte, excédant pas les 15 mètres de haut. Un chemin de ronde offrait une bonne vue sur les alentours. Le pont-levis était souvent baissé. Arnolphe lui demanda s’il fonctionnait toujours. Mais le marin l’ignorait.

Niscarvin proposa de s’équiper de grappins, et de suie pour se fondre dans le noir. Il fallait toutefois surveiller le rivage et le saltimbanque conseilla à Arnolphe d’utiliser la longue-vue. Fleur se désigna pour aller au village, pendant que les deux hommes restaient chez Matthias pour repousser d’éventuels envahisseurs.

La jeune femme atteignit la petite agglomération. On lui indiqua un forgeron et un marchand qui lui fournirent ce qu’elle recherchait : 5 kilos de suie, un marteau et des pitons faute de grappins, ainsi qu’une corde de 30 mètres. Elle avança 300 pièces d’or pour le tout et, deux heures plus tard, elle regagna laborieusement la demeure de Mathias, car elle était très chargée. En chemin, elle regretta sa jument. Arnolphe, non sans la taquiner, la remboursa. En son absence, ses amis n’avaient aperçu aucun Ondin. On ne savait pas si c’était un bon ou un mauvais signe…

Niscarvin invita ses amis à lui confier les objets qui craignaient l’eau car il pouvait les mettre à l’abri dans le monde des esprits. Arnolphe lui confia la missive du comte, et sa poudre. Fleur lui donna son étui à parchemin et son traité d’escrime. Niscarvin mit le tout dans son sac magique, puis il se retira pour se reposer un peu avant la nuit. En vue de leurs prochains affrontements, ils prièrent. Ils mangèrent un peu tout en surveillant le rivage. Tard dans la soirée, la nuit s’étendait enfin et sonnait l’heure du départ.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château

Message  Fleur le Ven 8 Juil - 20:53

A l'assaut du château


C’était la nouvelle lune. Le ciel, par chance, était dégagé. Ils mirent la barque à l’eau. Dans la pénombre, ils ne distinguaient d’abord que les contours des objets proches. Duncan n’avait pas non plus une bonne vue. Mais, grâce à leur Pouvoir, les trois finirent par s’habituer à l’obscurité. Arnolphe et Niscarvin souquaient. Mais l’archer commençait à fatiguer et ralentissait la barque. Le saltimbanque se courrouça. Pour mettre un terme à leur querelle, Fleur invita Arnolphe à se reposer et s’empara de la rame. Elle se montra plus efficace et la barque avança plus vite.

Duncan, à la manœuvre, dirigeait l’embarcation. La mer était un peu agitée. Il longea la côte, passa au sud de la pointe ouest de l’autre île, franchit le Goulot et leur annonça qu’il allait essayer de les déposer du côté est. Il tenta une manœuvre. La barque tapa assez violemment contre un rocher. Arnolphe et la jeune femme s’accrochèrent à l’embarcation et tinrent bon. Niscarvin, surpris, se cogna. Le marin insista. Un nouveau craquement inquiétant se fit entendre. La barque avait reçu un autre choc. Cette fois, elle commençait à prendre l’eau. Duncan, tenace, tenta une nouvelle manœuvre mais Arnolphe comprit que les deux rameurs se fatiguaient en vain et que la barque allait de toute façon sombrer. Le courant était trop fort. Il alerta les autres et lança le grappin vers un rocher pour rejoindre la falaise à la nage.

Après s’être assuré que la corde tenait bien, Arnolphe se jeta à l’eau en premier. Sa traversée fut laborieuse mais il atteignit la côte. Fleur le suivit. Elle rejoignit l’archer, non sans peine. Niscarvin s’élança à son tour, muni d’une rame, mais le courant fort semblait l’emporter. Il but la tasse. A force de ténacité, il toucha terre. Duncan se saisit d’une rame et se révéla un excellent nageur. Niscarvin conseilla à Duncan de les attendre là, mais Fleur argua que si des Ondins le découvrait, il n’aurait aucune échappatoire. Le marin décida donc de les suivre.

Il leur fallait à présent gravir la falaise, discrètement. Ils s’encordèrent, s’équipèrent des pitons et du marteau. Arnolphe grimpa en premier, suivi par Niscarvin, Duncan et Fleur fermait la marche. Alors qu’elle allait s’élancer. Une puissante vague s’abattit sur elle. Mais, ayant d’excellents réflexes, elle esquiva juste à temps la barque qui se fracassa contre la falaise et fut seulement sonnée. Elle reprit ses esprits et commença son ascension. Tandis que les trois amis progressaient bien, le marin manqua la paroi, et commença à gesticuler dans le vide en criant, affolé, risquant de les entrainer dans sa chute. Aussi, les trois amis durent user de leur Pouvoir, et de leurs bénédictions. Duncan fit appel à Tharès qui l’exauça. A bout de souffle, ils atteignirent tous le haut de la falaise.

Ils se retrouvèrent face à une patrouille de quatre Ondins, alertée par les cris du marin. Fleur s’élança contre eux : elle en acheva deux en deux coups et assena deux blessures graves à leurs acolytes. Niscarvin entailla sérieusement le bras gauche de l’un d’entre eux. Arnolphe en supprima un. Le saltimbanque tua le dernier. Hélas, ils entendaient déjà d’autres patrouilles arriver.

Ils coururent vers les bois, contournèrent un étang par la droite, arrivèrent dans un hameau, et se réfugièrent dans une grange. Ils reprirent leur souffle tout en guettant l’arrivée des Ondins. Ils ne trouvèrent pas de cachette satisfaisante et manquaient de discrétion. Des ennemis les trouvèrent mais les trois amis sentiraient qu’ils retrouvaient tout leur Pouvoir.

A l’extérieur, quelqu’un sonna à travers une corne. La porte de la grange s’ouvrit. Ils aboyaient des ordres dans leur langue. Arnolphe visa celui qui se tenait à la porte, mais sa flèche ricocha contre son armure. Fleur, appelant Niscarvin à la rescousse, se précipita vers la porte, qu’ils barrèrent. Elle lui proposa de se placer de chaque côté pour lutter de front, et permettre à Arnolphe de grimper en hauteur pour les harceler avec ses flèches. L’archer dénicha une échelle et s’installa, pendant que le marin se cachait.

Soudain, une femme les appela :
« S’il vous plait, rendez-vous ! Ils vont tuer des otages ! Il y a des enfants… »

Les trois amis se consultèrent rapidement. Ils n’avaient plus le choix. Ils devaient les combattre avant que les Ondins ne fassent un massacre devant la grange. Arnolphe descendit de son perchoir. Fleur et Niscarvin se synchronisèrent pour ouvrir d’un coup la porte.

Les deux bretteurs chargèrent. Ils se heurtèrent aux otages rassemblés devant la grande par un demi-cercle d’Ondins armés les menaçant de leurs tridents. Ils franchirent cette barrière de femmes et d’enfants, et firent face à quatre adversaires chacun. Fleur esquiva des assauts dangereux, parant certains coups grâce à ses targes. Niscarvin, lui, ne fut pas inquiété par les tridents, mais par un filet qui le manqua de peu. Arnolphe s’avança et en cibla un maximum grâce à son Pouvoir : il blessa gravement le premier au bassin, atteignit sans gravité un deuxième à la cuisse et un troisième au ventre. Deux autres furent sonnés par ses traits. Fleur en attaqua le plus possible grâce à son Pouvoir : elle supprima le premier en lui sectionnant la jambe droite, laissa une blessure mortelle dans l’avant-bras droit du second, et la cuisse gauche du troisième, entama gravement la main droite d’un quatrième, avant de faire une légère entaille à l’entrejambe du sixième. Le dernier esquiva ses lames. Niscarvin imita ses amis, faisant appel à son Pouvoir mais ses adversaires lui opposèrent une défense redoutable. Le saltimbanque entama légèrement l’un d’entre eux dans le bras droit, avant d’être entravé par un filet. Les Ondins blessés furent remplacés par d’autres qui blessèrent à leur tour les deux bretteurs. Par chance l’archer n’eut rien mais il dut abandonner son arc pour se défendre. Le saltimbanque, sentant la mort se profiler, revint indemne grâce à son Pouvoir. Fleur, sonnée, souffrait de deux blessures légères. Arnolphe vint à la rescousse, armé d’un trident, de son courage et de sa destinée : il entama mortellement l’épaule droite du premier, blessa gravement un second à la cuisse droite et un troisième dans la poitrine, et finit par laisser une estafilade au visage du quatrième. Arnolphe tenait bon. Fleur, dangereusement menacée, repoussa une attaque grâce à son Pouvoir. Niscarvin en attaqua le plus possible en usant de son Pouvoir : il blessa mortellement le premier à l’avant-bras droit. Le second contra sa flèche avec son trident. Une troisième flèche laissa une grave blessure au tibia gauche d’un Ondin. Le quatrième fut touché superficiellement à l’entrejambe. Le dernier para sa flèche. Il continua de les harceler. Six adversaires s’enfuirent. Il en restait neuf. L’archer fut sonné par un coup de trident qui le frappa au crâne, avec le manche. Niscarvin manqua son adversaire. Fleur assaillie par quatre Ondins fut occise et revint grâce à son Pouvoir, tout comme Niscarvin. Tandis que ses amis se relevaient, Arnolphe reçut un nouveau coup de bâton. Fleur repoussa leurs assauts. Deux adversaires prirent la fuite. Fleur, furieuse, attaqua les Ondins restants avec son Pouvoir et assena des blessures mortelles. A court de flèches, Arnolphe passa au trident et en blessa un légèrement. Fleur en sonna un autre. Niscarvin en acheva deux. Puis les trois amis eurent un passage à vide durant lequel ils manquèrent leurs cibles. Les quatre Ondins survivants en profitèrent alors pour s’enfuir.

Niscarvin soigna Arnolphe. Les trois amis recommandèrent aux villageois de se réfugier dans un endroit sûr. Eux allaient s’introduire dans le château. Fleur leur demanda s’ils étaient otages depuis longtemps et les gens expliquèrent qu’ils venaient de se faire capturer. Ils ignoraient combien il y avait de prisonniers et où ils se trouvaient. Au château, les Ondins seraient une cinquantaine, dont les blessés. Les gens mirent toutefois les trois amis en garde : ces viles poiscailles étaient dirigées par un capitaine fort et un mage puissant. Fleur leur demanda si quelqu’un connaissait les lieux. L’entrée du château se trouvait du côté du port, à un carrefour en forme de patte d’oie. Mais ils pourraient gagner l’intérieur en escaladant l’enceinte qui n’était pas très haute. Une fois passé ce mur, il leur faudrait franchir les douves larges d’une dizaine de mètres et grimper aux murailles pour enfin pénétrer dans le château.

Forte de ces informations, Fleur réfléchit à une stratégie. Elle estima que le mieux était d’arriver par l’est, de nager et de s’infiltrer par la haute cour. On chercha des planches dans la grange pour faciliter le franchissement des douves. Arnolphe cassa le plancher du grenier à foin avec sa pioche. Fleur remarqua alors des armes ondines : elle conseilla à ses camarades de les utiliser, et Arnolphe lui rétorqua qu’elle pouvait les aider. Mais elle se savait maladroite. De bonne volonté, elle s’exécuta, et s’infligea un coup dans le pied, abimant aussi sa chaussure. Niscarvin parvint heureusement à la soigner. Pendant ce temps, Arnolphe avait récolté les planches suffisantes. Hélas, ils avaient perdu un temps précieux.

Ils se dirigèrent vers le château. En route, ils dépassèrent trois cadavres d’Ondins qui avaient succombé à leurs blessures en fuyant. Arnolphe tenta de grimper dans un arbre pour observer l’ennemi, mais il s’épuisa en vain. Ils y allèrent quand même et s’arrêtèrent après avoir franchi la première enceinte, demeurant à couvert. Des cris provenaient de la cour du château. Les Ondins massacraient des otages, certainement à cause d’eux. Arnolphe repéra des guetteurs postés au sommet de trois petites tours et sur le chemin de ronde.

Les cris des victimes ne se faisaient plus entendre. Ils virent les Ondins exposer trois nouveaux cadavres aux créneaux, aux côtés de quinze autres.

Arnolphe, très furtif, visa les Ondins dans les tours et fit quatre morts, grâce à son Pouvoir, sur le chemin de ronde et dans la tour. Une des sentinelles qui avait vu les corps de ses compères tomber dans la cour cria dans leur langue. Arnolphe tenta d’en abattre trois autres : il fit deux morts et toucha mortellement un troisième. De son côté, Fleur tentait de lancer le grappin. A deux reprises, elle échoua, désavantagée par son œil crevé. S’impatientant, Arnolphe qui ne voyait plus d’ennemi à abattre s’empara du grappin et l’accrocha sans difficulté, rétorquant à la jeune femme : « Bah alors ? C’est pas compliqué ! ».

Niscarvin nageait avec aisance, Arnolphe, comme un poisson dans l’eau, fit mieux, dépassant ses compagnons. Fleur, gênée par sa cuirasse, but la tasse, mais elle se montra tenace et atteignit la corde. L’archer grimpa en premier sans difficulté et observa les Ondins dans la cour. L’ascension de Niscarvin fut beaucoup plus laborieuse, bloquant celle de la jeune femme, nettement plus à l’aise que dans l’eau. Le saltimbanque, grâce à son Pouvoir, finit par gagner le chemin de ronde, suivi de près par Fleur.

Attendant ses amis, Arnolphe bonda son arc, prêt à abattre tous ceux qui se présenteraient devant lui. Les premières flèches tirées ne firent pas mouche. Il vit deux Ondins s’approcher de chaque côté. Avec son Pouvoir, il les attaqua : il les blessa mortellement, l’un dans le crâne, l’autre au tibia droit, et en supprima deux autres, touchés à l’entrejambe et dans la main gauche. Il en cibla deux autres, épargnés grâce à leur armure.

Il vit alors ses amis arriver avec soulagement car d’autres ennemis affluaient. Ils se postèrent de part et d’autre de l’archer, afin de le protéger pour qu’il puisse tirer. Chacun faisait face à quatre Ondins. La belle de Lasus reçut une entaille grave dans l’avant-bras gauche qu’elle réduisit. Vigilant, Arnolphe vit des Ondins en train d’escalader la muraille pour les prendre à revers. Rapide comme l’éclair, il sortit son couteau et coupa la corde de leur grappin. De son côté, Fleur en attaqua le plus possible, aidée par son Pouvoir : elle contourna le premier pour le planter mortellement dans le dos de sa rapière. Elle blessa gravement les deux suivants, l’un à l’avant-bras gauche, l’autre à la cuisse droite, avant d’entailler légèrement la mâchoire du quatrième qui tomba à renverse, agonisant. Elle s’acharna sur les deux blessés. Elle blessa gravement le premier à l’avant-bras droit qui périt en s’effondrant lourdement dans la cour. Son acolyte sonné par un coup de plat de l’épée courte au crâne prit le même funeste chemin.

Niscarvin, de son côté, tenait bon. Un Ondin le manqua lamentablement. Le saltimbanque en profita pour le sonner, avant de lui laisser une entaille sérieuse dans la face.

Deux Ondins lancèrent leurs tridents qui atterrirent dans les douves sans inquiéter nos trois amis. Arnolphe, lui, dégaina son pistolet et le chargea car il était à court de flèches. Fleur, débarrassée de ses adversaires, rejoignit ses amis.
Un groupe de huit Ondins dans la cour, dirigés par leur chef, avaient ramassé des tridents et s’apprêtaient à les leur lancer. Fleur courut se réfugier, à l’opposé du chemin de ronde pour se protéger des projectiles, invitant ses frères d’armes à la suivre, mais le saltimbanque ne le pouvait pas, toujours aux prises avec son adversaire et Arnolphe voulait rester avec lui. Les tridents commencèrent à pleuvoir. Niscarvin tenta de bousculer l’Ondin pour qu’ils puissent se réfugier dans la tour. Les tridents commencèrent à pleuvoir. Arnolphe usa de son Pouvoir, fit une roulade et ne fut pas touché. Niscarvin, lui, reçut un trident en pleine poitrine qui le tua, et il dut puiser dans ses dernières forces pour échapper à la mort, mais il était à l’agonie. Le brave archer dégaina son couteau, bouscula l’adversaire du saltimbanque en lui tailladant le bras gauche, et la créature s’écrasa dans la cour. Il récupéra son ami qu’il mit à l’abri dans la tour.  
Fleur, qui avait assisté à la scène impuissante, s’en voulut, estimant qu’elle n’avait pas fait le bon choix, et elle fit le tour du chemin de ronde, empruntant la partie couverte passant par la petite échauguette, en courant pour rejoindre ses amis de l’autre côté, priant pour retrouver Niscarvin en vie.  

Niscarvin parvint à stopper son hémorragie, aidé par Arnolphe qui sortit tout ce dont il avait besoin. « Accroche toi. ». Puis il repoussa un Ondin d’un puissant coup de trident.

Quelques instants plus tard, Fleur les rejoignit enfin, serrant dans ses bras précautionneusement le saltimbanque moribond, en s’excusant d’être partie de son côté, et en l’exhortant à tenir bon. Mais déjà d’autres ennemis affluaient. Avec Arnolphe, elle se battit comme une lionne pour protéger son ami. Elle vint prêter main forte à l’archer, et fit des estafilades à l’Ondin. Arnolphe l’acheva d’un coup de trident dans la bouche. Un autre porta un coup contre l’archer mais manqua sa cible. Fleur le contre-attaqua et le blessa gravement au ventre, avant d’entamer légèrement le suivant à l’épaule gauche. Quatre Ondins surgirent alors devant la jeune femme qui assaillit à l’aide de son Pouvoir. Elle leur distribua des blessures graves : plantant le premier dans la cuisse gauche, entaillant l’avant-bras gauche du second, transperçant d’un coup de rapière la cuisse gauche du troisième, pour enfin priver le dernier de son oreille droite par retour de lame. Ne leur laissant pas de répit, elle leur infligea des blessures légères. Elle s’acharna mais manqua ses cibles dans sa hargne. Les Ondins en profitèrent pour s’enfuir.

De son côté, Arnolphe repoussait efficacement ceux qui entraient dans la tour par le bas. Il repoussa leurs assauts grâce au trident, et en tua un d’un coup de pistolet à bout portant. Sentant qu’ils n’y arriveraient jamais, les Ondins se sauvèrent. Fleur rejoignit alors l’archer. Elle suggéra d’emmener leur ami et de le mettre à l’abri dans une pièce, pour qu’ils puissent terminer le château. Mais le saltimbanque les exhorta à ne pas perdre de temps et leur dit de partir immédiatement. Armé d’un pistolet, il pourrait toujours se défendre. Ils hésitaient à le laisser mais Niscarvin n’en démordait pas. Arnolphe trancha et dit à Fleur de le suivre. Il voulait poursuivre leurs adversaires.

Ils descendirent les escaliers, traversèrent la haute cour, pour arriver dans le logis seigneurial. Un Ondin les aperçut et se sauva en criant quelque chose. Il descendit un escalier quatre à quatre qui menait au sous-sol. L’archer et la jeune femme le poursuivirent. Ils se retrouvèrent face à la porte des prisons. Un Ondin leur dit dans un felxirois approximatif : « Rendez-vous, ou nous tuons des prisonniers. » Fleur, ne pensant qu’à venger son ami, leur rétorqua implacable : « Si vous osez tuer un otage, nous tuerons dix des vôtres ! » D’un regard, Arnolphe lui fit comprendre qu’il désapprouvait cette provocation. La vie des otages était en jeu. Elle lui rétorqua que les Ondins étaient retors, qu’ils n’avaient aucune parole, et qu’il était hors de question de négocier avec eux après ce qu’ils avaient fait. Comme le craignait Arnolphe, des cris humains se firent entendre. L’archer attaqua la porte à la pioche. Fleur lui dit de poursuivre pendant qu’elle rechargeait ses pistolets le plus vite possible. Puis elle les tendit à Arnolphe. La porte bien entamée céda d’un coup de feu. Ils découvrirent sept Ondins blessés qui étaient en train de tuer les prisonniers. Fleur en attaqua le plus possible : elle en supprima quatre, et en blessa deux autres légèrement. Arnolphe leur dit qu’il pourrait épargner ceux qui parlent en felxirois. Aucune réponse. L’un d’entre, leur chef à en juger par la qualité supérieure de ses armes et de ses bijoux, blessa gravement Fleur, qui dut réduire sa blessure. Il portait à sa ceinture, les clefs du château. Arnolphe se saisit de son trident et chargea les Ondins restants : il blessa gravement le chef, et supprima ses soldats. Fleur attaqua aussi le chef et le blessa légèrement. Arnolphe lui demanda de ne pas le tuer pour pouvoir l’interroger. Mais Fleur s’acharna. Arnolphe interpella de nouveau la jeune femme, mais elle s’entêta. Elle lui infligea une plaie superficielle. Voyant que Fleur ne céderait pas, Arnolphe tenta de l’intimider, mais le chef refusait de se rendre. L’archer le taillada au couteau et dit à Fleur « Ne le tue pas ! ». Têtue, elle ne retint pas sa force et l’acheva. L’archer la réprimanda :

« Qu’est-ce qui te prend ? Je t’avais dit de ne pas le tuer !
- Quoi ? Tu veux l’épargner après ce qu’ils ont fait à Niscarvin ?
- Non. Mais je voulais l’interroger avant.
- Tu crois vraiment qu’il aurait parlé ?
- Bah c’est sûr que maintenant, il ne dira plus grand-chose ! Ce que tu peux être butée parfois !
- Ce qui est fait est fait. Ne perdons pas de temps à nous quereller. Niscarvin a besoin de nous. »  

 Arnolphe fouilla le corps du chef des Ondins. Il possédait des armes et des bijoux de bonne qualité, ainsi qu’un trousseau de clefs. L’archer s’empara des clefs du château. De son côté, Fleur parla aux prisonniers, les rassura. Ces derniers les remercièrent mais déploraient l’assassinat de certains des leurs provoqué par les paroles de la jeune femme. En les entendant, l’archer lança un regard lourd de sous-entendus à Fleur qui s’excusa. Les prisonniers étaient surtout des hommes, mal nourris, blessés pour certains. Fleur leur demanda s’ils pouvaient veiller sur leur ami blessé pendant qu’ils terminaient d’explorer le château. Ils acceptèrent. Elle demanda aussi si certains voulaient leur prêter main forte et se battre à leurs côtés. Cinq furent volontaires, bien décidés à en découdre avec leurs tortionnaires. Satisfaite, elle les remercia, songeant qu’elle pourrait reconstituer un début de garnison au château, en attendant d’aviser le comte de la situation.

 Fleur et Arnolphe firent donc le tour du château, épaulés par leurs cinq sentinelles. Ils trouvèrent quatre Ondins mortellement blessés qu’ils achevèrent. Ils mirent la main sur d’importantes provisions de nourritures et un stock de meubles et d’objets hétéroclites entassés par les Ondins. Ils laissèrent leurs sentinelles se restaurer, emportèrent quelques victuailles pour eux et Niscarvin, et allèrent retrouver leur ami sans plus tarder.

Dans la tour, ils constatèrent avec soulagement que le baladin était toujours en vie et n’avait pas subi d’autres attaques. Ils se restaurèrent, et discutèrent avec tous les prisonniers qui les rejoignirent. Ces derniers leur expliquèrent que les Ondins étaient certainement partis avec la nef. « La nef ? Quelle nef ? », s’étonna Fleur. On racontait que les Ondins s’étaient associés avec des pirates. Leur chef, un mage puissant, devait être avec eux. Les trois amis leur demandèrent comment ils s’étaient emparés des deux îles. Les Ondins étaient arrivés de nuit, protégés par un épais brouillard magique. Les habitants avaient cru qu’ils étaient des centaines. Ils avaient pris des otages parmi les familles dirigeantes de Qres et avaient confisqué les armes de la milice. Ils avaient également pris des otages capables de naviguer sur la nef.  

La nuit était bien avancée. Par précaution, ils baissèrent la herse. Ils constatèrent que le pont-levis était cassé. Arnolphe fouilla sommairement les bâtiments mais était persuadé d’avoir tout vu. Fleur se renseigna sur les gens capables de dispenser des soins : on lui indiqua la sage-femme Maggie, le barbier qui avait des notions de chirurgie, et un druide au monastère. Mais Arnolphe lui fit remarquer que Niscarvin était plus compétent qu’eux.

On installa les blessés dans des chambres. Les trois amis repartirent ensuite avec les cinq vigiles pour rassurer les gens du hameau qui les félicitèrent. Fleur leur demanda s’il restait des barques sur l’île. On lui répondit qu’elles devaient se trouver au port. Mais elles étaient peut-être gardées. Ils s’y rendirent immédiatement. Le port s’avéra vide d’occupants, et d’embarcations. Arnolphe inspecta les lieux. Il remarqua une chaîne remuant dans l’eau. A huit, ils tirèrent dessus à l’unisson. Fleur coordonnait l’effort, et ils découvrirent une barque dissimulée par les Ondins, maintenue sous l’eau par des rochers, mais lorsqu’ils l’examinèrent, ils constatèrent qu’elle était en bon état.  
Épuisés, ils retournèrent au château pour se reposer. On sécurisa l’aile où ils prenaient leurs quartiers, verrouillant les portes. Tandis que le sommeil les gagnait, les trois amis sentirent que leur Pouvoir revenait.


Dernière édition par Fleur le Mar 19 Juil - 2:56, édité 1 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 2

Message  Fleur le Mar 19 Juil - 2:54

Un calme menaçant

Le 8e Battage (29 juillet), à son réveil, Niscarvin découvrit ses amis à son chevet. Il prit de la morphée et demanda à Arnolphe de mettre un terme à ses souffrances, sachant bien que Fleur n’aurait pas le cœur à le faire. D’ailleurs elle préféra sortir pour ne pas voir ça. D’un efficace coup de couteau au cœur, l’archer l’entailla juste ce qu’il fallait, permettant ainsi au baladin de retrouver toutes ses forces grâce à son Pouvoir. Puis il prévint Fleur qu’elle pouvait revenir. Elle serra dans ses bras le saltimbanque, heureuse de le retrouver en pleine forme. Puis ils se restaurèrent.

Dans l’après-midi, ils descendirent les corps des victimes pour les déposer dans la chapelle. Fleur et Arnolphe eurent l’idée d’organiser une cérémonie de recueillement à leurs mémoires. Les trois amis regardèrent autour d’eux : il y avait fort à faire, et cette maudite nef qui risquait de revenir, on ne savait quand… En héritière d’une baronnie qu’elle était, Fleur prit en main l’organisation de la vie au château, donnant un rôle à chacun, coordonnant leurs actions. Elle posta les cinq vigiles aux tours, sous le commandement d’Arnolphe, soldat de métier. Niscarvin soigna les blessés. Les corps des Ondins furent jetés à la mer. Toute à son ouvrage, Fleur comprit mal une boutade d’Arnolphe. Croyant qu’il osait se moquer de son bien-aimé, elle lui infligea une gifle retentissante. L’archer lui rétorqua alors : « Faut se laver les oreilles pointues ». Elle répliqua mais cette fois, Arnolphe bloqua sa main, et le saltimbanque morigéna la jeune femme qui s’offensait pour rien. De bonne composition, l’archer ne lui en tint pas rigueur et la jeune femme fit amende honorable.

Vers le soir, les trois amis décidèrent de rejoindre l’autre île, pour revenir les habitants qu’ils avaient repris le château et délivré les otages. Fleur rechignait à quitter le château, arguant qu’il fallait le remettre en état sans tarder et qu’il y avait beaucoup à faire. Mais ses amis lui opposèrent qu’il leur fallait des artisans et qu’ils devaient surtout prévenir ces gens pour ceux qui attendaient un proche qui ne reviendrait jamais. Elle se rangea donc à leur avis et elle désigna le plus charismatique des cinq vigiles pour qu’il coordonne le tout en son absence. Il s’appelait Thibaut, il était jeune, et très beau, plus que son fiancé, lui fit remarquer ses amis. Mais Fleur, amusée par leurs taquineries, et ayant retenu de sa méprise, leur rappela qu’elle n’avait d’yeux que pour son beau Fortuné, qui lui manquait terriblement…

« Tu as assurément bien changé ! », nota Niscarvin.

Trouvant l’archer très taquin avec son bien-aimé, Fleur lui fit remarquer en toute amitié, pensant à son futur mariage :

« Arnolphe, qu’est-ce qui te prend aujourd’hui ? Ce n’est pas comme ça que tu t’entendras mieux avec mon futur époux ! Et je compte sur la présence de mes deux amis le jour de mon mariage !
- T’inquiète ! Avec un peu d’alcool de pommes, on s’entend toujours bien ! »

Cela pouvait fonctionner, elle n’en doutait pas, mais voir son jeune mari tituber le soir de leurs noces, ce qui n’était pas inconcevable, elle devait bien le reconnaître, Fleur n’en avait guère envie et estimait même que cela ne leur ferait pas débuter leur vie conjugale sous les meilleurs auspices. Aussi, elle demanda à son ami :

« Je n’en doute pas. Mais si tu pouvais éviter de le rendre saoul le soir de nos noces, cela m’arrangerait. »

 Ils embarquèrent avec Duncan et tous les otages, en se serrant pour regagner Qres. Arrivés au village, les trois amis furent acclamés. Les habitants s’enquirent des noms des survivants et des victimes. Quelqu’un vint alors alerter les trois amis qu’il restait des Ondins sur l’île. Nos frères d’armes se mirent à leur recherche immédiatement ; ils étaient partis vers l’Est dans les bois. Arnolphe tomba sur un sentier qui descendait vers la mer. Les Ondins avaient encore pris des otages. Niscarvin suggéra qu’ils pouvaient avoir une grotte. Arnolphe jeta un œil avec la lampe magique car la nuit s’apprêtait à tomber. Il ne vit rien. Ils firent demi-tour et retournèrent voir les témoins pour savoir quand l’attaque avait eu lieu. Celle-ci avait eu lieu la veille dans l’après-midi. Fleur réalisa, embarrassée, qu’ils se trouvaient alors chez Mathias à attendre la nuit pour prendre la mer. Les gens leur signalèrent aussi la présence d’une nef échouée, leur expliquant que le bateau s’était probablement fracassée contre des récifs car il n’y avait plus de gardien dans le phare pour guider les navires.

Comme la nuit était tombée et qu’il se faisait tard, ils retournèrent à la taverne pour trouver un logement pour la nuit. Ils prirent des nouvelles de Cliff qui se remettait doucement de ses blessures. Fleur retourna chez la vieille Maggie, Arnolphe chez Martin, et un troisième habitant accueillit Niscarvin.

Le lendemain, 9e Battage (30 juillet), ils passèrent à l’auberge voir Martha. Fleur lui demanda de réunir tous les habitants de l’île. La tenancière voulut savoir pourquoi. La demoiselle lui expliqua qu’il fallait d’une part se préparer à un retour de la nef, et d’autre part reconstituer un personnel au château puisqu’il n’y avait plus de seigneur. De plus, ils auraient besoin de main-d’œuvre pour remettre en état la forteresse. Martha lui indiqua qu’ils se réunissaient d’ordinaire à la halle, et qu’elle pourrait rassembler tout le monde là-bas vers le soir.

Les trois amis la remercièrent et ils partirent faire un tour de l’île pour débusquer les derniers Ondins. Arnolphe optimisa leur parcours. Ils allèrent voir d’abord la nef échouée, qui gisait au large du phare. L’archer grimpa tout en haut de la tour, scruta les alentours avec la lunette. La nef, éventrée contre un récif semblait déserte. Niscarvin avait bien envie d’aller y jeter un œil mais il fallait pour cela aller chercher une barque.

Ils poursuivirent leur chemin. Ils croisèrent des gens qui leur signalèrent l’enlèvement d’une famille et le meurtre de deux hommes, du côté du monastère. Arnolphe, par précaution, fouilla plus méticuleusement le hameau et exhuma dans une cachette le butin des Ondins renfermant de l’argent et des objets précieux. L’archer estimait la valeur du trésor à 3600 pièces d’or. Il n’était évidemment pas question de conserver l’argent pour eux, mais ils hésitaient entre restituer le butin aux habitants, en risquant de provoquer des querelles si tout le monde ne jouait pas l’honnêteté, ou conserver l’argent pour le réinvestir pour la défense des deux îles et de ses habitants. Finalement, ils l’emportèrent et poseraient la question aux responsables qu’ils désigneront à l’issue de la réunion.

Puis les trois amis prirent la direction de l’Ouest pour se rendre au monastère. Vieux de plusieurs siècles, le complexe était en partie ruines. Ils appelèrent, ne voyant personne. Un homme gros, en robe de bure, le crâne dégarni, la cinquantaine les accueillit avec un sourire affable. Ils firent connaissance avec le père Tom autour d’un verre, enfin autour d’une tisane dans le cas de Fleur, qui se méfiait toujours de l’alcool depuis ses frasques chez les Grosjean. Puis le prêtre leur présenta son acolyte, le druide, Jonathan, âgé d’une vingtaine d’années. Ce dernier salua les deux hommes, mais pas Fleur qu’il regarda en tiquant. Manifestement, il faisait partie de ces clercs qui n’aimaient ni les femmes, ni les autres races, et Fleur était une femme Demi-Elfe. Pour lui signifier son impolitesse, l’aristocrate le prit de haut et le toisa du regard, histoire de le mettre mal à l’aise et l’homme évitait en effet de la regarder. L’ignorant réciproquement, elle se plongea dans sa tisane, écoutant distraitement ses amis discuter avec lui. Frénétique, le druide se mit à leur parler d’une vieille prophétie, objet de ses recherches, citant un texte trouvé le siècle dernier qu’il connaissait sur le bout des doigts. Tous les événements survenus depuis l’attaque des Ondins s’expliquaient par cette prophétie ; il en était convaincu, balayant toutes les objections de Niscarvin qui faisaient appel à la raison. Cette prophétie parlait d’une pierre de pouvoir, volée aux géants du Nord. Les Ondins d’après lui en voulaient à cette pierre ! Niscarvin lui demanda ensuite quelle était sa spécialité. Jonathan s’y connaissait surtout en magie végétale, mais il avait aussi un bon contact avec les animaux :

« Les animaux m’adorent !
- En revanche, avec les femmes, ça a l’air plus compliqué… », lui lança Fleur.

Aussitôt, il vociféra :

« Tais-toi ! Infâme tentatrice ! Engeance démoniaque !
- Quelle ingratitude ! pesta Fleur. Dire que mes ancêtres ont donné leur sang lors des croisades… »

L’aïeul de Fleur, Nortimer de Lasus, s’était croisé et avait en effet combattu au nom du tharésianisme, ce qui lui valut son titre de baron de Pertagne. Le druide tiqua, avant de la qualifier de nouveau de sale engeance.

« L’engeance se porte très bien », lui figura-t-elle froidement.

Le père Tom changea de sujet. La tension retomba. La jeune femme et le druide s’ignoraient de nouveau. Et il fut temps pour nos amis de poursuivre leur exploration de l’île.

  Ils rendirent visite à la famille des deux victimes, présentant leurs condoléances. Les gens expliquèrent que les Ondins étaient huit. Ils n’en savaient pas plus. Tout s’était passé très vite. A partir de leur demeure, Arnolphe retrouva la piste d’un groupe de neuf Ondins. Leurs traces suivaient un chemin qui menait jusqu’à la place. Ils découvrirent une petite grotte, en partie immergée. La marée était en train de descendre. Ils décidèrent d’attendre quelques heures pour y accéder.

En milieu d’après-midi, ils pénétrèrent dans la grotte. Ils se retrouvèrent face à neuf Ondins. Arnolphe en blessa quatre légèrement. Fleur les attaqua en usant de son Pouvoir : ses lames en égratignèrent deux. Un Ondin manqua la jeune femme. Niscarvin, lui, reçut une blessure légère qu’il réduisit. Fleur balaya leurs rangs sans succès. Fleur usa de son Pouvoir pour en attaquer le plus possible : elle toucha grièvement les deux premiers, l’un à la cuisse gauche, l’autre à l’avant-bras gauche, entama légèrement les deux suivants l’un dans le pied droit, l’autre dans le pied gauche, tandis que le dernier para sa rapière. Niscarvin l’imita et fit un carnage : il fit deux morts enfonçant sa rapière dans le tibia droit du premier et sectionnant le bras droit du second. Il toucha sérieusement les deux suivants : il planta sa rapière dans la poitrine du troisième avant de transpercer le bassin du quatrième d’un coup de fleuret. Il laissa une estafilade dans l’avant-bras gauche du cinquième. Arnolphe les intimida, en puisant dans son Pouvoir. Se sentant surpassés, ils lui obéirent. Ils déposèrent leurs armes. L’archer les fit s’aligner contre un mur. Fleur, pour plus de sécurité, donna des coups de pieds pour éloigner leurs armes. Arnolphe les interrogea, ses amis en appuis pour tenir en joue les créatures et lui suggérer des questions. Il leur demanda d’abord s’il restait des Ondins sur l’île. Ils étaient en fait les derniers. D’où venaient-ils ? De la mer. Leur mission était d’amasser du butin. Où se trouvait le butin ? Ils indiquèrent qu’il se trouvait au château. Arnolphe leur demanda ensuite combien ils étaient sur la nef. Ils répondirent en indiquant le chiffre par des signes de la main : 42. L’archer leur demanda également le nombre de prisonniers à bord. Ils étaient 24. Niscarvin leur demanda où se trouvait la nef. D’après leurs dires, elle se trouvait au large. Ils attaquaient les autres bateaux. Fleur les interrogea sur les otages qu’ils avaient enlevé la veille. Ils avouèrent qu’ils les avaient pris en représailles du massacre de leurs camarades, afin de comprendre ce qui leur était arrivé, et qu’ils les avaient jetés dans la mer.

« Vous voulez dire que vous avez tué d’autres otages ? fulmina Fleur. J’en ai assez entendu ! trancha-t-elle »

Ses amis étaient bien de son avis et les deux bretteurs s’empressèrent de les achever.  
   
Arnolphe fouilla les lieux. Il trouva des restes de repas : des miettes de pain, des arêtes de poisson, une outre de vin. Il repéra des traces de sang. Cela confirmait leurs dires. Les otages étaient morts peu après leur enlèvement. Ils n’avaient pas été mangé. Désolés d’être arrivés trop tard pour les otages, ils remontèrent, et allèrent prévenir la famille.

Puis ils repassèrent par la pointe Sud. Ils se retrouvèrent face à un mur qui barrait le passage, et des portes en bois fermées. Une voix cria :
« Qui vive ? »

Fleur répondit qu’ils avaient délivré les deux îles des Ondins. L’homme lui ordonna d’ôter son masque. Elle s’exécuta, et leur demanda s’ils pouvaient passer. Le garde dit à son camarade d’aller prévenir les Claybars.

Quelques instants plus tard, un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu bourgeoisement, le visage aimable, les yeux bleus, vint à leur rencontre. Il semblait mieux éduqué. Il les accueillit chaleureusement, les félicitant pour avoir chassé les Ondins. Fleur se présenta, ainsi que ses compagnons. Il les invita à le suivre et les amena jusqu’à sa demeure, une belle maison bourgeoise qui détonait avec les fermes du coin. Il se nommait Dave Claybars, et vivait là avec son frère Fred. Ces deux commerçants avaient prospéré et s’étaient acheté cette presqu’île, qui présentait l’avantage d’être facilement défendable, car difficile d’accès. Pour cette raison, ils avaient été relativement épargnés par le passage des Ondins. Dave leur expliqua que pendant ces jours difficiles, ils avaient protégé des habitants en les cachant dans d’anciennes mines d’argent qui se trouvait sur leur propriété. Mais depuis leur arrivée, ils étaient mal acceptés par la population locale, essentiellement paysanne, ancrée dans ses traditions, peu ouverte au progrès, qui ne les comprenaient pas. Il leur présenta son frère. Dave était le plus cultivé, il avait des connaissances en droit, tandis que Fred savait se battre. Fleur leur demanda qui d’après eux pouvait succéder à l’ancien seigneur. Dave lui expliqua que les deux fils du défunt avaient été placés chez le duc. Les deux frères savaient très bien à qui appartenait désormais les deux îles. Se sentant plus à l’aise, et sentant en eux des hommes habiles, Fleur leur expliqua qu’ils étaient envoyés par le comte d’Enro, en personne, pour rénover le château, se gardant bien de leur révéler tous les tenants de leur mission. Dave leur demanda quelles prérogatives le comte leur avait confiées. Fleur leur expliqua qu’ils étaient en quelque sorte maîtres et gardes de sa terre, et qu’ils avaient pour charge de restaurer le château. Arnolphe sortit la lettre et la montra aux deux frères. Fleur précisa qu’ils étaient censés s’appuyer sur Jean-Michel Nicemount mais, l’ancien seigneur mort, il fallait trouver un successeur. Elle voulait aussi trouver des artisans, ainsi que des hommes habiles capables de coordonner ces réparations, et des soldats pour protéger le château. A cette fin, ils avaient organisé une réunion pour le soir et les deux frères étaient au courant. Dave l’assura de leur soutien. Il estimait avec son frère être les plus aptes à remettre l’île en ordre, mais ils leur demandèrent s’ils pouvaient appuyer leur candidature lors de la réunion. Les décisions étaient précises par les 45 propriétaires de l’île, par vote. Comme ils possédaient deux lots, ils avaient deux voix. Ils avaient aussi des alliés. Mais ils étaient loin de faire la majorité et avaient besoin de leur appui. Et s’ils pouvaient être nommés directement par le comte sans passer par les villageois arriérés, ce serait l’idéal. Les trois amis leur répondirent qu’ils allaient faire leur possible pour les nommer temporairement ce soir, qu’ils allaient les observer à l’œuvre, et que la décision reviendrait ensuite au comte.

Afin de préparer au mieux la réunion, les deux frères leur demandèrent ce qu’ils comptaient faire pour repousser les Ondins, qui risquaient bien de revenir avec leur maudite nef. Ensemble, ils réfléchirent à un plan d’attaque. Fleur préconisa avec Niscarvin de mettre en place des feux d’alarme, et des tours de gardes. Les Claybars leur indiquèrent qu’ils pouvaient utiliser la cloche de l’église du monastère, mais par mauvais temps, elle ne portait pas toute l’île. Il fallait placer ces feux à quelques endroits stratégiques qu’ils indiquèrent aux étrangers, et Fleur suggéra d’utiliser à cette escient le phare, ce qui nécessitait de recruter un nouveau gardien. Il fallait aussi installer des feux sur l’autre île, car nul ne pouvait dire d’où l’attaque proviendrait. Il leur fallait aussi des gardes et Fred leur indiqua qu’il pouvait former les recrues. La jeune femme lui demanda comment la précédente milice avait été formé ? Était-ce des mercenaires ? Il lui expliqua que cette garnison se composait d’hommes fournis par les 45 familles. Elle allait donc devoir leur réclamer la levée de nouvelles troupes, ce qui, lui fit remarquer Fred, ne serait pas aisé, compte-tenu des pertes subies. Il lui faudrait être diplomate si elle voulait trouver des volontaires. En cas d’attaque, les frères Claybars étaient d’accord pour accueillir femmes et enfants, sur leur propriété, pendant que tous les autres feraient front contre les Ondins. Il leur fallait aussi réparer le pont-levis, mais ils n’en auraient peut-être pas le temps. Comme Arnolphe n’avait plus de flèches, ils lui proposèrent une arbalète.

Fleur aborda ensuite la question du butin retrouvé dans le hameau, le Fort. Avec ses compagnons, elle souhaitait le restituer à la population, mais craignait que cela finisse en pugilat. Dave leur suggéra de lui remettre l’argent car il connaissait les gens et il s’engagea à le rendre à la population, équitablement, en fonction de leurs besoins. Les trois amis se consultèrent du regard avant d’accepter, et ils remirent à Dave la bourse. Ils lui signalèrent qu’ils avaient laissé les objets de valeur, dans leur cachette. Arnolphe leur indiqua l’endroit, mais les frères doutaient que ces biens retrouvent leurs propriétaires, connaissant les gens du coin.

Forte de ces discussions, en accord avec ses amis qui faisaient toute confiance à la future baronne pour ces questions, Fleur décida de proposer à titre temporaire le poste d’intendant à Dave et celui de capitaine à Fred, sans leur cacher toutefois qu’ils devraient faire leurs preuves, mais les deux hommes lui firent savoir qu’ils en avaient bien conscience. Ces deux commerçants, songea-t-elle, avaient tout intérêt à faire prospérer les deux îles, ce qui pourrait être bénéfique pour le comte.

Enfin, la belle de Lasus les interrogea sur leur commerce. Ils expliquèrent qu’ils marchandaient de tout, et communiquaient avec diverses villes, en fonction de leurs contrats. Intriguée, à titre plus personnel, elle leur demanda s’il leur arrivait de commercer jusqu’à Neuhor. Ils lui répondirent que oui, en temps normal. Elle leur fit alors savoir que lorsque la situation serait rétablie, elle souhaiterait faire passer une lettre par leur intermédiaire à Neuhor et les deux frères acceptèrent aimablement.

Puis les trois amis reprirent leur chemin. Ils repérèrent une côte facile d’accès. Ils remontèrent ensuite jusqu’à la forge. Ils laissèrent à l’artisan leurs armes et armures à réparer. Connaissant leur bravoure, le forgeron ne leur demanda rien. Arnolphe se procura 30 flèches pour 60 pièces d’or.

La réunion n’allait pas tarder. Fleur tint à se mettre d’accord une dernière fois sur les points qu’elle allait aborder. Ses amis la rassurèrent et lui faisaient toute confiance.

Ils apparurent dans la halle, encombrée par une foule de plus de 300 personnes qui les applaudirent. Fleur commença par se présenter elle et ses amis.

« Mes amis, je sais que vous avez beaucoup souffert ces derniers jours mais nous sommes là et nous allons nous battre à vos côtés. Nous sommes envoyés par votre suzerain, Monseigneur Damien d’Enro, qui nous a personnellement chargés de veiller sur ses terres. »

Haranguant la foule, en armes, d’une voix claire, pleine de combativité, elle fit bonne impression.
Elle leur lut la lettre du comte. L’assemblée l’écouta silencieusement.

« Ainsi, sachez que vous n’êtes pas seuls. Il s’agit maintenant de vous préparer au mieux, et de renforcer vos défenses. Nous sommes là pour vous y aider. Je vous le dis tout net : ces immondes Ondins peuvent bien revenir avec leur nef, nous allons nous battre et nous les repousserons, une bonne fois pour toutes ! »

Aussitôt la foule, enthousiaste, l’applaudit, poussant des hourras.

Fleur commença par demander aux 45 familles de fournir des volontaires pour se battre. Aussitôt, l’enthousiasme retomba. Faisant appel à son Pouvoir, elle insista :

« Allons ! Il s’agit de protéger votre terre, vos biens, et votre vie ! Ce n’est pas en vous terrant que vous repousserez les Ondins. Vous n’avez pas le choix, si vous voulez vous en débarrasser, vous devez prendre les armes. Vous en êtes capables et je dis que vous allez le faire ! Qui est avec moi ? »

Quelques hommes se désignèrent enfin.
« Elle a raison ! On va les avoir ! J’suis avec vous ! »

Peu à peu d’autres mains se levèrent, quatre très enthousiastes la suivirent par conviction, certains par effet d’entrainement, d’autres par devoir. Elle parvint à convaincre une quarantaine d’hommes.

Fleur demanda ensuite aux habitants de rassembler les armes ondines qui restaient disséminées un peu partout dans Qres et de les redistribuer à la population. Elle désigna une dizaine d’individus.

Elle proposa aussi de fabriquer des frondes pour que les habitants puissent se défendre. Elle désigna d’autres personnes pour mettre en place des feux, et des veilleurs, pour prévenir les habitants en cas d’attaque.

Puis, l’ancien seigneur ayant disparu, elle nomma les frères Claybars intendants. Sa proposition fit un tôlé. Usant de son Pouvoir, Fleur leur fit valoir qu’ils avaient protégé certains habitants des Ondins, que leur nomination était à titre provisoire en attendant les ordres du comte. Peu à peu, l’assemblée se calma, et finalement, la décision fut acceptée.
Fleur annonça que les morts seraient enterrés le lendemain. Elle donnait rendez-vous aux hommes de la milice le lendemain matin.

Puis ils laissèrent leurs armes et armures aux bons soins du forgeron. Il leur indiqua que tout serait prêt dans trois jours.

Comme il se faisait tard, Martha les aida à se loger mais elle n’était pas ravie de la nomination des Claybars qu’elle qualifiait d’arnaqueurs. Fleur lui assura qu’elle et ses amis ne s’étaient pas faits manipulés, et que leur nomination était temporaire.

Le matin du 10e Battage (31 juillet) , Fleur rencontra les miliciens. Usant de son Pouvoir, elle leur présenta celui qu’elle avait décidé de placer à leur commandement : Fred Claybars. Elle leur demanda de lui obéir, leur assurant qu’il était compétent, qu’il avait autant à cœur de défendre Qres qu’eux, et qu’il les entrainerait bien.

Puis, ils assistèrent au monastère à la cérémonie émouvante d’hommage et d’inhumation des victimes des Ondins : une trentaine d’individus, sans compter les disparus.

Dans l’après-midi, Fleur suggéra à ses camarades d’aller voir le druide pour lui demander s’il avait des sorts d’attaque. Le druide leur expliqua qu’il ne pouvait pas attaquer mais qu’il pouvait confectionner des sorts de soutien.

Puis, ils se rendirent à Houqbrec avec Dave. Ils embarquèrent avec un certain Quentin, qui avait mis sa barque à l’abri des Ondins. Au château, Fleur présenta Dave à Thibaut. Arnolphe, poussé par Fleur, usa de son Pouvoir et procéda à une nouvelle fouille du château. Il trouva une pièce verrouillée. A l’intérieur, ils découvrirent les armes de la milice confisquées par les Ondins et le butin. D’après leurs estimations, il y en avait pour 18 000 pièces d’or. Sur une suggestion de Dave, ils déplacèrent les armes dans une autre pièce et décidèrent de garder la pièce fermée, pour ne pas attirer la convoitise des gardes. Les trois amis se procurèrent des armes. Arnolphe prit une hallebarde. Niscarvin et l’archer emportèrent une armure. Fleur se procura une épée longue et une épée courte d’assez bonne qualité.
Au passage, elle s’excusa auprès d’Arnolphe pour sa méprise de l’autre jour et la baffe qu’elle lui avait administrée. Fleur décida de rester au château ce soir-là. Usant de son Pouvoir, Arnolphe trouva une excellente cachette pour dissimuler une perle. Ils évoquèrent leurs dernières péripéties : Niscarvin sut réconforter ses amis mais demeurait avec ses propres angoisses.

Le 11e Battage (1er août), Fleur débuta sa journée par une prière. Ce matin, ils devaient tester la téléportation. Ils s’isolèrent dans une pièce. Ils passèrent dans le monde des esprits, pour arriver dans le bois qu’ils avaient visualisé. Niscarvin sentit avec son Pouvoir qu’il y avait une sorte de barrière magique endommagée autour du château. Il le signala à ses amis et les prévint qu’il faudra en parler au comte. Par curiosité, Fleur lui demanda si c’était un sort du même type que celui qui protégeait la tour de Korritil. Il lui répondit qu’il n’en savait rien, mais il lui fit remarquer qu’une barrière magique devait protéger le château de ses parents à Pertagne.

Ils retournèrent voir le forgeron. Fleur récupéra sa cuirasse. Arnolphe et Niscarvin lui demandèrent d’ajuster les armures qu’ils avaient récupérées au château, et ils lui laissaient en échange les leurs. Le forgeron, content, fit les ajustements gratuitement. Fleur passa ensuite chez un cordonnier qui lui répara sa botte. Ils firent ensuite le tour des ateliers mis en œuvre après la réunion. Ceux qui étaient en charge de collecter les armes et de les redistribuer se disputaient. Lors de la réunion, Fleur, faute de temps, les avait désignés un peu arbitrairement. Cela ne fonctionnait pas. Les trois compagnons restèrent avec eux pour les aider et les coordonner dans leur tâche.

En fin d’après-midi, ils allèrent voir Fred. Ils lui demandèrent de faire un roulement, d’envoyer dix hommes au château pour qu’ils prennent la place des cinq qui gardaient le château depuis qu’ils l’avaient repris aux Ondins. Ils prévinrent les gens qu’ils seraient au château.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 3

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 21:34

La nef


Le 12e Battage (2 août), Fleur décida de rester au château, tandis que Niscarvin et Arnolphe se rendaient sur Qres. Si la nef devait revenir, ils convinrent ensemble qu’ils viendraient la chercher ou la rejoindre en fonction d’où partirait l’attaque.

Niscarvin et Arnolphe allèrent d’abord contrôler la fabrication de frondes. Là aussi, c’était laborieux. Ils se renseignèrent pour savoir qui parmi eux pouvait organiser le tout. Niscarvin réorganisa les équipes, il proposa de bonnes idées pour améliorer la production, et sut se faire obéir. Puis ils allèrent déjeuner.

A Houqbrec, Fleur fit le tour du château avec son Pouvoir, prenant des notes pour évaluer les travaux. Elle comprit ce qu’il y avait à faire. Certains murs étaient fragiles. Il fallait abattre des arbres pour dégager la vue. Il fallait aussi remettre en état le chemin de ronde, rajouter des hourds, désherber le château, voire mettre une couche d’enduit, réparer les portes, colmater des fissures, prévoir des machines de guerres qui pourraient prendre place au-dessus de la poudrière, dans la tour carrée, prévoir des vivres, des projectiles comme du sable brûlant, des tridents… Elle établit consciencieusement les premiers plans.

Fleur était en train de déjeuner quand un garde vint la prévenir que la nef était en approche. Elle le calma et lui dit de lui montrer où. Elle repéra la nef qui semblait se diriger vers Houqbrec. Les gardes lui demandèrent ce qu’ils devaient faire. Fleur leur ordonna d’allumer les feux d’alarme, de mettre les habitants du hameau à l’abri et de baisser la herse. Elle parvint à motiver une dizaine d’habitants à prendre les armes. Elle posta les hommes sur le chemin de ronde et quelques dans la cour pour défendre la herse. Il fallait maintenant surveiller la nef pour savoir d’où l’attaque viendrait. Fleur, sur le chemin de ronde, se préparait à faire face dans la partie la plus vulnérable.

Pendant de longues minutes, ils scrutèrent l’horizon. Peu à peu, la nef dépassa Houqbrec par le nord. Elle semblait se diriger vers Qres. Un brouillard se formait. Fleur comprit que les Ondins allaient débarquer sur l’autre île. Elle espérait à présent que ses amis viendraient la chercher.

Arnolphe se téléporta. On lui indiqua que Fleur se trouvait sur le chemin de ronde. Les gens, surpris, se demandaient par où il était passé. L’archer retrouva la jeune femme, il l’informa que les Ondins avaient débarqué. Elle désigna alors un homme, lui ordonnant de bien défendre le château en surveillant bien le chemin de ronde et la herse, et en répartissant les forces en fonction des besoins comme elle l’avait fait.

Elle s’éclipsa et se téléporta avec Arnolphe, pour rejoindre Niscarvin qui faisait face avec Fred et les villageois.

La nef avait débarqué sur la plage près de la grotte. Le saltimbanque coordonnait les tireurs. Il vit un énorme mur d’eau qui protégeait les Ondins. Il dit à ses hommes où viser, les invitant à économiser leurs munitions. Puis il s’élança contre les premiers ennemis à débarquer. Il en blessa quatre qui se retirèrent aussitôt. Il manqua une seconde attaque, mais persévéra avec son Pouvoir : il en blessa deux gravement, un légèrement et le dernier dut repousser ses lames. Fred motiva très bien les troupes.

C’est alors qu’Arnolphe et Fleur rejoignirent le saltimbanque. L’archer se déplaça sur la falaise pour trouver un bon angle de tir. Environ 25 ennemis affluaient vers les défenseurs de Qres. Fleur les attaqua avec son Pouvoir : elle en blessa un mortellement, deux gravement, deux légèrement, et le dernier dut se défendre. Niscarvin en blessa un légèrement, sonna le second, et poussa un troisième à se défendre. Les défenseurs de l’île avaient le dessus. Les miliciens avaient le moral. Ils tuèrent un Ondin. Mais ils prirent des coups, l’un d’entre eux périt, et six furent blessés. Revanchards, ils supprimèrent quatre Ondins.    

Arnolphe tenta d’identifier leur chef pour le viser. Avec son Pouvoir, il le trouva. Il lui dédia trois flèches faisant appel à sa Destinée. Le mage était en train d’incanter, son sort échoua, mais il ne fut pas touché par les flèches.

Niscarvin obtint la bénédiction de Tharès. Il allait en avoir besoin car huit Ondins, renforcés par de la magie, arrivaient en renfort, entourés d’eau. Deux prirent pour cible Fleur, qui para leurs coups. Niscarvin riposta usant de son Pouvoir : il en tua un, en blessa deux mortellement, deux gravement. Les villageois supprimèrent quatre Ondins de plus. Mais ils perdirent un autre homme, et l’un d’entre eux fut blessé.

Arnolphe s’acharna contre le mage. Sans même faire appel à sa destinée, il décocha trois flèches, deux le blessèrent gravement, et la dernière fut interceptée par un bouclier d’eau.

Les Ondins se vengèrent sur les villageois. Niscarvin manqua son attaque. Fleur balaya les rangs des ennemis en usant de son Pouvoir : elle tua le premier, infligea une blessure grave au second, supprima le troisième, fit une estafilade aux deux suivants, et sonna un dernier. Les villageois firent un mort et accaparaient d’autres Ondins qui durent repousser leurs assauts. Les ennemis frappèrent un grand coup, tuant six miliciens et en blessèrent d’autres.

Arnolphe de son côté tenta de supprimer le mage, mais manqua sa cible, qui en profita pour se replier.

Les deux bretteurs parèrent des coups. Fleur riposta en puisant dans son Pouvoir et en utilisant sa chaine bénie, elle toucha le premier mortellement, le second gravement, le troisième légèrement, et fit deux morts. Les villageois tuèrent deux Ondins et firent d’autres blessés.

Il restait alors onze adversaires, tous blessés. Niscarvin ne parvint pas à les inquiéter. Fleur en attaqua le plus possible : elle en sonna trois. Les villageois en tuèrent trois, en blessèrent d’autres, mais certains y laissèrent leur vie. L’un des Ondins d’élite infligea une blessure grave à Fleur, qui la réduisit grâce à son Pouvoir. Ne voyant plus le mage, Arnolphe visa les trois Ondins d’élite restants faisant appel à sa Destinée, ses traits tuèrent le premier, et blessèrent gravement les deux autres. Les deux bretteurs manquèrent leurs attaques. Arnolphe décima les Ondins : il supprima trois Ondins, dont deux d’élite. Et les villageois achevèrent les derniers adversaires.

Les défenseurs de l’île étaient victorieux mais à quel prix… Ils déploraient la mort de neuf d’entre eux, et quatorze blessés dont trois agonisants, que Niscarvin parvint heureusement à sauver. Il en guérit trois autres. Puis, il soigna Fleur, accélérant la guérison de sa blessure. Ils remarquèrent alors que le brouillard s’était dissipé, ainsi que le mur d’eau. Arnolphe repéra le mage sur le pont de la nef arrêtée en mer, se demanda ce qu’il était en train de fabriquer.

La nef semblait déserte. Les trois amis grimpèrent la colline pour avoir une meilleure vue. Le mage plongea dans la mer, en emportant deux sacs.

Fleur rappela qu’il devait y avoir des otages dans cette nef. Ils prirent une corde, un grappin et se rendirent jusqu’au navire en barque. Quelques instants plus tard, Niscarvin monta à bord en premier. Il déploya l’échelle de coupée. Une fois à bord, Arnolphe fouilla le navire. Il trouva seize hommes enfermés dans la cale : six étaient du coin, dix étaient des Armanniens. Fleur tenta de rassurer les prisonniers. Les marins la trouvèrent très sympathique.

Arnolphe poursuivit ses investigations, il trouva un livre de bord que ses amis examinèrent. Le bateau s’appelait La Gentille. C’était un navire dévolu au commerce de draps. La Gentille a été prise le 36e Moisson. Ce bateau appartenait à des armateurs de Rhave, mais la marchandise à bord provenait d’un autre navire armannien. Il y avait des épices, des draps. Les trois amis songèrent qu’il leur faudrait ramener le bateau à Ville-Barnet pour le laisser aux autorités compétentes. L’archer trouva de la nourriture. Il mit la main sur le butin des Ondins. Niscarvin estimait qu’il y en avait pour 10 000 pièces d’or. Fleur trouvait qu’il s’élevait à 20 000 pièces d’or. D’un commun accord, ils décidèrent de se partager la moitié, chèrement acquise, et de laisser le reste à Dave pour les villageois. Les trois amis décidèrent de se répartir les 15 000 pièces d’or de la lettre de change, bien que Fleur y fût réticente : c’était l’argent de son suzerain, destiné à leur mission, mais ses deux compagnons lui opposèrent qu’ils l’avaient bien mérité. Elle prit donc sa part, mais pour le dépenser prioritairement pour la mission.

Les marins savaient naviguer. Malgré la barrière de la langue, et le manque de coordination, ils purent ramener la nef et l’amarrer à la jetée de Qres.  

Arnolphe ne comprenait pas un mot de leur langue. Fleur tenta de communiquer avec les Armanniens. Mais décidément, les langues étrangères n’étaient pas son fort et elle se mit dans une fâcheuse position. Les Armanniens, qui commencèrent à la reluquer avec envie, croyaient qu’elle leur proposait une orgie. Niscarvin, lui, avait compris. Loyal, il prévint la jeune femme, et détrompa les Armanniens en leur expliquant que la demoiselle était fiancée.  

Les trois amis firent état des priorités : il fallait prier pour les morts, lever l’état de siège au château. Arnolphe tenta de retrouver ses flèches, en vain. Les marins de Qres retrouvèrent leurs familles. On trouva un logement pour les autres. Les trois compagnons prévinrent les habitants qu’ils organiseraient une cérémonie, suivie d’une fête pour la victoire.

Le soir tombait. Les trois amis reprirent une barque pour Houqbrec. Fleur rassura les habitants en leur annonçant que les Ondins étaient vaincus, qu’ils s’étaient emparés de leur nef.


Dernière édition par Fleur le Dim 31 Juil - 21:42, édité 1 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 4

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 21:40

La vie reprend

Le 13e Battage (3 août), c’était la tempête. Ils étaient bloqués au château. Dans la perspective de se téléporter à Antegnar pour informer le comte des derniers événements, Fleur prévit d’y envoyer une lettre pour Fortuné.

Pour tuer le temps, Fleur s’entraina avec un garde à l’épée, tandis qu’Arnolphe poursuivait ses leçons de lecture avec Niscarvin. Fleur, sous une pluie battante, partit au hameau pour recruter des artisans. Elle se renseigna, sans succès. Elle estima la distance à cheval entre Antegnar et Ville-Barnet : il fallait compter 180 km, soit 6 jours de voyage, voire 7.

Le 14e Battage (4 août), les trois amis se réunirent pour parler de leurs péripéties. Niscarvin et Arnolphe se sentirent soulagés.

A midi, au monastère, eut lieu l’enterrement des victimes qui avaient bravement combattu les Ondins.

A la forge, les trois amis récupèrent leurs armes. Puis ils rendirent visite à Dave. Fleur lui demanda d’évaluer les ressources en armes, en victuailles et les trois frères d’armes lui remirent le reste de l’argent trouvé sur la nef.
Puis, Fleur se rendit au village. Elle se renseigna avec son Pouvoir pour trouver des artisans. Elle apprit qui était compétent, à qui elle pourrait confier tel ouvrage. Elle put estimer qu’il devait y avoir un peu plus d’une cinquantaine d’hommes valides. Il y en aurait pour 80 jours de travail pour rénover le château, sans l’équiper en machine de guerre.
De son côté, Niscarvin demanda une copie de la prophétie à Jonathan. Puis, il se fabriqua des marionnettes mais elles étaient ratées.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 5

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 22:23

Entrevues à Ville-Barnet

Le 15e Battage (5 août), les trois amis se rendirent comme convenu à Ville-Barnet avec la nef. Ils emmenèrent Cliff et les marins. Ils devaient cependant regagner Qres le soir même pour la fête où ils se devaient d’apparaître.
Ils se rendirent d’abord à la capitainerie. Ils restituèrent la nef. Niscarvin leur fit un récit de leurs affrontements contre les Ondins. L’officier les remercia de les avoir débarrassé des pirates Ondins. Il allait contacter les autorités compétentes pour retrouver les propriétaires de la nef et des marchandises, ce qui n’allait pas être simple.

Puis les trois amis ramenèrent Cliff à sa famille. Ils furent invités à diner. On leur demanda ce qui leur était arrivés. Niscarvin réitéra son récit. La famille de Cliff les remercia d’avoir ramené le marin, mais déplorait de le retrouver invalide pour un bon moment et la perte de son bateau.

Dans l’après-midi, les trois amis se rendirent à l’auberge pour régler la pension de leurs chevaux. Dans la salle, ils assistèrent à une scène ahurissante. Autour d’une table, ils identifièrent : Fortuné, Dassise, Lauridas, Blégnier, et Elisse, en train de s’enivrer et occupés par des filles de petite vertu. Blégnier était complètement ivre. Fortuné, la mine défaite, le plus ivre de la bande, cajolait passivement les seins d’une des filles, l’air absent. Curieusement, ils étaient tous habillés en noir. Fleur, furieuse, s’écria :

« Fortuné !! Comment osez-vous ? »

Son promis oublia complètement la fille et regarda Fleur avec des yeux écarquillés. Il allait dire quelque chose mais il se mit à vomir. Dassise agitait une main molle dans leur direction et proclama d’une voix mal assurée :

« Ouste les revenants ! On vous a enterré hier, ne venez pas nous hanter. Du balai ! »

Fleur était abasourdie : « Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ? »

En larmes, Fortuné bredouilla : « Fleur… Ma Fleur… Vous ici. Je dois rêver… »  

Elle dégaina sa rapière, attrapa par les cheveux la catin et la menaça : « Toi enlève tes sales pattes de mon fiancé ! »

La prostituée protesta mais Fleur hurla en lui mettant sa lame sous la gorge : « Dégage ! »

Aussitôt, les filles s’éclipsèrent, maudissant cette folle qui les avaient interrompues en plein travail. Fleur rangea sa rapière pour gifler Fortuné. Mais il ne cessait de pleurer et de l’implorer. Et Blégnier se mit à lui jeter du pain en disant :

« Non ! Va-t’en esprit ! Va tourmenter quelqu’un d’autre »

Fortuné voulut prendre Fleur dans ses bras, mais elle recula. Elle fit un gros effort pour contenir sa rage, ayant envie de lui arracher les yeux, et lui ordonna froidement : « Non ! Ne m’approchez pas ! Vous allez reprendre vos esprits, ensuite nous règlerons nos comptes. »  

Mais Fortuné insista. Comme il ne tenait plus sur ses jambes, il chancela et se cogna violemment contre le coin d’une table. Du sang coulait de son crâne et il ne bougeait plus, inconscient. Aussitôt, Fleur passa de la rage à l’affolement, elle se précipita, le retourna, et déplora en larmes :

« Fortuné ! Mon Dieu ! Mais pourquoi vous vous êtes mis dans un pareil état ! »

Et elle implora son ami : « Niscarvin ! Je t’en supplie ! Aide-moi ! »

Le saltimbanque l’examina, et la rassura :
« Ça va, ce n’est pas grave. Je vais le soigner.
- Merci.
- Tu voulais le tuer et maintenant tu pleures pour lui…
- Je l’aime. »  

  Fleur se tourna vers les autres : « Ne restez pas plantés là bande de pochetrons ! Aidez-nous à le porter dans son lit ! »

Interdits, les amis de Fortuné commencèrent enfin à réagir pour ceux qui le pouvaient. Blégnier en se levant tomba et se renversa la table dessus. Elisse et Dassise soulevèrent Fortuné, suivis par Fleur, désemparée. Niscarvin demanda de l’eau, du fil et une aiguille et se rendit dans la chambre de Fortuné. Lauridas et Arnolphe, eux, emportèrent Blégnier.

L’archer déposa Blégnier sur le lit. Le coursier lui fit une accolade amicale en lui disant : « Arnolphe, c’est bon de vous revoir ! »

L’archer le dévisagea surpris. Voyant sa réaction, Lauridas lui expliqua :

« On vous croyait disparus.  
- Ah bon ? Faut pas nous enterrer si vite !
- C’est que depuis une huitaine, nous avons eu un faisceau d’indices qui a anéanti tous nos espoirs.
- Comment cela ? »

Lauridas lui narra alors qu’ils étaient arrivés le soir du 5e Battage, les manquant de peu. Ils avaient retrouvé leurs chevaux mais nos trois héros n’étaient jamais revenus payer leur pension. Le lendemain, ils s’étaient renseignés au port. On les informa que les trois personnes qu’ils recherchaient avaient embarqué pour Qres, et que le marin n’était pas rentré. D’autres bateaux avaient sombré.  Ils avaient poussé leurs investigations, et plus ils creusaient, plus ils entendaient des bruits alarmants. On les informa que d’autres étaient allés sur Qres et n’étaient jamais revenus. Les communications étaient rompues et le phare de l’île ne fonctionnait plus depuis des jours. On savait que des pirates ondins opéraient dans les parages. Mort d’inquiétude, Fortuné avait même menacé un type pour rejoindre l’île coûte que coûte, s’attirant les foudres de la milice, et ses amis lui évitèrent de justesse d’être arrêté. Il voulut alors contacter sa Fleur. Ils avaient trouvé en ville un mage de feu. Fortuné avait dépensé une somme colossale, en tentant par deux fois de la joindre, mais le mage n’eut aucun écho. Arnolphe expliqua que les Ondins avaient interdit les feux, voilà pourquoi ils n’avaient pas eu de réponse. Enfin, compléta Lauridas, un type leur certifia que les trois personnes qu’ils cherchaient étaient mortes, car il était allé à Qres, l’île était infestée d’Ondins, et il n’y avait aucun survivant.

Le coursier lui narra alors que, convaincus de leurs morts, ils avaient envoyé une lettre aux parents de Fleur, et à Korritil le Blanc. Fortuné, complètement effondré, était inconsolable et se noyait dans l’alcool, ne supportant pas la perte de sa dulcinée. Il tenta même de s’enrôler dans la marine pour exterminer les Ondins et ses amis l’en empêchèrent in extremis. La veille, ils avaient engagé un prêtre, et ils avaient fait une cérémonie funéraire en leur mémoire sur le port. Ce jour-là, comme ils n’en pouvaient plus de voir Fortuné souffrir autant, ils le forcèrent à boire et firent venir des filles de joie pour lui changer les idées.

Arnolphe lui demanda comment ils les avaient retrouvés. Lauridas lui expliqua qu’Orlande ne pouvant les localiser, ils avaient pensé rentrer mais Fortuné s’était entêté. Ils avaient retrouvé Philomon d’Augrieu, repérable grâce à son carrosse. Le vieux chevalier leur indiqua que Fleur allait voir son cousin. Ils se rendirent donc à Osan mais leur hôte ignorait où la belle de Lasus comptait aller ensuite car elle n’avait rien dit. Ils avaient eu quelques difficultés, et finalement, ils gagnèrent Ville-Barnet où ils les manquèrent de peu. Pensant au vieux baron de Pertagne, Lauridas se figura qu’il fallait rattraper le coursier ou envoyer un second courrier pour rassurer les parents de Fleur et le père de Fortuné.

Pendant ce temps, dans l’autre chambre, Niscarvin nettoya le front de Fortuné, puis il fit quelques points de sutures, tandis que Fleur se demandait pourquoi son bien-aimé s’était mis dans des états pareils. Revenu à lui mais ivre, il tenait sa main et la regardait en pleurant comme si elle était une apparition, la suppliant de rester avec lui. Elle lui murmura en lui caressant le visage avec tendresse :  « Fortuné, calme-toi mon aimé. Je suis là »    

Sa colère était passée. Visiblement, il n’était pas lui-même. Et le voir dans un tel état lui serrait le cœur. Il ne cessait de scander son prénom entre des propos rendus confus par l’alcool.

Lauridas vint ensuite voir Fleur qu’il serra amicalement dans ses bras. Il lui expliqua quelle terrible huitaine ils avaient vécu. Il plaida pour son ami, lui assurant qu’il ne l’avait pas trompée et que depuis une huitaine, il était complètement effondré de l’avoir perdue. Il lui demanda de lui pardonner car Fortuné n’avait rien fait de mal, il l’aimait éperdument, et c’étaient eux qui l’avaient forcé à boire et avaient payé les filles pour lui changer les idées. Fleur, qui s’était sentie trahie en voyant cette trainée sur Fortuné, lui fit savoir qu’elle n’appréciait pas beaucoup leur façon de consoler leur ami. Elle leur pardonna en exigeant que cela ne se reproduise plus.

Ensuite, le coursier descendit dans la salle rejoindre les compagnons de Fleur et il leur avoua la vérité. La fille avait quand même eu le temps de faire une fellation à Fortuné, mais cela, la belle de Lasus n’était pas obligée de l’apprendre.

Comme le soir approchait, Niscarvin se rendit dans la chambre de Fortuné. Il prévint la jeune femme qu’ils devaient repartir pour Qres car ils devaient assister à la fête. Elle devait d’ailleurs recruter des artisans pour les travaux, se rappela-t-elle mentalement. Allongée aux côtés de Fortuné, Fleur hésita à partir. Elle aurait voulu rester veiller sur lui, mais le saltimbanque avait raison. D’ailleurs, pour la décider, Niscarvin argua :

« Tu ne pourras pas discuter ce soir, il n’est pas en état. Il doit se reposer.
- Bon, dans ce cas, laisse-moi lui dire au revoir. »

Le saltimbanque la laissa seule avec son promis. Fleur le caressa avec tendresse : « Mon Fortuné, je dois partir. »

Mais son promis, en larmes, se cramponnait à elle : « Non, Fleur ! Ne me laisse pas… Je t’en supplie… Ne pars pas… »

Elle ne pouvait continuer sa mission ainsi, sans réponse à ses questions, sans avoir pu s’expliquer avec lui, car elle sentait une jalousie persistante en elle. Elle lui murmura : « Calme-toi mon aimé. Je ne vais pas t’abandonner. »

Elle lui baisa le front avant de lui dire en lui souriant : « Tu vois, je suis bien vivante. »

Ne cessant de lui caresser le visage, elle ajouta :
« Je dois partir mais je reviendrai demain. Je te le promets.
- Non… Ma Fleur.
- Je te le promets. Repose-toi mon aimé. »

Elle déposa un baiser sur ses lèvres, dégagea sa main à laquelle il se cramponnait. Et elle se retira, peinée de le laisser dans un tel état.

Les trois amis réglèrent la pension de leurs chevaux. Par chance, l’aubergiste n’avait pas eu le temps de les vendre. Avant de partir, ils saluèrent les gentilshommes. Fleur les prévint toutefois qu’elle revenait le lendemain et que si elle retrouvait Fortuné en compagnie d’une fille, elle ne donnerait pas cher de sa peau.

Ils utilisèrent le collier de téléportation. Un chemin s’ouvrit mais ils chutèrent subitement dans la mer. Il leur fallut nager vers le port, mais entrainés vers le fond par leurs armures, ils durent user de leur Pouvoir. Ils regagnèrent la terre ferme. Ils se rendirent compte qu’ils n’avaient pas quitté Ville-Barnet. Fleur ne comprenait pas. Niscarvin expliqua qu’une barrière magique devait protéger la ville. Ils devaient s’en éloigner et attendre une heure pour pouvoir partir. Les gardes, surpris, leur demandèrent pourquoi ils étaient trempés. Les trois amis expliquèrent qu’ils étaient tombés à l’eau. Les gardes éclatèrent de rire.

Les trois compagnons quittèrent la ville et s’en éloignèrent. Cette fois, ils rejoignirent bien Houqbrec. Les villageois leur demandèrent comment ils étaient arrivés. Niscarvin prétexta qu’ils avaient nagé. Comme il était très crédible, il sema le doute dans leurs esprits.

Un peu sur le coup de sa jalousie, Fleur mit une robe de ville, se maquilla, même si elle se savait incapable de tromper Fortuné. Mais si on la flattait, si elle pouvait danser, elle ne le refuserait pas. Elle était tentée de jouer avec le feu sans franchir la limite.  

La fête débuta. Fleur fit un discours assez bon, saluant la victoire sur les Ondins, valorisant le courage des habitants qui avaient pris les armes pour défendre tout ce qu’ils avaient de plus précieux. Puis, elle usa de son Pouvoir, faisant appel à des artisans. Elle parvint à recruter une cinquantaine d’hommes.  

Puis Niscarvin amusa la population par des farces, disséminées tout au long de la soirée, se moquant des Ondins. Il était très drôle. Il discuta ensuite avec le père Tom de la Réforme. Le prêtre se montra assez hostile à l’idée. Il lui conseilla de ne pas s’embêter avec la Réforme, de profiter de la vie. Il l’invita à boire. Alors que le père Tom se saoulât jusqu’à s’endormir, Niscarvin fit un concours d’alcool avec Arnolphe. Après deux bouteilles ce dernier, complètement ivre, se mit à vomir. Le baladin tint très bien l’alcool et il partit se coucher guilleret.  

Fleur resta raisonnable. Le cœur triste, elle ne cessait de penser à Fortuné. Le beau Thibaut vint l’aborder. Elle le repoussa aimablement en lui disant qu’elle était fiancée. Observateur, il nota :

« Vous n’avez pas de bague !
- C’est juste une question de temps. Je le suis pratiquement.
- Avec qui alors ?
- A un gentilhomme.
- D’où ?
- De Neuhor.
- C’est loin ça…
- Thibaut, vous êtes un jeune homme charmant alors je préfère vous prévenir. Il se trouve que mon promis est en ce moment même à Ville-Barnet. »

Voyant qu’elle ne s’inventait pas un fiancé pour l’éconduire, il n’insista pas. Elle dansa un peu, sans conviction. Elle se renseigna, trouva un marin qui accepta de l’emmener le lendemain matin à Ville-Barnet. Puis elle se retira assez tôt, n’ayant pas le cœur à la fête, après avoir salué ses amis. La vieille Maggie l’accueillit pour la nuit.


Dernière édition par Fleur le Sam 6 Aoû - 3:13, édité 2 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 5

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 22:40

Le 16e Battage (6 août), c’était le Huiti, un lendemain de fêtes. Beaucoup dormirent toute la matinée, dont Arnolphe qui se leva avec une belle gueule de bois. Niscarvin lui était en forme.

A midi, une messe albienne eut lieu au monastère, conduite par Jonathan, qui parlait bien fort au goût du père Tom, torturé par un mal de crâne.

Niscarvin chercha d’abord des volontaires pour réparer le bateau de Cliff. Il en trouva. Puis il alla rendre visite aux frères Claybars, cherchant à mieux les cerner.  Il choisit d’être franc. Il leur dit qu’il avait besoin d’en savoir plus sur eux pour les soutenir auprès du comte. Les deux frères lui expliquaient qu’ils voulaient faire prospérer les deux îles, qu’ils y avaient tout intérêt. Les querelles religieuses ne les inquiétaient pas beaucoup. Les conflits internationaux dérangeaient davantage leurs affaires. Ils n’avaient pas d’enfants. Ils parlaient bien. Niscarvin les jaugea. Fred était un bon commerçant, un bon camarade, intègre, charismatique, capable d’avoir de la poigne. Le saltimbanque eut plus de mal à cerner Dave, même avec son Pouvoir. Il ne savait pas trop quoi en penser. Dave était une sorte d’avocat, capable de remettre les gens à leur place. Il avait des connaissances en droit. Son interlocuteur lui demanda des renseignements sur le comte : comment était-il ? Niscarvin le lui décrivit. Dave lui demanda si c’était son genre de se préoccuper de la population, comme Fleur l’avait sous-entendu à la réunion. Le saltimbanque lui répondit qu’il ne le connaissait pas assez pour juger. Dave lui demanda pourquoi le comte rénovait le château. Comptait-il venir à Qres ?   Niscarvin lui conseilla de poser la question à Fleur. Les deux frères lui firent savoir qu’ils comptaient sur eux pour veiller à ce que le comte les rémunère pour leurs services.

Arnolphe, lui, se leva en fin de matinée. Il se rendit au village et offrit son aide aux habitants qui avaient fort à faire pour effacer le passage des Ondins.

Fleur de son côté partit tôt dans la matinée. Comme Arnolphe n’était pas encore levé, elle prévint Niscarvin qu’elle partait retrouver Fortuné, qu’elle reviendrait le lendemain dans l’après-midi. Elle convint toutefois avec le saltimbanque que si pour une raison quelconque, elle ne rentrait pas, alors ses deux amis se téléporteraient le 18e Battage pour venir la chercher. Elle se justifia tout de même : « Je suis désolée de vous laisser, mais il faut que je voie mon aimé, j’ai tant de choses à lui dire, je ne peux pas le laisser comme ça. » Elle lui glissa le nom d’artisans qu’elle avait recruté la veille, mais le saltimbanque lui rappela que c’était le Huiti et que c’était à elle d’organiser les travaux. Elle lui promit de s’en charger diligemment à son retour. Elle laissa ses affaires au château. Elle avait revêtu sa robe de ville rouge, achetée à Néac, s’était maquillée, mais emporta ses armes, au cas où. La mer était agitée mais le pêcheur accepta tout de même de faire la traversée. Il avait des courses à faire au port. Le trajet prit deux bonnes heures. Le bateau craqua. De l’eau gagnait l’intérieur de la barque, ce qui ralentissait son allure. Le marin demanda à la jeune femme d’écoper. A leur arrivée à Ville-Barnet, elle était trempée et épuisée, les bras courbaturés.

Lorsqu’elle apparut dans l’auberge, Fortuné s’empressa de l’accueillir avec un sourire enchanteur. Fleur le considéra. Elle constata avec soulagement qu’il était redevenu lui-même, et elle le trouva très séduisant : il lui avait terriblement manqué. Visiblement, il s’était fait beau pour la charmer. Il la prit dans ses bras, l’embrassa avec passion, s’amenda avec tant de sincérité qu’elle ne put lui résister :

« Ma Fleur, enfin je vous retrouve. Pardonnez-moi. Hier je n’étais pas moi-même. J’étais si dévasté de vous avoir perdue. »

La jeune femme, qui avait secrètement beaucoup pleuré, souffrant de leur séparation, lui pardonna : « Mon Fortuné. Dieu sait que je vous en ai voulu sur le moment. Mais j’ai compris que vous me pensiez morte. Lauridas m’a tout expliqué. Si je vous perdais, j’en serais moi-même effondrée, et la vie n’aurait plus de sens. Je vous pardonne. »

Ils s’étreignirent un instant. Coquette, elle déplora l’état de sa robe, encore mouillée, expliquant qu’elle avait dû écoper pendant deux heures comme la mer était agitée. « C’est malin. Je m’étais faite belle pour vous. » Mais Fortuné s’en moquait bien, il la trouvait merveilleuse de toute façon. Il la conduisit jusqu’à leur table. Fleur salua ses amis chaleureusement, et elle les remercia d’avoir veillé sur Fortuné. A leur demande, elle leur raconta ce qu’ils avaient vécu sur Qres. Sceptique, Dassise dit tout haut ce que tout le monde pensait :

« Comment ? Vous allez nous faire croire que vous avez tué une centaine d’Ondins à vous trois ?
- On les a affrontés par petits groupes, sur plusieurs jours. Et puis, les villageois ont pris les armes aussi.
- C’était lors du dernier affrontement. Vous nous avez dit en avoir combattu une vingtaine dans une grange ?
- Vous m’avez vu faire au tournoi. Je sais me défendre. Et puis, j’ai eu de la chance.  
- Oui mais tout de même. On parle d’une centaine d’Ondins ! »

Fleur se figura que leurs actions, rendues possibles par le Pouvoir, tenaient de l’exploit. Aussi, elle leur précisa :
« Messieurs, permettez-moi de vous rappeler que je suis une Demi-Elfe.
- Ah bon ! On n’avait pas remarqué ! la railla Dassise.
- J’ai 42 ans figurez-vous ! En conséquence, je m’entraine depuis 20 ans de plus que vous. »

Cette fois, les gentilshommes, hormis Fortuné qui était déjà au courant de ce léger détail, furent estomaqués.
« Dis donc Fortuné, tu te rends comptes ? Ta fiancée est plus forte que nous tous réunis !
- Je sais. » se borna-t-il à répondre.

Après le repas, Fortuné fit comprendre à ses amis qu’il souhaitait être seul avec sa promise :
« Mes amis. Fleur et moi, nous avons beaucoup de choses à nous dire.
- N’en dites pas plus. », répondit Elisse, beau joueur.

Ils quittèrent l’auberge, contents pour Fortuné, tandis que les deux tourtereaux s’isolaient. Fortuné se montra extrêmement charmant, très attentionné, et fit fondre la belle de Lasus. Il voulait se faire pardonner. Fleur fut infiniment envoûtante, Fortuné avait eu si peur de la perdre, qu’il se consumait d’amour pour elle. Il la chérissait plus que tout. Il lui avoua :

« Je suis fou de toi Fleur. Je ne peux pas vivre sans toi. Tu es la femme de ma vie.
- Mon Fortuné, je t’aime éperdument. J’ai besoin de toi pour être heureuse. Jamais mon devoir ne m’a autant pesé.
- Je suis là maintenant. »

Complices et experts en la matière, ils savourèrent des ébats très agréables. Tendrement lovés l’un contre l’autre, Fortuné et Fleur eurent de longues discussions. La jeune femme avait besoin d’être rassurée.

« Mon aimé, tout s’est bien passé avec mes parents ?
- Oui. En fait, ils sont partis juste après toi.
- Tu as pu discuter un peu avec Père ?
- Oui. Ça s’est bien passé. Pourquoi tu me demandes ça ?
- En fait, avant mon départ, j’ai demandé à Père s’il pouvait organiser nos fiançailles à Pertagne à mon retour. Cela ne te dérangerait pas ?
- Non, peu importe. Tant que nous nous fiançons.
- Et ton père, tu crois qu’il serait d’accord ?
- Oui. Je pense. »

Pensant à la chevalière qu’elle souhaitait lui offrir pour leurs fiançailles, elle se renseigna avec son air de ne pas y toucher :

« A ce propos, Mère m’a demandé à quoi ressemblait ton blason. Je pense qu’elle veut faire des broderies pour notre mariage. Je lui ai décrit le blason des Melville. Mais elle m’a fait remarquer à juste titre que ton blason doit être brisé pour se distinguer de celui d’Orlande. Tu as bien brisé ton blason ?
- Oui. Il a un lambel de gueules en chef.
- Merci mon aimé. Je lui dirai. »

Elle marqua une pause :
« Tout de même, j’espère qu’ils auront la seconde lettre à temps. Tu sais, mon père a une santé fragile.
- Ne t’inquiète pas, ma douce. Lauridas a fait le nécessaire. »

Un long moment, ils s’étreignirent, s’embrassèrent, se cajolèrent sans un mot, subjugués. Puis alors qu’elle pensait à leur futur mariage, s’imaginant à ses côtés dans la chapelle de Pertagne, une figure sombre s’imposa à elle subitement, celle de Malfosse, et son sang se figea. Et si ce fou s’en prenait à Fortuné le jour de leurs noces ? Assez ! Il fallait qu’elle le supprime, une bonne fois pour toutes. Elle eut alors l’idée d’impliquer son frère, et de l’associer à Fortuné. Elle se lança avec diplomatie : « Mon aimé ? Tu ne t’es pas lancé à la recherche de Malfosse ? »

A l’évocation de ce nom, Fortuné perdit immédiatement son sourire et son sang ne fit qu’un tour :
« Non ma mie, ne me reparles pas de ce monstre ! Je t’ai promis que je ne m’en chargerai pas, tu te rappelles ?
- Oui.
- Et pourtant, il te terrorise encore. Je suis là, je te protègerai.
- Je sais. C’est parce que nous nous apprêtons à nous marier, et je n’oublierai jamais les menaces qu’il avait proférées. Il m’avait dit qu’il ne me laisserait jamais épouser un autre qui lui. Fortuné, j’ai peur qu’il s’en prenne à toi.
- Ah oui ? Ce n’est pas grave. Je vais lui régler son compte avant notre mariage dans ce cas.
- Mais tu n’en as pas le droit. Non, ce qu’il faudrait ce serait que mon frère s’en charge. Le jugement du défunt duc l’y autorise, et en tant que chevalier de la Rose, après tout, il est censé s’en prendre à ceux qui nuisent aux femmes. Comme il brûle de me venger autant que toi, si tu pouvais l’aider à localiser ce fou, crois-moi il t’en serait très reconnaissant. »

Fortuné réfléchit. Il ne voyait qu’une seule faille dans la stratégie de sa dulcinée. Elle ne pensait pas à sa propre sécurité. Il décida : « D’accord. Je vais aider ton frère à débusquer ce démon. A une seule condition. Si je dois m’absenter avec Guilhem, je veux que tu me promettes que tu resteras en sécurité tant que nous ne l’aurons pas supprimé. Tu n’auras qu’à m’attendre à Pertagne, ou à Neuhor. Je veux ta parole Fleur. »

Fortuné était catégorique, mais la jeune femme songea que si pendant son absence, le comte l’envoyait en mission, elle ne pourrait pas refuser son ordre. Toutefois, elle se dit que d’ici-là, elle aurait plaidé leur cause auprès du comte, qu’ils seraient fiancés, et que si elle y parvenait, elle pourrait mettre Fortuné dans la confidence dans ce cas. Elle décida donc :

« Je te le promets mon aimé.
- Dans ce cas, j’en parlerai à ton frère lors de nos fiançailles.  
- Mais pour cela, il faut qu’il puisse le faire légalement.
- Je croyais que le jugement du duc l’y autorisait ?
- Oui. Mais il faut qu’il soit confirmé par le nouveau duc. J’ai cru comprendre qu’il est pro-réformé.
- Je crois plutôt que c’est un Albien.
- Il faudrait que j’interroge un juriste sur ce point. Et puis, je ne voudrais pas que Guilhem s’attire des ennuis avec son ordre, il faudrait qu’il pose la question au Maître de sa commanderie.
- Tu l’as prévenu pour nos fiançailles ?
- Non. Tu sais, c’est un chevalier errant alors ce n’est pas facile de le contacter. Mais je vais lui envoyer une lettre. Espérons qu’il l’aura avant nos fiançailles. »  

Un moment plus tard, Fortuné s’enquit :
« Alors tu as fini ce que tu avais à faire ?
- Non hélas.
- Tu en as encore pour longtemps ?
- Je n’en sais rien. On a prévu de faire un rapport au comte ces jours-ci. En fonction de ce qu’il décidera, je pourrais être renvoyée à Qres deux huitaines, ou deux mois.
- Deux mois ?
- Grand maximum. J’en suis certaine.
- Je t’accompagne à Antegnar.
- Ce n’est pas possible, si nous arrivons ensemble, il va se douter de quelque chose.
- Dans ce cas, j’arriverai une heure après toi.
- Tu ne pourrais pas m’attendre ici ?
- Le temps d’aller jusqu’à Antegnar et de revenir, cela va te prendre quinze jours. Ce n’est pas possible. Je suis fauché comme les blés, ma mie. Et puis, il est hors de question que je te quitte. »

Surprise, elle constatait que Fortuné s’affirmait. Il avait été conciliant jusqu’alors mais à présent il semblait décidé à s’imposer. Elle restait une femme, et c’était de fait à lui de mener la danse. Elle devait donc bien s’y attendre. N’ayant pas envie de se quereller, elle changea de sujet, voulant se libérer d’un autre poids : « Mon aimé. J’ai quelque chose à t’avouer. Je préfère que tu l’entendes de ma bouche, plutôt que par Arnolphe ou Niscarvin »

A voir sa mine embarrassée, Fortuné s’attendait au pire. Inquiet, il l’écouta : « Tu sais comme je suis raisonnable d’ordinaire. J’ai pourtant bien malgré moi perdu le contrôle un soir. Je n’ai bu que quelques verres et pour une fois, je me suis retrouvée ivre. »

Comme elle lui avait fait peur ! Il préférait cent fois cela à ce qu’il était en train de s’imaginer. Soulagé, il eut un rire amusé. Fleur ivre ? Elle qui lui reprochait ses écarts avec l’alcool, il regrettait presque d’avoir manqué ça. Mal à l’aise la jeune femme plaida :

« C’est de la faute d’Arnolphe. Il a de la famille à Néac. Ses parents font dans le commerce de pommes, et en particulier de l’alcool de pommes. Ils m’ont fait goûter, je te jure que je n’ai pas bu beaucoup, mais j’ai été piégée par le goût très sucré. Tu sais comme je déteste perdre le contrôle. Je ne me souviens même plus de tout. Mes amis n’en revenaient pas, ils ne m’avaient jamais vue comme ça.
- Oui. J’imagine bien.
- Franchement, on ne m’y reprendra plus. Je te le promets.
- J’aime autant que cela ne devienne pas une habitude. »

Là, s’il lui souriait, il ne plaisantait pas. Les barriques sur pattes, ce n’était pas son genre et il ne voulait pas voir sa dulcinée en devenir une.  
« Mon aimé, tu sais bien que je ne bois jamais. Depuis, j’évite purement et simplement l’alcool. Tu es déçu ?
- Mais non. »  

Elle était tellement penaude qu’il savait qu’elle ne mentait pas. Il la connaissait si bien… Toute Lasus qu’elle était, elle tenait tant à sa dignité, qu’il était certain de ne jamais la voir ivre. Pour la taquiner, il lui demanda :
« Ah mais je pourrai boire à notre mariage alors ?
- Euh… Oui, enfin raisonnablement. J’aime autant te dire que si tu arrives en titubant la nuit de nos noces, tu risques d’avoir un accueil des plus glacials ! »

Il rit. Définitivement, il n’avait rien à craindre. Et comme il n’avait pas envie de gâcher leur nuit de noces, il la rassura :
« Je plaisante. Ne t’inquiète pas ma douce. Je serai raisonnable. Ce serait tout de même stupide de ma part de décevoir une si jolie mariée. Et je compte bien exercer mes devoirs conjugaux… »

Flattée, émoustillée, elle savoura le baiser de Fortuné et ses caresses, les joues en feux. Fleur lui demanda ensuite si Orlande avait eu une bonne impression sur elle. Fortuné lui rapporta qu’il l’avait trouvée jolie. Embarrassée, elle fit remarquer à son bien-aimé que son frère devait avoir compris qu’elle lui avait menti sur les raisons de sa présence à Néac. Il la rassura en lui disant que c’était son frère, qu’il ne dirait rien. Songeant à Guilhem, Fleur lui demanda avec diplomatie :

« Mon aimé, tu ne m’avais pas dit que ton frère était un Albien très convaincu ?
- Il est Albien oui. De là à le qualifier de très convaincu…
- Comme je te l’ai dit, nous ne nous sommes pas quittés en mauvais termes, mais il y a eu des propos envers les Réformés qui m’ont quelque peu mise mal à l’aise.
- Ah bon ?  Cela m’étonne.
- Il s’est montré très dur envers les jeannots. J’ai été quelque peu surprise sachant que ton père est Réformé lui-même.
- Il vit seul à Néac depuis des années. Il a dû se radicaliser.
- Mais il est bien conscient que notre mariage se fera par une cérémonie Réformée ? En plus, il sera entouré de Réformés. Toute ma famille l’est.
- Il se tiendra bien.
- L’ennui c’est que mon petit frère, Guilhem, est un Réformé convaincu.
- Curieuse position pour un chevalier de la Rose…
- C’est un luthinien, et puis il fait profil bas. Il a bien compris qu’il ne devait pas s’écarter du rang pour durer. Mais mieux vaut ne pas le provoquer sur le sujet.
- On ne parlera pas religion, voilà tout.
- A ce propos, tu comptes toujours te réformer ?
- Oui. Bien sûr. »

En pensant à Orlande, Fortuné remarqua :
« Les mages et les grands frères sont très forts pour faire la morale...
- Un chevalier de la Rose, ce n’est pas mal non plus ! Au moins, Guilhem va être content d’apprendre que je me marie. Tu ne peux pas savoir combien de fois mon frère m’a jeté à la face son vœux de chasteté en me reprochant mes égarements.
-  Non, ma mie, je ne veux pas savoir combien d’amants tu as eu avant moi.
- Fortuné, je ne suis pas le genre de femme qui se tenait sur tes genoux hier figure-toi ! En réalité, contrairement à ce que pense mon frère, je n’en ai pas eu beaucoup. Mais bon, tu sais fort bien que je me suis accordée une certaine liberté.
- Oui. Je me souviens parfaitement des circonstances de notre rencontre. Je ne te reproche rien. »

A ce souvenir, ils échangèrent un baiser complice, toujours étonnés de constater jusqu’où une passade les avait amenés. Un instant plus tard, revoyant cette sale catin agitant allégrement ses seins sous le nez de son Fortuné, Fleur ne put s’empêcher de remarquer : « J’avoue que j’en veux un peu à tes amis de t’avoir payée cette… trainée. Drôle de manière de pleurer sa promise. Ça doit être une idée de Dassise ça. »

Fortuné n’en savait rien, mais cela lui ressemblait fort. Pour autant, Fleur n’avait pas l’air de se rendre compte dans quel état la nouvelle de sa mort l’avait plongé, il n’était plus qu’une épave, et pendant une huitaine de surcroit. Ses amis, ne sachant plus quoi faire, avaient voulu lui changer les idées. En plus, il ne se souvenait de rien, il était brisé, noyé dans l’alcool et avait juste laissé la fille faire. Il n’avait d’yeux que pour Fleur, jamais il ne la tromperait. Il la raisonna :

« Ils te pensaient morte. Ils n’ont pas ruiné notre mariage.
- Non. Mais enfin, tu veux que je te rappelle ce qui a rendu mon père fou de rage à Neuhor ?  
- Ne leur en tient pas rigueur. Ils ne pensaient pas à mal.
- Tu sais lorsque j’ai vu cette catin sur toi, j’ai eu envie de la tuer, et je t’aurais bien giflé.
- Tu es jalouse ?  Nota-t-il amusé
- Tu n’as pas idée. Ne t’avise jamais de me trahir. Le menaça-t-elle très sérieusement. Je ne sais pas de quoi je serais capable, mais ce qui est sûr c’est que tu me le paierais très cher.
- Mais je n’étais pas dans mon état normal, ma mie.
- Je sais. Pourtant, lorsque je t’ai vu le nez plongé dans sa poitrine…
- Ah bon ? s’étonna-t-il. Franchement, je ne me souviens de rien.
- Il n’empêche que ça m’a blessée. »

Il lui caressa tendrement le visage et s’excusa en la serrant dans ses bras : « Ma Fleur, je suis désolé. Je t’aime éperdument. Jamais je ne te tromperai, je te le promets. »

Ils s’étreignirent un long moment. Fleur se sentait rassurée. Fortuné était sincère. Elle ne devait pas douter de sa fidélité. Elle repensa ensuite à la veille de son départ. Le comte lui avait formellement interdit de mêler son promis à sa mission et voilà qu’elle se tenait dans ses bras à Ville-Barnet. Elle ne boudait pas son plaisir, mais tout de même, elle ne pensait pas qu’il irait jusqu’à la suivre. Elle lui dit :

« Mon Fortuné, je suis si heureuse de t’avoir retrouvé, mais tout de même. Tu exagères. Je t’avais dit que j’étais tenue au secret. Tu m’avais promis de ne pas m’accompagner.
- Pourtant, ta lettre m’a clairement laissé entendre que tu avais besoin de moi. Comprends-moi, tu me tiens à distance, mais tu me fais sentir que tu souffres d’être loin de moi.
- C’est vrai, reconnut la jeune femme. Mais comment m’as-tu retrouvée ?  Je ne t’avais pourtant rien dit.
- On a cherché ce Philomon d’Augrieu. Il nous a dit que tu te rendais chez ton cousin. Après, nous n’avions plus de piste. Mais nous avons eu l’idée de gagner la côte. En fait, on vous a manqué de peu.
- Vous êtes arrivés quand à Ville-Barnet ?
- Le 5e Battage au soir.
- En effet, nous sommes partis le matin même. »

Donc il avait rencontré Mathieu d’Osan. Elle s’enquit :
« Cela s’est bien passé avec mon cousin ?
- Oui. Très bien.
- Tu ne lui as parlé de la vraie raison de ma visite ?
- Non. Je lui ai dit que je venais te rejoindre
- Je lui avais justement dit que tu n’avais pas pu m’accompagner car tu étais très occupé.
- Du coup je l’ai invité à notre mariage.
- Les grands esprits se rencontrent. Je l’ai fait aussi. »  

Fleur médita un instant, avant de s’angoisser de nouveau.
« Mais alors tu as vu Philomon ? Que t’a t-il dit ?
- C’est un homme très sympathique. Il a l’air d’être très érudit. Il a parlé Histoire.
- Oui. Cela ne m’étonne pas. Et sur moi ?
- Il m’a dit que tu étais une charmante jeune femme.  
-  Tu ne lui as pas dit que j’étais en mission ?
- Non, ma douce. Sur le moment je ne savais pas trop quoi prétexter, ne sachant pas ce que tu lui avais dit, et puis, il a parlé de ton cousin, il a dit que tu allais lui rendre visite. Du coup, j’en ai profité pour lui dire que je t’y rejoignais.
- Merci. Tu as bien fait.
- Pourquoi tu t’inquiètes autant ?
- Parce que Philomon est vassal du comte de Sodavlac. Si c’est un espion, alors ce n’est pas bon signe pour le secret de ma mission.
- Pourquoi veux-tu qu’il soit un espion ?
- Il était au tournoi, au moins au début. Il m’a reconnue comme la première dauphine.
- C’est normal ma douce ! Tu étais si belle… Tout le monde t’a remarquée.
- Ah oui ? le taquina-t-elle. Pourtant je croyais que tu trouvais très jolie la reine de beauté.
- Oui. Mais tu étais bien plus belle et les juges ne t’ont pas rendu justice. En tout cas, cela ne prouve rien.
- S’il était au banquet, il a vu la prêtresse nous récompenser.
- Comme tout le monde ce soir-là.
- C’est vrai. Mais il n’y a pas que pour la mission que je m’inquiète. Cela ne me plait pas beaucoup que Philomon t’ait vu.
- Pourquoi ?  Il a dit que tu lui avais beaucoup parlé de moi pourtant.
- Non. Il t’a dit ça pour être courtois. Tu crois vraiment que je parlerais de ta famille à n’importe qui ? En réalité, pour brouiller les pistes, avec mes amis, on a prétendu que j’allais voir mon cousin, pour lui annoncer mon mariage. Du coup, il m’a demandé avec qui. J’ai mentionné ton nom, et là il a commencé à me raconter tout ce qu’il sait sur ta famille, sûrement pour me faire sentir qu’il était très bien renseigné.
- Qu’est-ce qu’il t’a dit sur ma famille ?
- Apparemment, son père était mage à Néac. En conséquence, il sait pour vos démêlés avec les Mornille. Il sait que ton père est à Neuhor. Il est même au courant que ton frère est à Néac. Pourtant j’ai été très prudente. Mon aimé, je te jure que je n’ai mentionné que ton nom. »

Fortuné eut un petit rire amusé, avant de la raisonner.  
« Ma Fleur, ce sont des secrets de polichinelle.
- Tu me rassures. J’ai eu peur de vous avoir attiré des ennuis.
- Cesse de t’angoisser autant.    
- Toujours est-il que s’il rapporte ce qu’il a vu à des ennemis, c’est fâcheux.
- Ah bon ? Le comte de Sodavlac est l’ennemi du comte d’Enro ?
- Non ! Pas spécialement ! Se rattrapa Fleur. Tous les comtes ont leurs informateurs. Moi-même, si j’entends des informations intéressantes, je n’hésiterai pas à les transmettre à mon suzerain. Mais tu sais bien que le comte d’Enro est Réformé et Sodavlac Albien. Je pensais aux Mornille. Tu n’as pas peur qu’ils vous causent des ennuis ?
- Les Mornille ? Non cela fait trop longtemps. C’est plutôt à eux de s’inquiéter s’ils croisent mon chemin.
- Mon aimé, sache-le, si jamais j’en croise un, il ne pourra s’en vanter à personne : tes ennemis sont les miens.
- Je n’en doute pas. Mais n’essaie pas de changer de sujet. Qu’est-ce qu’il a à cacher le comte d’Enro?
- Rien, comme je te l’ai dit, il s’agit juste de prendre des précautions, en cas de conflit.
- Il prépare une guerre ?
- Pas du tout. Du moins pas comme tu l’entends, il prend juste des précautions.
- Si tu es à Qres…, réfléchissait Fortuné, il fait construire une flotte ?  
- Non. Pas du tout. Tu poses trop de questions ! »

Usant de son Pouvoir, elle lui fit promettre :
« Mon aimé, jure-moi que tu ne diras rien.
- Oui, ma mie, sois sans crainte, je serai une tombe. »

Décidément, les prunelles vertes de son promis avaient le don de la déstabiliser. Et loin d’être stupide, il avait pratiquement deviné l’objet de sa mission. Comme il posait trop de questions, elle se mit à l’aguicher et ils firent de nouveau l’amour. Tandis qu’il se reposait, elle tenta de le convaincre de ne pas la suivre sur Qres. En vain, il lui opposa qu’il avait fait tout ce chemin pour elle, et que maintenant qu’il la retrouvait enfin, il ne la quitterait plus. Mais elle insista :  

« Mon aimé, nous avons vaincu les Ondins. Je ne risque plus rien. Ce n’est que de l’intendance.
- C’est cela ! Tu m’avais déjà dit ça lorsque je t’ai contactée et j’apprends que ton suzerain t’a envoyée sur une île infestée d’Ondins. Que la peste l’emporte celui-là !
- Il ne savait probablement pas pour l’attaque. Sans quoi il nous aurait dit de prendre des précautions particulières.
- Peut-être. Il n’empêche qu’il vous a mis en danger.
- J’en ai encore pour deux mois. Tu ne pourrais pas m’attendre à Neuhor ?
- Non, ma mie. C’est hors de question. J’ai cru t’avoir perdue pour toujours. Maintenant que je t’ai retrouvée, je viens avec toi. De toute façon, je sais très bien où tu es, alors il n’y a plus de secret.  
- Si tu viens sur Qres, Monseigneur finira forcément par le savoir. Ce sont ses terres.
- Et alors ? Je n’ai aucun compte à lui rendre que je sache.
- Mais moi oui. Il m’avait formellement interdit de parler de cette mission, que ce soit à mes parents, ou à toi, mon promis. Si tu viens avec moi, il va prendre cela pour de la désobéissance et il risque de se venger sur ma famille. Pour cette mission, il faut que nous soyons discrets.
- Si tu veux, je dirai à mes amis de repartir.  
- J’aime autant. Mais mon amour, personne n’est censé m’accompagner.
- Je me déguiserai et personne n’en saura rien.
- Ce serait peine perdue. Niscarvin et Arnolphe te connaissent. »

Un instant, Fleur se demanda si elle ne pourrait pas tout de même terminer sa mission à ses côtés. Elle réfléchit. Fortuné pourrait prendre un nom d’emprunt. Elle pourrait le faire passer pour un homme habile, un coursier, travaillant pour les Claybars, sur le continent par exemple. Si elle appuyait comme prévu la candidature des deux frères auprès du comte alors ils pourraient bien lui rendre ce service. Mais cela impliquait de mentir au comte qui pourrait aisément la démasquer avec son Pouvoir, et elle ne pouvait pas se le permettre. Le plus raisonnable restait de faire renoncer Fortuné, mais il ne lâchait pas prise. Elle ajouta :

« Nous ne pourrons même pas être ensemble, si nous voulons cacher ton identité. Je n’ai pas parlé de toi sur l’île mais si le comte apprend que je fréquentais un homme pendant la mission, il fera forcément le rapprochement.
- Et bien, on sera discrets. L ‘amour est ingénieux ma douce.
- Je te l’accorde. Quand je repense à notre dernière nuit à Neuhor, c’est vrai que c’était très agréable…
- Ah, tu vois ?  Nota-t-il avec un sourire enchanteur.
- Oui, enfin échapper à la vigilance de nos parents, c’est une chose, ne pas se faire surprendre par quelques centaines d’habitants, c’est une autre histoire.
- Je m’en moque. Je viens avec toi.    
- Mais Fortuné…
- Non ma douce. La discussion est close. »

Fleur n’eut pas d’autre choix que de se soumettre à son futur mari qui, sans avoir haussé le ton, s’imposait pour la première fois.

« D’ailleurs, laisse-moi te dire que lorsque nous serons mariés, il est hors de question que je te laisse partir à l’aventure.
- Comment cela ?! s’amusa Fleur. J’aimerais bien voir ça !
- Tu verras. Assura-t-il en ne plaisantant qu’à moitié.
- Fortuné, défendre les intérêts du comte c’est aussi défendre les intérêts de ma famille.
- Je ne vois pas en quoi préparer la guerre du comte fait les affaires de ta famille.
- Parce que, comme je te l’ai expliqué avant mon départ, si un conflit se déclenche, j’aurai besoin de la protection du comte.
- J’en ai assez que ton suzerain te mette en danger.
- C’est mon devoir de le servir.
- Tu n’es pas sa servante non plus ! Pourquoi on ne s’installerait pas à Neuhor ? Nous pourrions y trouver un autre protecteur.
- Et renoncer à ma baronnie ?  Tu n’y penses pas ! Il en va de l’honneur de ma famille. Tu verras quand tu seras baron toi-même. Lorsqu’on a des terres à protéger, on ne peut pas agir uniquement par passion. »

Fortuné ne répondit rien, mais il n’en pensait pas moins. Voyant qu’il était épuisé, qu’elle n’arriverait pas à le faire changer d’avis, et n’ayant pas envie de se quereller avec son bien-aimé, elle se résolut à le laisser mener la danse, pour le moment. Mais, elle ne s’avouait pas vaincue. Elle réfléchit quelques instants, luttant contre le sommeil car il était bien tard. Elle décida de rester jusqu’au 18e Battage avec Fortuné. Cela lui laissait plus de temps pour trouver des arguments susceptibles de le convaincre de regagner Neuhor, et cette fois, elle pourrait s’appuyer sur ses amis.
Fichiers joints
Blason Fortuné de Melville.jpg Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(134 Ko) Téléchargé 0 fois


Dernière édition par Fleur le Sam 6 Aoû - 3:14, édité 1 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Re: Historique IND

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 22:59

Le 17e Battage (7 août), à Qres, Arnolphe continuait d’aider les villageois. Niscarvin de son côté chercha à mesurer la popularité des Claybars auprès des habitants. Il voulut savoir qui leur avait vendu la propriété. Le saltimbanque entendit des avis très divers : certains les aimaient bien, d’autres étaient contre eux souvent parce qu’ils n’étaient pas des natifs de l’île, d’autres encore estimaient qu’un peu de changement ne leur ferait pas de mal, et qu’ils pourraient être de bons chefs.

Niscarvin alla rendre visite à Jonathan pour discuter de la prophétie. Il lui demanda d’abord ce qu’il avait comme plantes médicinales. Le druide disposait d’un important jardin. Les deux hommes échangèrent sur divers remèdes. Ils s’entendaient bien. Niscarvin en profita pour essayer d’en apprendre davantage sur lui. Jonathan était né sur l’île. Il avait 26 ans. Il tenait son savoir du précédent druide. Jonathan lui expliqua qu’il y avait de la magie dans les menhirs. D’après l’ancien druide, la magie y était forte. Jonathan était persuadé que le chef ondin allait revenir accomplir la prophétie. Niscarvin, usant de son Pouvoir, fouilla dans ses connaissances en littérature. Il réalisa que ce n’était pas une prophétie mais un rituel magique mis en vers. Mais Jonathan n’en démordait pas. Niscarvin songea qu’il fallait savoir de quand datait le texte. Il rentra au château, pensant en parler à Fleur qui avait des connaissances en histoire, mais la jeune femme n’était pas rentrée. Pourtant, il faisait beau temps…

A Ville-Barnet, Fortuné, Fleur et les autres gentilshommes prirent leur collation du matin ensemble. La jeune femme, à l’aide de son Pouvoir, et soutenue par son bien-aimé, parvint à convaincre ses amis, après d’âpres négociations de repartir pour Neuhor. Elle les fit jurer de garder le secret de sa mission et de sa présence ici. Ils n’auraient qu’à dire qu’ils ne l’avaient pas trouvée, et que Fortuné poursuivait les recherches. Puis elle s’entretint avec Lauridas. Elle lui assura qu’elle n’avait rien dit à Fortuné de ses activités auprès du comte. Il la remercia, et lui assura en retour qu’il veillerait à ce que sa position ne soit pas éventée.

La jeune femme prit soin de régler ses dépenses (80 pièces d’or), les frais de Fortuné (220 pièces d’or), sachant qu’il avait dépensé beaucoup d’argent pour elle. Elle versa 200 pièces d’or de plus au tenancier, en lui faisant promettre d’effacer toute trace de leur passage, d’elle, de ses deux frères d’armes, de Fortuné et ses amis. L’homme lui assura qu’il allait brûler son registre et qu’il tiendrait sa langue. Lorsqu’elle informa son bien-aimé qu’elle avait réglé ses frais, embarrassé, il protesta. Fleur lui rétorqua : « Ah non, pas d’orgueil mal placé mon aimé ! A cause de moi, tu as dépensé beaucoup d’argent et tu t’es fait un sang d’encre, c’est le moins que je puisse faire, non ? » Il la remercia mais cela le gênait.

Ces détails réglés, ils passèrent la journée en amoureux. Ils se promenèrent un peu en ville, savourant chaque instant, se charmant mutuellement. Ayant des doutes persistants, Fleur jaugea sa sincérité, faisant des allusions à la fidélité et à la fille de joie, épiant ses réactions lorsqu’elle le questionnait. Elle sentit qu’elle pouvait lui faire confiance, qu’il était sincère. Il lui avait promis de lui rester fidèle et il allait s’y tenir. Mais il lui cachait quelque chose. Ses amis ne lui avaient apparemment tout dit, comme elle le soupçonnait. Il avait des remords. Il lui rappela : « Ma douce, je n’étais pas moi-même. Je te croyais morte. »

Fleur, peinée, lui fit comprendre : « Peut-être. Mais mets-toi à ma place. Si tu voyais un autre homme m’embrasser, que crois-tu que tu ressentirais ? »

Fortuné se représenta la scène. De fait, s’il surprenait un autre homme voler un baiser à Fleur, il savait pertinemment qu’il en serait fou de rage. Il reconnut :
« Si un autre homme t’embrasse, je le provoque en duel.
- Tu te rends compte que tu as fait bien pire qu’un baiser ? Tu as beau dire que tu étais malheureux et saoul, cela ne change rien aux faits. »

Néanmoins comme elle lui avait pardonné, et qu’elle voyait qu’il s’en voulait vraiment, elle exprima sa seule vraie crainte : « Fortuné, je ne doute pas de ta sincérité lorsque tu me jures que tu me seras fidèle. Mais, qu’est-ce qui me prouve qu’une fille ne pourra pas profiter de toi la prochaine fois que tu seras ivre avec tes amis ? »

Il accusa le coup. Les doutes de Fleur étaient légitimes. Éperdument amoureux, il ne voulait pas la perdre. Aussi, il lui promit sincèrement :

« Ma Fleur, je te jure que cela ne se reproduira pas. Tu es la seule qui compte à mes yeux et je ne veux pas te perdre. Je ne laisserai pas d’autres femmes m’approcher, même quand je serai avec mes amis.
- J’ai confiance en toi mon aimé. Ne me trahis pas. »

Ils échangèrent un baiser de réconciliation qui les réconforta tous les deux. Fleur, soulagée, retrouva son sourire et ils regagnèrent paisiblement l’auberge. Ne réapparaissant dans la grande salle que pour se restaurer, ou se rendre en ville, ils passaient beaucoup de temps dans le secret de leur chambre où ils ponctuaient leurs discussions de longues étreintes, et d’agréables ébats, subjugués. A l’initiative de Fleur, ils parlèrent de leur mariage. Nul calcul de sa part, elle voulait simplement fonder un foyer heureux avec son bien-aimé. Elle y avait longuement réfléchi de son côté, et voulait qu’il exprime ses souhaits, ses attentes envers elle. Elle lui demanda :

« Mon aimé, cela ne te dérange pas de t’établir à Pertagne ? Neuhor ne va pas trop te manquer ?
- Je sais que tu es attachée à ta terre, ma mie, mais normalement c’est à toi de me rejoindre, pas l’inverse.
- Et la baronnie ? Il faut bien que j’y sois pour gérer les affaires ?
- Tu n’es pas encore baronne que je sache.
- Oui mais tu sais, cela fait des années que j’épaule mon père dans la gestion de la baronnie.
- Ne me parle pas de gérer ta baronnie, argua-t-il sceptique. Depuis notre rencontre, je te vois sans cesse partie à droite ou à gauche pour ce maudit comte d’Enro. Tu n’aides pas beaucoup ton père en ce moment.
- C’est vrai.
- Tes parents gèrent très bien la baronnie en ton absence. Installons-nous à Neuhor, ma mie. »

Fleur réfléchit à sa proposition. Il n’avait pas tort, d’autant que s’installer à Neuhor lui permettrait peut-être de jouer les informatrices à la Cour ducale pour le comte d’Enro. Mais à sa connaissance, Fortuné n’avait pour le moment pas de situation, vivant chez son père. Elle lui fit remarquer : « Je veux bien m’installer à Neuhor, mais où allons-nous vivre dans ce cas ? »

Gêné, Fortuné n’avait pas pensé à ce léger détail. Fleur lui rappela :
« C’est à toi d’assurer notre foyer mon aimé. Il faudrait que tu en parles avec ton père. En te mariant, tu ne pensais tout de même pas poursuivre ta vie de célibataire ?
- Non. Évidemment. »

Le jeune homme en était bien conscient. Poussé par la belle de Lasus, il l’avait demandée en mariage, sans en envisager toutes les conséquences. Il ne regrettait pas sa décision mais réalisa soudain qu’il allait devoir se montrer plus responsable. Il n’était évidemment pas question de vivre avec sa femme chez son père. S’il voulait s’établir avec Fleur à Neuhor, il devrait leur acheter une maison et il n’en avait pas les moyens. Son père lui donnerait certainement un peu d’argent pour son mariage mais sans revenu fixe, il allait devoir trouver une solution s’il voulait assurer leur foyer.

« Avec tes réseaux, tu ne pourrais pas nous faire entrer à la Cour du Duc ? Comme ça, tu pourrais travailler pour quelqu’un de plus puissant, on pourrait vivre à Neuhor et tout le monde serait content. Et puis, ton suzerain, je ne l’aime guère.
- Peut-être. Mais je ne peux pas négliger la terre de mes ancêtres.
- J’ai cru comprendre que les comptes de ta baronnie ne sont pas brillants. Ce qui nous faudrait ce serait un office.
- Je vais voir ce que je peux faire à la Cour du comte. Mais tu devras travailler pour lui. Pourquoi le détestes-tu à ce point ?
- Il te met tout le temps en danger. Enfin, j’ai bien compris où tu voulais en venir ma belle ! Tu veux que nous travaillions tous les deux pour ton suzerain.
- Exactement.
- Tu ne m’as jamais dit ce que tu faisais ?
- C’est vrai. » Reconnut la jeune femme.

Elle chercha des exemples qu’elle pouvait lui révéler.
« Déjà tu sais ce qu’il nous a demandé pendant le tournoi ?
- Celui du Solstice ?
- Il nous a demandé d’enquêter pour savoir d’où venait cette attaque ? Rappelle-toi, tu étais avec moi, et j’en ai discuté longuement avec ton père.
- Ah oui ! Avec les Farfadets et les mercenaires.
- Oui.
- Quoi d’autre ?
- Tu te souviens quand nous nous sommes retrouvés à Antegnar, je revenais de mission.
- Oui et bien ?
- On est allés délivrer le garçon d’un seigneur qui s’était fait enlevé par la guilde des voleurs de Relfs. Le comte avait d’ailleurs prêté de l’argent à son vassal pour payer la rançon. Tu vois que ce n’est pas un homme mauvais. Il est exigeant mais il sait récompenser ceux qui le servent fidèlement.
- En fait, j’avoue que je suis surtout jaloux parce qu’il me prive de toi. »

Il concéda :
« Tu as raison. Il faut nous établir à Pertagne. »

La jeune femme le jaugea. Il avait en fait peur de s’ennuyer à Pertagne.
« Mes amis pourraient nous y rejoindre ?
- Oui. Mais il faudra vous montrer raisonnables. Vous pourrez chasser. Il y a quelques villes dans le comté : Olennaç, Glaile, Antegnar. Et puis, nous pourrons toujours nous rendre de temps en temps à Neuhor pour aller voir ton père.
- Mais tes parents sont encore là aussi, cela ne va pas être gênant ?
- Non. Le château est grand. Ils nous laisseront notre intimité. J’y pense. Si tu veux nous pourrions nous entrainer ensemble ? »

S’entraîner avec sa femme ? Quelle curieuse idée ! Songea Fortuné. Devinant ses réticences, elle le rassura :
« Ne t’inquiète pas. Au château, les gardes me voient m’entrainer depuis plus de vingt ans alors cela ne choquera personne.
- Bon. De temps en temps, si tu veux. »

Elle marqua une pause :
« A ce propos je souhaiterais vivement que nous partagions la même chambre. Certains préfèrent avoir leurs propres appartements, mais nous nous marions pour vivre ensemble alors à quoi bon ? Si cela peut te rassurer, mes parents partagent le même lit et cela n’a jamais choqué personne. Qu’en penses-tu ?
- Oui. Cela me convient. »

Fleur ne voulait rien lui imposer. Elle voulait qu’il s’exprime : « Et toi, mon aimé, qu’attends-tu de moi ? »

Fortuné n’y avait pas vraiment réfléchi. Fou de sa belle, tout ce qu’il voulait c’était vivre à ses côtés. Il lui répondit simplement :
« De beaux enfants.
- J’y compte bien. » Lui répondit-elle, les joues en feux.

Elle ajouta :
« Tu sais ce que nos enfants risquent d’avoir ?
- Des oreilles pointues ? La taquina-t-il.
- Non, enfin… Oui c’est possible. En même temps, tu savais depuis le début que je suis une Demie-Elfe. Ce n’est pas à ça que je pensais. Ta famille est prédisposée à la magie et j’ai du sang Elfe dans mes veines, alors nous risquons d’avoir des petits mages.
- C’est vrai. Voilà qui plairait à Père.
- Si nous avons des mages, raison de plus pour leur assurer un avenir, car ils auront besoin d’un coûteux apprentissage.
- Je serai déjà heureux si Vestina bénit notre union avec plusieurs enfants en bonne santé.
- Comme tu as raison mon aimé. Je l’espère aussi. »

Le 18e Battage (8 août), à Qres, Niscarvin alla retaper le bateau de Cliff, mais les hommes qui l’assistaient ne furent pas d’un grand soutien. Puis il retrouva Arnolphe, resté au village pour aider. Il faisait très mauvais temps. Fleur ne prendrait pas le risque de prendre la mer. Ils hésitèrent un instant à venir la chercher. Puis ils décidèrent de la laisser un jour de plus avec son promis. Le soir, ils échangèrent sur leurs dernières périphéries.

A Ville-Barnet, Fortuné se montrait très agréable, très attentionné, très charmant, et bon amant. Fleur, envoûtée, se sentait apaisée et follement éprise. Mais pour ce qui était de sa confiance, seul le temps pourrait la consolider, s’il tenait sa promesse. En tout cas, elle lui rendit la pareille, en se montrant douce, aimante, et ne le déçut pas au lit.
Ils discutèrent de nouveau de leur avenir. Fleur cherchait à mieux cerner quel mari et surtout quel baron il serait. Elle s’enquit :

« Mon aimé, comment vois-tu les choses une fois mariés ?
- Je ne sais pas trop. Je n’y ai pas réfléchi. Mais toi oui je présume ? »

Elle lui répondit par un sourire malicieux, avant de lui demander :
« A part de beaux enfants, qu’attends-tu de ton épouse ?
- Que tu sois douce, aimante…, fidèle.
- Tu n’as aucune crainte à avoir, tant que tu me rends la pareille.
- J’ai bien compris. », lui répondit-il d’un air un peu pincé.

Il ajouta en la défiant :
« Et bien sûr… Que tu respectes mon autorité. »

Elle émit un rire amusé. Elle se savait têtue et indépendante, et à voir comme son promis guettait sa réponse, il l’avait bien cernée. Somme toute, il avait raison. Elle lui accorda :

« Évidemment mon Fortuné. Je veux être une bonne épouse, alors je ne te défierai pas. Entre nous, je ne veux pas d’un mari faible, qui dirait oui à tous mes désirs. Je peux être têtue parfois et je sais que tu auras les épaules pour t’imposer.
- J’y compte bien. »

Fleur lui fit part d’autres précisions sur ce qu’elle voulait, et ce qu’elle ne voulait pas. Elle refusait qu’il l’enferme dans une cage, qu’il bafoue son autorité dans la baronnie, ou pire que tout, qu’il devienne un mari oisif. « Ce ne serait ni bon pour toi, ni pour moi. » expliqua-t-elle.

Fortuné en convenait, il comprenait bien qu’il devrait s’impliquer s’il voulait compter aux côtés de Fleur, qui, elle, ne se contenterait pas de rester dans l’ombre de son époux.

Fleur attendait de lui qu’il soit un mari présent à ses côtés. Elle lui demandait surtout de la soutenir, de la rassurer, de montrer qu’ils forment un couple uni, faisant front ensemble. Elle voulait qu’il l’écoute, qu’il tienne compte de ses conseils, d’autant qu’elle avait plus d’expérience et qu’elle connaissait mieux la baronnie que lui. Mais en tout cas, c’était à lui de mener la danse, elle y tenait, et cela convenait très bien à Fortuné, qui acquiesça, jugeant ses attentes raisonnables.

Elle lui expliqua ensuite que si elle avait un sens aigu du devoir, elle aspirait sincèrement à vivre à ses côtés. Mais elle se devait de protéger sa terre et de faire ce qu’il fallait, c’est-à-dire servir fidèlement son suzerain.

Elle aborda enfin ce qui lui tenait peut-être le plus à cœur : la baronnie. Elle lui demanda s’il souhaitait diriger la baronnie avec elle. Elle ne le forçait à rien. Elle pouvait gérer les affaires courantes seules. Mais s’il voulait être respecté, elle estimait qu’il devait s’impliquer un minimum : en tenant les audiences de justice avec elle, en inspectant leur terre, en recevant leurs vassaux… Avec son charme et son intelligence, elle l’en sentait tout à fait capable. « Il serait malvenu que l’on s’aperçoive que tu ne connais ni notre baronnie, ni nos vassaux, et on pourrait en user contre nous » lui expliqua-t-elle.

Comme Fortuné acceptait et ne semblait pas effrayé, elle lui demanda s’il désirait s’investir davantage. Elle précisa toutefois qu’il faudrait y aller progressivement car gérer une baronnie relevait d’un long apprentissage. De plus, c’était elle l’héritière. Ils devraient donc apprendre à diriger la baronnie de concert. En l’écoutant, Fortuné comprit qu’elle désirait un baron fort à ses côtés et pour lui plaire, il lui répondit qu’il voulait bien gérer la baronnie avec elle. Il s’efforcerait d’être un bon seigneur pour elle. Toutefois, quitte à devenir baron, il émit une condition.

« Par contre, ma douce, je compte sur toi pour me soutenir. Je tiens à être traité comme le futur baron, et pas juste comme ton mari.
- Oui, cela va de soi. Ce sera une bonne façon d’asseoir d’emblée ton autorité. Je voudrais simplement que l’on ne brusque pas mon père.
- On va y aller en douceur. Mais il va bien falloir que ton père s’y fasse. »

Moi aussi, songea la jeune femme. Elle avait promis à son père de garder la mainmise sur leur terre ; elle entendait respecter cette promesse, mais si elle ne voulait pas que Fortuné tombe dans l’oisiveté, elle devait faire en sorte qu’il compte à ses côtés. Elle espérait de tout cœur arriver à concilier les attentes des deux hommes.

Constatant que Fortuné s’efforcerait d’être un bon mari et un bon baron pour elle, Fleur se réjouit :
« Mon Fortuné. Nous nous sommes si bien trouvés… »

Son promis ne répondit rien mais il ressentait la même chose.

Le 19e Battage (9 août), s’ouvrait une journée marquée par un très beau temps. Niscarvin décida de se passer de morphée et il s’y tint. Il acheva la réparation du bateau de Cliff, bénéficiant d’une meilleure aide. Arnolphe de son côté aidait les villageois dans les tâches les plus physiques.

Durant l’après-midi, les deux hommes se concertèrent. Fleur n’était toujours pas réapparue. Pourtant, le temps y était propice. Ils commençaient à s’inquiéter. Elle devait absolument lancer les travaux, car c’était elle qui avait établi les plans du château, c’était encore elle qui avait recruté les hommes pour la rénovation. Ces derniers attendaient maintenant les instructions de la jeune femme, tout comme Dave.

Vers le soir, ils finirent par se téléporter. Ils arrivèrent dans un champ, quelque part dans la campagne environnante. Ils eurent du mal à se repérer, marchèrent un bon moment, tâchant de rejoindre la côte, avant d’atteindre enfin le port, à la nuit tombante.

A Ville-Barnet, malgré une mer clémente, Fleur ne chercha pas de bateau, attendant silencieusement que ses amis viennent la chercher. Fortuné se demanda pourquoi elle ne cherchait pas à poursuivre sa fichue mission, mais trop heureux de l’avoir rien qu’à lui, il ne posa pas de question.

Le matin, elle alla rendre visite avec Fortuné à Cliff, expliquant en chemin à son promis que le brave marin en avait pour plusieurs mois de convalescence et qu’il n’avait pour l’instant plus de bateau. La famille les accueillit et les conduit jusqu’à sa chambre. Fleur le salua, lui présenta son bien-aimé. Elle s’enquit de sa santé, faisant preuve de compassion et de sympathie. Elle le rassura à propos de son bateau, lui assurant qu’ils feraient le nécessaire pour le réparer et le lui rendre. Puis, elle lui offrit 3 000 pièces d’or, à titre de dédommagement, consciente qu’il ne pourrait subvenir aux besoins de sa famille pendant les prochains mois. Ne s’attendant pas à un tel geste de la noble demoiselle, il la remercia très ému. « Soyez bénie ! » Elle lui dit qu’ainsi il pourrait se rétablir sans tracas. Elle lui demanda comme un service s’il pouvait juste oublier leurs noms. Le brave marin accepta, arguant que c’était le moins qu’il puisse faire pour la remercier.

Dans l’après-midi, profitant qu’il faisait beau temps, ils se promenèrent dans la campagne environnante, ce qui fit du bien à leurs montures, aux écuries depuis plusieurs jours. Les deux tourtereaux filaient le parfait amour. En parfait charmeur, Fortuné ensorcelait Fleur qui ne cessait de rougir sous l’effet de ses prunelles vertes et de son sourire enchanteur.

Tandis que la nuit tombait, Fortuné et Fleur, qui s’apprêtaient à commander un bon repas, virent entrer dans l’auberge Arnolphe et Niscarvin. Tout en les saluant, la jeune femme eut un pincement au cœur, sachant ce qu’il lui restait à faire : écarter une fois de plus Fortuné de son chemin. Après avoir rassuré ses amis, elle se lança, usant de son Pouvoir et de son collier de Bénédiction :

« Mon aimé, j’ai longuement réfléchi. Étant retenue ici, nous ne pourrons nous fiancer qu’à mon retour, c’est-à-dire dans deux mois. En conséquence, je me disais que si vous regagniez Neuhor, vous pourriez peut-être accélérer les préparatifs de notre mariage, pendant que j’achève ma mission. Voyez avec nos parents pour qu’ils n’envisagent pas une date trop lointaine. A quoi bon attendre un an ? »

Fortuné réfléchit un instant. La laisser ici ne l’enchantait guère, mais elle lui présentait là un argument de poids. Elle poursuivit sa plaidoirie : « En ces temps troublés, il serait préférable de nous marier dans un climat de paix, plutôt qu’à la hâte en temps de guerre. La menace d’un conflit se précise, et votre père l’a bien compris. Cela étant, entendez-moi bien Fortuné, rien ne m’empêchera de m’unir à vous, pas même la guerre. »

Se souciant sincèrement de Korritil, elle ajouta :
« En plus, vous êtes parti depuis des jours. Votre père va finir par s’inquiéter. Au moins, vous pourrez le rassurer et lui dire aussi que je vais bien.
- Vous avez raison ma douce. Vous pouvez compter sur moi. Je vais tout faire pour que nous puissions nous marier au plus vite. Il me tarde que vous deveniez ma femme.
- J’attends cela avec impatience mon aimé. »

Arnolphe toussota. Le couple, arborant un sourire amusé, avait saisi le message, et Fortuné se contenta de lui faire un baisemain, en la dévorant du regard. Pour le rassurer, elle s’engagea :
« Mon aimé, je vous promets que je vous resterai fidèle et que je serai prudente. Pas vrai mes amis ?
- Oui. Ne vous inquiétez pas Fortuné. Nous vous ramènerons votre promise saine et sauve.
- Il y a intérêt.
- Tout ira bien. Confirma l’archer.
- A mon retour, lorsque nous serons fiancés, je plaiderai notre cause auprès du comte pour qu’il cesse de vous tenir à l’écart. Je refuse de baser notre mariage sur des mensonges et des non-dits ; il faudra bien qu’il le comprenne, car je souffre trop d’être séparée de vous.
- Ça je confirme, elle n’arrête pas de se plaindre… précisa le saltimbanque dans sa barbe.
- Mais pour cette fois, compléta Fleur, j’ai donné ma parole alors je dois aller jusqu’au bout. Aussi, je vais me démener pour vous retrouver le plus vite possible. »

Comme les portes de la ville allaient fermer, les deux amis prirent une chambre pour la nuit, et ils partagèrent ensemble un bon repas. Ils prolongèrent la pension de leurs chevaux pour deux huitaines. Fleur régla son séjour et celui de son bien-aimé.

Conscients qu’ils vivaient leur dernière nuit ensemble avant deux longs mois, ils s’adonnèrent à des ébats très agréables. Fortuné était un très bon amant, mais Fleur combla largement tous ses désirs, à deux reprises, laissant son promis, épuisé, s’endormir avec un sourire aux lèvres.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 6

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 23:08

Préparatifs des travaux

Le 20e Battage (10 août), décidé à tout faire pour hâter leur mariage, Fortuné demanda à Fleur si elle pouvait écrire une lettre pour ses parents dans laquelle elle le soutenait en ce sens. Elle accepta, mais elle n’avait pas de quoi écrire. Ils se rendirent en ville, se procurèrent une plume et du parchemin auprès d’un écrivain public. Ils revinrent à l’auberge.

Demandant conseil à son bien-aimé, elle rédigea une missive dans laquelle elle rassurait avant tout ses parents, espérant qu’ils se portaient bien et s’excusant pour le tracas que la rumeur de sa mort leur avait causé. Elle se portait bien et s’efforçait de faire honneur à leur famille en servant au mieux leur suzerain. Puis elle leur demandait de bien vouloir faire bon accueil à son bien-aimé qu’elle soutenait dans ses démarches. Elle leur demandait humblement de bien vouloir voir avec Korritil s’ils ne pouvaient pas hâter leur mariage, car, d’après ses informations, la menace d’un conflit se précisait et il lui semblait préférable de célébrer leur union dans un climat de paix. Par ailleurs, si son devoir ne l’avait pas obligée à les quitter précipitamment, elle aurait déjà dû être fiancée à Fortuné. Elle leur précisait enfin qu’elle serait encore absente deux mois, les priant de ne pas s’inquiéter et les embrassant fort. En tendant la missive à Fortuné, elle le prévint :

« Je me dois toutefois de te mettre en garde mon aimé. En me rejoignant ici, tu as enfreint les ordres de notre suzerain, et cela risque de déplaire fortement à Père.
- Tu lui as déjà dit ce que tu faisais pour ton suzerain ?
- A part durant le tournoi, non.
- Si je lui explique que le comte envoie son héritière sur une île infestée d’Ondins, tu crois qu’il sera ravi ?
- Tu marques un point.
- Je vais donc expliquer à tes parents que je t’ai cherchée parce que tu me manquais, et que je m’inquiétais. On a été abusés par de fausses informations, mais heureusement j’ai réussi à te contacter et j’ai vu que tu allais bien.
- Tu as raison. Ce sera plus simple. »

Comme ses amis l’attendaient, les deux tourtereaux s’isolèrent pour se dire au revoir. Follement épris, l’instant fut déchirant, autant pour lui que pour elle, et ils étaient tous les deux en larmes. Entrelacés, ils se jurèrent fidélité et se réaffirmèrent leur amour. Fleur l’implora :

« Mon Fortuné, je t’en supplie, ne m’en tiens pas rigueur. Bientôt, nous serons fiancés et le comte ne pourra plus composer sans toi. J’y veillerai.
- Je le sais, ma Fleur. Ce n’est pas à toi que j’en veux. »

Elle l’informa qu’elle le contacterait dès lors que sa mission s’achèverait, comme prévu. Toutefois, comme sa missive passerait sûrement par la mer, ce qui était moins sûr et plus long, elle lui demanda de la rejoindre quoi qu’il arrive d’ici deux mois à Antegnar. Et si par chance, elle pouvait revenir plus tôt, elle s’arrangerait dans ce cas pour le contacter, afin qu’ils puissent se retrouver et se fiancer le plus vite possible.      

Sachant qu’à cause d’elle, il était fauché, elle lui donna 1 000 pièces d’or. Fortuné protesta :
« Non, ma mie, c’est trop, je ne puis.
- Accepte-les mon aimé. Tu as dépensé des fortunes par ma faute et je veux que tu fasses bonne route. Il n’y a pas de gêne à avoir, après tout, d’ici peu, nous partagerons tout, y compris nos biens.
- Dans ce cas je considère cela comme un prêt que je compte bien te rendre.
- Comme tu veux. »  

Elle l’exhorta à se montrer très prudent, regrettant de le laisser partir seul. Il déposa un baiser sur son front en répétant à sa timorée promise : « Cesse de te tracasser ma douce. »

S’il devait croiser Philomon, elle déclara qu’elle lui faisait confiance, et qu’elle savait qu’il ne dirait rien. Elle lui demanda enfin de saluer Korritil, Orlande, ses amis, espérant qu’ils ne la détestaient pas trop, et ses parents.

Voyant ses compagnons qui l’attendaient à quelques pas de là, Fleur fondit de nouveau en larmes :
« Mon Dieu, Fortuné, tu vas tant me manquer…
- Ma Fleur… » murmura-t-il en la serrant dans ses bras.

Il détestait la voir pleurer. Fortuné prit alors sur lui. Il sécha ses larmes en lui caressant tendrement le visage. Il la consola en lui assurant qu’il allait se démener pour hâter leur mariage et qu’elle pouvait compter sur lui. Fleur retrouva son calme. Ils savourèrent un dernier baiser passionné, et Fortuné quitta l’auberge sans se retourner pour lui faciliter la tâche.

Peu après, elle quittait à son tour l’établissement avec ses deux amis. Niscarvin lui demanda :
« Bah alors ? Qu’est-ce qui t’es arrivé ? Pourquoi t’es pas rentrée ?
- Désolée. En fait, j’avais déjà essayé de convaincre Fortuné de repartir, mais il ne voulait rien savoir, après l’affreuse huitaine qu’il a vécue. J’attendais que vous veniez me chercher pour avoir votre soutien.
- Pourtant, tu n’en as pas eu besoin, il a accepté sans poser de problème.
- C’est vrai. J’ai finalement trouvé un argument de poids. Au moins, j’achèverai notre mission plus sereine en sachant qu’il se démène pour notre mariage. »

Puis Fleur s’enquit : « Et vous alors ? Qu’avez-vous fait en mon absence ? »

Arnolphe lui rapporta qu’il avait aidé les villageois. Niscarvin lui avait discuté avec Jonathan, faisant remarquer à la jeune femme qu’il était très calme quand elle n’était pas là. Pour toute réponse, elle haussa les épaules. Le saltimbanque avait également réparé le bateau de Cliff avec quelques habitants. Elle les félicita. Ravie pour le marin, elle les informa qu’elle lui avait rendu visite la veille et qu’elle lui avait remis 3 000 pièces d’or pour qu’il se rétablisse l’esprit serein, même si Niscarvin trouvait la somme un peu trop généreuse. Approuvant son geste, ils lui remboursèrent 2 000 pièces d’or car ils souhaitaient participer. Fleur leur précisa que Cliff avait promis d’oublier leurs noms.  

Sachant que la faiblesse de Fleur, c’était son Fortuné, le saltimbanque lui demanda :

« Dis-moi. Tu n’as rien dit à propos de la mission ?
- A ses amis ? Je n’ai rien dit.
- Oui… Et à Fortuné ?
- J’avoue qu’il s’est montré curieux. Il m’a posé des questions. Il est loin d’être stupide tu sais. Mais en tout cas, je n’ai rien dit de précis. Je ne lui ai pas parlé du collier. Et il m’a juré de garder le silence.
- Mouais. »

Fleur les informa aussi qu’elle avait versé un peu d’argent au tavernier pour qu’il oublie le passage de Fortuné, de ses amis et le leur.

Les trois compagnons se téléportèrent. Réapparaissant au château, Dave fut un peu surpris, et demanda d’ailleurs à la jeune femme depuis quand elle était rentrée, car il ne l’avait pas vue arriver. Elle prétexta qu’elle était passée par Qres. Sceptique, Dave essaya d’en savoir plus mais ils éludèrent ses questions.

Fleur demanda à Dave de contacter les ouvriers pour commencer au plus vite les travaux. Puis elle demanda des nouvelles de l’inventaire. Dave l’informa qu’ils avaient examiné les arquebuses et ils avaient dû s’en débarrasser car elles étaient inutilisables. La jeune femme lui fit remarquer qu’elle aurait aimé en être informée avant qu’ils ne jettent les armes. Dave lui rétorqua qu’elle s’était absentée plusieurs jours. Fred les informa qu’il avait mis en place des patrouilles. Dave leur fit part de ses observations sur l’état des comptes. L’ancien seigneur était désargenté. Fleur lui réclama les listes des ressources du château qu’elle lui avait demandées pour les remettre au comte. Les Claybars rapportèrent que l’homme placé à la tête du phare n’était pas très compétent. Aussi, Fleur demanda à Dave de placer au plus vite un meilleur gardien. Elle souhaitait aussi établir une liste des ouvriers employés dans les chantiers pour l’exemption de taxes. Afin de planifier les travaux, les trois compagnons convinrent d’une réunion le 22e Battage. Fleur demanda enfin, à titre personnel, un renseignement d’ordre juridique à Dave. Sans lui donner de noms, de faits précis, elle cherchait à savoir un chevalier de la Rose pouvait exécuter un banni revenu illégalement dans le duché, sachant que ce proscrit avait mutilé une femme dix ans auparavant et que le chevalier y était autorisé par le jugement du défunt duc. Dave lui expliqua que d’une part la décision l’y autorisant pouvait être cassée par le nouveau duc, et que d’autre part, la durée de bannissement était généralement de dix ans. L’homme pourrait donc bientôt revenir légalement dans le duché.

Le 21e Battage (11 août), Fleur refit les plans de façon plus détaillée pour aider les ouvriers dans leur tâche grâce à son Pouvoir et sa bénédiction. Niscarvin l’aida en lui apportant de bonnes idées pour l’optimiser. Elle parvint à des plans d’architectures très satisfaisants, bien pensés, faciles à exécuter pour les ouvriers. Puis Niscarvin lui parla de la soi-disant prophétie. Il lui expliqua que c’était un ancien rituel mis en vers, mais il n’arrivait pas à en déterminer l’époque. Il lui montra la copie du texte. En faisant appel à son Pouvoir, Fleur fouilla dans ses connaissances historiques et comprit qu’il devait s’agir d’un rituel telxe. Cela faisait en effet allusion à certaines de leurs pratiques. Les « géants du Nord » faisaient allusion aux titans, créatures du Premier Age aux pouvoirs rivalisant avec celui des dieux. Fleur ne put l’éclairer davantage, n’ayant pas de connaissances en magie. Les menhirs telxes encore présents sur l’île formaient un réseau magique. Le rituel pouvait certainement être réactivé, en utilisant leurs méthodes, c’est-à-dire à coup de sacrifices. Niscarvin qui n’arrivait pas à percer ce mystère avait bien envie d’en toucher un mot à Piscis dès lors qu’il en aurait l’occasion. Fleur proposa à Niscarvin de reprendre leurs entrainements à l’escrime. Les trois amis convinrent enfin de se rendre à Antegnar par téléportation le 28e Battage, dès lors que les travaux auraient débuté, car avant cela, plusieurs jours chômés les retardaient.

Le 22e Battage (12 août), il faisait mauvais temps. Les Claybars vinrent rencontrer comme convenu les trois amis au château. Fleur leur montra ses plans. Ils apprécièrent son travail, étonnés par ses connaissances en architecture. Fleur prétexta que le château de Qres lui rappelait celui de ses parents à Pertagne, datant à peu près de la même époque, ce qui n’était pas totalement faux. Les deux frères avaient réfléchi au roulement des équipes. Ils se chargeaient de contacter les ouvriers. Les travaux commenceraient donc le 27e Battage. Ils estimaient qu’il faudrait une dizaine d’hommes d’armes professionnels pour assurer la défense de l’île, ce qui impliquait de leur payer une solde et de les équiper. Ils proposèrent même de se charger de leur recrutement, ayant des réseaux sur le continent. Fleur avait déjà réfléchi à la question et était de leur avis, mais elle les avisa que la décision reviendrait au comte, et elle les invita pour le moment à ne pas prendre d’initiative sans un ordre de sa part. Dave lui transmit la liste des ressources pour le comte. Fleur leur demanda s’ils avaient commencé à dédommager les gens. Ils répondirent qu’ils le faisaient, par petits versements. Fleur les jaugea. Les Claybars lui semblaient un peu pingres. Ils prétendaient qu’ils n’avaient pas suffisamment de fonds pour dédommager tout le monde. Fleur leur rappela alors qu’ils leur avaient confiés plusieurs butins d’importance amassés par les Ondins et qu’elle comptait en conséquence sur leur honnêteté. Ils lui assurèrent qu’ils feraient de leur mieux.

Le 23e Battage (13 août), la mer démontée ne laissait pas d’autres choix aux trois amis de rester sagement au château. Fleur assista Arnolphe dans sa leçon de lecture, tandis que Niscarvin s’entrainait avec un garde. Une femme vint voir la demoiselle. Elle venait la remercier car Fred lui avait versé de l’argent, et il lui avait dit où la trouver. La belle de Lasus lui suggéra de faire passer le message que les deux frères redistribuaient de l’argent volé par les Ondins.  

Puis Fleur rédigea une lettre pour son frère Guilhem, et pour le petit Gilbert qu’ils avaient sauvé des griffes de la guilde des voleurs de Relfs. Arnolphe lui demanda d’ailleurs de saluer le garçon de sa part.

Le 24e Battage (14 août) était marqué par un beau temps toute la journée. Aussi Arnolphe et Niscarvin en profitèrent pour gagner Qres voir Jonathan. La jeune femme, elle, préférait rester au château pour s’entrainer avec les gardes. Puis, elle établit une liste des achats à envisager pour renforcer les défenses de la place de sûreté.

Le saltimbanque demanda à Jonathan ce qu’il pensait des informations fournies par Fleur. A deux, ils tentèrent de percer le mystère de ce rituel, en vain. Puis Niscarvin alla voir les menhirs, mais il ne sentit aucune magie.

Le soir, ils échangèrent sur leurs dernières péripéties. Niscarvin avait les idées plus claires.    

Le 25e Battage (15 août), en attendant le début des travaux, Niscarvin et Fleur s’entrainèrent dans la haute-cour, profitant du beau temps.

Le 26e Battage (16 août), le ciel se chargea et un orage éclata. Fleur inspecta l’intérieur du château avec Dave, vérifiant notamment le confort des chambres. D’après lui, pour assurer un confort minimum, il faudrait le rééquiper en mobilier et fournitures ce qui pourrait valoir entre 10 000 et 20 000 pièces d’or. Il lui mit ses estimations par écrit. Puis Fleur s’isola pour vérifier les inventaires avec son Pouvoir : elle trouva des anomalies. Certaines ressources avaient disparu. D’autres lui semblaient nettement sous-évaluées.
Fichiers joints
Lettres Guilhem.docx Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(16 Ko) Téléchargé 0 fois


Dernière édition par Fleur le Sam 6 Aoû - 3:31, édité 3 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 7

Message  Fleur le Dim 31 Juil - 23:16

Le début des travaux

Le 27e Battage (17 août), les travaux commencèrent comme convenu. Fleur expliqua ses plans aux équipes. Les débuts furent laborieux. Il fallait composer les équipes et les roder. Fleur dirigea bien les travaux. Elle demanda à Dave pour lui parler en privé. Quand la journée s’acheva, elle lui montra son inventaire, pointant les irrégularités. Il expliqua les manques par la vente de certains objets. Il lui rétorqua qu’ils étaient meilleurs négociants qu’elle, et qu’elle n’avait pas examiné ces ressources dans le détail comme lui. Fleur se défendit en lui expliquant qu’elle était fille de baron, et qu’elle s’occupait des affaires de la baronnie avec son père depuis une quinzaine d’années. Mais Dave n’en démordait pas. Il lui proposa de venir avec lui la prochaine fois qu’il devrait négocier des prix. Sentant qu’un froid s’installait entre eux, Fleur calma le jeu, en attendant d’en discuter avec ses amis. Elle lui fit sentir toutefois qu’elle l’avait à l’œil. Dave partit vexé.

Le 28e Battage (18 août), Dave et Fleur dirigeaient les équipes laborieusement. Ils ne se consultaient pas, se contredisaient. Grâce à son Pouvoir, Arnolphe repérait parmi les ouvriers qui travaillait bien et qui trainait la patte. Il rabrouait les tire-au-flanc. Niscarvin se fondit parmi les ouvriers en se mettant à l’œuvre, recherchant leur sympathie. Fleur essaya de se montrer aimable avec Dave mais il demeurait froid.

Le 29e Battage (19 août), Arnolphe surveillait bien les ouvriers. Fleur, usant de son collier de Bénédiction, et Dave, chacun de leur côté, coordonnaient très bien les travaux. Niscarvin, parmi les ouvriers, travaillait très bien mais ne parut pas très sympathique à ses camarades, sans doute trop solitaire.
Le soir venu, les trois amis se réunirent pour parler de leur périple, ce qui soulagea Niscarvin.

 Le 30e Battage (20 août), Arnolphe releva un peu sa vigilance. Fleur se montra moins adroite dans ses directives malgré son collier de Bénédiction. Dave se révéla nettement plus efficace. Niscarvin travaillait extrêmement bien, mais ne parvenait pas à gagner la sympathie des ouvriers.

Le 31e Battage (21 août), avec son collier de Bénédiction, Fleur dirigea mieux les travaux que Dave. Niscarvin travaillait correctement, et peinait toujours à s’intégrer. Il en profita toutefois pour écouter les bruits qui circulaient sur le chantier. Les ouvriers sentaient qu’il y avait une friction entre la belle de Lasus et Dave Claybars. Ils se contredisaient par moment, et manifestement, Dave préférait diriger seul. Les ouvriers estimaient qu’il serait mieux de n’avoir qu’un seul donneur d’ordres. Dans leurs rangs, Arnolphe avait réussi à insuffler une certaine discipline.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 8

Message  Fleur le Lun 1 Aoû - 2:32

Escale à Antegnar

Le Huiti 32e Battage (22 août), Arnolphe parvint à jeuner et Niscarvin à se passer de morphée.
Fleur trouva grâce à son collier de Bénédiction un marin acceptant de les amener à Ville-Barnet. Les trois amis souhaitaient se téléporter en toute discrétion. Ils s’éloignèrent de la ville et usèrent du collier pour atteindre Antegnar, deux heures et demie plus tard. Ils arrivèrent à deux kilomètres de la ville vers midi.

Ils rendirent au château, demandèrent une audience mais le comte était occupé et les recevrait le lendemain. Toutefois, le comte avait laissé des instructions pour que ses trois agents soient logés.

Les trois amis se lavèrent, se changèrent, optant pour une tenue plus adaptée à la Cour. Suivant les recommandations de la prêtresse, Fleur recouvra ses cheveux d’un voile de soie rose attaché à son chignon, par respect pour son bien-aimé.
Dans l’après-midi, les trois amis rejoignirent la Cour, participant à la promenade dans les jardins. Fleur retrouva Sifroy de Nivert. Son père lui avait demandé de nouer un bon contact avec lui. Aussi, elle en profita pour conforter la bonne impression qu’elle lui avait laissée lors de la réception du comte. Ils discutèrent un moment ensemble. Le chevalier se souvenait bien d’elle. Il la trouva assez sympathique, mieux que la dernière fois. Fleur lui demanda s’il avait assisté au tournoi pour la Huitaine sainte à Neuhor. Il lui répondit que oui. Il salua sa performance en danse, lui disant qu’il danserait bien avec elle à l’occasion. Fleur accepta tant que cela restait en tout bien tout honneur. Elle justifia sa performance par les enseignements de sa mère Elfe. Le chevalier loua sa modestie. Fleur le laissa sur une bonne impression.

Le soir, les trois amis furent invités au repas. Fleur était placée à côté de la comtesse. Elle fit honneur à sa famille en se montrant très civilisée et scrupuleuse avec l’étiquette. La prêtresse lui demanda si elle s’était fiancée. Avec un pincement au cœur, Fleur lui expliqua qu’elle avait été obligée de repousser ses fiançailles par devoir. Mais son union avec Fortuné de Melville était toujours prévue. Niscarvin tenta de faire rire les convives mais il se heurta à un auditoire exigeant, et reçut un accueil glacial. Fleur tenta de le défendre, expliquant que le Baladin était ordinairement bien meilleur et qu’il avait fait merveille au tournoi, mais les convives ne furent pas convaincus.

Le 33e Battage (23 août), le comte reçut les trois amis. Niscarvin lui rapporta leurs péripéties : leur passage à Néac, leur arrivée à Qres, leurs combats contre les Ondins. Il lui précisa que l’ancien seigneur était mort. Il annonça au comte qu’ils avaient placé l’ancre, et que, grâce à Arnolphe, elle était très bien cachée. Il l’informa que la barrière magique protégeant le château était endommagée.

Fleur montra ensuite ses plans des travaux, l’inventaire des ressources, lui fit part également des manques. Elle expliqua que l’on pouvait par exemple envisager la fabrication de machines de guerre, mais pensait ne pas produire des plans aussi brillants que ceux d’un véritable architecte. Elle précisa au comte qu’ils n’avaient pas pris d’architecte pour demeurer discret. Niscarvin ajouta que de toute façon, cela aurait été une difficulté supplémentaire de le protéger face aux Ondins. Constatant la qualité de ses plans du château, le comte lui demanda d’en établir tout de même. Le comte demanda combien de temps devaient durer les travaux. Fleur lui annonça deux mois de travaux, sachant qu’ils avaient débuté depuis une huitaine. Cela s’expliquait par le manque de main-d’œuvre et leur manque de qualification. Sans le vouloir, Fleur se montrait un peu pessimiste, par excès de transparence, inquiétant un peu son suzerain. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle lui assura qu’elle était sûre de ses plans, que le travail serait bien fait, mais que cela prendrait du temps, puisqu’ils ne pouvaient pas recruter de la main-d’œuvre de l’extérieur.

Constatant les frais importants supplémentaires qu’il n’avait pas prévu, le comte songea dans un premier temps à lever un impôt. Mais Fleur le lui déconseilla car la population était exsangue, et avait beaucoup souffert des Ondins, dépouillée de ses biens. Fleur lui suggéra surtout d’engager des gardes professionnels pour défendre le château lorsqu’ils ne seraient plus là pour le faire. Elle lui rapporta qu’ils avaient bien levé une milice mais elle se composait de paysans, pas de vrais soldats. Elle évoqua la nomination temporaire des Claybars, avec Dave comme intendant et Fred comme capitaine, qui leur avaient semblé les seuls compétents pour réorganiser la vie sur les deux îles. Ses deux amis confirmèrent ses dires. Niscarvin lui dit que les deux frères semblaient honnêtes. Le comte leur faisait confiance et nomma officiellement les Claybars. Il leur alloua une rente de 6 000 pièces d’or par mois, à charge pour eux de l’utiliser en fonction des besoins, expliquant qu’il donnait la même chose à l’ancien seigneur. Sur cette rente, il faudrait payer des gardes. Fleur suggéra au comte de prendre des soldats de sa garnison d’Antegnar. Damien d’Enro allait demander à Lyonide de sélectionner quelques soldats. Il chargea Fleur de les recruter et de négocier leur solde.

Les trois amis demandèrent au comte s’ils devaient retourner sur les îles jusqu’à la fin des travaux. Le seigneur ne savait pas trop quoi leur répondre, il s’en remettait à leur jugement. Ses trois agents estimaient que leur présence n’était plus nécessaire à présent que les travaux étaient lancés. Le comte les chargea de revenir faire un état de leur avancée dans un mois. Il enverrait ensuite quelqu’un de confiance pour contrôler leur achèvement.

Le comte leur demanda le collier de téléportation, mais les trois agents lui expliquèrent qu’ils étaient venus par ce moyen et qu’ils risquaient d’en avoir encore besoin. Il leur laissa donc pour un mois.

Les trois amis se rendirent ensuite en ville. Ils firent changer leurs objets provenant de la nef. Fleur usa son collier de Bénédiction. Ils en obtinrent 12 000 pièces d’or. Niscarvin se procura du matériel de chirurgie. Les deux hommes proposèrent à Fleur d’aller à Néac pendant le mois qu’il leur restait à faire, puisqu’ils n’étaient plus indispensables sur le chantier. Elle accepta. Puis elle se rendit chez un orfèvre. Elle lui commanda une chevalière en or incrustée d’émaux pour son bien-aimé, en vue de leurs fiançailles. Elle décrivit à l’orfèvre le bijou qu’elle souhaitait : un blason réunissant celui des Lasus et celui de Fortuné sur la face, et deux F imbriqués l’un dans l’autre gravés sur l’anneau. Rien ne l’y obligeait. Seul le fiancé devait offrit un présent. Mais elle y tenait et elle versa 1 000 pièces d’or à l’artisan. A ce prix, l’orfèvre s’engagea à ajuster la chevalière gratuitement. La fabrication lui prendrait quelques jours. La jeune femme le paya d’avance et l’informa qu’elle repasserait d’ici un mois.

Le soir, les trois amis discutèrent de leurs péripéties.

Le 34e Battage (24 août), en attendant des nouvelles de Lyonide qui devait sélectionner quelques soldats, Fleur se renseigna pour contacter son bien-aimé grâce à la magie : on lui demandait 1 200 pièces. Raisonnable, elle rédigea une lettre pour Fortuné dans laquelle elle lui annonçait son retour d’ici un mois. Puis elle se rendit en ville. Elle trouva des coursiers pour faire partir son courrier : une lettre pour Gilbert à Londornagne, et une pour Fortuné à Neuhor moyennant 50 pièces d’or qui arriverait sous cinq jours.

Le soir au château, Niscarvin se rattrapa et se montra nettement plus drôle. Les trois jours suivants, Fleur et Niscarvin s’entrainaient tandis qu’Arnolphe poursuivait sa lecture.

Le 37e Battage (27 août), Niscarvin et Fleur s’entrainaient quand Lyonide vint les prévenir qu’elle avait sélectionné six soldats prêts à partir sur les îles. Fleur, aidée par Niscarvin, et usant de son collier de Bénédiction, négocia leur solde, mais les gardes se montrèrent dur en affaire. Trois soldats furent engagés pour un salaire de 1 350 pièces d’or par mois. Ils devaient être prêts à partir le lendemain matin.

Le 38e Battage (28 août), il faisait mauvais temps. Les trois agents du comte se téléportèrent avec les gardes, bien guidés par Arnolphe usant de son Pouvoir, jusqu’à Ville-Barnet. Ils arrivèrent dans la campagne. L’archer arrivait à se repérer. Niscarvin se renseigna, il trouva un paysan un peu sourd qui lui indiqua qu’ils n’allaient pas dans la bonne direction, Ville-Barnet se trouvait dans le sens opposé. Le saltimbanque conseilla donc de faire demi-tour. Fleur, étonnée, lui dit : « Tu es sûr ? Arnolphe nous a toujours bien guidés pourtant. » Elle décida de se renseigner elle aussi. Elle croisa un fermier qui lui indiqua qu’ils se trouvaient sur la bonne direction. Finalement, tout le monde se rangea à l’avis d’Arnolphe. Atteignant Ville-Barnet tard, ils se rendirent à l’auberge. Niscarvin reconnut que la jeune femme avait raison. Ils prirent une chambre et payèrent le séjour des soldats. Fleur en profita pour faire leur connaissance. Les gardes la trouvèrent assez sympathique.
Fichiers joints
Lettres 3.docx Lettre pour FortunéVous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(17 Ko) Téléchargé 0 fois


Dernière édition par Fleur le Sam 6 Aoû - 3:33, édité 1 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 8

Message  Fleur le Sam 6 Aoû - 3:28

En attendant la fin des travaux...

Le 39e Battage (29 août) était un jour férié. Niscarvin était en grande forme. Ils se rendirent au port avec les soldats. Fleur trouva un bateau. Le marin n’était pas très doué et ses passagers durent s’accrocher pour ne pas chavirer. Il les amena tout de même au port de Qres.

 Les trois agents se rendirent chez les Claybars. Dave était absent mais Fred était bien là. Niscarvin lui demanda où se trouvait son frère. Fred lui répondit que Dave se trouvait au château. Fleur lui annonça leur nomination officielle. Elle leur présenta les trois gardes. Fred parut déçu et le fut encore plus lorsqu’elle lui précisa qu’ils disposeraient d’une rente de 6 000 pièces d’or pour payer les gardes, se rémunérer et procéder aux autres achats nécessaires. Il se permit de rétorquer à la jeune femme :

« Vous avez bien mal négocié !
- Négocier ?! Parce que vous croyez que l’on peut négocier quoi que ce soit avec monseigneur ? Il a eu la bonté de concéder 6 000 pièces d’or alors vous ferez avec. »

Elle lui remit la lettre du comte. Les trois agents se rendirent ensuite à Houqbrec. Ils furent accueillis par Dave. Fleur lui annonça leur nomination officielle et la rente de 6 000 pièces d’or. Dave montra à la jeune femme l’avancée des travaux. Constatant qu’ils avaient bien avancé, elle le complimenta.

Durant la journée du 40e Battage (30 août), Fleur usa de son Pouvoir et de son collier de bénédiction pour réaliser les plans d’une pierrière et d’une baliste à caillou. Arnolphe poursuivit sa lecture. Niscarvin donna un cours de patois local aux gardes venus d’Antegnar et les aida à s’intégrer.

Le 1er Labour (31 août), le temps était très mauvais. Les trois amis décidèrent de différer leur départ pour Néac. Arnolphe continuait sa lecture, tandis que Niscarvin et Fleur s’entrainaient à l’escrime.

Le 2e Labour (1er septembre), les trois amis furent sur le départ. Fleur, aidée par Niscarvin, trouva un bateau. A midi, ils étaient à l’auberge de Ville-Barnet. Ils achetèrent des rations, et partirent dans l’après-midi après s’être restaurés.

Ils avaient parcouru dix kilomètres quand Fleur repéra une embuscade de Gobelins. Elle cria : « Embuscade ! Gobelins ! »

Elle descendit de cheval et dégaina ses lames. Elle esquiva de dangereuses attaques grâce à son collier de Bénédiction. Arnolphe évita leurs coups. Ils faisaient face à une quinzaine d’individus.

Stratège, Fleur se dit que les Gobelins n’étaient pas très malins, et qu’il suffisait d’en blesser un certain nombre pour les mettre en déroute. Elle les attaqua avec son Pouvoir : elle fit deux morts, en blessa un mortellement. Trois parèrent ses lames, et deux durent se défendre. Arnolphe reçut une blessure mortelle, qu’il réduisit. Les Gobelins infligèrent une blessure légère à la jeune femme, qui réduisit la plaie. Furieuse, elle riposta. Pour l’aider, Arnolphe lui transmit un peu de Pouvoir. Elle tua deux autres Gobelins, en toucha deux mortellement, deux gravement, un archer légèrement. Un autre para ses coups et un dernier dut se défendre. Essoufflée après son attaque, Fleur ne vit pas venir la flèche d’un archer qui se planta dans son cœur. Heureusement Tharès veillait sur elle et par miracle la pointe fut arrêtée par un os, la laissant Gravement blessée au lieu de morte. Arnolphe décocha cinq traits qui trouvèrent leurs cibles, et firent fuir les Gobelins restants.

Niscarvin soigna leurs blessures. La jeune femme était très choquée. Ce n’était pas les premiers Gobelins qu’elle croisait et pourtant… Un moment d’inattention aurait dû la séparer à jamais de ses amis, de sa famille, de son bien-aimé. Et ils n’en étaient qu’au début de la route vers Néac. Consciente qu’elle n’avait plus de Pouvoir, qu’elle était blessée, et qu’elle ne vivait que par la grâce de Tharès, elle demanda à ses amis s’ils pouvaient la raccompagner à Ville-Barnet. Elle les attendrait sur les îles et en profiterait pour surveiller les travaux. Ses deux amis acceptèrent.

Ils firent donc demi-tour, et restèrent à l’auberge pour la nuit, discutant avec la jeune femme qui demeurait angoissée par l’incident. Prévenant, Niscarvin lui demanda ce qu’elle voulait faire à Néac. Elle lui répondit qu’elle devait trouver des coursiers pour envoyer des lettres, une à ses parents et une à son petit frère, les expédiant de Néac pour ne pas révéler leur position. Les deux hommes acceptèrent de le faire pour elle, lui disant qu’elle les rembourserait à leur retour. Elle les remercia. Elle rédigea sur le champ la lettre pour ses parents et leur remit les deux missives. Arnolphe lui demanda leur destination. Celle pour ses parents devait partir pour le château des Lasus à Pertagne, et l’autre, pour Guilhem, devait être expédiée à la commanderie des chevaliers de la Rose, en Aguydenne.

Le matin du 3e Labour (2 septembre), Fleur salua ses compagnons. Elle leur souhaita bon voyage, les priant d’être prudents. Elle indiqua au Baladin l’adresse du marionnettiste qui lui avait confectionné son masque. Puis, elle prolongea la pension de Danseuse jusqu’au 28e Labour moyennant 250 pièces d’or. Elle trouva ensuite un bateau et arriva sans encombre jusqu’à Houqbrec. Dave fut un peu surpris de la voir revenir. Elle lui expliqua simplement qu’ils avaient fait une mauvaise rencontre en route, qu’elle était blessée, et qu’elle avait besoin de reprendre des forces.
Fichiers joints
Lettres parents.docx Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(13 Ko) Téléchargé 0 fois
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 9

Message  Fleur le Sam 6 Aoû - 3:38

Voyage à Néac du 3e au jour de l’équinoxe

En chemin, Niscarvin fit des spectacles. Il eut du succès qui lui rapporta 216 pièces d’or. Le reste de la route se passa sans encombre.

Le 4e Labour (3 septembre), Arnolphe accueillit son ami chez ses parents. Pour le remercier, le saltimbanque chercha un présent pour sa famille.

Le 5e Labour (4 septembre), ils se rendirent chez Piscis. Le mage les accueillit. Il leur rapporta, ravi, qu’il avait poursuivi les fouilles. Il avait mis au jour plusieurs objets magiques, encore en état de fonctionnement. Mais il était toujours gêné par le sort de décrépitude qui engendrait des frais. Niscarvin lui parla de la prophétie, expliquant qu’ils avaient pu établir qu’il s’agissait en fait d’un rituel telxe mis en vers. Piscis examina le texte à l’aide de son Pouvoir. Fasciné par ce qu’il lisait, il expliqua qu’il s’agissait d’un puissant rituel. Les chiffres indiquaient les cycles de l’année auxquels se référaient les Telxes. D’après lui, il pouvait y avoir des liens avec le clan qu’il étudiait. Le mage avait en effet avancé dans ses recherches et ce clan n’était pas aussi isolé qu’il ne l’avait supposé. Il estimait qu’en faisant des recherches poussées en bibliothèque, il pourrait reconstituer le rituel. Niscarvin l’alerta que la magie des Telxes nécessitait des sacrifices. Le mage balaya son objection d’un revers de main. Il envisageait de faire appel à des Elfes noirs pour se procurer des esclaves à sacrifier. Le saltimbanque le prévint :

« Faites attention à l’Inquisition tout de même. »

Piscis estimait que ces gens étaient trop étriqués d’esprit. Ils ne comprenaient pas les autres cultures. Ecoutant le mage, Niscarvin jugea plus sage de ne pas évoquer les Ondins.

Poursuivant sa réflexion, Piscis dit que le sort devait être extrêmement puissant. Très emballé, il avait bien envie de refaire le rituel et de retrouver cet artefact légendaire. Niscarvin tenta de le convaincre de ne pas faire de magie noire, mais en vain. Le mage s’entêta :

« Ce sont des esprits comme les autres. S’ils aiment la souffrance d’autrui c’est que le Créateur les a voulus ainsi. Voilà tout. Les Telxes font des sacrifices parce que c’est dans leur culture. »

Niscarvin proposa tout de même à Piscis de l’aider dans ses recherches, curieux de voir jusqu’où elles aboutiraient. Il demanda au mage s’il existait un moyen de reproduire le rituel sans sacrifices humains, mais Aurélias de Py lui expliqua qu’il serait déjà très ardu de reconstituer le rituel, qu’il fallait en maîtriser tous les tenants pour pouvoir le modifier.

Arnolphe commanda des objets magiques à Piscis : un médaillon d’un bouclier et d’une épée avec une bénédiction niveau 1, et un carquois de création niveau 1 qui produisait des flèches au choix. Le mage indiqua à l’archer que ses artefacts seraient prêts d’ici une huitaine.

Le 6e Labour (5 septembre), les deux hommes s’entrainèrent. La famille trouva le saltimbanque assez sympathique.

Le 7e Labour (6 septembre), Niscarvin accompagna Piscis à la bibliothèque, moyennant 40 pièces d’or. Mais comme il était accompagné d’Aurélias de Py, il entra sans difficulté. Piscis se révélait très efficace dans ses recherches, mobilisant les bonnes ressources. Niscarvin n’était pas assez érudit pour être d’une grande aide.

Avec Arnolphe, ils s’interrogèrent sur la position à adopter vis-à-vis de Piscis. Pouvaient-ils le dissuader de poursuivre ses recherches ? C’était peu probable. Toutefois, à force de vouloir reproduire des rituels de nécromancie, il risquait d’attirer l’attention de l’Inquisition. De plus, cet artefact très puissant car lié aux Titans, s’il était exhumé, pourrait intéresser des créatures maléfiques comme les vampires. Finalement, Niscarvin se dit que l’artefact n’était pas prêt d’être exhumé ; même un mage de l’acabit de Piscis, mettrait un certain temps à reconstituer le rituel. D’ici-là, ils aviseraient.

Le 8e Labour (7 septembre), c’était le huiti. Les deux hommes s’entrainèrent et discutèrent de leur mésaventure avec les Gobelins.

Le 9e Labour (8 septembre), Niscarvin retourna à la bibliothèque avec le mage. Malgré son Pouvoir, celui-ci ne parvint pas à trouver ce qu’il cherchait. Niscarvin comprit que les recherches allaient être longues et que son aide n’était pas déterminante. Il décida de le laisser poursuivre ses travaux seul.

Le 10e Labour (9 septembre), Niscarvin tenta de trouver des coursiers pour expédier le courrier de Fleur, en vain. Il se rendit ensuite chez un forgeron. Il fit réparer son fleuret et racheta une nouvelle rapière. Il chercha de la morphée. Mais son revendeur l’arnaqua et lui fit payer le double du prix. Puis il alla voir le marionnettiste recommandé par la jeune femme. Il se procura une marionnette en bois avec plusieurs tenues. Le soir, il commença à s’entrainer à la ventriloquie.

Le 11e Labour (10 septembre), Niscarvin engagea des coursiers. Moyennant 750 pièces d’or, les lettres allaient mettre quatre jours à atteindre Pertagne et une dizaine de jours pour arriver en Aguydenne. De son côté, Arnolphe poursuivit sa lecture du Liber. Le soir, le saltimbanque s’essaya à donner un spectacle de rue.

Le 12e Labour (11 septembre), les deux hommes récupèrent les objets magiques, la morphée, ainsi que les armes commandées. Niscarvin fit un spectacle de rue qui lui rapporta 60 pièces d’or. Puis il alla voir Piscis à la bibliothèque. Le mage n’avait pas fini ses recherches qui prendraient encore un certain temps. Le Baladin le remercia et lui dit au revoir.

Le soir, le saltimbanque fit un sympathique spectacle pour remercier les Grosjean de leur accueil. Puis les deux hommes échangèrent ensemble sur leurs péripéties.

Le 13e Labour (12 septembre), le temps était assez mauvais, pluvieux. Les deux hommes quittèrent Néac. Ils se perdirent mais s’en rendirent compte assez vite. Vers le soir, Niscarvin chercha un endroit pour dormir. Ils furent accueillis par un aimable laboureur gracieusement. Pour remercier leurs hôtes, Niscarvin égaya la veillée. Il était bon conteur, faisant rire les enfants avec sa marionnette. La famille était ravie. Le paysan, enchanté, leur fournit des rations.

Le 14e Labour (13 septembre), comme il faisait très mauvais temps, le laboureur leur proposa de rester. Ils acceptèrent. Arnolphe proposa son aide, mais par ce temps, leur hôte lui expliqua qu’il n’irait pas au champ, il ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre que l’orage passe.

Le 15e Labour (14 septembre) fut marqué par un temps chaud et ensoleillé toute la journée. Plus ils avançaient, plus l’archer était perdu. Il ne parvenait pas à retrouver la grande route. Les deux hommes s’égaraient dans la campagne. Le soir venu, Niscarvin trouva une modeste taverne. Les deux hommes purent se restaurer et se reposer mais ils n’eurent pas l’esprit tranquille pour leurs affaires. Niscarvin fit un spectacle, empochant 24 pièces d’or. Par chance, on ne leur déroba rien.

Le 16e Labour (15 septembre), ils poursuivirent leur chemin sous un ciel clément. Soudain, Arnolphe aperçut un loup géant qui les suivait. Il eut le temps de crier au loup, mais fut assailli par un deuxième loup qu’il n’avait pas vu. Le saltimbanque vit le premier loup bondir mais fut sérieusement touché. Il usa de son Pouvoir pour se défendre, opposant sa targe aux crocs acérés de la bête. Le loup ne lâchait pas prise et l’entraina au sol. L’archer lui fut pris à la gorge par l’autre animal.

Le loup de Niscarvin secoua sa victime qui fut violemment projetée par son adversaire. Le fauve revint ensuite à la charge. Le saltimbanque puisa dans son Pouvoir et usa de sa bénédiction pour le repousser, mais n’arriva pas à le parer. Non loin de lui, l’autre loup mordit très fort l’archer, qui revint grâce à son Pouvoir. Arnolphe se dégagea, arma son arc, mais manqua sa cible dans la précipitation. Le Pouvoir des deux amis était épuisé et une issue fatale du combat se profilait. Les loups géants s’acharnaient sur leurs proies et s’apprêtaient à les dévorer. Ils ne pouvaient plus que prier. Soudain, Tharès soit loué, chacun fut entouré par un mur blanc. Les loups géants entamèrent ceux-ci avant de se renoncer. Niscarvin et Arnolphe étaient terrorisés.

Lorsque les murs de lumière se dissipèrent, leurs chevaux avaient disparu, probablement dévorés par les loups géants. Comme la nuit allait tomber, Niscarvin chercha de toute urgence un abri. Ils furent logés chez l’habitant. Le baladin leur raconta leur mésaventure.

Le 17e Labour (16 septembre), Arnolphe comprit enfin où ils se trouvaient. Ils n’avaient cessé de tourner en rond et se situaient à 75 kilomètres de Ville-Barnet, ce qui représentait trois jours de marche. Par chance, ils poursuivirent leur route sous un ciel clément. Le soir, Niscarvin leur trouva un logement.

Le 18e Labour (17 septembre), Arnolphe s’orientait bien, malgré une pluie tenace. Le soir, Niscarvin ne trouva personne. Arnolphe dénicha un coin de nature plutôt médiocre, un peu rocailleux. Ils durent se reposer à la belle étoile et dormirent mal.

Le 19e Labour (18 septembre), le temps était lourd, le ciel chargé. Les deux hommes poursuivaient leur route, à bon pas, sous la pluie et l’orage. Le soir, ils atteignirent enfin Ville-Barnet. Ils prirent leurs quartiers à l’auberge. Le saltimbanque s’accorda une bonne dose de morphée.

Le 20e Labour (19 septembre), Niscarvin et Arnolphe cherchèrent un bateau. Il faisait assez mauvais mais la mer était praticable. Le Baladin trouva un homme disposé à faire la traversée mais il demandait à être payé d’avance, et lui donna rendez-vous un peu plus tard. Ils le réglèrent mais attendirent en vain : l’homme leur avait posé un lapin. Le soir, ils échangèrent sur leur affrontement avec les loups et se sentirent mieux.

Le jour de l’équinoxe (20 septembre), la mer était déchainée. Prenant leur mal en patience, Niscarvin fit des spectacles à la taverne, tandis qu’Arnolphe lisait.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 10

Message  Fleur le Sam 6 Aoû - 3:41

Fleur, seule et inquiète

Le 4e Labour (3 septembre), Fleur se rendit sur le chantier pour voir comment les travaux avançaient. Elle proposa à Dave son aide pour diriger les équipes mais il refusa d’un ton agacé, arguant que si elle préférait s’en charger, il avait mieux à faire comme s’occuper de ses affaires. Sachant qu’elle n’était pas au mieux de ses capacités, elle jugea préférable de ne pas relever et n’insista pas.

Elle discuta avec les ouvriers qui la trouvaient très sympathique. Elle en profita pour recueillir leurs confidences, usant de son collier de bénédiction. Ils disaient que la vie sur les deux îles demeurait très difficile. Ils avaient beaucoup perdu. D’après leurs dires, le butin avait été récupéré pour la rénovation du château, ce qui étonna la jeune femme, qui taisait toutefois ses doutes. On lui rapporta aussi que Fred Claybars se prenait pour le seigneur. Les ouvriers lui confirmèrent que les deux frères étaient près de leurs sous. Ils ne prêtaient jamais sans intérêt.

Depuis l’attaque des Gobelins, Fleur se sentait lasse, surtout moralement. Sa poitrine la lançait. Elle ne voyait pas le bout de cette mission, et il lui tardait de revoir ses proches. Chaque jour, elle restait pendant des heures à la chapelle du château. Elle remerciait Tharès de l’avoir sauvée, elle le priait de protéger ses amis, et espérait revoir de tout cœur son cher Fortuné. Puis elle regagnait sa chambre, où elle tachait de reprendre des forces.

Le 10e Labour (9 septembre), Fleur se reposait dans sa chambre quand quelqu’un frappa à sa porte. Elle ouvrit. C’était l’un des gardes recrutés à Antegnar. L’homme, embarrassé, lui confia que Fred Claybars jouait les seigneurs. Il avait dit au soldat que le comte était loin et qu’il avait intérêt à le servir lui s’il ne voulait pas avoir d’ennuis. Le garde aimait bien le comte d’Enro et ne savait pas trop quoi faire. Sur le moment, révoltée par ce qu’elle entendait, le sang de Fleur ne fit qu’un tour et elle eut bien envie d’aller s’expliquer avec Fred. Mais le garde l’en dissuada, voyant bien qu’elle n’était pas en mesure d’agir seule. Elle conseilla alors au soldat de faire profil bas, pour le moment, pour ne pas inquiéter les deux frères, mais lui dit qu’elle en informerait ses amis dès qu’ils rentreraient.

Le 17e Labour (16 septembre), Fleur se rendit à Qres. Elle avait besoin de recueillir les avis du village sur les Claybars, mais elle devait toutefois prendre garde à ne pas attirer l’attention de ces derniers. Elle alla voir Martha. La tenancière lui fit remarquer qu’elle les avait prévenus. Elle confirma les craintes de Fleur. Fred se servait de la milice pour intimider certains habitants. Peu à peu, ils prenaient l’ascendant sur l’île. La tenancière était pessimiste pour l’avenir. Fleur tenta bien de la rassurer en lui disant qu’ils pouvaient tout aussi bien les destituer. Mais la tenancière la prévint : Dave était chicanier et avait surement déjà pris toutes ses précautions. De plus, le suzerain de l’île était le comte d’Echman. Fleur lui fit tout de même savoir qu’elle transmettrait ces informations à ses amis dès qu’ils seraient de retour. Seule, elle ne pouvait rien faire.

Le soir, elle fut hébergée chez la vieille Maggie. Les deux femmes discutèrent un peu. Quand Fleur évoqua son bien-aimé qui lui manquait, la sage-femme esquiva le sujet en expliquant qu’elle était veuve depuis longtemps. La vieille dame manifesta sa sympathie pour la jeune femme : « Vous, je vous aime bien, mais le gros ne me plait pas. » Fleur tenta de la faire changer d’avis sur Arnolphe : « Il est adorable vous savez ? » Mais son hôte n’en démordait pas.
Fleur lui demanda son opinion sur les Claybars. Maggie disait qu’ils voulaient le pouvoir sur l’île. C’étaient des parvenus. Les deux frères s’étaient beaucoup opposés à l’ancien seigneur parce qu’ils voulaient bousculer les traditions, changer les règles et faire du commerce.

Le 18e Labour (17 septembre), il faisait très mauvais temps. Fleur alla rendre visite à Mathias pour lui demander son avis sur les Claybars. Le jeune homme en était très content. Fred assurait efficacement la sécurité. Ils détournaient peut-être de l’argent, mais au moins ils étaient compétents.

Le 19e Labour (18 septembre), Fleur ne put retourner à Houqbrec car la mer était démontée. Elle dut attendre patiemment.

Le 20e Labour (19 septembre), la mer était praticable. Fleur regagna Houqbrec. Réformée, elle ne tenait pas à participer aux festivités de la huitaine sainte pour lesquelles elle ne se sentait pas concernée. Inquiète pour ses amis qui ne revenaient toujours pas, elle se réfugia dans la chapelle pour prier.

De plus en plus inquiète, Fleur attendait le retour de ses amis, se sentant impuissante. Les rumeurs qui circulaient lui minaient le moral. Les trois amis avaient cru bien faire en nommant les Claybars. De fait, les deux frères s’étaient montrés compétents : les travaux étaient bien menés et Fred avait bien commandé les hommes face aux Ondins. Mais par leur faute, ils avaient très certainement détourné des fonds, normalement destinés aux habitants, et depuis qu’ils étaient nommés officiellement, ils jouaient à présent aux seigneurs et se comportaient en tyrans. Certains signes auraient dû pourtant les alerter, comme cet inventaire qu’elle avait examiné avec son Pouvoir. Fleur se sentait particulièrement responsable. Quelle baronne ferait-elle si elle n’était pas capable de nommer de bons officiers ? Avant de faire la leçon à Fortuné, elle ferait mieux d’apprendre de ses propres erreurs. Il fallait rectifier le tir, mais seule et sans Pouvoir, elle ne pouvait rien faire, à part ouvrir ses oreilles et recueillir les témoignages discrètement. Elle faisait donc profil bas pour ne pas éveiller les soupçons des deux frères, en attendant les renforts…
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

La place de sûreté : 6ème étape : Le château 11

Message  Fleur le Sam 6 Aoû - 3:46

Les Claybars

Le 21e Labour (21 septembre), le temps était pluvieux, mais la mer était praticable. A Ville-Barnet, les deux hommes tentèrent à nouveau de trouver un bateau. Ils versèrent 2 00 pièces d’or à un marin qui accepta de les embarquer en ce jour férié. La barque empestait le poisson. Le marinier n’était pas très habile. Les deux amis étaient trempés. Leurs rations étaient imbibées d’eau. Mais ils arrivèrent à bon port. Ils traversèrent le village. Moyennant 30 pièces d’or, un pêcheur de Qres les amena sur l’autre île.

Comme ils s’y attendaient, ils trouvèrent Fleur au château, dans sa chambre. Elle était guérie mais faisait grise mine. Elle semblait lasse moralement. Fleur les accueillit chaleureusement, soulagée de les voir enfin rentrer sains et saufs. Elle leur demanda ce qui leur était arrivé. Niscarvin lui rapporta leur mésaventure avec les loups géants et la perte de leurs chevaux. Elle fut navrée pour eux, et leur suggéra qu’ils pourraient sûrement en racheter d’autres à Ville-Barnet. Elle leur demanda s’ils avaient pu trouver un coursier pour ses missives, les remercia et les remboursa. Niscarvin lui indiqua que ses parents recevraient leur courrier d’ici peu et son frère sous une dizaine de jours. Puis elle leur fit part de ses inquiétudes concernant les Claybars, rapportant les échos qu’elle avait eus. Elle leur demanda ce qu’ils en pensaient. Les deux hommes, éprouvés par leur périple, ne savaient pas trop quoi en penser. Niscarvin estima qu’ils devaient y réfléchir. Les deux hommes l’informèrent de ce qu’ils avaient appris sur le rituel, et Piscis semblait bien décidé à déterrer cette pierre de vie et de mort. Fleur leur fit remarquer que si cet artefact était découvert, il susciterait bien des convoitises, et le risque, c’était qu’il tombe entre les mains de créatures maléfiques comme les Vampires. Elle estimait qu’il faudrait confier cette découverte à des mages blancs capables de mettre en sécurité l’artefact. Elle leur proposa d’en parler à son beau-père, Korritil le Blanc, qui était sous-directeur du département des objets magiques à Neuhor, en évitant bien sûr d’évoquer leurs explorations à Néac. Il avait des relations et saurait certainement quoi faire. Elle s’attendait à le voir prochainement à l’occasion de ses fiançailles avec Fortuné, et rappela à ses amis qu’elle comptait sur leur présence. Ses deux amis se montrèrent réticents, aussi Fleur n’insista pas.

Ce soir-là, Fleur dormit plus sereinement. Le retour de ses amis la rassurait d’autant qu’elle sentait que son Pouvoir revenait. Elle comptait à présent les jours, pressée de regagner Antegnar et de retrouver enfin les siens.

Le 22e Labour (22 septembre), Fleur réfléchit à la situation, fouillant dans ses connaissances en droit à l’aide de son Pouvoir. Le comte d’Enro, en tant que seigneur de Qres et d’Houqbrec, avait des droits sur la basse et moyenne justice. La nomination des Claybars ne dépendait que de lui. Il pouvait donc les destituer comme bon lui semblait. En revanche, pour confisquer leurs biens en réparation de fonds détournés, il f allait leur faire un procès, soit devant le comte d’Echman, soit devant la justice royale. Fleur savait toutefois que le comte comptait parmi les alliés de son suzerain.

Niscarvin proposa avant d’aller voir les Claybars de préparer leurs arguments. Ils réfléchirent ensemble. Le saltimbanque proposa de dire que le comte voulait initialement placer un homme de confiance comme intendant et qu’ils avaient, eux, appuyé leur candidature. Il estimait aussi qu’il fallait mettre en avant que les deux frères avaient beaucoup à gagner à bien servir le comte. Fleur compléta en suggérant de leur rappeler que ce n’était pas en se mettant les habitants à dos qu’ils pourraient faire prospérer les deux îles. Niscarvin proposa aussi de leur préciser que s’ils se plaignaient que cela leur demandait trop de temps, ils pouvaient toujours renoncer à leur fonction. Fleur tenait à leur rappeler de tenir les comptes chaque mois. Faire prospérer les deux îles serait profitable aussi bien pour le comte que pour eux-mêmes. Il fallait également leur rappeler que les gardes venus d’Antegnar étaient fidèles au comte, comme ils se devaient de l’être. Enfin, les trois agents qu’ils étaient, avaient obtenu leur nomination, et ils pouvaient tout aussi bien obtenir leur destitution.

Fleur et Niscarvin souhaitaient voir les gardes d’Antegnar. Dave se trouvait au château. Il travaillait seul dans son bureau. Les gardes en poste, des habitants de l’île, indiquèrent que ceux d’Antegnar se trouvaient sur la presqu’île des Claybars, Little Qres. Ils allèrent donc voir Dave. Lui annonçant leur prochain départ, Fleur lui proposa d’organiser une réunion avec son frère pour faire un point sur l’organisation de la vie sur les îles et sur l’avancée des travaux. Ils s’accordèrent sur un rendez-vous le soir du undi 25e Labour, chez eux. Vers midi, lorsqu’ils voulurent se rendre sur Qres, ils ne trouvèrent aucune barque. Fleur se renseigna. On lui indiqua que les habitants se trouvaient sur l’autre île, partis aux festivités. Ils n’allaient pas tarder à revenir.

En début d’après-midi, vers 14 heures, ils purent faire la traversée et se rendre à Little Qres. Des gardes en poste les arrêtèrent à la porte fortifiée qui gardait l’isthme : ils leur ordonnèrent de laisser leurs armes. Fleur protesta un peu :

« Mais qu’est-ce que ces manières ?  Enfin, vous nous reconnaissez quand même…
- Désolée mademoiselle mais on a reçu des ordres. Fred a pris des mesures de sécurité supplémentaires depuis les Ondins. »

Elle consulta du regard ses deux amis, agacée. Arnolphe commença à donner son arc. Les deux bretteurs finirent par l’imiter. Leur équipement fut rangé dans un panier. Les trois amis leur demandèrent où étaient les gardes venus d’Antegnar. Les hommes qu’ils cherchaient étaient en poste à la ferme. Ils finirent par les trouver. Les trois agents les interrogèrent, prenant de leurs nouvelles, cherchant à savoir s’ils s’intégraient bien et si Fred les traitait bien. Niscarvin sentait que l’un d’entre eux était mal à l’aise. Arnolphe estimait qu’ils avaient l’air contents. Après tout, leur poste était tranquille, sans danger particulier. En les écoutant, Fleur se persuada qu’elle s’était inquiétée pour rien. Tout allait bien. Elle pouvait partir l’esprit tranquille. Les trois gardes expliquaient qu’ils tournaient, tantôt en poste au château ou sur Little Qres.

Le 23e Labour (23 septembre), en attendant la réunion avec les Claybars, Arnolphe lisait le Liber. Niscarvin s’entrainait. Fleur fit le tour du chantier. Il restait un mois et demi de travaux. Elle vérifia la qualité des réalisations. Ses plans étaient effectués correctement. Elle retourna ensuite dans sa chambre. Elle rédigea un rapport pour le comte faisant état de l’avancée des travaux. Elle fit ensuite une copie de ses plans des machines de guerre.

Le Huiti 24e Labour (24 septembre), les trois amis prièrent. Niscarvin ne put résister à la tentation et s’accorda une dose de morphée. Arnolphe jeûna. Les deux bretteurs s’entrainèrent ensemble.

Le 25e Labour (25 septembre), Niscarvin et Fleur s’exerçaient aux armes.
Le soir venu, ils se rendirent chez les Claybars. Ils durent laisser leurs armes à l’entrée de la presqu’île et furent escortés jusqu’à la ferme. Fred les accueillit cordialement. Dave les invita à manger.

Arnolphe fit remarquer à ses amis que leur domaine était bien sécurisé. Il y avait des gardes et des chiens dans la maison. On s’installa dans le salon. Fred expliqua qu’ils avaient employé des gardes supplémentaires sur leurs propres fonds pour former la milice. Fleur approuva l’initiative. Niscarvin tiqua devant cette démonstration de force. On leur versa de l’alcool. La jeune femme et le saltimbanque se contentèrent d’un verre. Arnolphe ne se fit pas prier pour se resservir mais il conservait toutes ses facultés.  

Dave informa la jeune femme qu’il tenait bien les comptes. Il expliqua que les travaux avançaient correctement, et qu’ils prendraient encore un mois et demi. Fleur l’informa qu’elle avait inspecté le chantier. Elle l’approuva, cherchant à le mettre en confiance. Elle lui rapporta que certains vivaient difficilement. Elle avait entendu dire en effet que l’argent du butin avait été réinvesti dans la rénovation du château. Elle lui fit remarquer qu’ils avaient pourtant convenu que ces deniers devaient revenir aux habitants. Dave lui répondit que c’étaient des mauvaises langues, qu’il avait bien remboursé les habitants. Il lui cita cette femme qui avait tenu à les remercier en lui demandant si elle l’avait bien fait. Fleur confirma qu’elle avait bien vu Mary, mais ne put s’empêcher de se dire in petto qu’ils avaient réponse à tout.  
Niscarvin fit un plaidoyer pour faire prendre conscience aux Claybars qu’ils devaient penser au bien des habitants. Fleur souligna, usant de son collier de Bénédiction, qu’ils avaient tout intérêt à prendre en compte le bien-être des habitants, et à se montrer honnête avec le comte. A deux, ils reprirent les arguments qu’ils avaient prévu. Fleur jaugea leurs réactions. Fred approuvait leur discours et était bien convaincu. En revanche, Dave ne se montra pas réceptif, et à chaque fois qu’ils parlaient du comte, il grinçait des dents. D’ailleurs à chaque fois que Fleur lui avait donné des ordres ou lui avait proposé son aide, il lui avait fait clairement sentir qu’il n’appréciait pas. Dave avait un souci avec l’autorité.
Les deux frères leur demandèrent quand ils comptaient rentrer à Antegnar. Fleur les informa qu’ils partaient dans quelques jours. Niscarvin précisa qu’un envoyé du comte viendrait inspecter la fin des travaux. A la fin du repas, les Claybars chargèrent un marin de les ramener sur Houqbrec. Le temps était mauvais. Ils durent s’accrocher à la barque, pas rassurés. Mais ils arrivèrent sans encombre.

Le 26e Labour (26 septembre), il faisait mauvais temps. Les trois amis pouvaient tenter la traversée mais ce n’était pas sans risque, car la mer était agitée. Pour tuer le temps, ils poursuivirent leur entrainement.

Le 27e Labour (27 septembre), la mer était un peu agitée. Les trois amis furent assez secoués pendant la traversée, mais ils gagnèrent Ville-Barnet. Échaudés par leurs derniers incidents de route, et souhaitant regagner Antegnar au plus vite, ils décidèrent d’utiliser le collier de téléportation pour rentrer. Toutefois, il fallait transporter Danseuse, tenir compte de la limite de poids et du temps de rechargement du sortilège. Niscarvin mit au point un plan. Ils convinrent de faire un premier voyage ensemble en laissant une perle à proximité de Ville-Barnet. Le lendemain, Fleur reviendrait seule chercher sa jument. Elle objecta, inquiète, qu’elle risquait de se perdre ayant un sens de l’orientation déplorable. Mais Niscarvin la rassura en lui expliquant qu’elle ferait le trajet d’une perle à une autre, ce qui était beaucoup simple, et qu’elle avait son Pouvoir. Elle accepta.

Ils se rendirent donc à l’auberge. Fleur récupéra son équipement sur son cheval. Elle informa le tenancier qu’elle reviendrait chercher sa jument le lendemain, date butoir de sa pension. L’aubergiste, perplexe, lui demanda pourquoi elle emportait le harnachement sans son cheval. Ne voulant pas batailler, elle lui rétorqua que c’était son affaire. Ils s’éloignèrent de la ville. Arnolphe trouva une très bonne cachette, qu’il montra à la jeune femme pour qu’elle puisse la retrouver. L’archer usa ensuite de son Pouvoir et guida extrêmement bien ses compagnons.

Arrivés à Antegnar en fin d’après-midi, Fleur proposa à ses amis de s’établir à l’auberge de la Bonne étoile dans laquelle elle avait déjà séjourné. Les deux hommes lui firent confiance. Niscarvin fit un spectacle avec sa marionnette, nommée Micromagne. Il gagna soixante pièces d’or. Ses amis le félicitèrent.

Le 28e Labour (28 septembre), Arnolphe et Niscarvin accompagnèrent Fleur à la sortie d’Antegnar. Ils l’attendraient avec une perle. Comme il pleuvait, ils se réfugièrent dans une grange et s’entrainèrent pour tuer le temps. Ils évoquèrent leurs dernières péripéties.  
 
De son côté, Fleur parvint à s’orienter dans le monde des esprits. Elle alla à l’auberge, se restaura, avant de récupérer sa jument. Puis elle quitta la ville. Elle reprit la perle. Le soir, elle retrouva ses amis. Fleur rééquipa Danseuse. Ils se rendirent au château. On leur fournit une chambre.

Le 29e Labour (29 septembre), le comte reçut ses agents. Fleur lui rapporta l’avancement des travaux, expliquant que ses plans étaient correctement exécutés, et qu’il fallait compter encore un mois et demie, le chantier ayant pris du retard à cause de la huitaine sainte. Le comte leur demanda comment se débrouillaient les deux frères qu’il avait nommés. Fleur estimait que Fred faisait du bon travail. La sécurité était assurée. Les deux frères étaient compétents. Toutefois, Niscarvin et Fleur précisèrent que Dave avait du mal à accepter l’autorité, mais ils avaient rappelé les Claybars à l’ordre. De plus, Fleur lui indiqua qu’elle avait ordonné à Dave d’établir des comptes de la gestion de la rente chaque mois, ce que l’intendant s’était engagé à faire. Enfin, ils remirent au seigneur le collier de téléportation.

Le comte fut satisfait. Il leur rappela toutefois que cette affaire devait rester confidentielle, même s’il lui semblait s’être inquiété pour rien, car le colloque réuni depuis l’undi par le roi Floriscan II pour régler la question religieuse, paraissait prometteur. En effet, Jeanne Nivelac, dont la plupart des Réformés felxirois suivaient la doctrine, y était présente.

Le comte les informa qu’il n’avait pour l’heure rien d’autre à leur demander. Ils devaient juste retourner inspecter les travaux à leur achèvement. Il dit à Fleur qu’il avait bien conscience qu’elle avait hâte de se fiancer et lui souhaita beaucoup de bonheur avec son promis. Elle le reconnut et le remercia de se montrer compréhensif, touchée que son suzerain en tienne compte. Il proposa aux deux hommes de travailler au château. Arnolphe et Niscarvin acceptèrent.
     
Les trois amis se rendirent ensuite en ville. Niscarvin pria pour que le colloque aboutisse à une issue pacifique et versa 100 pièces d’or au temple. Puis, il commença à préparer un spectacle pour les fiançailles de son amie. Il se représenta deux fois ce jour-là, en s’adaptant à son public, une fois en ville et une fois au château le soir venu. Fleur s’entraina et se reposa en rêvant de son bien-aimé. Quant à Arnolphe, il lisait, de moins en moins laborieusement.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

En attendant Fortuné

Message  Fleur le Sam 13 Aoû - 16:32

Le 30e Labour (30 septembre), Fleur chercha au château le chevalier Sifroy de Trémore, pour gagner sa sympathie, mais il était absent. Elle changea ses plans et se rendit en ville. Elle retourna d’abord chez l’orfèvre récupérer la chevalière pour Fortuné. Elle l’examina et en fut très satisfaite. Puis elle chercha la boutique du libraire. Elle acheta un bel ouvrage d’histoire en trois tomes valant 450 pièces d’or, pour Philomon. Elle trouva un coursier qui demanda 150 pièces d’or.

Le soir, Niscarvin fit un assez bon spectacle. Comme elle comptait se rendre dans les prochains mois à Emption pour guérir son œil, elle proposa à ses compagnons de l’accompagner. Ils acceptèrent. Niscarvin se dit que cela pouvait être un beau cadeau de mariage pour Fleur, et en toucha deux mots à Arnolphe.

Le 31e Labour (1er octobre), marqué par un temps exécrable. Arnolphe poursuivit son apprentissage de la lecture, pendant que les deux bretteurs s’entrainaient.

Le Huiti 32e Labour (2 octobre), les trois amis se rendirent à l’office. Arnolphe se confessa à la comtesse. Elle l’incita à poursuivre ses efforts. Elle lui conseilla de réfléchir à sa boulimie pour la soigner. Il fit un essai le jour même mais cette première séance ne s’avéra pas concluante.

Le soir Niscarvin fit un excellent spectacle au château. Plus tard, il repensa à leur périple.

Le 33e Labour (3 octobre), Fleur s’entraina dans la matinée. Puis, n’y tenant plus, incapable de se concentrer, elle se rendit à l’auberge de la Bonne étoile. Elle attendit son bien-aimé toute l’après-midi, mais il n’arriva jamais. Elle regagna le château la tête pleine d’interrogations.

Le 34e Labour (4 octobre), Fleur retourna à l’auberge, tâchant de se rassurer en se répétant : « Il va arriver. » A midi, Fortuné n’était toujours pas là. La jeune femme commençait vraiment à s’angoisser. Son bien-aimé ne l’abandonnerait jamais, elle n’avait aucun doute sur ses sentiments. Et s’il avait fait une mauvaise rencontre en chemin ? Et s’il avait fait une chute de cheval ? Elle se confia à son ami Niscarvin. Elle hésitait à remonter le chemin jusqu’à Neuhor s’il le fallait pour le retrouver. Le saltimbanque lui opposa qu’il y avait plusieurs routes possibles, elle pouvait donc le manquer. Elle eut alors l’idée d’engager un mage pour le localiser. Le saltimbanque l’en dissuada et la rassura. Les routes devaient être en mauvais état avec la pluie de ces derniers jours, ce qui l’avait probablement retardé. Il lui dit toutefois qu’elle pouvait compter sur son aide s’il fallait partir à sa recherche.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Les fiançailles

Message  Fleur le Sam 13 Aoû - 16:45

Le 35e Labour (5 octobre), il faisait assez mauvais temps. Fleur se rendit à l’auberge. A midi, Fortuné n’arrivait toujours pas. Angoissée, elle se renseigna en ville pour savoir s’il n’y avait pas des ennuis sur la route de Neuhor. On l’informa qu’un hippogriffe était signalé dans le comté. D’autres personnes disaient qu’une Fée, déguisée en vieille femme, testait les voyageurs, se montrant impitoyable avec certains et généreuse avec d’autres. Un commerçant lui indiqua qu’un gros accident entre deux charrettes avait complètement entravé la route, retardant les voyageurs. Ce n’était peut-être que cela mais cette histoire d’hippogriffe l’inquiétait. Elle rapporta ces rumeurs à Niscarvin qui tenta de la raisonner : elle envisageait la pire hypothèse alors que bien d’autres causes pouvaient retarder son cher et tendre. Néanmoins, elle n’en démordait pas et l’informa qu’elle allait chercher un mage pour le localiser. Ils partiraient dès le lendemain matin à sa recherche.

Le saltimbanque alla chercher Arnolphe. Puis, il alla voir le comte pour le prévenir. Il eut la surprise de trouver Fortuné en train de le saluer. Il cherchait justement sa bien-aimée. Les deux hommes prirent congé de la cour. Le saltimbanque informa le jeune de Melville que Fleur, très inquiète, était en train de chercher un mage pour le localiser. « Allez la retrouver sans tarder, avant qu’elle ne dépense une importante somme pour rien. » Le gentilhomme le remercia et quitta le château.

Fortuné, en se renseignant, se dirigea vers l’échoppe d’un mage capable de localiser, et retrouva Fleur à proximité. Par chance, elle venait juste de trouver la boutique. Soulagée en le voyant, elle se précipita dans ses bras. Ils s’embrassèrent avec passion.

« Fortuné, j’étais si inquiète… Que s’est-il passé ?
- Je suis désolé ma douce. J’avais hâte de te retrouver, mais je n’ai eu que des ennuis en route.
- Bon, je vais tâcher de te faire oublier tout cela. »

Elle le dévisagea. Fortuné était toujours aussi épris d’elle, mais il semblait plus lucide, plus raisonné. Naturellement, il paraissait encore contrarié par son voyage, mais leurs retrouvailles le réconfortaient.

Main dans la main, ils se rendirent à l’auberge de la Bonne étoile. Il lui raconta son voyage. La route était détrempée. Son cheval avait perdu un fer et il avait été retardé par un accident obstruant complètement la voie. Fleur compatissait sincèrement et le consola en se montrant aimante et attentionnée. Elle s’efforça de le séduire, et elle y parvint, mais Fortuné ne fit pas particulièrement d’efforts, éreinté qu’il était par son voyage. Il se sentait heureux à ses côtés et ne se posait pas plus de question. Dans l’intimité de leur chambre, ils s’adonnèrent à des ébats assez satisfaisants, un peu empressés tant cela leur avait manqué.

Tandis qu’il cajolait tendrement sa promise, blottie contre lui, il l’informa que leurs fiançailles se dérouleraient le Huiti 40e Labour. Fleur accueillit la nouvelle avec joie. Il la prévint qu’ils étaient censés être déjà arrivés à Pertagne, reconnaissant qu’ils étaient en retard par sa faute. Fleur lui répondit qu’il n’y pouvait rien, et que Pertagne ne se trouvait qu’à une journée de cheval. Ils seraient donc largement dans les temps pour leurs fiançailles.

Le 36e Labour (6 octobre), tandis qu’ils quittaient l’auberge de bon matin, Fleur informa son aimé qu’elle avait convié ses amis, d’autant que Niscarvin lui servirait de témoin. Cependant, elle devait les prévenir de la date choisie au château avant de quitter la ville, ce qu’elle fit. Cela ne dérangeait pas Fortuné. Il avait pour sa part choisi son meilleur ami, Lauridas, comme témoin. Ce dernier devait être déjà à Pertagne avec son père et sa sœur. Fleur nota qu’il manquait quelqu’un à l’appel. Elle lui demanda si Orlande serait présent. Fortuné lui répondit que non, car il était trop occupé. Fleur s’en trouva secrètement soulagée.

Lyonide autorisa l’archer à quitter son poste dès le lendemain. Pendant qu’Arnolphe effectuait son service, Niscarvin chercha des chevaux. Grâce à son Pouvoir, il négocia un prix de 2550 pièces d’or par monture, harnachement compris. Le cheval d’Arnolphe fut baptisé Livarot, et celui de Niscarvin, Patrocle.

En chemin, la belle de Lasus demanda à son bien-aimé si une date avait été fixé pour leur mariage. Souriant, il l’informa :

« Il est prévu au printemps prochain. On t’en reparlera à Pertagne.
- C’est merveilleux ! », se réjouit la jeune femme avec un sourire radieux.

Cela ne leur laissait que quatre mois à attendre alors que des préparatifs de mariage pouvaient s’étaler sur plus d’une année. Elle se figura que Fortuné ne devait pas y être étranger. Elle lui demanda ce qu’il avait fait en son absence. Fortuné lui expliqua qu’il n’avait pas cessé de voyager. Il avait regagné Neuhor en suivant des convois marchands. Il n’avait d’ailleurs pas recroisé Philomon. Il s’était rendu à Pertagne. Revenu chez son père, il avait reçu sa lettre. Enfin, il l’avait rejoint à Antegnar dans des conditions exécrables. Fleur songea : « Mon pauvre amour, te voilà encore sur les routes. » La belle de Lasus constatait qu’il s’était démené pour hâter leur union comme il l’avait promis ; elle en était très touchée et le lui fit savoir. Elle jaugea son bien-aimé. Fortuné avait compris qu’il devait devenir responsable. Il abordait cela sereinement, bien conscient qu’il allait changer de vie.

Pensant à ses deux amis, Fleur plaida la cause de l’archer car Fortuné ne l’appréciait pas beaucoup, le trouvant trop rustre. Elle argua qu’Arnolphe était un homme bien, attachant, qui avait le cœur sur la main, et elle lui devait la vie. Aussi elle lui demanda de reconsidérer son jugement sur l’archer. Fortuné était sceptique, mais il promit à sa belle de lui laisser une autre chance.

Le soir, ils arrivèrent sans encombre à Pertagne. Ils saluèrent leurs parents, ainsi que les autres convives. Fleur s’empressa de demander si son frère avait pu se libérer. La baronne l’informa qu’il était bien là et la belle de Lasus distingua en effet le chevalier de la Rose encadré par deux inconnus. Elle l’interpella et Guilhem serra sa sœur dans les bras.

« Guilhem, tu nous as tant manqué ! Tu as eu ma lettre.
- Oui, mais tu as de la chance. Tu me préviens bien tard…, la taquina-t-il.
- Ne m’en veux pas, petit frère. Crois-moi j’ai fait du mieux que j’ai pu. Viens, j’ai quelqu’un à te présenter. »

Fleur fit les présentations. Fortuné et Guilhem se saluèrent formellement. Le chevalier de la Rose présenta ses deux compagnons : Simon, un écuyer de 14 ans, et Trévor, un archer de 40 ans. Fortuné présenta à Fleur sa sœur ainée Ludivine, son mari, Emelian Adaud et leurs deux enfants : Thomas et Nina.

Le 37e Labour (7 octobre), tous les voyageurs profitèrent de cette journée pour se reposer. Les futurs fiancés, leurs familles et amis firent plus ample connaissance.

Fleur s’entretint seule avec le baron. Son père l’informa qu’il avait perdu son procès contre le seigneur de Glaile, dans lequel Isidore de Guegnac était censé intervenir à sa faveur. Attristée, Fleur s’insurgea :

« Ah le bonimenteur ! Il m’avait pourtant assurée qu’il vous soutiendrait. Je m’excuse, je suis vraiment désolée Père. »

Le baron ne lui en tint pas rigueur, se doutant que sa fille avait fait tout ce qu’elle avait pu. Ce procès concernait un droit de péage, or ils en avaient bien besoin. Aussi, le baron la chargea de demander au comte d’Enro son soutien. Philippe de Lasus l’avait déjà sollicité mais son suzerain ne voulait pas prendre parti entre ses vassaux. Elle lui promit de plaider la cause des Lasus du mieux qu’elle pourrait. Fleur l’informa qu’elle avait revu le chevalier de Trémore et qu’elle avait conforté la bonne impression qu’elle lui avait laissé. Elle suggéra à son père de l’inviter à son mariage et se proposa de le faire personnellement dès qu’elle le verrait à Antegnar. Le baron approuva son idée, mais il estimait qu’une invitation par lettre suffirait.

Puis Fleur s’enquit :
« Fortuné m’a dit que notre mariage était prévu pour le printemps prochain.
- En effet. Nous nous sommes mis d’accord sur trois jours de festivités. Nous avons envisagé deux dates : soit à la fin de la Huitaine sainte du 6e au 8e Tonte, soit à la fin du mois du 30e au 32e Tonte. Qu’en pensez-vous ? »

Fleur réfléchit quelques instants. Elle calcula ses cycles pour pouvoir satisfaire son époux. Les deux solutions pouvaient convenir. Elle se prononça d’abord : « Évidemment, le plus tôt serait le mieux. »

Fleur avait hâte de se marier, mais son père, qui avait en fait un avis arrêté sur la question, la mit en garde. Inviter leurs vassaux à la fin de la Huitaine sainte pourrait poser problème car les Albiens ne verraient pas cela d’un bon œil. Sa fille acquiesça à son argument. Le mariage fut donc fixé du 30e au 32e Tonte, sachant qu’il serait célébré le 31e Tonte.

La jeune femme s’empressa d’annoncer la nouvelle à son bien-aimé. Il se trouvait en compagnie de Guilhem. Fortuné fut aussi ravi qu’elle. A présent que la date était fixée, leur mariage se concrétisait un peu plus. Fleur réalisa alors que le jour du début des festivités n’était pas anodin.

« Cela tombe très bien. Nos parents ne l’ont sans doute pas fait exprès mais, nous allons nous marier à l’anniversaire de notre rencontre. A moins que tu y sois pour quelque chose… »

Le jeune homme arbora un sourire en coin, avant d’expliquer :
« Je n’ai fait que leur transmettre les informations, disons qu’ils ont bien choisi la date.
- Tu as bien fait, et cela me plait. Cela me plait même beaucoup. »

Le baron en informa Korritil, puis il profita du repas du midi pour annoncer à tous la date choisie.

En début d’après-midi, Fleur s’éclipsa avec son frère. Elle lui demanda ce qu’il pensait de Fortuné. Guilhem fit preuve de franchise. Il lui dit qu’il ne l’aimait pas. Il se demandait ce que sa sœur lui trouvait. Décidée à plaider la cause de son bien-aimé, elle proposa à Guilhem de s’entrainer. Le chevalier ne se fit pas prier. Ils s’installèrent dans la salle d’armes et se placèrent en position de duel. Ayant descellé une Destinée en lui, elle regarda Guilhem avec fierté et nota :

« Mais dis-moi, quelque chose a changé en toi petit frère ?
- C’est plutôt toi qui a acquis le Pouvoir. Moi je l’ai depuis l’année dernière.
- Comment l’as-tu découvert ?
- En combat. Le maître de ma commanderie l’a senti. Il m’a appris à l’utiliser. C’est ce qui m’a permis d’accomplir mon exploit et d’être adoubé. Et toi ?
- J’ai intégré la Cour du comte d’Enro au moment des fêtes de fin d’années. Notre suzerain a descellé mon Pouvoir et m’a appris à le maitriser. Depuis, j’accomplis des missions régulièrement pour lui.
- De quel genre ?
- Désolée petit frère mais je suis tenue au secret.
- Même avec moi ?
- Même avec père et mère. Même avec Fortuné.
- Bon. Assez bavardé. Et si tu me montrais tes progrès ?
- Avec plaisir. »

Comme ils en avaient coutume à chaque fois qu’ils se voyaient, Guilhem et Fleur s’entrainaient, l’occasion pour le chevalier de vérifier les progrès de son élève. Ils prirent garde à retenir leur force pour ne pas se blesser. D’emblée, le chevalier, muni d’une épée bâtarde et d’un bouclier, fit une belle attaque qui aurait dû la blesser gravement. Il la taquina :

« Bah alors ? Je pensais que tu t’étais entrainée ? »

Il revint à la charge. Cette fois, Fleur lui opposa une belle défense. « Pas mal. » Commenta-t-il. Elle riposta en lui assenant une botte qu’il ne parvint pas à parer. Elle aurait pu le blesser légèrement. Comme Fleur ne profita pas de son initiative, il attaqua et sa sœur ne parvint pas à se défendre. Il se vanta :

« Je crois qu’on sait qui est le meilleur des deux.
- Petit prétentieux ! », lui rétorqua-t-elle en riant.

Satisfait, Guilhem reconnut qu’elle avait fait des progrès.

Comme son frère était bien disposé, Fleur plaida la cause de Fortuné. Elle argua qu’il devait être stressé, car il savait comme elle adorait son frère. Elle lui narra qu’il avait aussi perdu ses moyens avec leurs parents, mais qu’à présent, le baron et la baronne l’appréciaient bien. Elle lui expliqua qu’il était courageux, jovial, intelligent, loyal. Fortuné l’aimait, la rassurait et avait réussi à guérir ses vieilles blessures. Pour preuve, elle avait accepté de devenir sa femme, alors qu’elle ne voulait plus entendre parler de mariage.

Elle évoqua le tournoi de Neuhor pour la Huitaine sainte. Elle lui fit part de ses performances, en particulier de son parcours jusqu’aux 16e de finale en armes. Il la félicita. Mais elle dut lui avouer qu’elle s’était inclinée sur blessure, touchée par un coup de masse d’armes qui aurait dû la tuer, et que le peu de Pouvoir qui lui restait l’avait tout juste préservée de la mort. Sans l’intervention de Korritil, elle aurait été défigurée à vie. Très protecteur, Guilhem la tança :

« Alors ça y est ! Mademoiselle a du Pouvoir et elle se croit invincible ! »

Pour le calmer, Fleur reconnut qu’elle avait été grisée par ses autres performances, et ses précédents combats gagnés facilement. Elle avait senti le Pouvoir de son dernier adversaire mais elle avait voulu sortir avec dignité et n’avait pas su s’arrêter. D’ailleurs, elle lui avait donné du fil à retordre, l’obligeant à épuiser la moitié de son Pouvoir. Elle souligna que Fortuné s’était démené pour elle. Elle lui narra les événements du Solstice : la messe en présence de Télémaque de Golawyn. A l’évocation de ce nom, Guilhem fut surpris :

« Que faisait ce violeur d’enfants à la messe du Solstice ?
- Comment cela un violeur d’enfants ?
- Tu étais où ces derniers mois ? Cela a fait grand bruit. Il y a deux mois ce pervers a été condamné et exécuté pour ses crimes.
- Voilà qui est ennuyeux… A ton avis qui s’est arrangé pour faire venir le réformateur en l’absence de l’évêque ?
- Réformateur ? Je croyais que c’était un évêque albien.
- Tu dois te tromper, en tout cas il nous a tenu un discours réformé à Neuhor, mais sais-tu qui l’a fait venir ?
- Je ne sais pas.
- Notre suzerain. Sa femme, la comtesse Victoriane, figurait parmi les prêtresses d’ailleurs. »

Avec un air de dégoût, Guilhem regretta :
« Alors comme ça, le comte d’Enro fricote avec ce pervers ? Cela ne me plait du tout, il faut que j’en parle à Père.
- C’est inutile. Père et Mère se trouvaient aussi à Neuhor durant le tournoi, c’est à cette occasion qu’ils ont traité avec Korritil. Ce que tu me dis me surprend beaucoup car monseigneur ne laisse rien au hasard. S’il a convié ce réformateur, c’était pour démontrer au duc que sa capitale est réformée. Mon beau-père l’a très bien compris d’ailleurs, même s’il ne s’implique pas dans les affaires religieuses comme ses confrères mages.
- Le projet est louable, mais il aurait dû mieux s’entourer. Tu es sûre de ce que tu fais en le servant ?
- Oui, aie confiance en moi. J’ai tout intérêt à le servir fidèlement. Songe que si un conflit devait se déclencher en Dimannor, je risque d’avoir besoin de sa protection pour préserver notre terre. Je crois surtout que quelqu’un se donne beaucoup de mal pour contrecarrer ses plans. Après la harangue de Golawyn, figure-toi que nous avons subi une attaque magique en pleine messe !
- Quoi ?
- Une cinquantaine de diablotins ont fait voler en éclats les vitraux et se sont rués sur les fidèles. Il s’est avéré en fait que c’était des illusions parfaitement inoffensives, mais quelques-uns y ont laissé la vie, piétinés dans la bousculade causée par la panique. J’ai eu très peur pour nos parents, mais j’ai réussi à les escorter jusqu’à la sortie et Fortuné a pris le relais, il n’a pas hésité à prendre des coups pour les protéger, tu sais ?
- Oui. C’est tout à son honneur. Mais c’est quoi cette histoire d’attaque magique ?
- Le comte nous a ordonné avec mes amis d’enquêter. Korritil m’a beaucoup aidée d’ailleurs. On a découvert que des Farfadets avaient lancé un puissant sort d’illusion, pendant qu’une bande de mercenaires pillaient le quartier de Korritil. Fort heureusement, mon beau-père a protégé nos parents.
- Et toi tu étais où ?
- J’étais en ville avec mes deux amis pour protéger les habitants des diablotins, des pillards, et prévenir la milice.
- Des Farfadets ? Si je me souviens bien ils avaient causé de sacrés troubles il y a dix ans.
- Oui. On m’en a parlé aussi à l’école de magie.
- Et personne ne les a combattus ?
- Ils sont beaucoup trop puissants. D’après Korritil, même les mages de Néac et Neuhor réunis ne pourraient en venir à bout s’ils sont en nombre. Après le Solstice, les mages de Neuhor ont contacté les Farfadets et ont découvert que leur alliance avec les pillards n’était pas durable, ils avaient volé assez d’or et ne comptaient pas recommencer. Nous avons découvert que quelqu’un de puissant avait contacté les Farfadets et les mercenaires. Avec Père et Korritil, nous avons songé à plusieurs suspects, mais le plus probable serait le comte d’Ereu. Hélas, nous n’avons aucune preuve.
- L’enquête n’a pas été poursuivie ?
- Non. L’incident étant clos le duc n’a pas jugé nécessaire d’engager plus de frais. Ses conseillers l’ont persuadé que la théorie d’un complot orchestré par un puissant personnage dans l’ombre était fantaisiste.
- Tout cela est troublant je dois dire. »

Fleur lui demanda de ses nouvelles. Guilhem lui expliqua que l’Aguydenne était plongée dans une guerre de religion, entre les Réformés soutenus secrètement par Valbion et les Albiens financés par les Trois-Couronnes. Son ordre ne prenait pas partie et avait fort à faire pour protéger les paysannes et chasser les brigands. Fleur l’exhorta à la prudence. Elle lui demanda ce qu’il pensait du colloque en cours. Il estimait que la présence de Jeanne Nivelac était bon signe.

Fleur dut enfin évoquer un nom que Guilhem maudissait : Robert de Malfosse. Comme elle le lui avait dit dans sa lettre, elle avait peur que le proscrit ne vienne s’en prendre à Fortuné le jour de leur mariage, car il avait juré que personne n’épouserait Fleur. Si elle prenait un mauvais coup, elle pouvait encore revenir grâce à son Pouvoir, mais ce n’était pas le cas de Fortuné qui ne pouvait échapper à la mort. Elle exposa donc à son frère son plan pour se débarrasser de ce dément avant son mariage. Fortuné pouvait l’aider à le localiser et elle lui demanda s’il voulait bien être son bras armé. Guilhem accepta d’emblée mais nota qu’elle manquait d’informations. Fleur demanda si d’après lui, le jugement du duc était encore valable. Guilhem lui assura que son bannissement n’avait pas de limite de temps. Le jugement était toujours valable. Toutefois, dix ans s’étaient écoulés et on pouvait considérer que l’affaire était ancienne. Il pouvait aussi mettre cela sur la mission de son ordre. Cela pouvait passer ou être vu comme un meurtre. Fleur lui demanda s’il pouvait avoir le soutien du maitre de sa commanderie, surtout si les Malfosse lui faisaient un procès. Le chevalier la rassura, à son avis, il pouvait l’obtenir. Il lui demanda si ce fou était de retour en Dimannor. « Pour être franche, je l’ignore. Père me certifie que ce n’est pas le cas, mais, peut-être ne veut-il pas m’effrayer en me cachant son retour. », répondit-elle. Le chevalier lui rappela alors qu’il ne pouvait se libérer comme bon lui semblait, qu’il fallait donc être certain de son retour avant d’agir. En y réfléchissant, frère et sœur convinrent que le plus simple restait hélas de renforcer la sécurité lors du mariage. Si Malfosse venait jouer les trouble-paix, ils pourraient dans ce cas l’éliminer et ce serait parfaitement légal ; ce serait de la légitime défense. Aussi, le chevalier promit à sa sœur de veiller sur Fortuné durant leur mariage. Soulagée, Fleur remercia Guilhem pour son aide. Elle l’informa qu’il pourrait s’appuyer sur ses deux amis, également posseux. De son côté, le chevalier de la Rose promit de laisser une chance à son Fortuné.

« J’ai bien compris que tu en es très éprise.
- Je l’admets, et c’est réciproque.
- Il a intérêt. Il faudrait être difficile pour repousser ma sœur. »

Puis, Fleur fit connaissance avec sa belle-famille. Elle s’entendit très bien avec Ludivine. La belle de Lasus se montra bienveillante avec le mari Emelian Adaud quand il demeura neutre à son égard. Le neveu de Fortuné adorait Fleur, au point qu’il en devint collant et insupportable. Tandis que les deux amoureux s’accordèrent un instant seuls à seuls, ils s’embrassaient lorsque Thomas les surprit. Il cherchait partout Fleur. Son oncle dut l’éconduire gentiment. Elle remarqua :

« Je ne sais pas ce que j’ai fait à ton neveu, mais il ne peut plus se passer de moi.
- Je vois ça.
- Il est tout le temps comme ça ?
- Non. En tout cas pas avec tout le monde.
- Ludivine est adorable. Je l’aime bien.
- Oui, vous avez l’air de bien vous entendre. »

Sa nièce en revanche se montra boudeuse, mal à l’aise à cause de son œil bandé. Elle la traita de pirate. Amusée par sa réaction, Fleur n’insista pas. Elle discuta aussi avec les compagnons de son frère. Le jeune écuyer l’appréciait bien, mais elle resta sur sa réserve. Le contact passa moins bien entre la belle de Lasus et l’archer. Elle ne le trouva pas très sympathique et le vieux renard se méfiait des charmeuses dans son genre.

Le soir, Niscarvin et Arnolphe se présentèrent au château. Ils avaient fait bon voyage. Fleur les remercia d’être venus.

Le 38e Labour (8 octobre), les deux amis de Fleur firent plus ample connaissance avec les deux familles, tachant de faire bonne impression.

Comme avec Fortuné, Arnolphe peina à s’attirer leur sympathie. Il dut user de son Pouvoir pour ne pas trop froisser le baron. Le père de Fleur resta sur sa réserve avec le saltimbanque, comme sa femme. La belle Filendilë se montra assez bienveillante avec l’archer. Korritil, pour sa part, n’approuvait pas trop les fréquentations de sa belle-fille. Le mage en fit la remarque à son fils. Fortuné reconnut qu’il ne les appréciait pas spécialement lui-même, surtout l’archer. En revanche, Guilhem se montra amical avec eux : le Baladin le faisait beaucoup rire et il trouva Arnolphe bonne pâte. Le chevalier signala à sa sœur qu’il aimait bien ses amis.

Sur une suggestion de Fleur, Fortuné tenta de sympathiser avec son frère. Plus à son aise, le gentilhomme se rattrapa, et le plaidoyer de sa dulcinée avait fait son chemin, si bien que le chevalier devint amical.

La belle de Lasus demanda à Lauridas si son retour avec les autres amis de Fortuné s’est bien passé et s’ils ne leur en voulaient pas trop. Le coursier la rassura. Ils n’avaient pas eu d’ennuis en chemin, n’avaient croisé personne, et n’avaient aucune raison de lui tenir quelconque grief. Il espérait que tous les amis de Fortuné pourraient être présents à leur mariage, et Fleur lui assura qu’ils seraient tous conviés.

Pour faire plaisir à son amie, le saltimbanque proposa au baron de faire un spectacle en l’honneur des fiancés. Le père de Fleur hésita, mais comme sa fille l’estimait suffisamment pour l’avoir choisi comme témoin, il accepta à condition que le ton n’en soit pas trop graveleux. Niscarvin le rassura en lui expliquant qu’il s’était maintes fois produit à la Cour du comte.

Le 39e Labour (9 octobre), tout le monde resta au château car il ne cessait de pleuvoir. Dame Filendilë regarda le ciel gris à travers la fenêtre, d’un air navré, priant pour que les fiançailles de sa fille se déroulent sous un ciel plus clément.

Niscarvin amusa les enfants avec sa marionnette. Ludivine et Emelian, ravis, le remercièrent.

Fleur prit ses deux amis à l’écart et leur avoua pourquoi elle avait le visage mutilé. Elle sollicita leur aide pour son mariage craignant que le proscrit ne vienne jouer les trouble-paix. Les deux hommes acceptèrent, ils la protègeraient elle et son bien-aimé.

Dans l’après-midi, un tournoi d’échecs s’organisa. Fleur et Fortuné prirent place en premier. Mais le jeune de Melville joua très mal et sa promise le battit très largement. Il fut vexé. Elle lui proposa de prendre sa revanche. Boudeur, il hésita, arguant qu’il préférait les jeux d’argent. Finalement, il accepta mais ne disputa pas la partie de bon cœur. Fleur fit une grosse erreur, sans le vouloir. Malgré sa victoire, Fortuné se retira, très vexé d’avoir perdu face à sa future femme, et devant tout le monde. Surprise par sa réaction qu’elle estimait puérile, elle le laissa bouder, pour ne pas l’agacer davantage.

Fleur affronta ensuite Korritil. Elle remporta une première partie. Le mage fut un peu vexé. Il voulut sa revanche. Fleur gagna largement et sentit que l’amour-propre de son beau-père en avait pris un coup. Mais contrairement à Fortuné, il ne lui en tenait pas rigueur.

Guilhem vint affronter sa sœur. Il gagna la première partie. Fleur remporta la deuxième en quatre coups. Ils disputèrent la belle. Guilhem la battit largement. Pour ne pas trop perdre la face, Fleur usa de son collier de Bénédiction. Elle se figura trop tard que Korritil l’avait senti au sourire en coin qu’il arbora.

Ce fut ensuite au baron d’entrer en jeu. Il affronta le mage et gagna haut la main. Décidément, les Lasus étaient de fins stratèges. Le mage demanda sa revanche. Cette fois, les deux pères disputèrent une partie très serrée qui se solda par un match nul. Korritil souffla, l’honneur était sauf.

Le baron affronta enfin ses enfants. Il battit Fleur à plates coutures. Guilhem lui donna plus de fil à retordre mais il fit une grosse erreur et son père s’imposa comme le grand champion. La Demie-Elfe regarda sa mère : Filendilë n’avait pas participé, et, comme souvent, se tenait à l’écart, les observant avec un doux sourire. Elle était pourtant meilleure que son mari aux échecs.

Le matin du Huiti 40e Labour (10 octobre), tout le monde se rassembla dans la chapelle du château pour assister à l’office réformé, tenu par le chapelain du bourg de Pertagne.

Puis, il fut temps de fiancer enfin Fortuné et Fleur qui attendaient cela depuis des mois. On se rendit dans la grande salle où un notaire entra en scène. Autour d’une table, il expliqua les termes du contrat engageant : « mademoiselle Fleur de Lasus, fille de Philippe de Lasus, baron de Pertagne, héritière de ladite baronnie, et monsieur Fortuné de Melville, fils puiné de Corentin de Melville, dit Korritil le Blanc, mage de Neuhor, sous-directeur du département des objets magiques. Les dits futurs époux s’uniront le septi 31e Tonte de l’an 1548 à Pertagne… » Le contrat lu et accepté, le notaire recueillit les signatures des fiancés, de leurs parents, et de leurs témoins : Lauridas de Montvivor, Niscarvin le Baladin.

Ensuite, Fortuné et Fleur, face à face, les mains jointes, prirent place aux côtés de Guilhem qui procéda à une cérémonie de bénédiction. Sous le regard de Tharès, les futurs mariés confirmèrent leur vœu. Le prêtre demanda d’abord le consentement de Fleur qui répondit :

« Fortuné, mon aimé, je m’engage solennellement à devenir ta femme. »

Ce fut ensuite au tour de Fortuné : « Fleur, ma douce, je m’engage solennellement à te prendre comme épouse. »

En signe de cette promesse, Fortuné offrit à Fleur une magnifique bague de fiançailles en or blanc sertie d’un gros diamant en déclarant : « Tu es la femme de ma vie. »

Fleur fondit en larmes et le remercia la voix serrée par l’émotion « Elle est magnifique… Tu es fou. Merci. » Mais elle avait aussi un présent pour lui. Elle lui offrit une belle chevalière. Fortuné, surpris, fut touché par son geste. Elle déclara : « Mon amour, je bénis le jour de notre rencontre. Tu es ce que j’ai de plus précieux et je ferai tout pour être une épouse digne de toi. »

Le prêtre invita les fiancés à sceller leur accord d’un baiser. Si la plupart des couples, mariés par intérêts, se contentaient d’un échange chaste et bref, Fortuné et Fleur s’embrassèrent avec passion : personne ne trouva à redire.

Le chevalier conclut la cérémonie par une harangue, mais ému de voir sa sœur en larmes, il bredouilla et s’emmêla un peu dans son propos.

Un grand banquet fut servi dans un pré, à proximité du château. Le festin s’étendit sur toute l’après-midi. Niscarvin fit un bon spectacle. Tout se passa bien et il fit beau temps toute la journée. Le baron et sa femme s’entretinrent avec leur fille un instant. Ils la prévinrent qu’ils avaient accepté leur union parce que les Melville étaient prospères mais Fortuné devait s’assumer, et pour cela il lui fallait se trouver une situation. Fleur leur répondit qu’ils en étaient tous les deux conscients, et qu’ils feraient de leur mieux pour faire honneur autant aux Lasus qu’aux Melville. Par ailleurs, c’était au baron de négocier la main de sa fille avec Korritil.

Vers le soir, les convives regagnèrent le château. Ils profitèrent d’un festin. Le baron avait engagé trois musiciens pour faire plaisir à sa fille qui aimait danser. L’un d’entre eux était excellent mais les deux autres peinaient à le suivre. Les fiancés se produisirent. Fleur dansait bien, mais Fortuné la surpassa. La belle de Lasus, envoûtée, n’usa pas de son Pouvoir, préférant lui laisser les éloges qu’il méritait largement. Elle ne se priva pas pour le complimenter.

Le 1er Vinasse (11 octobre), Fleur s’entretint avec ses camarades. Les deux hommes voulaient partir en quête d’ingrédients magiques pour gagner un peu d’argent. Mais la jeune femme, partie depuis des mois, souhaitait épauler un peu son père avant de revenir au service du comte, et puis cela lui laissait la possibilité de rester auprès de son fiancé. Ils se donnèrent donc rendez-vous à Antegnar le 32e Vinasse. Afin de leur faciliter la tâche, Fleur usa de son Pouvoir pour solliciter l’aide de son beau-père. Korritil leur proposa de l’accompagner jusqu’à Neuhor. Le mage pouvait leur trouver des contrats. Ils avaient aussi la possibilité d’explorer le bois de Morche non loin de Pertagne, en direction du Sud-Est. Il leur donna des conseils sur les ingrédients recherchés, sur les parties les plus intéressantes à prélever sur les créatures. Niscarvin et Arnolphe décidèrent donc de partir explorer cette piste le lendemain.

La jeune femme informa son beau-père qu’elle se rendrait certainement à Emption avant son mariage pour guérir son œil. Korritil lui confirma qu’il faudrait compter autour de 5 000 pièces d’or. Elle expliqua qu’elle était en train de réunir la somme nécessaire. Elle souligna qu’elle avait tenu compte de ses recommandations en portant un masque pour ne pas être défigurée.

Seul à seul, elle demanda à Fortuné si sa chevalière lui plaisait et si un ajustement était nécessaire. La réponse à ces deux questions était oui. Il lui demanda en retour si elle aimait sa bague. « Beaucoup » dit-elle. Elle en était très touchée et lui promit d’en prendre grand soin. Elle lui demanda par curiosité comment cela s’était passé avec le comte. Fortuné jugea sa question superflue. Il lui expliqua qu’il cherchait après elle au château, et qu’il s’était contenté de le saluer.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

A la chasse aux ingrédients magiques

Message  Fleur le Sam 13 Aoû - 20:00

Le 2ème Vinasse (12 octobre), ils partirent pour Tengon, petite ville de 3000 habitants au Sud-Est de Pertagne, dans le comté de Tereu-le-roi, et y arrivèrent dans la journée. Ils logèrent à l’auberge « Le cheval reposé » et Niscarvin fit un excellent spectacle (29 score). Ils firent aussi quelques achats : du matériel pour camper, des bocaux pour mettre des ingrédients, de la ficelle et des grelots pour faire un système d’alarme autour de leur campement.

Le 3ème Vinasse (13 octobre), le temps était mauvais, et promettait de le rester au moins tout une huitaine. Niscarvin et Arnolphe s’enfonçaient dans les bois. Ils avaient laissé les chevaux à l’auberge en payant leur pension pour dix jours. Ils passèrent par un chemin envahi par les ronces et s’écorchèrent un peu partout. Arnolphe dénicha un très bon coin pour établir leur campement, ils s’y installèrent et décidèrent qu’ils ne changeraient pas d’endroit : ce serait leur base, à partir de laquelle ils iraient patrouiller et n’y reviendraient qu’au soir.

Le 4ème Vinasse (14 octobre), Arnolphe et Niscarvin commencèrent leur chasse aux ingrédients. Niscarvin identifia une plante aux propriétés intéressantes (niveau 1,5). Soudain ils virent apparaître un petit lutin qui leur proposa aimablement un cookie. Niscarvin accepta, parce que le lutin était sympathique et qu’il ne voulait pas froisser un être faérique. Arnolphe se méfia d’abord mais accepta aussi, voyant que le saltimbanque mangeait le sien. Un cookie ne se refusait pas. Et ils reçurent tous les deux un don de la part de Lutino ! Ils gagnèrent tous les deux en force dans leurs attaques.

Le 5ème Vinasse (15 octobre), en cherchant des ingrédients magiques, Arnolphe et Niscarvin trouvèrent des restes de gobelins, morts depuis quelques jours. Ils s’aperçurent que ceux-ci avaient de l’or sur eux, sous forme de bijoux et autres, et les dépouillèrent. D’après leurs estimations, il y en aurait pour plusieurs milliers de pièces d’or à vue de nez. Ensuite, Arnolphe identifia des traces de trolls. Il s’agissait de quatre trolls des bois, moins endurants que le troll des cavernes rencontré dans les anciennes carrières de Néac, mais avec une régénération plus rapide en théorie, et un cuir velu. Arnolphe et Niscarvin s’approchèrent à pas de loups. L’archer invoqua des flèches hachettes avec son carquois magique. Quand ils furent assez près, Niscarvin utilisa ses talents de ventriloque pour faire entendre sa voix depuis un arbre quelques mètres plus loin. Les trolls furent bernés et ne virent pas les quatre flèches d’Arnolphe fuser vers eux par derrière : ils furent décapités sur le coup. Niscarvin examina les corps. Il identifia huit parties du troll pouvant intéresser les mages. Arnolphe prélevait les ingrédients pendant que Niscarvin tentait de récupérer du cuir de troll. Il ne réussit bien qu’avec la peau du premier. Arnolphe fit du mauvais travail sur le premier troll, le temps de se faire la main, mais préleva des ingrédients de qualité moyenne sur les trois autres. Ils remplirent tous leurs bocaux. Ils rentrèrent ensuite à leur campement. Niscarvin et Arnolphe parlèrent de leurs problèmes, ce qui les apaisèrent.

Le 6ème Vinasse (16 octobre), Arnolphe et Niscarvin cherchaient à rentrer à Tengon mais ils étaient un peu perdus. Ils trouvèrent un campement abandonné et l’archer mit la main sur 330 pièces d’or. Ils se demandèrent si leur propriétaire n’était pas tombé sur les Gobelins ou les trolls.

Le 7ème Vinasse (17 octobre), ils regagnèrent Tengon le soir et s’offrirent un bain à l’auberge.

Le 8ème Vinasse (18 octobre), ils prièrent et se reposèrent ce huiti. Les gens réclamaient un spectacle à Niscarvin mais celui-ci ne se montra pas au meilleur de ses capacités.

Le 9ème Vinasse (19 octobre), Arnolphe et Niscarvin prirent la direction de Trarches à l’Est/Nord-Est. Malgré un bon renseignement de Niscarvin, l’orientation s’avéra difficile à cause de la pluie. Le cheval d’Arnolphe, Livarot, se foula une patte. Un paysan du coin accepta de leur offrir l’hospitalité dans son étable et les dépanna d’un peu de nourriture, qu’ils payèrent un bon prix, car ils avaient oublié de prendre des rations pour le voyage. Niscarvin examina Livarot et réussit à le soigner. Dans la nuit, le paysan et deux complices tentèrent de voler les chevaux, mais Arnolphe se réveilla et les intimida si bien qu’ils s’enfuirent bredouilles. Niscarvin aussi s’était réveillé mais il n’y voyait rien et cherchait la lampe magique à tâtons. Ils finirent la nuit sans dormir, inquiets qu’on retente de les dépouiller dans leur sommeil.

Le 10ème Vinasse (20 octobre), ils repartirent dès l’aube. Le temps demeurait exécrable. Arnolphe fit appel une dernière fois à son Pouvoir pour trouver le chemin et ils arrivèrent à Trarches le soir, éreintés et affamés. Niscarvin trouva une auberge, « la Barbe et la bière », tenu par un nain. Les deux amis échangèrent sur leurs problèmes, ce qui s’avéra constructif.

Le 11ème Vinasse (21 octobre), Arnolphe et Niscarvin cherchèrent à revendre leur butin. Un artisan leur reprit la peau de troll pour 900 pièces d’or. Ils revendirent les ingrédients magiques à la guilde des mages pour 8287 pièces d’or et ils trouvèrent un changeur pour le trésor trouvé sur les gobelins qui leur en donna 2800 pièces d’or.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

L'étoffe d'un baron

Message  Fleur le Jeu 25 Aoû - 2:42

Le 2e Vinasse (12 octobre), les invités étaient sur le départ. Les Lasus les remercièrent courtoisement de leur venue. Seul Fortuné restait à Pertagne avec sa fiancée. Fleur en disant au revoir à son frère l’exhorta à la plus grande prudence, et l’informa qu’un hippogriffe était signalé dans le comté. Il la remercia et la serra dans ses bras.  

Le 3e Vinasse (13 octobre), les Lasus avaient besoin d’un peu de repos. Fleur s’entretint d’abord avec son père. Songeant qu’Orlande risquait un jour de la confondre pour ses mensonges, elle décida de se confier à son père les circonstances de sa rencontre avec Fortuné. D’ailleurs le baron connaissait bien sa fille et remarqua que quelque chose la tracassait. Avec bienveillance, il l’invita à s’exprimer. Fleur lui narra :

« Il s’agit de ma rencontre avec Fortuné. Tout ce que je vous ai dit lorsque je vous ai présenté mon aimé est vrai, mais il ne sait pas tout. Je lui ai caché certaines choses parce que je suis tenue au secret par notre suzerain et aussi parce que cela concerne un de ses amis. En fait, Fortuné l’ignore mais c’est un peu grâce au comte que nous nous sommes rencontrés. Avec mes deux amis, je devais retrouver un coursier devant te missive. On savait que des brigands opéraient. On a remonté la piste. Un peu plus loin, on a subi une embuscade et en interrogeant ces bandits, on a compris que cette bande détenait notre homme. Un soir, on a rencontré un groupe de gentilshommes mené par Fortuné. Ils recherchaient un ami capturé par des bandits : il s’agissait en fait de la même bande. Et j’ai surtout compris, en discutant avec lui, que son ami était notre coursier, ce que je me suis bien gardée de lui dire.

- Il s’agit de Lauridas » réalisa le baron

Fleur hocha la tête. Comment avait-il compris ? Fortuné avait dû parler de Lauridas à son père en précisant les circonstances de leur rencontre. Elle reprit :

« L’ennui c’est que, plus tard, lorsque j’ai rencontré seule son frère, Orlande m’a posé des questions embarrassantes, je me suis sentie acculée, et j’ai dû prétendre que j’étais en voyage pour vous. Je ne suis pas très fière du procédé, Père, je vous le confesse mais je n’ai pas eu le choix. Il s’agissait de tenir la parole que j’ai donnée à notre suzerain et à son coursier. Aussi, si son frère tentait de me confondre, pourriez-vous m’appuyer en confirmant simplement que je suis partie pour vous ?

- Je vois. Je veux bien, mais s’il insiste ?
- Et bien, vous n’avez aucun compte à lui rendre. Dites-lui que les affaires de la baronnie ne le regardent en rien.
- Bon, ne vous inquiétez pas, je vous soutiendrai ma fille.
- Merci Père. »

Fleur lui demanda ensuite comment se portait la baronnie. Le baron lui parut contrarié, même s’il le dissimulait bien. Il l’informa de quelques nouvelles, avec un air rassurant. Quelques hystériques s’étaient rendus coupables d’iconoclasme à Pertagne, et le baron, s’efforçant d’être équitable envers ses sujets, avait condamné les coupables. Il évoqua un affaissement de terrain à Chozabe dues à d’importantes pluies, sans gravité. Il l’informa aussi d’une série de meurtres mystérieuse à Mellêbe. Des trolls étaient signalés à Econ, des gens s’étaient faits agresser. Enfin, il lui fit savoir que le seigneur de Glaile organisait des processions dans toute la baronnie invitant les Tharésiens à lutter contre la Réforme qualifiée d’hérésie par provocation envers les Lasus. Le baron et sa fille n’étaient pas dupes.

Fleur demanda à son Père plus de détails sur l’affaire qui l’opposait au seigneur de Chozabe, arguant que cela l’aiderait à plaider sa cause auprès du comte. Elle examina les pièces du dossier avec son père, usant de son Pouvoir. Il s’agissait d’un droit de péage à la limite entre les terres du baron et celle du seigneur de Chozabe, que le seigneur de Glaile s’était arrogé. Elle en comprit très bien tous les tenants et trouva de bons arguments à présenter au comte.      

Puis, comme elle était partie plusieurs mois, elle offrit son aide à son père. Elle pouvait tenir les audiences de justice, porter un message, négocier, ou encore l’escorter. Elle se proposa pour rendre visite à leurs vassaux, pour leur présenter son fiancé. Elle en profiterait pour leur demander des nouvelles et surtout renforcer leurs liens. Elle ne cacha pas à son père qu’elle cherchait aussi à former Fortuné, arguant qu’il devait impérativement connaître un minimum leur terre et leurs vassaux. Mais elle précisa, pour le rassurer, que son fiancé était respectueux de son héritage et qu’il ne demandait qu’à la soutenir au mieux. Le baron était très bienveillant envers Fortuné et il avait toute confiance en sa fille. Il lui donna son aval.  

Le couple profita du repas du midi pour remercier le baron et la baronne de leur avoir organisé de belles fiançailles.

Dans l’après-midi, tandis qu’ils se promenaient seul à seul, Fleur en profita pour demander à Fortuné ce qu’il avait pensé de Guilhem. Son fiancé lui répondit avec franchise qu’il le trouvait un peu hautain, orgueilleux, arrogant. Fleur admit que son cher frère pouvait avoir ce travers. C’était un chevalier de la Rose… Mais elle assura à son fiancé que ce n’était qu’une façade, qu’il était un homme charmant, jovial. Aussi, elle lui demanda de ne pas rester sur cette première impression et d’apprendre à mieux le connaître. Fortuné lui répondit que pour elle, il voulait bien essayer. Fleur se mit à charmer son fiancé, car elle avait particulièrement apprécié ses attentions à Ville-Barnet, mais Fortuné, assuré de leurs sentiments réciproques, restait sur ses acquis, et eut plutôt envie de profiter de son corps de nymphe, lui rétorquant qu’elle l’avait bien cherché. Fleur hésita, craignant d’être surprise par des serviteurs et que cela parvienne aux oreilles de ses parents. Son fiancé lui rappela qu’ils l’avaient bien fait chez son père, et Fleur n’arrivait à pas à lui résister. Ils trouvèrent une pièce déserte dans laquelle ils s’enfermèrent, après s’être assuré que personne ne trainait dans le couloir. Ils se montrèrent discrets, grâce au Pouvoir de Fleur et à son collier de bénédiction et partagèrent des ébats assez agréables.      

Le 4e Vinasse (14 octobre), Fleur proposa à Fortuné de s’entrainer aux armes avec elle. Elle le rassura en lui rappelant que les gardes la voyaient s’entrainer depuis des années. Son fiancé n’en avait pas très envie. Surprise, la jeune femme découvrit en lui un côté enfant gâté. Le dernier né de Korritil avait été apparemment trop choyé par sa famille. Fortuné était encore vexé pour leurs parties d’échecs et il savait combien elle était redoutable à l’escrime. Fleur tiqua un peu. Elle souligna qu’il était une bonne lame, mais ayant plus d’expérience que lui, il serait dommage qu’il n’en profite pas pour s’améliorer. Il céda et, une fois le couple équipé, l’entrainement commença. Ne voulant pas se blesser, chacun retenait sa force. Fleur observa d’abord comment il se battait. Elle lui laissa l’initiative. Il porta une bonne attaque qu’elle bloqua de justesse. Elle riposta lamentablement. Il contrattaqua, en vain. Fleur lui fit alors une belle attaque qu’il n’avait pas vu venir. Elle se remit en garde sans attaquer. Il surprit la jeune femme en faisant une magnifique botte qui aurait pu la tuer. Évidemment, Fleur avait retenu sa force, elle n’avait pas usé de son Pouvoir, et elle se savait bien meilleure que lui. Mais il était encore jeune et il n’avait pas de Destiné, lui. Fière de lui, elle le complimenta. Le sentant mieux disposé, elle lui donna des conseils pour améliorer sa défense, se montrant patiente et pédagogue. Voulant juste se montrer aimante et attentionnée, en espérant qu’il fasse de même, Fleur tenta de nouveau de le charmer, mais Fortuné ne fit pas d’effort et eut envie de lui faire l’amour. Elle hésita, d’autant qu’elle risquait d’être féconde. Mais Fortuné savait parfaitement comment faire fondre sa fiancée, arguant qu’ils devaient changer de tenue. Elle céda, ils se réfugièrent dans sa chambre oubliant même de se prémunir d’une grossesse éventuelle. Ils eurent des ébats assez agréables quoi qu’un peu précipités. Lovée dans ses bras, elle lui fit remarquer que l’amour était une flamme qu’il fallait entretenir, souhaitant qu’il se montre plus attentionné. Fortuné ne répondit rien mais il n’en pensait pas moins. C’était bien une exigence de femme.

Dans la soirée, Fleur proposa à Fortuné de l’accompagner pour rencontrer leurs vassaux. Il accepta.

Le 5e Vinasse (15 octobre), la belle de Lasus à son réveil repensa à ses ébats avec Fortuné. Subitement, elle perdit son sourire et s’angoissa en se rappelant qu’une grossesse était possible. Elle y avait pensé, mais lorsque Fortuné s’était mis à l’aguicher, cela lui était complètement sorti de l’esprit, et ils risquaient de le payer cher… Naturellement, elle rêvait de porter ses enfants, mais quatre mois avant leur mariage, c’était bien trop tôt…  

Une fois prête à partir, elle enfila des gants larges, pour dissimuler sa bague aux yeux des voleurs. Fleur et Fortuné consultèrent ensemble une carte de la baronnie pour préparer leur itinéraire. Son père lui demanda où elle comptait se rendre en premier. Pour faciliter la tâche à son fiancé, elle décida de commencer par leur plus fidèle vassal, le seigneur de Marchelins. Ils passeraient par les terres de Vouretour en longeant celles de Chozabe avec lequel ils n’étaient pas en très bon termes. Elle présenta les deux seigneurs à son bien-aimé, lui prodigua des conseils sur l’attitude à avoir vis-à-vis de chacun. Puis elle demanda à son père s’il avait un message en particulier à transmettre. Il répondit que non. Fleur connaissait parfaitement la route, mais elle avait une très mauvaise vue. Aussi, elle invita Fortuné à se montrer vigilant, ayant une meilleure perception qu’elle. Ils saluèrent ses parents et quittèrent le château.

Tout en discutant avec sa dulcinée, le gentilhomme se montrait vigilant. Ils trottaient d’un bon pas quand il alerta Fleur. Quelque chose se ruait vers eux. Danseuse ne fit que renâcler ; c’était une bonne jument qui en avait vu d’autres. Le cheval de Fortuné, apeuré, se cabra. Son cavalier parvint à le calmer. Un sanglier les chargeait. Pour protéger les chevaux, Fleur sauta à terre, et lui barra le passage. Elle lui perça le crâne de sa rapière mais cela ne suffit pas à le terrasser. Courageux, Fortuné se porta au secours de sa belle :

« J’arrive ma douce ! »

D’un joli coup de rapière, il acheva la bête. Fleur le complimenta et le remercia d’un baiser. Ils remontèrent en selle. Ils entendirent alors des aboiements qui approchaient. Sur le moment, Fleur ne s’inquiéta pas. Elle pensa que le seigneur de Chozabe, dont ils parcouraient la terre, était en train de chasser. Lorsqu’ils virent apparaître le premier chien, ils comprirent qu’ils étaient en danger. Cette meute n’était pas dressée pour la chasse. C’étaient de vrais molosses, plus massifs que des chiens de chasse, taillés pour tuer. D’ailleurs, après avoir déchiqueté le sanglier mort, enragés par le goût du sang, ils se ruèrent sur les chevaux. Les fiancés s’élancèrent au galop, tentant de distancer la meute. Excellente cavalière, Fleur prit de l’avance. Derrière elle, les molosses s’attaquèrent au cheval de Fortuné. L’étalon prit peur. Cette fois, le gentilhomme peinait à le maitriser. Un chien parvint à sa hauteur, le mordit et le blessa gravement. L’étalon rua et renversa son cavalier qui se cassa le bras dans sa chute. Entendant les hennissements et un cri de son fiancé, Fleur, affolée, hurla : « Fortuné ! » Déjà les molosses entouraient l’étalon et son cavalier, et achevèrent la monture. Le sang les rendait fous et ils voulaient tuer.

Faisant appel à son Pouvoir, Fleur fit faire demi-tour à Danseuse, se porta à sa hauteur, faisant barrage à la meute. Elle saisit la main de Fortuné, l’aida à grimper, et piqua des deux, disant à son fiancé : « Accroche-toi mon amour. » Elle entendit alors un bruit de cor. Une course poursuite s’engagea. Danseuse galopait à vive allure, encouragée par sa cavalière : « Allez ma belle ! Tu peux le faire… » Quelques instants plus tard, la meute perdit du terrain, avant de lâcher prise.

Fleur ralentit alors l’allure pour soulager Danseuse qui portait à présent deux cavaliers. Fortuné avait besoin de soins. D’ailleurs, au tout début de leur histoire, la belle de Lasus avait failli mourir d’une infection au bras, alors sa priorité était de soigner son fiancé. Elle évalua qu’ils n’étaient plus très loin du bourg de Marchelins. Il devait y avoir un soigneur, mais pas de médecin. Par contre, elle savait qu’il y avait un très bon médecin à Pertagne. Elle était bien tentée de faire demi-tour, mais c’était prendre le risque de recroiser la meute, elle pourrait s’en défaire avec son Pouvoir mais hors de question de mettre en danger son bien-aimé qui n’était pas en état de se battre. Elle poursuivit donc sa route en rassurant son aimé : « Tiens bon mon amour, nous sommes presque arrivés. »

L’après-midi touchait à sa fin. Le soleil déclinait peu à peu. Avant d’entrer dans le bourg, ils descendirent de monture. Fleur trouva facilement la demeure du soigneur. L’homme examina le bras de Fortuné. Il semblait sûr de son fait. Il nettoya sommairement le bras, et fit un bandage, expliquant : « C’est comme avec les bêtes, j’ai l’habitude. » L’homme demanda 50 pièces d’or. Fortuné le paya et ils regagnèrent la rue. Inquiète, elle lui demanda comment il se sentait. Il ne savait pas trop dire. « Au moins mon bras est protégé. », fit-il un peu contre mauvaise fortune bon cœur. « Il ne faudrait pas que cela s’infecte. Je n’ai pas confiance. Demain, nous irons consulter un vrai médecin à Pertagne. Je serai plus rassurée. » Fortuné se rangea à son avis. Les deux fiancés s’étreignirent un instant. Fleur, en se montrant douce et compatissante, en trouvant les mots justes, le réconforta très bien, et Fortuné apprécia, touché par sa délicatesse. Il la remercia, conscient qu’elle avait fait ce qu’il fallait, et qu’elle l’avait sauvé. Comme il n’y avait aucune auberge dans les environs, ils décidèrent d’aller chez le seigneur de Marchelins. Hélas, Fortuné n’était pas au mieux de sa forme, le bras en écharpe, les vêtements sales. Heureusement, ils visitaient le vassal le plus fidèle des Lasus qui ne rechignerait pas à les accueillir.

Ils se présentèrent au château. Le maître des lieux, Enguerrand de Marchelins, les accueillit courtoisement. Fleur présenta son fiancé. Les deux hommes se saluèrent. En voyant l’état du jeune homme, le seigneur s’enquit : « Mais que vous est-il arrivé ? »

Fleur s’expliqua :
« Excusez-nous d’arriver en si triste équipage mais alors que nous traversions les terres du seigneur de Chozabe, une meute de chiens enragés nous a attaqués. Ils ont mis en pièce le cheval de mon fiancé.
- Heureusement, ma promise est une cavalière émérite et elle a réussi à les distancer. »

Enguerrand demanda :
« Vous avez vu Chozabe ?        
- Non, mais nous avons entendu un cor de chasse.
- Je gage que ce sont ses maudits chiens de guerre ! Ils ont déjà causé plusieurs incidents. Des paysans ont été blessé. Peut-être pourriez-vous en toucher un mot à votre père ?
- J’y compte bien. Mais nous ne pourrons pas prouver qu’il s’agissait de ses chiens. »  

Le seigneur leur offrit l’hospitalité et proposa aux fiancés de s’installer avant le repas. Une servante les amena dans leurs chambres respectives. Chacun put prendre un bain, se changer. Fleur vint voir Fortuné. Ils s’enlacèrent un instant, le temps d’un baiser, de quelques mots doux, avant d’aller retrouver leur hôte. La jeune femme, prévenante, s’enquit :

« Ça va aller ?  
-Oui. Ne t’inquiète pas pour moi. »

Les deux amoureux trouvèrent Enguerrand sympathique, et Fleur devint amicale envers lui. Le seigneur appréciait beaucoup sa future suzeraine avantagée par son collier de Bénédiction, la trouvant extrêmement sympathique. Il devint loyal envers elle. Il posa quelques questions à Fortuné qui répondit avec sa franchise coutumière.      

Fleur demanda au seigneur des nouvelles. Il y avait eu un incendie dans la ville d’Econ sans gravité, Des trolls rôderaient dans les parages, plusieurs personnes avaient été agressées. Enguerrand lui parla aussi de l’éboulement qui avait touché Chozabe.

Le seigneur de Marchelins réprouvait les provocations incessantes du seigneur de Glaile envers le baron. Ce prétentieux qui se voyait déjà à sa place organisait dans toute la baronnie des prières et des processions pro-albiennes pendant le colloque, contre la réforme. « Cet idiot va finir par mettre le feu aux poudres… », pensa la jeune femme. Glaile avait fêté son anniversaire de manière outrancière le jour des fiançailles de la fille de son suzerain. Cela Fleur l’ignorait. La manœuvre était claire : humilier le baron en éclipsant les fiançailles de sa fille. Elle échangea un regard atterré avec Fortuné, doublé d’un sourire ironique, et traduisit bien leur pensée : « Grand bien lui fasse… Il peut toujours rêver. Il ne sera jamais baron. »

Enguerrand leur fit part non sans inquiétude de la violente rixe qui avait éclaté à Pertagne entre le pasteur et le prêtre. Des hystériques s’étaient rendus coupables d’iconoclasme. Son père lui en avait parlé, mais Fleur eut le sentiment qu’il avait minimisé les choses. Le baron avait condamné les coupables, mais sa décision n’avait contenté personne et son autorité s’en trouvait fragilisé. Il avait perdu le soutien des Albiens, parce qu’il n’arrivait pas à maintenir la paix du roi, et en condamnant les iconoclastes, il avait déplu aux Réformés.

Le seigneur de Marchelins lui rapporta que Mellêbe était touché par une série de meurtres, de disparitions inquiétantes.    

Sinon, il n’y avait pas d’événements majeurs prévus cette année. Consultant Fortuné du regard qui acquiesça en esquissant un sourire, elle invita Enguerrand à leur mariage. « Bien sûr, Père vous enverra une invitation, mais je tenais à le faire personnellement pour vous témoigner de notre amitié. » Très flatté, le seigneur accepta de bonne grâce.  

Le 6e Vinasse (16 octobre), se déroula sous une pluie incessante. Fortuné et Fleur regagnèrent Pertagne sans encombre. Le gentilhomme souhaitait repartir à Neuhor pour être soigné par son père, mais sa fiancée objecta qu’il n’était guère en état de chevaucher seul, et de se battre si nécessaire. Il émit l’idée de voyager avec des gardes, mais la belle de Lasus avait en tête les loups géants qui auraient pu supprimer ses amis, aussi elle demeura réticente. Il décida donc de rester sagement à Pertagne, le temps que son bras se rétablisse. Ils consultèrent le médecin du bourg. Le savant examina son bras. Il commençait à s’infecter. Le médecin demanda qui avait pratiqué des soins aussi médiocres. Il stoppa l’infection et réduit le temps de guérison. D’ici vingt jours, son fiancé serait rétabli. Il fut payé 200 pièces d’or.

Les parents de la jeune femme furent surpris de les voir rentrer si vite. En remarquant le bras en écharpe de Fortuné, ils leur demandèrent ce qu’il leur était arrivé. Fleur leur rapporta leur mésaventure sur les terres de Chozabe ainsi que les soupçons du chevalier de Marchelins. Le baron leur demanda s’il s’agissait bien de chiens de guerre. Le couple n’avait pas eu le temps de bien regarder et ne savait comment les décrire : ils n’en savaient rien. Fleur demanda s’ils pouvaient exiger réparation pour le cheval de Fortuné et sa blessure. Le baron expliqua qu’hélas, ils n’avaient pas de preuve que la meute appartenait à Chozabe et que ce dernier s’empresserait de nier. Fleur estimait qu’il fallait surveiller cette affaire de près pour l’incriminer dès que l’occasion se présenterait. Elle expliqua à son père qu’ils avaient réussi à renforcer leur lien avec Enguerrand de Marchelins, qui leur était loyal. Le baron fut satisfait par ce qu’il entendait. Il conseilla à sa fille d’aller prêter main forte à la dame de Mellêbe. Elle lui promit de s’en charger avant de repartir pour Antegnar. Elle lui proposa également de faire une séance de doléance, qui se tenait tous les quadri.  

Le 7e Vinasse (17 octobre), Fleur s’entraina avec les gardes.

Le Huiti 8e Vinasse (18 octobre), ils assistèrent à l’office. Fleur se consacra à Fortuné.

Le 9e Vinasse (19 octobre), Fleur décida d’aller rendre visite à la dame de Mellêbe. On lui fournit des rations. Son père lui accorda un garde. Elle regarda les cartes. Elle embrassa fort son fiancé, lui promettant de ne pas partir longtemps, peinée de ne pas visiter les vassaux à ses côtés.  

En chemin, elle fit plus ample connaissance avec son escorte. C’était un archer d’une trentaine d’années, qu’elle avait déjà croisé qui faisait partie de la garnison du château depuis quelques années. Il s’appelait Roland. Il était fort, endurant et protecteur. Désintéressé et assez émotif, c’était un cœur brisé qui rêvait de gloire. Il avait du charme mais la belle de Lasus n’avait plus que son promis en tête. Fleur se montra aimable avec lui et il lui rendit la pareille. Ils s’entendaient très bien. La jeune femme chercha à savoir ce que l’on pensait de son fiancé. Fortuné avait fait bonne impression. Il lui avait plu. Fleur l’informa de ce qu’elle comptait faire à Mellêbe pour que l’archer soit vigilant. Il ne s’agissait pas que d’une visite de courtoisie chez une vassale, elle comptait aussi l’aider à arrêter une série de meurtres.

Fleur lui raconta le concours de tir lors du tournoi de Neuhor pour la Huitaine sainte.  
Tandis qu’ils cheminaient, Roland trouva un sac mystérieusement abandonné au bord du chemin. Il contenait des affaires complètement trempés ainsi qu’une bourse. Fleur fit preuve de largesse et lui laissa prendre l’argent. Ils emportèrent les vêtements pour en faire don à un nécessiteux, ce qu’ils firent lorsqu’ils arrivèrent à Mellêbe en fin d’après-midi.  

Ils se présentèrent au château et furent accueillis par Dorine de Mellêbe. Sa vassale lui demanda pourquoi son fiancé ne l’accompagnait pas. Fleur lui expliqua leur mésaventure sur les terres de Chozabe.

Dorine de Mellêbe était une femme forte et élitiste, qui commandait sa terre d’une main de fer. Sa famille entretenait une vieille haine avec les Ygnol. D’ailleurs, les Mellêbe s’étaient tout récemment Réformés, après la guerre des barons qui avait déchiré le duché de 1544 à 1545, en opposition aux Ygnol, des royalistes, qui eux étaient revenus à l’Église albienne. Il s’agissait donc pour la future baronne de conforter cette alliance de circonstance avec les Mellêbe.

La belle de Lasus usa de son Pouvoir et de son collier de Bénédiction pour gagner sa sympathie. Dorine la trouva tout à fait charmante. Fleur, elle, resta sur sa réserve. Elle sentait trop que son hôte cherchait son soutien contre les Ygnol. La dame de Mellêbe lui parla des processions orchestrées par le seigneur de Glaile, de l’incendie à Econ, de l’affaissement à Chozabe, mais pas des meurtres commis sur ses terres.

Fleur aborda le sujet, sans l’effaroucher. Dorine minimisa l’affaire, ayant du dédain pour les victimes : une prostituée disparue depuis 19 jours et un rebouteux retrouvé mort cinq jours auparavant. Son garde-champêtre qui avait enquêté pensait à des Gobelins car il manquait une jambe et deux bras sur le corps du soigneur. Celui-ci avait été retrouvé dans un fossé, il avait également pris des coups dans la poitrine. Les membres avaient été sectionnés de manière nette avec une arme.

Fleur lui demanda ensuite si elle souhaitait lui parler de sujets en particuliers, ou transmettre un message à son père par son intermédiaire. Sans surprise, Dorine sollicita son soutien contre les Ygnol. La future baronne écouta ses arguments, la ménagea et lui fit savoir qu’elle en toucherait un mot à son père. Naturellement, sa vassale lui offrit l’hospitalité ainsi qu’à son archer.

La belle de Lasus lui offrit son aide pour démasquer l’assassin. Elle savait toutefois que le baron ne pouvait pas juger les crimes de sang. C’était du ressort du comte ou de l’officier royal, un membre de la famille des Ygnol. Fleur exclut donc d’emblée la possibilité de faire appel à ce dernier, qui ne ferait pas preuve d’impartialité.

Le 10e Vinasse (20 octobre), il fit très mauvais temps toute la journée. Fleur et Roland prolongèrent leur séjour, ne pouvant débuter leur enquête dans des conditions favorables. Dorine proposa à la belle de Lasus de faire de la broderie, qui accepta poliment. Elle savait que ce n’était pas son fort, au grand dam de sa mère fille d’un drapier Elfe. Fleur fut bien en peine pour produire un travail acceptable. En revanche, son hôte était nettement plus compétente. Les deux femmes apprenaient à se connaître. Dorine était une femme de caractère, vindicative, et traditionnelle. La belle de Lasus sentait bien que la dame de Mellêbe désapprouvait son mode de vie, son goût prononcé pour l’escrime. En revanche, elle aimait bien son caractère indépendant, sentant chez la future baronne une femme forte.

Elles parlèrent des fiançailles. Ne faisant pas étalage de son bonheur, Fleur lui expliqua sobrement que tout s’était bien passé. Dorine remarqua sa magnifique bague.

Puis les deux femmes s’affrontèrent aux échecs. Fleur, nettement plus à l’aise, battit largement Dorine qui la complimenta. Au cours du repas du soir, la dame de Mellêbe revint à la charge concernant les Ygnol mais la future baronne maintint sa position.

Le 11e Vinasse (21 octobre), Fleur, escortée par Roland, quittèrent le château pour enquêter. L’archer lui fit savoir qu’il ne croyait pas du tout à cette histoire de Gobelins. Lorsqu’ils mangeaient de l’humain, ils ne s’embêtaient pas à prélever ainsi certains membres.

Ils allèrent dans le bourg, à la taverne. Usant de son Pouvoir et de son collier de Bénédiction, Fleur s’intéressa aux rumeurs locales, prenant garde à ne pas révéler son identité. Les gens la prirent plutôt pour une bourgeoise, d’autant qu’elle dissimulait soigneusement sa précieuse bague sous des gants. Moyennant cinquante pièces d’or, elle paya quelques verres pour délier les langues.  

Ses efforts furent récompensés. D’après les rumeurs, la nièce de la châtelaine ne serait pas saine d’esprit, et pas toujours honnête. Elle aurait été aperçue avec la prostituée. Elle s’essaierait à des pratiques magiques défendues. Fleur pensa à de la nécromancie dont les rituels fonctionnaient à coup de sacrifices et de membres humains, pour ce qu’elle en savait. Elle tremperait dans des trafics pas clairs, attirée par l’occulte. Ce serait une sorcière. Dorine n’avait pas parlé de sa nièce. Vu comme elle dirigeait sa terre, elle devait aussi être le chef de famille et ne voyait certainement pas d’un bon œil cette nièce aux pratiques réprouvables, enfin si les rumeurs disaient vraies. Son garde-champêtre était apparemment au courant mais il se taisait. En tout cas, les gens disaient que ce n’était certainement pas des Gobelins. Soit la nièce était folle, soit elle faisait de la magie noire.

Fleur demanda où elle habitait. On lui indiqua un manoir à quelques kilomètres de là.

Les villageois lui signalèrent également qu’il y avait eu des tombes profanées. Les sépultures avaient été ouvertes, pillées. Certains ossements avaient disparu. Les tombes ciblées appartenaient plutôt à des laboureurs. Plusieurs hypothèses apparaissaient. Cela pouvait être l’œuvre de goules nécrophages, d’un pilleur de tombes, ou encore d’un nécromancien. Les deux affaires étaient peut-être liées.

Fleur chercha à savoir comme la châtelaine était perçue. Elle ne leur paraissait pas très sympathique mais tout le monde la respectait et la soutenait. D’ailleurs les gens pestaient à tout va contre les Ygnol, ce qui montrait un attachement pour la famille des Mellêbe.

Enfin, elle voulut savoir ce que l’on pensait du baron et ce qu’elle entendit la peina. Les gens savaient que la baronne Filendilë était une Elfe d’une grande beauté, comme sa fille. Philippe avait été un fier guerrier dans sa jeunesse mais il se faisait vieux et on le sentait sur le déclin. Il se murmurait que le prochain baron serait le seigneur de Glaile car Guilhem, son fils, avait renoncé à ses droits en devenant chevalier de la Rose, et Fleur, sa fille, était sans arrêt sur les routes.    

Fleur et Roland quittèrent ensuite le village. Elle décida qu’il n’était pas utile d’interroger le garde-champêtre. Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis le meurtre du rebouteux ; la piste devait être froide, et s’il s’agissait bien de la nièce de la châtelaine, l’agent de Dorine ne manquerait pas de tenir sa langue. Elle décida donc de rendre visite à la nièce.

Ils arrivèrent en fin d’après-midi au manoir de Charles de Trelloy, beau-frère de Dorine. Ce dernier fut surpris par cette visite impromptue de la fille du baron. Fleur lui expliqua qu’elle se trouvait chez la châtelaine, mais elle avait tenu à le saluer également, car ils avaient beaucoup de respect pour sa famille. Flatté, le maître des lieux lui proposa un verre et il mettrait des gens à sa disposition pour la raccompagner.

La future baronne parvint à bien le cerner. C’était un gentilhomme campagnard un peu commerçant, flatté que l’on s’intéresse à lui. Il parla avec Fleur des rumeurs qui circulaient. Concernant les tombes profanées, il pensait que c’était l’œuvre de voleurs. Il évoqua un rôdeur tué par les Gobelins.

Fleur demanda à saluer sa famille. Le père ordonna qu’on aille chercher sa fille. La servante mit du temps à revenir et réapparut trempée. Visiblement, elle était sortie. La nièce, à 28 ans, n’était toujours pas mariée, ce qui parut suspect à Fleur, pour une humaine. La jeune femme, qui se nommait Valentine, lui parut très sympathique aux premiers abords. Fleur se montra bienveillante même si elle n’était pas dupe, et c’était réciproque. Valentine sentait bien que la future baronne, derrière cette façade très aimable, cherchait à la jauger.

Intriguée, Fleur usa de son Pouvoir pour mieux la cerner. Valentine n’avait aucune limite au point que cela en devenait inquiétant. Son père lui faisait toute confiance, lui passait tout. Elle tint des propos parfois choquants qui mirent mal à l’aise Fleur. La belle de Lasus, qui était jusque-là bien disposée à son égard, le devenait de moins en moins.

Fleur et Roland rentrèrent tard au château. Elle s’excusa auprès de Dorine. Elle prétendit qu’elle enquêtait dans les bois, et qu’elle avait aussi rendu visite à son beau-frère. La châtelaine lui demanda si elle avait avancé dans son enquête. Fleur évoqua la rumeur des Gobelins en lui faisant croire qu’elle était convaincue que c’étaient eux les coupables. La future baronne voulait en apprendre davantage sur Valentine sans montrer ses soupçons pour ne pas effaroucher sa tante. Elle lui posa donc des questions sur sa nièce en observant ses réactions à l’aide de son Pouvoir. Dorine pensait que sa nièce était folle. Elle estimait que son père lui passait tout. Fleur lui demanda à dessein si quelqu’un pratiquait de la magie sur ses terres. Dorine lui indiqua que le rebouteux était un peu chaman. La belle de Lasus lui fit remarquer d’un ton anodin :

« Votre nièce s’y intéresse apparemment. »

La châtelaine le confirma. Sa nièce était bien trop vieille pour suivre un apprentissage. Valentine s’était installée son laboratoire dans un ancien oratoire, dans le jardin du manoir. En tout cas, la tante était sincère. Si sa nièce s’adonnait à des pratiques occultes, elle n’en savait rien. Fleur décida donc de garder sous silence ses soupçons car la châtelaine risquerait d’effacer les preuves. Elle lui demanda s’il y avait des rondes de nuit dans le bourg, mais il n’y en avait pas. Fleur lui parla aussi des tombes pillées. La châtelaine était au courant de cette affaire. Elle estimait que c’était l’œuvre de goules.

Retirée dans sa chambre, Fleur réfléchit à la situation. Si ses soupçons étaient avérés, elle ne pouvait agir officiellement puisque cela n’entrait pas dans les compétences judiciaires de son père. De plus, elle recherchait à renforcer les liens avec ses vassaux, pas à trainer dans la boue une alliée potentielle. La meilleure stratégie restait de s’introduire dans le laboratoire de Valentine de Trelloy en son absence pour vérifier si oui ou non elle était une nécromancienne, et le cas échéant, relever des preuves pour les présenter à Dorine. Si la future baronne évitait le bûcher à sa nièce et l’opprobre sur sa famille, alors la Dame de Mellêbe lui devrait une loyauté sans faille.      

Le 12e Vinasse (22 octobre), Fleur prit congé de la châtelaine, la remerciant pour son hospitalité.

Une fois hors du château, la belle de Lasus expliqua à Roland ce qu’elle comptait faire : s’introduire de nuit dans le laboratoire de la nièce pour trouver des preuves afin de la dénoncer et faire cesser ses activités. Son garde n’était pas très enclin ; c’était illégal, mais Fleur usa de son autorité arguant qu’il s’agissait de mettre fin aux activités d’une nécromancienne. Loyal, il s’inclina.

Il leur fallait d’abord faire le tour de la propriété pour repérer l’ancien oratoire. Puis ils iraient se procurer le matériel nécessaire : une corde, peut-être de la viande s’il y avait des chiens. Ils opèreraient de nuit. Ils laissèrent Danseuse dans un bosquet aux abords de la propriété. Fleur, vêtue d’une longue cape, avait mis son masque. Roland devait simplement monter la garde. Le manoir n’était pas clôturé par de grands murs, plutôt par un muret. Il était bordé de bois, de haies. De prime abord, il n’y avait pas de chiens. Ils identifièrent la chapelle transformée en laboratoire sur une colline. Soudain, Roland l’alerta qu’ils étaient repérés. Ils se sauvèrent en courant. Une voix se fit entendre et le chien fut lâché. L’animal les rattrapa. Fleur le frappa avec le plat de son épée courte pour ne pas le tuer. Elle lui cassa une patte. Elle lui assena un autre coup et l’assomma d’un coup de targe. Ils coururent. Un homme les rattrapa mais ils finirent par le distancer et le garde avait trouvé le chien. Roland la dirigea jusqu’à sa jument, sauf qu’arrivés à l’arbre où ils l’avaient attachée, Danseuse ne s’y trouvait plus. Fleur demanda à Roland s’il ne s’était pas trompé d’endroit mais son garde en était à peu près certain. Inquiète la future baronne se figura que si les hommes de Charles de Trelloy avaient emporté Danseuse, ils sauraient en regardant la marque sur sa cuisse à qui la jument appartenait. Fleur réfléchit un instant à la situation. Bientôt, le beau-frère de Dorine allait savoir que la fille du baron s’était promenée illégalement sur sa propriété ce qui risquerait d’entacher la réputation de son père, déjà fragilisée si elle en croyait les rumeurs locales. De plus, Valentine en serait aussi alertée et si elle était bien coupable, elle s’empresserait d’effacer les preuves pour ne pas se faire prendre. Fleur pensa aussi aller voir la châtelaine mais le temps de faire l’aller-retour à pied, là encore, la nièce pourrait faire place nette. Elle décida donc d’y retourner pour s’introduire coûte que coûte dans le laboratoire. Le seul moyen de récupérer Danseuse et d’éviter le scandale était de confondre au plus vite la nièce.

Il était aux environs de midi. Fleur se montra discrète, s’approchant à pas de loups du laboratoire. Mais Roland se fit remarquer. Pour laisser la voie libre à sa maitresse, il se laissa prendre et emmener au manoir, embrouillant les serviteurs pour gagner du temps. Mais ses histoires paraissaient louches et le maître des lieux, informé qu’on avait retrouvé la jument de la future baronne était furieux. Charles de Trelloy exigeait de voir Fleur de Lasus sur le champ.

De son côté, elle crocheta la serrure avec son poignard de bottes, usant de son Pouvoir. Elle prit soin de refermer la porte derrière elle. C’était une petite chapelle. Elle remarqua des pentacles, un hibou empaillé. Cela sentait fort l’encens. De grands voiles roses cachaient le Soleil. Pendant quelques minutes, Fleur fouilla. Elle trouva des ingrédients, des parchemins, mais a priori rien de bien méchant : des fétiches et babioles en tout genre. Puis, elle distingua une dalle qui se bougeait, qui devait donner accès à une crypte. Elle la souleva. Il faisait noir. Elle prit un chandelier et descendit. Dans la crypte, Fleur trouva des ingrédients, des parchemins. L’odeur était nauséabonde. Une créature cousue de partout, composée de membres des victimes s’approcha d’elle. C’était un golem de chair. Elle l’attaqua, parvint à le blesser. Il se défendit de ses lames à deux reprises. Ses coups semblaient l’atteindre mais ne lui faisaient pas beaucoup de dégâts. Elle se souvint alors que contre le golem d’os dans les entrailles de Néac, elle avait dû changer de style de combat pour porter des attaques tranchantes. Elle changea donc de main et fit une belle attaque à l’épée courte usant de son collier de Bénédiction, mais il se défendit. Elle revint à la charge, usant de son Pouvoir. Sa stratégie fonctionna. Elle l’avait bien entaillé. Elle lui assena un dernier coup et il s’effondra. Aussitôt, elle fouilla. Elle reconnut sur des parchemins des symboles maléfiques qu’elle décida d’emporter.

Les preuves allaient immanquablement disparaître. Il fallait qu’elle amène le père et sa fille devant le fait accompli immédiatement, sans compter que Roland devait se trouver en bien fâcheuse posture. Elle se dirigea vers le manoir. Lorsqu’elle réapparut, Charles de Trelloy lui demanda des explications, hors de lui. Elle le calma. Sa colère était compréhensible mais elle argua qu’elle devait absolument lui montrer ce qu’elle avait découvert sur le champ et qu’il comprendrait alors son comportement. Fleur exigea que Valentine les accompagne.

Charles et Valentine, accompagnés par Roland et Fleur se rendirent à l’ancien oratoire. Lorsqu’ils déplacèrent la dalle menant à la crypte, Valentine commença à pâlir. Fleur l’intimida, soutenue par Roland qui se montrait très impressionnant. Elle désigna à Charles le golem de chair qu’elle avait affronté, manifestement composé de plusieurs corps de victimes. Le père désabusé s’effondra. Valentine, démasquée, arbora des larmes pour apitoyer son père, allant jusqu’à accuser Fleur de complot, mais cette fois, Charles voyait sa fille d’un autre œil. La future baronne ordonna que l’on détruise tout, que Valentine arrête ses pratiques. Elle prévint le père. Elle ne voulait pas de nécromancie sur ses terres et ne voulait plus entendre parler de tels actes. Naturellement, elle exigea que l’on libère son garde et que l’on lui rende sa jument.

Puis elle se rendit immédiatement au château. Elle exigea de voir la châtelaine. Là, elle lui expliqua ce qu’elle avait découvert dans le laboratoire de sa nièce, lui montra les parchemins qu’elle avait saisi, lui informa que son beau-frère avait lui-même vu le golem de chair. Dorine était profondément choquée, elle ignorait sincèrement ce que Valentine trafiquait dans son laboratoire. Fleur lui proposa alors un pacte : elle garderait le silence sur cette affaire, n’en soufflerait pas un mot à son père, mais elle exigeait une loyauté sans faille. De plus, le laboratoire devait être détruit. Valentine devait cesser ses activités, et se ranger ; la future baronne laissait à la châtelaine de savoir par quel moyen. Elle pouvait toujours la marier ou la mettre dans un couvent. Fleur la prévint. Si elle entendait encore parler de nécromancie, elle n’aurait aucun mal à déclencher une enquête de l’Inquisition d’autant qu’elle avait des preuves. Dorine lui promit une loyauté sans faille et s’engagea à faire le nécessaire.

N’ayant plus le temps de rejoindre Pertagne avant la nuit, Fleur resta au château pour le soir.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

A la chasse aux ingrédients magiques 2

Message  Fleur le Mar 13 Sep - 2:31

Le 12e Vinasse (22 octobre), Arnolphe et Niscarvin se procurèrent des bocaux chez l’apothicaire. Niscarvin acheta aussi quelques médecines pour se tenir réveiller (du café) et pour se renforcer les muscles quelques heures (stéroïdes). Ils prévoyaient aussi des rations. Niscarvin fit un bon spectacle le soir.

Le 13e Vinasse (23 octobre), Arnolphe et Niscarvin regagnèrent Tengon. Ils voulaient acheter une chèvre pour servir d’appât mais ils n’en trouvèrent pas.

Le 14e Vinasse (24 octobre), ils insistent pour trouver quelqu’un acceptant de leur vendre une chèvre mais ils ne trouvèrent toujours pas. Ils partirent dans la forêt en laissant leurs chevaux à l’auberge. Ils établirent un bon campement et essayèrent de soigner leur tare.

Le 15e Vinasse (25 octobre), ils allèrent chasser mais rentrèrent bredouilles. Ils passèrent une mauvaise nuit à cause d’oiseaux qui ne cessaient de piailler.

Le 16e Vinasse (26 octobre), Niscarvin parvint à se passer de morphée. Arnolphe tentait de jeûner en ce huiti mais l’appel de la bonne chère fut la plus forte. Ils identifièrent des traces de sangliers géants : une famille de quatre sangliers, deux adultes et deux enfants. Arnolphe et Niscarvin essayèrent de les prendre par surprise mais ceux-ci les avaient sentis venir. Arnolphe décocha ses flèches 3 par 3 en possant toutes ses attaques. Le combat était ardu, les sangliers avaient le cuir bien dur. Niscarvin en blessa un petit d’emblée mais ne fit pas grand-chose après ça. Les parents sangliers demeuraient sur la défensive, harcelés par Arnolphe. Un des petits, blessé par l’archer, tournait curieusement en rond ; la flèche d’Arnolphe avait sans doute atteint son cerveau. Les sangliers finirent par périr sous les flèches de l’archer. Niscarvin identifia sept parties qui pouvaient servir d’ingrédient sur les adultes et quatre sur les petits. Il les découpa pour récupérer des ingrédients et en profita pour prélever de la viande pour le soir, ainsi qu’un cuissot pour plus tard : tant pis pour le jeûne d’Arnolphe…

Le 17e Vinasse (27 octobre), vers le soir, ils furent de retour à Tengon. Après avoir entendu leurs exploits de la bouche de Niscarvin un type, impressionné par le cuissot de sanglier géant, leur proposa de leur payer l’auberge et la pension des chevaux en échange dudit cuissot pour pouvoir frimer avec.

Au cheval reposé, ils eurent aussi la bonne surprise d’y retrouver Fleur. Ravis, les trois amis échangèrent sur leurs dernières péripéties. Fleur se réjouit de leur bonne fortune et commenta amusée : « Il faudra que vous me présentiez ce Lutino. » Niscarvin nota l’absence de son fiancé. Elle leur expliqua qu’il était resté à Pertagne avec ses parents parce qu’il était blessé. En effet, alors qu’ils se rendaient chez un vassal de son père, une meute de molosses les avaient attaqués. Ces chiens avaient mis en pièces le cheval de Fortuné et dans sa chute, son bien-aimé s’était cassé le bras. Elle avait donc poursuivi seule la tournée chez les vassaux, mais elle n’était pas mécontente car elle avait réussi à resserrer les liens avec ceux qu’elle avait vus. Elle se rendait à présent chez la dame de Lieth, une Demi-elfe que la baronne n’avait pas l’air d’apprécier. Ils passèrent ainsi une soirée sympathique. Fleur leur souhaita bonne chance.

Le 18e Vinasse (28 octobre), Arnolphe et Niscarvin retournèrent à Trarches. Ils y vendirent leurs ingrédients de sanglier pour 10600 PO et trouvèrent une bonne auberge : l’auberge Du Héron. Niscarvin aida Arnolphe à surmonter ses problèmes de nourriture.

Les 19e (29 octobre) et 20e Vinasse (30 octobre), Arnolphe et Niscarvin voulaient repartir à la chasse mais les boutiques étaient fermées, en raison de la Saint Lucius l’Architecte et de la Saint Pape Marcus le Croisé. Ils décident alors de se poser tranquillement pendant deux jours. Ils durent donc patienter pour se procurer les bocaux dont ils avaient besoin. Arnolphe continua sa lecture, Niscarvin s’entraîna un peu et fit des spectacles, se montrant excellent le 19e et bon le 20e Vinasse.

Le 21e Vinasse (31 octobre), ils achètent des bocaux avant de repartir pour Tengon. Ils y arrivèrent dans la soirée.

Le 22e Vinasse (1er Novembre), ils s’enfoncèrent dans la forêt. Le ciel était clément. Ils installèrent leur campement le soir et Niscarvin posa très bien son piège à grelots. Puis il aida Arnolphe à parler de sa boulimie.

Les deux jours suivants, ils partirent chasser mais rentrèrent bredouilles.

Le 25e Vinasse (4 novembre), ne baissant pas les bras, ils repartirent à la chasse. Tout à coup ils se firent charger par un hippogriffe ; probablement celui qui trainait dans la région et qui se serait réfugié dans les bois à cause du mauvais temps. Niscarvin esquiva les griffes de la bête grâce au Pouvoir, et Arnolphe se fit bousculer. L’hippogriffe revint à la charge mais heureusement il n’était pas très habile. Niscarvin se fendit d’une botte qui le blessa très gravement, tandis qu’Arnolphe le rata avec sa corsèque. Niscarvin continua d’attaquer mais manqua le monstre. Arnolphe en profita pour reculer, prendre son arc et tirer deux flèches qui malheureusement manquèrent la bête d’un cheveu à cause d’une bourrasque soudaine. L’hippogriffe, acculé, s’enfuit alors dans les bois. Niscarvin et Arnolphe rentrèrent au camp, déçus d’avoir abondamment puisé dans leur Pouvoir sans avoir pu trouver d’ingrédients. Dans la nuit, ils furent réveillés par un bruit de grelots : des loups les encerclaient. Les loups engagèrent le combat, mais se ravisèrent rapidement, intimidés par la mort de 5 d’entre eux. Niscarvin identifia huit parties du loup qui pouvaient servir d’ingrédients magiques (de bas niveau) et les dépeça.

Le 26e Vinasse (5 novembre), Arnolphe et Niscarvin retournèrent à Tengon. Ils esquivèrent un danger grâce au Pouvoir d’Arnolphe. Ils échangèrent sur leurs faiblesses respectives le soir à la taverne.

Le 27e Vinasse (6 novembre), Arnolphe et Niscarvin regagnèrent Trarches et l’auberge Du Héron.

Le 28e Vinasse (7 novembre), ils revendirent les ingrédients récupérés sur les loups pour 1380 pièces d’or. Le soir, Niscarvin fit un excellent spectacle.

Le 29e Vinasse (8 novembre), ils partirent pour Antegnar. Ils s’arrêtent le soir dans une bonne auberge où Niscarvin fit un très bon spectacle.

Le 30ème Vinasse (9 novembre), ils arrivèrent le soir à Antegnar. Au château, ils retrouvèrent Fleur et Fortuné. Ils discutèrent à deux de leur addiction respective.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

L'étoffe d'un baron 2

Message  Fleur le Mar 13 Sep - 2:39

Le 13e Vinasse (23 octobre), Fleur profita de la collation du matin avec Dorine pour lui demander ce qu’elle comptait faire de Valentine. Détruire son laboratoire ne suffirait pas, argua-t-elle. La châtelaine ne savait pas trop. Elle pensait la faire surveiller. La future baronne lui suggéra alors vivement de la marier, ou mieux de la confier à un couvent, où elle pourrait retrouver le droit chemin. Dorine lui répondit qu’elle aviserait, qu’elle ferait le nécessaire. Puis, pour sceller leur pacte, Fleur l’invita à son mariage, en soulignant que cela lui donnerait l’occasion de rencontrer le futur baron. La châtelaine accepta.  

Sur ces résolutions, la belle de Lasus prit congé de la dame de Mellêbe, et repartit pour Pertagne, pressée de revoir son fiancé.

Ils arrivèrent sans encombre à Pertagne dans l’après-midi.  Elle salua ses parents et Fortuné. Elle signala fièrement au baron que le meurtrier était arrêté et que la dame de Mellêbe leur était désormais loyale. Satisfait, son père lui posa néanmoins des questions. Il lui demanda si elle avait sollicité une enquête officielle, et qui était le coupable. Comme elle entendait respecter la parole qu’elle avait donné à Dorine, elle se contenta d’expliquer à son père qu’elle avait aidé la dame de Mellêbe à identifier le coupable, qu’il s’agissait d’un dément, d’un marginal et que la châtelaine l’avait arrêté et avait mis un terme à ses activités. « Comment cela ? », interrogea le baron. Fleur persuada son père en usant de son collier de Bénédiction que le coupable avait été pris en flagrant délit et qu’il avait été éliminé par les hommes de la châtelaine. Et comme c’était un marginal, personne ne réclamerait des comptes à la châtelaine, qui considérait donc l’affaire classée. Elle demanda des nouvelles à son père qui lui répondit qu’il ne s’était rien passé de particulier.

Elle informa ensuite ses parents qu’elle avait donc invité deux vassaux à leur mariage : Enguerrand de Marchelins et Dorine de Mellêbe. Le baron fronça les sourcils, rappelant à sa fille qu’il ne voulait pas faire de favoritisme. Pour cette raison, il allait envoyer à tous un faire-part. Mais Fleur lui expliqua qu’ayant gagné leur loyauté, elle avait voulu en les invitant personnellement renforcer leurs liens en les gratifiant de ce geste. Philippe de Lasus reconnut que la manœuvre se justifiait et lui donna raison. Elle lui précisa qu’elle avait également convié son cousin d’Osan. Son père ne pensait pas forcément l’inviter mais il ne lui reprocha rien.  

 Elle lui demanda si le comte serait présent à son mariage. Le baron lui répondit qu’il allait l’inviter et qu’il faudrait certainement compter sur sa présence. Après tout, les Lasus étaient à la tête d’une de ses trois baronnies. Fleur lui avoua que cela la rassurait. Elle convenait qu’il fallait convier tous les vassaux mais elle craignait que certains ne viennent gâcher la fête par des provocations. Mais en présence du comte, ils n’oseraient certainement pas et Fleur avisa son père que de toute façon, elle ne laisserait personne leur manquer de respect. Le baron, inquiet, l’enjoignit à ne pas se montrer trop offensive. Elle lui assura qu’elle se contenterait de se défendre le cas échéant.

Fleur fit savoir à son père qu’elle avait réfléchit aux manigances du seigneur de Glaile qui la contrariait. Elle lui proposa une contre-attaque : organiser des processions appelant à la paix et à la tolérance entre tous les Tharésiens, pour montrer à leur vassal qu’il devait composer avec les Lasus et qu’il ne pouvait pas les provoquer impunément. Son père ne trouvait pas l’idée mauvaise. Fleur se proposa même de participer financièrement mais il lui dit que ce n’était pas nécessaire. Il lui demanda où elle voulait les organiser. Voulait-elle en faire une à Glaile pour provoquer le seigneur ? Fleur n’y avait pas trop réfléchi. En y réfléchissant ensemble, ils convinrent que le mieux restait d’en organiser une première à Pertagne, et si cela se passait bien, d’en faire d’autres à travers toute la baronnie. Le baron lui demanda à quelle date elle voulait les faire. Ils convinrent ensemble de les lancer le 24e Vinasse. Fleur informa son père qu’elle ferait part au comte des agissements du seigneur de Glaile.

Puis, Fleur s’isola avec son fiancé. Elle lui demanda formellement comment cela s’était passé en son absence. Il lui avoua qu’il s’ennuyait. Elle lui dit qu’elle en était désolée, qu’elle avait vraiment regretté sa présence, et qu’ils se rattraperaient quand il serait rétabli. Elle lui rapporta la véritable identité du coupable, pour qu’il sache comment ils tenaient en respect la dame de Mellêbe ; elle avait promis à cette dernière de ne pas en souffler mot au baron, mais sciemment, elle n’avait pas fait mention du futur baron… Elle s’empressa aussitôt de brûler les parchemins de magie noire, expliquant qu’il était peu souhaitable que l’on trouve de tels documents en sa possession. Elle lui fit promettre de ne rien dire, en particulier à Korritil, mage blanc, qui n’apprécierait certainement pas la façon dont elle avait réglé l’affaire à l’amiable.

Elle confia à son bien-aimé les avis qu’elle avait entendu sur son père et qui l’avaient peinée. Son père était vu sur le déclin et apparemment, la population pensait que le prochain baron serait le seigneur de Glaile. « Tu sais fort bien que j’ai accepté de devenir ta femme parce que je t’aime, et pas parce que je cherchais un baron. Mais à présent, j’ai l’impression que notre mariage vient à point nommé. » Elle lui fit comprendre qu’il allait avoir un véritable rôle à jouer. Voir une figure d’autorité masculine à ses côtés allait certainement rassurer la population. Il fut touché par la confiance qu’elle vouait en lui.

Fortuné, heureux de la retrouver, se mit à la séduire, et il savait très bien comment faire fondre sa fiancée. Fleur appréciait mais se montrait réticente à des ébats. Elle le mit en garde : non seulement ils risquaient de se faire prendre, mais en plus elle pouvait tomber enceinte, ce qui serait malvenu quatre mois avant leur mariage. Il balaya ses objections d’un revers de main en lui rappelant qu’ils pouvaient se donner du plaisir sans risquer une grossesse. Elle se laissa convaincre, usa de son Pouvoir pour qu’ils se montrent très discrets. Comme il avait un bras en écharpe, elle lui susurra : « Laisse-moi faire mon amour. » Il ne se fit pas prier et apprécia. Ils passèrent un agréable moment, quoi qu’un peu frustrant. Fleur sut le combler avec brio. Enlacée contre lui, bien consciente de l’influence qu’il exerçait sur elle, elle le taquina :
« On n’est pas très raisonnables. Tu vois ce que tu me fais faire ? Corrupteur…
- Tentatrice. »
Elle rit, avant de lui murmurer un « je t’aime » ému. Quelques instants plus tard, elle regagnait sa chambre en catimini.        

Le matin du 14e Vinasse (24 octobre), Fleur s’entraina avec des gardes.

En début d’après-midi, elle eut une conversation avec sa mère. Elle commença par l’avertir qu’Orlande risquait de ne pas s’entendre très bien avec Guilhem. Le frère de Fortuné avait des opinions religieuses qui pouvait fort bien faire sortir le chevalier de la Rose de ses gonds. Aussi, Fleur l’informa qu’il vaudrait mieux les tenir à distance à l’occasion de son mariage. Sa mère lui répondit qu’elle ferait le nécessaire.

Fleur demanda ensuite à sa mère ce qu’elle pensait de Fortuné. Dame Filendilë répondit : « Ce qui compte c’est qu’il te plaise, mais c’est un jeune homme très charmant, sans doute un peu frivole. »

Rassurée, Fleur sollicita son conseil. Comme sa mère Elfe avait réussi à former un couple harmonieux avec son père, malgré un écart d’âge d’un siècle entre eux, elle voulut savoir comment elle pouvait éviter de faire sentir à Fortuné leur écart d’âge, craignant de le vexer. Elle avait été surprise par sa réaction lorsqu’ils s’étaient affrontés aux échecs. Sa mère reconnut qu’elle avait trouvé la réaction du jeune homme un peu puérile. A ses yeux d’Elfe, « les humains sont de grands enfants ». La sage baronne lui expliqua qu’elle avait tendance à trop vouloir montrer sa valeur. C’était probablement lié à la frustration qu’elle avait pu ressentir dans son enfance :

« Souviens-toi. Guilhem et toi, lorsque vous étiez petits, vous peiniez à égaler vos semblables Humains, apprenant plus lentement qu’eux. »

Mais avec le temps, ils allaient nécessairement surpasser les Humains, qui déclinaient trop vite. Aussi, pour préserver la fierté de son futur époux, Filendilë conseilla à sa fille de moins se mettre en avant, de lui laisser prendre sa place de lui-même.

« Pense à la valeur elfique de l’anwar »

Fleur voyait ce à quoi sa mère faisait allusion. Il fallait entendre ce mot dans le sens du respect de soi et d’autrui. Une bonne épouse devait veiller à la dignité de son mari. Filendilë lui fit remarquer que pour le moment l’écart avec Fortuné restait discret ce qui serait le cas encore pendant des années. Elle-même n’avait pas eu cette chance avec le baron. « Profitez-en. » Fleur remercia alors sa mère, saluant sa sagesse, et lui disant qu’elle s’efforcerait de suivre ses conseils.
Puis Fleur se consacra à son bien-aimé, le remerciant pour sa patience. Il ne lui en tenait pas rigueur, ce n’était pas de la faute de sa fiancée s’il s’était blessé. La belle de Lasus l’informa qu’elle devrait se remettre à la disposition du comte le 32e Vinasse, et retourner à Qres pour s’assurer que tout allait bien. Il comprit qu’elle s’absenterait au moins un mois, compte-tenu de la distance. Sachant très bien que le comte le tenait à l’écart de cette affaire, il jugea préférable de l’attendre à Neuhor. Fleur lui proposa tout de même de l’accompagner à Antegnar. Ils pouvaient s’y rendre quelques jours avant sa convocation chez le comte et profiter d’être un peu seuls. D’ailleurs, il devait se trouver un cheval. Ils pourraient également ajuster sa chevalière. Fortuné accepta. Puis elle chercha s’il ne lui cachait de petits défauts. Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Fortuné était un homme généreux. Il pouvait se montrer jaloux et possessif, surtout s’il se sentait inférieur, mais pas de façon maladive. Elle sentait bien qu’il l’aimait, et qu’il avait donc confiance en elle.

Elle l’avisa qu’elle allait s’absenter quelques jours. Si tout allait bien, elle rentrerait le 20e Vinasse, mais elle resterait ensuite à ses côtés jusqu’au 32e Vinasse.

Le soir, au moment du repas, elle informa ses parents qu’elle comptait aller visiter d’autres vassaux. Elle indiqua particulièrement à son père de qui il s’agissait : le seigneur de Préchenrèves, celui d’Armaldré, et la dame de Lieth, et lui demanda s’il avait un message à leur transmettre. Le baron lui répondit que non. Elle lui demanda s’il pouvait lui accorder un deuxième garde, arguant qu’elle allait passer par Econ, où des trolls étaient signalés. Son père le lui accorda.

Le matin du 15e Vinasse (25 octobre), il faisait très beau temps. Fleur partit, escortée par les deux gardes, non sans avoir embrassé son fiancé. Roland faisait équipe avec un lancier d’une trentaine d’années, nommé Thierry. D’un physique assez commun, il était brun, le visage glabre, large d’épaules, plutôt grand. La belle de Lasus trouva le lancier sympathique et réciproquement, toutefois, elle n’arrivait pas à le cerner.

Ils arrivèrent sans encombre à Préchenrèves. Fleur demanda l’hospitalité et le seigneur l’accorda sans réserve. Arduin de Préchenrèves était un vieil ami du baron, un chevalier d’une soixantaine d’années qui avait combattu à ses côtés. Il félicita Fleur pour ses fiançailles. Usant de sa bénédiction, elle gagna sa loyauté. Le chevalier ne lui fit pas très bonne impression, un peu bourru à son goût, mais la future baronne demeura bienveillante à son égard. Le chevalier ne lui rapporta pas de rumeurs particulières. Comme il était féru de faits d’armes, elle lui parla du tournoi de Neuhor. Elle lui rapporta que le comte d’Enro s’était illustré en terminant deuxième à la joute. Il lui demanda des détails. Sincèrement impressionnée, elle lui relata les duels de leur suzerain qui était un combattant exceptionnel. Comme Arduin était un vieil ami de son père, elle en profita pour l’inviter à son mariage.

Le 16e Vinasse (26 octobre), Fleur et ses gardes partirent tôt au matin. Ils passèrent par le sud de Pertagne, pour se rendre à Armaldré. En chemin, ils entendirent un bourdonnement assourdissant. Les soldats se mirent à courir. Ils étaient suivis par de gros insectes : des mouches nauséabondes, de la taille d’une poule, attirés par les étrons de Danseuse. Fleur mit pied à terre, se para de son masque et dégaina ses lames pour défendre sa monture. Deux Fronbames tournaient autour des soldats. Thierry en transperça un de sa lance. Roland jouait de ses couteaux. Les trois autres harcelaient Danseuse, qui renâclait, agacée. L’un d’entre eux se posa sur la jument. De sa rapière, Fleur le coupa en deux. Ces créatures sentaient très mauvais. Elle sectionna l’aile d’un autre. Le Fronbame, toujours en vie, bourdonnait, voletait avec peine. Fleur comprit qu’ils n’étaient pas dangereux. Elle en fit la remarque à ses gardes. Thierry le lui confirma, précisant que les Fronbames étaient inoffensifs, contrairement aux Afrênes, des énormes taons. Ces soldats lui conseillèrent tout de même de s’en débarrasser. Fleur en tua un autre, et ils purent repartir.



Toutefois, ses vêtements empestaient. Elle ne pouvait décemment se présenter ainsi chez leur vassal. Elle chercha un ruisseau pour se laver et se changer. Quelques instants plus tard, ils firent donc une pause. La future baronne ordonna naturellement à ses soldats de se tourner pendant qu’elle faisait sa toilette. Elle se frotta au savon, l’eau était fraîche mais elle s’en accommoda. A son insu, Thierry se reput du spectacle, reluquant le corps nu de nymphe de la future baronne qui barbotait dans le ruisseau. Son fiancé avait bien de la chance. Elle était très désirable. Dans la garnison au château, les plus anciens racontaient qu’un sergent avait eu ses faveurs, il y avait peut-être une décennie de cela, depuis il avait quitté Pertagne. Roland protesta :

« Eh mais qu’est-ce que tu fais ? Arrête, tu vas te faire choper.
- Allez, viens. Ça vaut le coup d’œil ! Elle est borgne, elle voit rien. »

Roland hésita, mais la tentation était trop forte et lui aussi se rinça l’œil. Mais Fleur ne remarqua rien et acheva sa toilette sereinement. Elle changea de vêtements, se parfuma, et enfin nettoya ses armes.

Ils arrivèrent au château. Fleur savait que le maître des lieux n’était pas très bien disposé à l’égard des Lasus mais il restait leur vassal. Elle lui demanda l’hospitalité, ayant fait une longue route. Narcisse d’Armaldré la lui accorda. Grâce à son collier de Bénédiction et à son Pouvoir, elle parvint à gagner sa sympathie. Il devint bienveillant à son égard. Il ne lui communiqua pas de rumeurs en particulier. Fleur tenta de mieux le cerner. Il était Réformé, mais un différend territorial l’opposait au baron. Sa famille jouait la carte de la fidélité au comte et ils se sentaient un peu dépités de constater que la future baronne avait joué la même carte. Mais ils avaient des points communs. Fleur savait aussi qu’il s’entendait mal avec son voisin, le seigneur d’Econ, parce que c’était un Albien, anti-réformé, et à cause d’un conflit territorial. La future baronne lui demanda ce qu’elle pouvait faire en échange de sa loyauté. Narcisse lui demanda de faire en sorte que le chevalier d’Econ arrête de critiquer les Réformés et d’obtenir gain de cause dans son litige avec celui-ci, et si elle pouvait obtenir gain de cause auprès du comte concernant le litige territorial avec Econ. Fleur ne lui promit rien mais lui répondit qu’elle essayerait d’intercéder en sa faveur. Elle l’informa que son père organisait une série de processions pour le 24e Vinasse, afin d’appeler à la paix et à la tolérance et contrecarrer le message véhiculé par le seigneur de Glaile. Narcisse trouva l’idée bonne. Fleur devint bienveillante à son égard. Usant de son Pouvoir, elle lui proposa une alliance avec les Lasus, car si un conflit se déclenchait, les Réformés avaient tout intérêts à s’unir. Il accepta.

Le 17e Vinasse (27 octobre), il faisait assez beau temps. Ils passèrent par le sud d’Econ pour aller à Lieth. En chemin, Danseuse se tordit une patte. Ils furent obligés de se rendre à Tengon, non loin de là, dans le comté voisin de Tereu-le-roi. Elle trouva un éleveur qui soigna bien Danseuse. Il lui fit une attelle, Il conseilla à la cavalière de ne pas la faire marcher trop vite, de ne pas faire de grosses étapes et lui indiqua qu’elle serait remise sous quatre jours. Elle le paya 50 pièces d’or. Comme le soir tombait, usant de sa Bénédiction, elle trouva une assez bonne auberge : « Au cheval reposé ». Elle paya le logement de ses gardes. Elle eut la bonne surprise de retrouver Niscarvin et Arnolphe. Ils se racontèrent leurs dernières péripéties. Fleur était contente de les retrouver. Comme ils cherchaient des ingrédients magiques, elle leur indiqua que des trolls étaient signalés dans la forêt d’Econ. Ses amis l’informèrent qu’ils en avaient déjà tué quatre. Niscarvin fit un bon spectacle. Avant de se retirer pour la nuit, elle leur souhaita bonne chasse.  

Le 18e Vinasse (28 octobre), il faisait beau temps. Arrivés à Lieth, Fleur demanda l’hospitalité, qu’on lui accorda. Bérangère de Lieth était une vieille Demie-Elfe, âgée de plus de 170 ans, mais en paraissant la cinquantaine. Comme sa mère, la baronne Filendilë, elle avait donc connu bien des époques. Lieth était une ancienne terre elfique, ce qui expliquait la présence de quelques Demi-Elfes au village. Grâce à son Pouvoir et à son collier de Bénédiction, Fleur gagna la sympathie de Bérengère qui devint très amicale. Elle n’avait pas entendu de rumeurs particulières. Fleur la trouva assez sympathique. Elle se montra bienveillante. Usant de son Pouvoir, Fleur parvint à convaincre la dame de Lieth de former une alliance avec les Lasus.  Pour ce qu’elle en savait, la baronne ne s’entendait pas trop avec la dame de Lieth. Elle comprit peu à peu pourquoi. Filendilë était une Elfe bienveillante avec les humains, quand Bérangère, avec le temps, devenait pro-elfique et dénigrait les humains.

Bérangère la félicita pour ses fiançailles. Elle remarqua la bague au doigt de la future baronne, et commenta :
« Il doit être riche.
- Il a bien d’autres qualités.
- Je me doute qu’il doit être beau pour un Humain.
- Oui, il l’est. » Reconnut la jeune femme en rougissant.

Comme ils évoquaient son fiancé, elle lui expliqua qui était son beau-père. Bérengère acquiesça et remarqua d’un air condescendent : « Oui. Les mages humains… »

La dame de Lieth lui parla de la guerre en Athalanie, une grande île cosmopolite, dirigé par un empereur Elfe, fou et sans héritier. Ce dernier s’était querellé avec les princes Nains, qu’il avait gravement offensé, et avec Valbion, parce qu’il devait épouser la fille du roi, mais il l’avait répudiée après avoir consommé leur union. Valbion avait subi une grave défaite. Mais l’Athalanie se trouvait déchirée entre les provinces fidèles à l’empereur, et des provinces rebelles. Felxir entretenait de mauvaises relations avec l’Athalanie, ayant pris le parti des rebelles. Récemment, le soutien de l’Empire Armannnien et des Trois-Couronnes aux rebelles mettait en difficulté l’empereur. Mais ce dernier put respirer un peu grâce à l’épidémie de peste, toujours en cours, qui avait annulé les opérations militaires tricouronnées. Bérangère demanda à Fleur ce qu’elle en pensait. N’ayant pas en tête tous les tenants et les aboutissants de ce conflit, la belle de Lasus se contenta de répondre pour aller dans le sens de son hôte que le combat de l’empereur lui semblait légitime, mais que des maladresses avaient été commises de part et d’autre. Il serait souhaitable qu’Elvinor intervienne et que le conflit s’achève, en la faveur de l’empereur.
 
Fleur essaya de mieux la cerner. La dame de Lieth était une femme à poigne, d’un autre genre que Dorine de Mellêbe. Un rude, elle ne faisait preuve d’aucun tact et ne mâchait pas ses mots. Pour cette raison, elle n’était pas très appréciée. Incapable de se montrer diplomate, elle s’était un peu isolée. Soignée, elle prenait les gens de haut, car avec le temps, le fossé avec ses contemporains s’était creusé.

Finalement, Bérengère déclara à la future baronne : « Je n’apprécie pas votre mère, mais vous, ma petite, je vous trouve très sympathique. Autrefois, vous m’agaciez, vous étiez une gamine trop fleur bleue. Au moins, votre œil crevé vous a mis du plomb dans la tête. »

Oui, la belle de Lasus était autrefois trop sentimentale et naïve, et Robert de Malfosse en avait profité. Pour autant, la dame de Lieth y allait un peu fort ! Depuis, elle avait mûri. Fortuné avait guéri ses blessures et l’avait en fin de compte réconcilié avec l’amour. Fleur accusa le coup, serra les dents, avant de lui faire remarquer calmement :

« Oui, enfin, si nos parents ont trouvé leur intérêt à nous unir, c’est avant tout un mariage d’amour.
- Ah oui ? Tant mieux, c’est bien que vous vous rangiez, il était temps parce que vous passiez pour une salope. »
Fleur fronça des sourcils, avant de rétorquer d’un air pincé : « Comme quoi, il ne faut pas se fier aux rumeurs. »  

Bérengère lui souhaita du bonheur pour son mariage. Mais heurtée par certains propos, Fleur devint neutre.

Le 19e Vinasse (29 octobre), ils arrivèrent sans encombre à Mellêbe.

Le 20e Vinasse (30 octobre), Fleur fut de retour à Pertagne dans l’après-midi. Le baron l’informa qu’une lettre était arrivée pour elle. Elle était de Philomon d’Augrieu. La missive était accompagnée d’un présent : un livre sur l’histoire de Felxir. Par curiosité, elle demanda à son père s’il le connaissait. C’était un vassal du comte de Sodavlac. Il lui rapporta que c’était plus un courtisan qu’un chevalier. C’était même un combattant médiocre. Étonnée, Fleur lui relata que le chevalier disait avoir affronté des Elfes noirs avec des camarades. « C’est possible, en nombre et préparé on peut venir à bout de n’importe quel adversaire. », répondit le baron.

Fleur prévint son père qu’elle avait invité son vieil ami, Arduin de Préchemrèves. Elle l’informa qu’elle comptait rendre visite au seigneur de Vouretour. Elle avait commencé à former une alliance avec les vassaux qu’elle avait rallié, au cas où un conflit éclaterait, et lui expliqua qu’elle comptait isoler ceux qui demeuraient hostiles, en particulier deux qui commençaient à l’agacer sérieusement. Le baron comprit :
« Laisse-moi deviner : Chozabe et Glaile.
- Comment avez-vous deviné Père ? fit-t-elle avec ironie.
- Je connais ma baronnie, jeune fille. »
Le baron trouva que c’était une bonne stratégie.

Comme les audiences, se tenant normalement le quadri, étaient reportées au lendemain, à cause d’un jour férié. Fleur proposa au baron pour le soulager de les présider à sa place. Le baron accepta volontiers, lassé par ces petites querelles de paysans. Elle lui demanda si Fortuné pouvait y assister, sachant que ce serait elle qui rendrait les jugements. Philippe n’y voyait pas d’inconvénient. Elle proposa alors à son fiancé de l’assister lors des audiences et il accepta. Suivant les conseils de sa mère, Fleur se contenta de l’informer qu’elle se rendrait le 22e Vinasse chez le seigneur de Vouretour, sans rien exiger de sa part. Fortuné décida de lui-même de l’accompagner. Elle arbora un sourire satisfait.

Tard dans la soirée, au moment de se souhaiter la bonne nuit, usant de son Pouvoir, Fleur s’infiltra dans la chambre de Fortuné, consciente qu’elle l’avait délaissé pendant des jours. Très discrets, ils firent l’amour. Une fois de plus, Fleur excella. Se reposant contre lui, elle l’interrogea du regard et vit qu’il était très content. Elle murmura :
« Mon aimé, tu m’es si cher que je fais tout pour te plaire…
- Je vois ça. »

Quelques instants plus tard, elle regagna sa chambre sur la pointe des pieds. Comme elle n’avait pas sommeil, elle commença à feuilleter le livre d’histoire offert par Philomon, intriguée, et fut vite captivée par sa lecture.

Le cinqi 21e Vinasse (31 octobre), avaient lieu les audiences à Pertagne. On informa les plaignants qui attendaient qu’exceptionnellement, les jugements seraient rendus par la fille du baron, en présence du sieur de Melville, son fiancé. Fleur, assistée par Fortuné, prirent place et les justiciables firent leur entrée.  

Une première affaire concernait le propriétaire d’un cochon qui avait estropié un jeune garçon. Les parents du malheureux réclamaient la mort de l’animal, mais l’éleveur protestait en raison du prix de la bête, et rétorquait aux parents qu’ils n’avaient qu’à surveiller leur enfant. Le couple se concerta à voix basse. La décision la plus juste aurait été de demander au propriétaire de l’animal de rembourser les soins du garçon mais Fleur savait qu’en droit, elle ne pouvait pas obtenir réparation de l’éleveur. C’était au cochon de payer de sa personne. Chaque partie plaida sa cause. La famille se montra nettement plus convaincante que l’éleveur, et Fleur fut sensible au sort du jeune garçon. La belle de Lasus demanda à Fortuné ce qu’il en pensait. Comme elle, il était d’avis de faire payer l’éleveur : la vie d’un enfant importait plus que celle d’une bête. Elle ordonna donc que l’on exécute le cochon et que la viande soit remise à la famille de l’enfant. L’éleveur protesta, mais la fille du baron fut implacable, menaçant d’appeler la garde pour le faire déguerpir.

Une deuxième affaire opposait un marchand de tissus à un homme qu’il accusait de ne pas avoir réglé une étoffe. Le commerçant expliqua qu’il avait vendu la pièce à l’autre individu qui s’était ensuite cherché toutes les excuses pour ne pas le payer. L’autre rétorquait qu’il ne voyait même pas pourquoi il se retrouvait en cette cour puisqu’il n’avait jamais fait affaire avec ce commerçant qu’il qualifia d’arnaqueur. Les fiancés se concertèrent, perplexes. Les deux partis leur semblaient sincères et Fortuné ne voyait pas pour qui prendre parti. Fleur demanda au commerçant s’il avait une preuve de ce qu’il avançait. Il lui répondit qu’il avait consigné la vente dans son registre, mais l’autre se défendit aussitôt en signalant que le marchand pouvait bien noter ce qu’il voulait et le falsifier. Ne pouvant trancher, la belle de Lasus ordonna donc un complément d’enquêtes, à la charge des deux parties. Pour une fois d’accord, ils protestèrent face aux frais que cela allait engendrer, mais la fille du baron fut inflexible.

La dernière affaire concernait un berger qui avait subi la perte d’une dizaine de moutons. Lorsque Fleur demanda à l’accusé ce qu’il avait à répondre, l’homme bêla. Aussitôt, elle s’offensa, lui rappelant qu’il se trouvait dans une cour de justice, pas dans un pré. Pour toute réponse, il recommença : « Bêeeee ! » Le berger la prévint que l’accusé avait toute sa tête et qu’il le faisait exprès. Elle consulta son fiancé du regard. Atterré, il avait très bien cerné l’accusé et l’alerta que le berger avait raison.

« C’est de la comédie ma douce. Il se moque de toi. N’aie pas de pitié, charge-le. Si c’était moi, je lui ferais payer le maximum et je le jetterais en prison pour lui apprendre les bonnes manières à ce pécore… »

Fleur se rangea à son avis. Elle intimida l’accusé en lui rappelant qui elle était et en lui signifiant que son petit jeu ne prenait pas. Cette fois, l’homme perdit pied et avoua à demi-mots qu’il n’était pas aussi sot qu’il voulait le faire croire. Pour signifier à tous que l’on ne se moquait pas impunément d’elle, Fleur lui rétorqua qu’il avait joué et qu’il avait perdu. Comme le lui conseillait son fiancé, elle ordonna qu’on le soumette à la question dans un premier temps pour qu’il avoue ses méfaits. De plus, elle le condamnait à rembourser les neuf moutons, plus un dixième, et à verser une amende de cinquante pièces d’or pour outrage à la cour, pas trop élevée pour qu’il puisse dédommager le berger, sous réserve de prison s’il ne pouvait pas payer, ce qui serait certainement le cas.

Lorsque les justiciables furent partis, ayant entendu toutes les affaires, Fleur demanda à Fortuné ce qu’il en avait pensé. Il répondit qu’il avait trouvé cela intéressant. Cela ne le dérangeait pas de tenir d’autres audiences. Il complimenta sa dulcinée : « Tu as bien géré ma douce. » Elle le remercia mais ajouta avec franchise qu’il l’avait bien conseillée. Et puis, elle ajouta avec un sourire enchanteur qu’elle trouvait cela plus agréable de tenir les audiences à deux.    
Le soir, au moment du repas, lui épargnant les détails, elle informa le baron qu’elle avait ordonné un complément d’enquête, ce qui renvoyait le jugement de l’affaire.

Le 22e Vinasse (1er novembre), il faisait très beau temps. Fortuné et Fleur, accompagnés des deux gardes, quittèrent Pertagne. En chemin, la belle de Lasus présenta à son fiancé le vassal de son père. Ils arrivèrent vers midi au château d’Eric de Vouretour.

Usant de son Pouvoir, elle s’attira les bonnes grâces du chevalier qui devint très amical à son égard. Fortuné, avec son bras en écharpe, n’était pas au mieux de sa forme, et se montra charmant comme un gobelin, un peu fatigué, pas très loquace, distrait.

Le chevalier évoqua certaines rumeurs. Il avait entendu dire que des goules nécrophages avaient sévi à Mellêbe. Spontanément, Fleur répondit : « Des goules ? Vous êtes sûr ? »

Elle se mordit aussitôt la langue, tandis que son hôte se montra plus curieux, intrigué par sa réaction. Elle avait donné sa parole à Dorine, et pour se tirer de ce mauvais pas, elle prétexta :

« Je ne sais pas si c’était des goules, mais en tout cas, lorsque j’y suis passée, les profanations avaient cessé, et la dame de Mellêbe m’a assurée qu’elle avait réglé cette affaire. »

Par courtoisie, Eric leur demanda comment ils s’étaient rencontrés. Consultant du regard son fiancé, elle lui laissa le plaisir d’en narrer les circonstances :

« En début d’année, un de mes amis est tombé entre les griffes de bandits. Je suis parti à sa recherche et en chemin, j’ai rencontré Fleur qui pistait la même bande. Nous nous sommes alliés et nous avons mis ces vauriens hors d’état de nuire.
- Ah ce n’est pas banal. » S’étonna Eric.

Le seigneur de Vouretour, un Albien tolérant, avait eu vent des processions que le baron avait organisé et en fit part à la belle de Lasus :

« C’est une bonne initiative de prier pour la paix… Hélas, je crains qu’il ne soit trop tard. »

Les deux fiancés échangèrent un regard surpris. Fleur s’enquit : « Comment cela ? » Eric l’informa alors que le concile avait pris fin avec l’arrestation de Jeanne de Nivelac, qui allait probablement être exécutée, si elle ne l’était pas déjà. Comme leur visite se passait bien, et que l’après-midi touchait à sa fin, ils restèrent à Vouretour pour la nuit.

Le 23e Vinasse (2 novembre), Fortuné et Fleur, escortés par les deux gardes, arrivèrent à Pertagne sans encombre vers midi. Au passage, la belle de Lasus en profita pour faire un don au temple de 100 pièces d’or. Durant l’après-midi, elle s’entraina.

Fleur informa ses parents qu’ils avaient eu un bon contact avec le seigneur de Vouretour. Le baron leur confirma que Jeanne de Nivelac avait été brûlé vive, ce qui avait provoqué une vague d’indignation. La guerre n’attendait que le début du printemps pour se déclencher. Le duc prenait le parti des Réformés, comme le comte d’Enro. Le seigneur de Glaile commençait à capturer des Réformés pour les éliminer. Indignée, Fleur s’enflamma en demandant à son père : « Ne peut-on rien faire ? » Dans sa jeunesse, Philippe de Lasus était un redoutable guerrier et il aurait lui-même corrigé son vassal. Mais à ce jour, le seigneur de Glaile était plus riche qu’eux, le baron n’avait pas assez d’argent, ni de troupes, ni d’appuis, pour le mater par la force. Aussi, le baron exhorta le jeune couple à gagner Antegnar sans tarder. Fleur allait en parler au comte. Philippe de Lasus souleva le fait que dans un contexte de guerre civile, ils ne pourraient pas célébrer leur mariage. C’était bien trop risqué. Fleur échangea un regard inquiet avec Fortuné. Avec son consentement, elle suggéra à son père d’avancer dans ce cas leur mariage pour le célébrer avant le début des hostilités. Le baron réfléchit un instant. Rien n’était prêt, mais cela lui semblait possible. Il la prévint qu’elle n’aurait pas le beau mariage dont elle rêvait. Les fiancés lui répondirent complices que peu leur importait, ils préféraient encore cela à voir leur union reportée un an ou davantage à cause de cette maudite guerre. Il fixa donc une nouvelle date : le Huiti 16e Taille et allait en informer Korritil.

Le 24e Vinasse (3 novembre), la procession à Pertagne fut annulée. Certaines se maintinrent, mais le baron apprit qu’il y avait eu des échauffourées.

Le 25e Vinasse (4 novembre), il neigeait. Fleur en profita pour s’entrainer toute la journée.

Le 26e Vinasse (5 novembre), le bras du jeune home allait mieux. Fortuné et Fleur quittèrent Pertagne, emportant des rations. Ils remercièrent chaleureusement les parents de la jeune femme pour tout, leur promettant d’être prudents.
Ils eurent trois jours de voyage à pied, Danseuse marchant à leur côté. Ils ne souffrirent d’aucun incident. En chemin, ils s’arrêtèrent dans des auberges, prenant garde à réserver deux chambres pour sauver les apparences, tandis qu’ils s’aimaient plus librement.

Le 28e Vinasse (7 novembre), Fortuné et Fleur arrivèrent à Antegnar. Etant fiancés, ils furent logés tous les deux au château, séparément. Au moment du repas, la belle de Lasus ne fit aucune entorse à l’étiquette. Le comte les salua. Il demanda à la jeune femme où ses amis se trouvaient. Elle lui répondit qu’ils s’étaient donné rendez-vous à Antegnar le 32e Vinasse, et que les connaissant, ils n’allaient donc pas tarder à réapparaître. A table tout le monde ne parlait que de la guerre. L’exécution de Jeanne de Nivelac portait la marque des Sigue. La disparition de la réformatrice avait soulevé une vague d’indignation. Chaque puissance prenait position. Les Elfes allaient prendre les armes, disait-on. Les trois couronnes se contenteraient peut-être de soutenir le conflit de l’extérieur. Le duc de Dimannor, un Albien pro-réformé, se rebellait contre le roi. Certains pensaient que la Réforme voyait ses derniers jours car toutes les grandes figures religieuses étaient mortes.

Le 29e Vinasse (8 novembre), la belle de Lasus constata avec soulagement qu’elle n’était pas enceinte. Fleur fut reçu en entretien par le comte. Elle l’informa des agissements du seigneur de Glaile, de ses processions contre l’hérésie, et surtout des innocents qu’il commençait à massacrer. Le comte lui rétorqua que c’était à son père de s’en charger, qu’il avait d’autres soucis comme le baron d’Olennaç. Fleur tenta bien de plaider la cause de son père, arguant que le seigneur de Glaile était plus riche qu’eux, que leurs finances avaient souffert de la dernière guerre des barons, en vain. Le comte lui demanda si la situation nécessitait vraiment son intervention. Fleur comprit qu’elle mettait son père en position de faiblesse et se rétracta, expliquant à son suzerain qu’elle mettrait au pas le seigneur de Glaile à son retour. Elle l’informa que, compte-tenu de la situation, son mariage serait avancé au 16e Taille.

Comme elle l’avait promis à Fortuné, elle plaida leur cause auprès du comte. Elle fit valoir que, comme ils allaient s’établir à Pertagne, elle ne pourrait pas lui cacher indéfiniment où elle allait et ce qu’elle faisait. Elle ne voulait pas baser leur mariage sur des mensonges ou des non-dits. Fortuné était digne de confiance, et ferait n’importe quoi pour elle, alors si elle lui confiait quelque chose, il ne la trahirait pas. De plus, il allait devenir tôt ou tard baron de Pertagne, et comptait se réformer ; il n’avait donc aucun intérêt à trahir son futur suzerain. Elle avait respecté sa parole, pour preuve, elle rapporta au comte que le coursier qu’ils avaient retrouvé était un ami de Fortuné, or cela, son fiancé l’ignorait toujours. Elle ne comptait pas emmener son bien-aimé en mission car elle savait fort bien qu’il risquait de se faire tuer, tout ce qu’elle voulait c’était pouvoir l’inclure dans la confidence, au moins pouvoir lui dire combien de temps elle partait et où, surtout pour le rassurer, car le plus difficile c’était de le quitter sans aucune explication. Si elle lui demandait cela, c’était bien parce qu’elle lui était loyale et qu’elle ne voulait pas se parjurer, même involontairement. Le comte comprenait ses arguments, il l’autorisa à se confier à son fiancé, mais pas sur ce qu’ils avaient accompli jusqu’à présent.

Enfin, Fleur lui fit part de ses interrogations concernant Télémaque de Golawyn. Elle avait vu son frère à l’occasion de ses fiançailles. Ils avaient parlé du tournoi de Neuhor. Elle n’avait bien évidemment rien révélé de confidentiel. Ils n’avaient parlé que des événements notables. A l’évocation de ce nom, son frère lui avait rapporté que le réformateur avait été condamné, deux mois auparavant, pour des crimes de pédophilie. Elle lui en touchait un mot car cela l’avait interpellée. Le comte arqua un sourcil, atterré. Il lui fit savoir que son frère avait dû confondre avec l’évêque Théophile effectivement condamné et exécuté deux mois auparavant. Fleur, mortifiée, se confondit en excuses, les joues cramoisies, maudissant intérieurement Guilhem de l’avoir induite en erreur. Pour sauver la face, Fleur s’inclina et signifia à son suzerain qu’elle s’efforcerait de le servir avec le plus grand dévouement et une loyauté sans faille.

Elle retrouva son bien-aimé. Celui-ci vit qu’elle était contrariée. Elle lui confia que son entretien ne s’était pas très bien passé. Il lui demanda si elle avait pu obtenir l’appui du comte pour lui trouver un office à la cour ducale, mais elle lui expliqua, navrée, que comme l’entretien ne tournait pas à son avantage, elle n’avait pas pu demander cette faveur à son suzerain. Fortuné la réconforta. Il lui répondit que, pour l’office, ce n’était pas grave, car depuis Ville-Barnet, il en avait discuté avec son père, et ce dernier pensait lui en acheter un à la cour ducale.

Ils se rendirent en ville. Ils firent ajuster la chevalière. Fleur se renseigna ensuite pour trouver un cheval. Elle dénicha un bon éleveur, usant de son collier de Bénédiction. Toutefois, Fortuné l’informa qu’il n’avait pas l’argent nécessaire. Il pouvait écrire à son père. Fleur objecta qu’il devrait donc rester un moment à Antegnar. S’il désirait rentrer à Neuhor, elle pouvait lui avancer la somme nécessaire. Par ailleurs, elle comptait sur lui pour informer son père que la date de leur mariage serait avancé. Mais il faudrait qu’il la rembourse car elle n’aurait ensuite plus beaucoup d’argent pour passer l’hiver. Il accepta, mais savait que son père allait être furieux. Compatissante, sa dulcinée lui rappela qu’il n’était responsable en rien de la perte de son cheval. Leur choix se porta sur un bel hongre zain. L’éleveur leur assura que c’était un bon cheval qui ne se laissait pas impressionner facilement. Les négociations furent âpres, mais Fleur se montra redoutable en affaire. Usant de son Pouvoir, elle obtint un prix de 2800 pièces d’or pour un bon cheval. Le marchand lui fit encore un prix avec le harnachement : 1 100 pièces d’or, ce qui revenait à un total de 3900 pièces d’or pour la monture et l’équipement ! Elle paya le vendeur. Par curiosité, elle demanda à Fortuné comment il comptait baptiser son cheval. Le jeune homme réfléchit un instant et le nomma : Vaillant.

Le 30e Vinasse (9 novembre), ils restèrent au château comme il faisait très mauvais temps. Fleur se renseigna pour trouver le chevalier de Trémore, elle usa de son Pouvoir et apprit qu’il était chez lui. Le soir, Fleur retrouva ses amis. Arnolphe était enrhumé. Le comte fut informé de leur retour.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Retraite avec la comtesse

Message  Fleur le Mar 13 Sep - 3:14

Le 31e Vinasse (10 novembre), le comte reçut ses trois agents au matin. Compte-tenu du déclenchement imminent des hostilités, il les chargeait de retourner sur les îles pour vérifier l’achèvement des travaux, et escorter sa femme. « Vous partez pour une huitaine », précisa-t-il. Officiellement, la comtesse allait faire une petite retraite. Arnolphe servirait en qualité de garde, tandis que Niscarvin et Fleur lui tiendraient compagnie.

L’archer et le saltimbanque restaient au château. Arnolphe apprenait à lire, tandis que Niscarvin s’entrainait à l’escrime. La belle de Lasus retrouva ensuite son fiancé. Elle l’informa de son départ imminent. Elle se renseigna. Grâce à son Pouvoir, elle trouva pour son bien-aimé, un convoi des plus sûrs qui allait à Neuhor. Plus tard, seule dans sa chambre, au château, elle acheva la lecture du livre offert par Philomon, qu’elle avait dévoré. Elle en savait désormais un peu plus sur l’histoire du royaume de Felxir.  

Le Huiti 32e Vinasse (11 novembre), au château, Arnolphe, ravi, savait lire désormais ! Niscarvin fit un spectacle la soir à la cour du comte.

De leur côté, Fortuné et Fleur prirent une chambre à l’auberge de la Bonne étoile, pour profiter de cette dernière journée ensemble avant leur séparation. Il lui demanda si elle avait plaidé leur cause auprès du comte. Elle lui apprit qu’elle l’avait fait. Elle avait obtenu le droit de l’inclure à l’avenir dans la confidence mais pas dans la présente affaire dont elle devait s’occuper. « Je lui ai assuré qu’il pouvait te faire confiance, je me suis portée garante. Alors je compte sur ta discrétion. »

Le jeune de Melville voulait l’accompagner et tenta bien de la persuader, mais sa dulcinée fut catégorique. Elle lui fit savoir que s’il venait, le comte le saurait forcément, qu’elle n’aurait aucun moyen d’empêcher cela. Elle allait donc se murer dans le silence et elle lui interdit de la contacter ou de la rejoindre, sous aucun prétexte, car elle ne pouvait se permettre de se parjurer vue la situation de guerre imminente. Elle le rassura cependant en lui rappelant que 150 Ondins ne l’avaient pas empêché de le retrouver alors rien ni personne n’y parviendrait, et cette fois encore, elle se battrait comme une lionne pour le retrouver. « Dis-toi bien que s’il m’arrivait quelque chose, mes amis te contacteraient forcément, alors même si je tarde à revenir et que les rumeurs sont mauvaises, si tu n’as pas de nouvelles de ma part, c’est que je vais bien. » Elle ajouta :

« J’ai prévenu le comte que notre mariage serait avancé au 16e Taille, alors si je tarde à rentrer, à la rigueur, tu pourras lui demander s’il a des nouvelles, mais dans ce cas, dis-lui simplement que tu t’inquiètes car notre mariage approche, et tiens-toi à ce qu’il te dira. S’il découvre que tu sais où je suis, nous sommes perdus.
- Quand me rejoins-tu à Neuhor ?  
- Je ne sais pour combien de temps je pars. Si je peux, je le ferai volontiers, mais si je tarde trop alors autant nous rejoindre directement à Pertagne ?
- Pour le mariage ?
- J’ose espérer rentrer bien avant. »

Triste à l’idée de le quitter, elle avoua :
« Mon Fortuné, je sais que je t’en demande beaucoup. Mais, notre amour en vaut la peine, non ?
- Évidemment ma mie. »

Elle lui suggéra d’emmener ses amis. Fleur se montrait aimante et douce, mais Fortuné sentait que s’il s’immisçait dans sa mission, cette fois, elle lui en voudrait. Par ailleurs, depuis qu’ils avaient appris l’imminence de la guerre, il voyait bien qu’elle était inquiète, même si elle tâchait de le lui cacher. Pour chasser ses angoisses, il la serra dans ses bras et ils s’endormirent tendrement enlacés.  

Le 33e Vinasse (12 novembre), le couple se leva à l’aube. Leur séparation les émut profondément, mais ils n’avaient pas le choix, ils s’assurèrent de leur amour, de leur fidélité réciproque, se jurèrent d’être prudent, et se consolèrent en se disant que leur mariage arriverait à grand pas et que rien ne l’empêcherait, pas même cette maudite guerre.

Tandis que Fortuné quittait la ville avec le convoi, Fleur arrivait au château. Elle y retrouva ses amis. Quelques instants plus tard, ils quittaient Antegnar en compagnie de la comtesse Victoriane, et de sa servante, une vieille femme nommée Martha. Ils voyageaient à cheval. La prêtresse avait du Pouvoir.

Fleur discuta avec ses amis : ils échangèrent sur leurs dernières péripéties depuis Tengon. Elle les informa que Guilhem, son frère, les avait bien appréciés. Elle leur fit savoir que son mariage avec Fortuné était avancé au 16e Taille en raison du conflit imminent, qui n’attendait que le début du printemps pour dégénérer. Enfin, elle leur demanda si à leur retour, ils voulaient bien l’aider à mater un des vassaux de son père, car l’homme se mettait à massacrer des Réformés et les Lasus n’avaient pas les finances pour en venir aux armes avec ce seigneur. Ils acceptèrent.  

Les voyageurs progressèrent efficacement. La prêtresse connaissait le chemin, et Arnolphe l’aida à s’orienter. Ce soir, Fleur trouva une très bonne auberge. La comtesse régla les frais.

Le 34e Vinasse (13 novembre), Arnolphe observa le ciel. Il estima que le temps allait devenir très mauvais. Fleur tint compagnie à la comtesse. Elle se montra sympathique et réciproquement. La belle de Lasus était bienveillante vis-à-vis de la prêtresse qu’elle tenta de mieux cerner. La comtesse était bienveillante à son égard mais se montrait neutre.

Les routes étaient désertes à cause de la pluie battante. Les voyageurs progressaient, guidés par Arnolphe, mais ils finirent par se fourvoyer, en raison du temps qui ne cessait de se dégrader. Durant leur voyage, la comtesse priait beaucoup.  

Vers le soir, aidée par Niscarvin, Fleur trouva un monastère, tenu par un prêtre réformé convaincu, qui fut ravi de les héberger. Les trois amis discutèrent ensemble. Inquiète avec le conflit imminent, contrariée par son dernier entretien avec le comte, par les manœuvres de Glaile et de Chozabe, elle échangea avec les deux hommes qui tentaient de leur côté de combattre leurs addictions.

Le 35e Vinasse (14 novembre), comme il ne cessait de pleuvoir, la comtesse accepta l’offre du prêtre qui leur proposait de rester. Niscarvin et Fleur en profitèrent pour s’entrainer ensemble ; au préalable la belle de Lasus tint à demander l’autorisation à la comtesse, prenant son rôle de dame de compagnie à cœur, et Victoriane la lui accorda. De son côté, Arnolphe commença à s’entrainer à la corsèque.

Le 36e Vinasse (15 novembre), malgré le mauvais temps qui persistait, les voyageurs repartirent. Arnolphe usa de son Pouvoir pour s’orienter. Ils arrivèrent à destination, dans un petit prieuré, occupée par une communauté réformée comptant des moines défroqués. Ils se trouvaient au nord-ouest d’Antegnar, dans un petit village du comté d’Echman. La comtesse connaissait la communauté. Martha s’occuperait du ravitaillement. Elle leur dit qu’elle avait l’intention de se recueillir dans le silence, dans sa cellule, et qu’on ne devait la déranger sous aucun prétexte. Sa servante restait sur place pour servir d’alibi. La prêtresse s’enferma dans sa chambre avec les trois agents du comte. Elle sortit une perle qu’elle déposa dans la pièce, et se téléporta.

Ils arrivèrent dans le château d’Houqbrec, dans la suite comtale. La chambre avait bien été aménagée, mais elle était occupée, par un homme vu les habits masculins qui trainaient. Fleur pensa d’abord que Dave avait trop pris ses aises. Ils signalèrent leur présence. Ils croisèrent des gardes inconnus à la peau hâlée, bien équipés. Ces derniers les entourèrent :

« Qui vous êtes ? D’où vous sortez comme ça ? »

Arnolphe répondit : « Par magie. »

Fleur, qui sentait comme ses amis que quelque chose ne tournait pas rond, compléta d’une voix hargneuse : « C’est plutôt à vous de nous dire qui vous êtes. Nous sommes les compagnons, et nous escortons sa femme. Où est Dave ? J’exige de le voir immédiatement. »

L’intendant fut alerté, et fit son apparition. Il reconnut les trois agents. Fleur, furieuse, le rappela à l’ordre :

« Dave, que se passe-t-il ? Comment se fait-il que la chambre du comte soit occupée ? Faut-il vous rappeler qui vous emploie comme intendant ?
- Calmez-vous Fleur. Tempéra-t-il.
- Madame la comtesse a fait un long voyage, vous allez faire le nécessaire pour qu’elle soit accueillie comme il se doit.
- Oui. Bien sûr.
- Et nous aussi, nous devons être logés.
- C’est que toutes les chambres sont occupées.
- Débrouillez-vous.
- Arnolphe et Niscarvin devront chacun se rajouter dans une chambre de gardes. Je suis désolé mais vous allez devoir faire de même.
- Dormir avec vos soldats ? Hors de question, je suis fiancée.
- On va vous trouver une place dans le logis des servantes. Puisque vous avez voyagé, je vous en prie, allons dans la grande salle, on va vous servir des rafraichissements. »

Ils se rendirent dans la grande salle. Un Demi-Elfe y fit irruption et demanda à Dave ce qui se passait. C’était le capitaine des gardes. Apparemment, c’était lui qui occupait la chambre normalement destinée au comte. L’intendant se retira un instant avec lui pour lui expliquer la situation. Il ajouta à l’intention des trois amis qu’il donnerait des ordres pour que l’on prépare leurs chambres.

Les gardes commencèrent à faire des blagues salaces sur Fleur, sur la comtesse. Ulcérée, la belle de Lasus donna de la voix, usant de son Pouvoir. Les hommes furent surpris et se turent. Victoriane fit un peu la sourde oreille et eut une parole de paix pour calmer les esprits. Toutefois, elle demanda à Fleur si tout allait bien. Gardant son calme, la belle de Lasus lui expliqua que certains avaient manifestement trop pris leurs aises, mais, qu’elle et ses amis allaient les mettre au pas.

Le coup de gueule de Fleur avait jeté un froid. Niscarvin aborda un des gardes, parvint à le dérider un peu, mais il était encore tendu. Il commenta : « Elle est pas commode ! J’aimerais pas être son mari. » Niscarvin lui demanda alors des nouvelles des deux îles. L’homme lui expliqua qu’ils étaient à Houqbrec depuis deux huitaines. Ils hivernaient. Le baladin lui demanda s’ils avaient réussi à parler avec les gens du coin, expliquant qu’ils avaient eux-mêmes eu du mal à se faire à leur patois. Le garde rit et acquiesça.

Le retour de Dave et du capitaine anéantit les efforts de Niscarvin pour tirer les vers du nez au garde. L’intendant ordonna qu’on dresse la table et qu’on prépare un repas digne d’une comtesse. Pendant ce temps, les trois amis allèrent voir leur logement. Prenant à cœur son rôle de dame de compagnie, Fleur décida de mettre une robe de ville. Cela impliquait de laisser son armure et ses armes, mais elle ne voyait pas pourquoi elle en aurait besoin pendant le repas et au cas où, elle aurait toujours son poignard de bottes. Si ces vicieux tentaient leur chance, ce serait sûrement cette nuit.
Lorsqu’elle rejoignit la grande salle, elle retrouva ses amis qui se tenaient près de la comtesse. Elle leur demanda à voix basse s’ils pourraient la raccompagner après le repas, ce qu’ils acceptèrent. Arnolphe n’avait pas non plus ses armes pour des raisons pratiques : un arc et une corsèque n’étant pas très indiqué pour un repas. Dave était présent. Le Demi-elfe et seize autres hommes les entouraient. Le repas débuta. Pour divertir la comtesse, Niscarvin fit un bon spectacle. Il fut complimenté, notamment par le capitaine, Jean, qui lui proposa d’intégrer son équipage. Son équipage ? Ils n’étaient donc pas des gardes ? Les agents du comte demandèrent à Dave des nouvelles des deux îles. L’intendant répondit qu’ils avaient renforcé la garde, et les défenses du château, que les travaux avaient bien avancé. Fleur lui répondit qu’elle allait inspecter le chantier le lendemain. Elle lui demanda, sciemment car elle savait qu’il détestait recevoir des ordres, s’il avait bien tenu les comptes et exigea de les examiner. L’intendant acquiesça, en serrant des dents.

Le Demi-elfe aborda sans vergogne la belle de Lasus lui lançant vulgairement qu’il la mettrait bien dans sa couche. Elle lui signala sèchement qu’elle était fiancée.
« Ah oui ? Et il est où ton fiancé ?
- Tu as de la chance qu’il ne soit pas là. » Lui rétorqua-t-elle pour ne pas se laisser impressionner. Mais intérieurement, elle commençait à regretter de ne pas avoir pris ses armes. Jean n’était nullement impressionné. Comme il renchérissait, elle le prévint qu’elle savait se défendre et qu’elle ne laisserait personne la toucher.

Arnolphe demanda au capitaine de quoi ils vivaient. Jean expliqua qu’ils faisaient du commerce en tout genre, qu’ils vendaient surtout. Les trois amis comprirent qu’ils volaient. Fleur pensa immédiatement à sa bague, elle cacha sa main sous la table, mais c’était trop tard. Les pirates, car il s’agissait bien de pirates, l’avaient déjà repérée.

Jean décida qu’il avait assez joué la comédie. Il les provoqua. Il déclara que la blonde irait bien dans sa couche. Fleur protesta, répugnée à l’idée qu’un autre que Fortuné puisse la posséder. « Tu verras, je vais t’apprendre deux ou trois trucs, ton mari va être content. » « Je ne crois pas, non. Je ne laisserai personne me toucher. » Mais le capitaine n’en démordait pas. Il la prévint que cela pouvait se passer en douceur si elle se laissait faire, ou plus douloureusement si elle résistait, mais il la prendrait de toute façon et l’équipage après lui si elle se montrait rétive. Il regarda Arnolphe :

« Toi, j’aime pas ta tronche. Tu vas mourir ».

A Niscarvin : « Toi, j’t’aime bien, je te prends comme saltimbanque. »

Quant à la comtesse, il décréta : « La comtesse nous rapportera une jolie rançon. Et peut-être qu’on s’occupera un peu d’elle aussi. »

L’intendant semblait un peu pris de court. D’ailleurs le capitaine précisa : « Dave voulait vous attaquer de nuit, mais puisqu’on y est, autant le faire maintenant. »

Horrifiée comme ses amis par ce qu’elle entendait, Fleur se prépara à défendre chèrement la vie de ses amis, sa vertu et celle de la comtesse. Elle n’eut pas besoin de consulter ses amis du regard pour savoir qu’ils se tenaient également prêts. Jean ordonna à ses hommes de tirer s’ils résistaient, et les pirates les menacèrent de leurs pistolets. A trois, dont deux sans armes, contre seize, ils se trouvaient en bien fâcheuse posture. N’écoutant que son courage, Niscarvin dégaina ses lames, usa de son Pouvoir et attaqua les pirates, en poussant sept à la défense et réussissant à en blesser deux. Ses deux amis se montrèrent tout aussi héroïques. Fleur se jeta sur le capitaine, sa dague de bottes à la main, et l’égorgea à l’aide de son Pouvoir. Arnolphe prit une chaise et frappa plusieurs pirates de toutes ses forces, touchant le premier mortellement au crâne, infligeant des coups légers aux deux suivants, et heurtant gravement un quatrième à l’entrejambe. La comtesse fit appel à sa foi et lança une grenade blanche en invoquant Tharès, blessant plusieurs pirates. Les trois amis en ressentirent les effets : l’archer et le baladin ne furent pas touchés, Fleur bénéficia d’un peu de Pouvoir supplémentaire pour réduire les dégâts. Niscarvin sema la mort dans leur rang avec ses lames : il supprima un pirate, en blessa deux légèrement et un gravement. Après avoir tué le capitaine, la belle de Lasus s’empara de son sabre et de son épée courte, pour imiter le baladin. Elle en attaqua le plus possible, avec son Pouvoir. Elle fit quatre morts, achevant certains pirates moribonds. Usant de son Pouvoir, Arnolphe distribua des coups avec sa chaise : laissant derrière son passage deux morts de plus. Pris de court par la mort subite de leur capitaine et une résistance acharnée à laquelle ils ne s’attendaient pas, les pirates commençaient à blêmir. Cinq d’entre eux avaient péri, et onze étaient blessés, dont six mortellement. Décidant que le sang avait coulé, la comtesse prit un pistolet dans chaque main, et leur ordonna :

« Rendez-vous et je vous promets une justice impartiale. »

Les pirates jetèrent leurs armes. Les trois agents du comte les tinrent en joue. La prêtresse demanda à Niscarvin de soigner les prisonniers. Un seul succomba à ses blessures. Puis le baladin commença à les interroger : il leur demanda s’ils avaient des complices. Mais ils ne voulaient pas parler. Arnolphe les intimida. Ils se souvinrent subitement que leurs camarades se trouvaient sur leur bateau, La dévoyée. Ils étaient huit. Fleur remarqua l’absence de Dave. Ce coquin s’était enfuit en profitant de la confusion. « Il ne paie rien pour attendre celui-là. », ragea la jeune femme.

Les pirates furent conduits jusqu’aux geôles. Les trois agents et la comtesse découvrirent alors des cellules pleines de villageois, pris en otages. Les insulaires saluèrent les trois amis qu’ils reconnaissaient. Ces derniers s’empressèrent de les libérer. Dave avait certainement emporté les clefs du château. En conséquence, ils forcèrent les serrures. Niscarvin puisa deux fois dans son Pouvoir pour libérer deux cellules, les crochetant avec une fourchette. Fleur prit le relais pour la dernière geôle, faisant appel aussi à son Pouvoir. Ils enfermèrent ensuite les pirates et récupérèrent leurs armes. La comtesse demanda aux habitants ce qui s’était passé. Après le départ des agents du comte, pendant quinze jours, Fred s’était attiré les faveurs des habitants. Ensuite, les pirates étaient venus, et avaient fait comme les Ondins en prenant des otages. Fleur leur demanda où se trouvaient les gardes venus d’Antegnar. Deux d’entre eux avaient été chassé et ramenés sur Ville-Barnet.

Les trois amis se sentaient quand même coupables, et ils allaient se rattraper auprès de la comtesse. Fleur, en leurs noms, fit amende honorable auprès de Victoriane qui entendit ses arguments, sensible au courage des agents de son mari face aux pirates. Puis, ils réfléchirent à la situation. Dave s’était sauvé depuis deux heures. Il fallait retrouver au plus vite les Claybars. Fleur savait que juridiquement, la comtesse ne pouvait pas les destituer ; seul le comte, propriétaire des deux îles, pouvait le faire. A l’inverse, à Pertagne, Fortuné ne pourrait pas prendre de décision officielle sans elle, car c’était elle l’héritière de la baronnie. De toute façon, tout procès contre les deux frères attireraient l’attention sur les deux îles, ce que le comte tenait à éviter et la comtesse les exhorta à régler cette affaire discrètement.
Fleur se changea, et récupéra ses armes. Arnolphe fit de même.

Les trois agents du comte estimaient qu’il fallait mettre hors d’état de nuire les pirates et les Claybars au plus vite ; il en allait de la sécurité de la comtesse. Arnolphe proposa de faire chanter l’équipage pour qu’ils se rendent. Encore fallait-il savoir où se trouvait leur bateau… Fleur s’inquiétait de la sécurité de la comtesse. Ils n’avaient pas les clefs du château. Et si Dave profitait d’un moment d’inattention pour libérer les pirates ?

Ils se rendirent au port. Le bateau avait disparu. Les trois amis étaient prêts à parier qu’ils se trouvaient chez les Claybars. Ils allèrent au hameau, réveillèrent des habitants, qui râlèrent un peu sur le moment. Mais ils étaient contents, soulagés de revoir les trois frères d’armes qui les avaient délivrés des Ondins. Ils expliquèrent que tout allait bien jusqu’à l’arrivée des pirates. Ils avaient pris Dave et d’autres habitants en otage ; pour cette raison, ils n’avaient pas osé agir. Fleur commença à démentir en expliquant qu’il se trouvait avec les pirates, apparemment libre de ses mouvements. Voyant le regard réprobateur de ses camarades, elle leur précisa que sa complicité, si elle était réelle, restait à prouver. Fred paraissait apprécié. Les deux frères avaient apparemment reversé de l’argent à une partie de la population. Fred avait manifestement suivi les conseils de Fleur et de Niscarvin qui l’avaient convaincu de ménager les habitants. Il avait gagné la loyauté de la milice. Les agents du comte informèrent les villageois de la libération des prisonniers.

Puis ils regagnèrent le château. Arnolphe fouilla à l’aide de son Pouvoir le bureau de Dave. Il ne trouva pas grand-chose : des documents et une cassette contenant 600 pièces d’or.

Les trois amis se concertèrent. Et si Dave revenait en force avec son frère et la milice ? Ils seraient alors débordés… Ils eurent l’idée de se téléporter à Little Qres mais il faisait nuit et ils ne connaissaient très pas bien les lieux. Ils ne pouvaient toutefois pas se permettre d’attendre le matin. La comtesse leur prêta le collier de téléportation.

Arnolphe, malgré son Pouvoir, peina à guider ses compagnons. Ils se retrouvèrent en mer et durent puiser dans leur Pouvoir pour nager et ne pas sombrer avec leurs armures. Fleur parvint à distinguer ses compagnons. Ils se regroupèrent. Puissant abondamment dans son Pouvoir, Niscarvin commença à s’habituer à l’obscurité et tenta de guider ses camarades. Arnolphe fit de même. L’archer comprit en premier qu’ils se trouvaient de l’autre côté de l’île, à l’est de Little Qres. Fleur usa de son Pouvoir pour améliorer sa vision, ce qui lui permit de rejoindre la terre, évitant les récifs. Ils atteignirent une plage de galets. Ils en profitèrent pour se reposer exténués par leur natation en armures.

Ils se téléportèrent de nouveau, pour éviter une escalade périlleuse, de nuit et sans matériel. Cette fois, ils arrivèrent dans un champ. Ils tentèrent d’approcher de la maison des Claybars, discrètement. Fleur et Arnolphe passèrent inaperçus, mais pas Niscarvin. Les chiens aboyèrent. Les portes s’ouvrirent. Seize hommes, aidés des chiens, coururent dans sa direction. Bientôt il fut encerclé. Ses amis, bien cachés, décidèrent de lui prêter main forte, en profitant de l’effet de surprise. Arnolphe en cibla le plus possible et ses traits furent redoutables : il en tua trois, en blessa deux mortellement, un gravement et un légèrement. Fleur en attaqua le plus possible à l’aide de son Pouvoir : elle fit deux morts, en blessa deux mortellement et deux gravement. Niscarvin toucha grièvement un chien. Il intimida les gardes restants qui le trouvèrent très effrayant et jetèrent leurs armes. Les trois amis ne savaient pas quoi faire car deux autres groupes de cinq hommes arrivaient. Un chien tenta de mordre le baladin, qui riposta en le tuant, l’autre aboyait comme un fou sans oser attaquer. Le saltimbanque dit aux gardes de soigner leurs blessés. Un premier groupe arriva. L’un d’eux demanda : « Qui va là ? »

  Niscarvin leur expliqua qu’ils cherchaient à libérer l’île des pirates. L’homme lui répondit qu’ils n’étaient pas des pirates, mais des miliciens de l’île. Fleur usa alors de leur Pouvoir pour reprendre leur commandement. Leur rôle était avant tout de protéger l’île, et il y avait des pirates à chasser. Les miliciens reconnurent les agents du comte. Ils expliquèrent embarrassés que Fred figurait parmi les morts qu’ils venaient de faire ; mortellement atteint, il avait succombé à ses blessures. Ils se rendirent tous à la maison des Claybars.  

Niscarvin soigna les blessés et le chien, tandis que Fleur se renseignait. Elle leur demanda s’ils avaient aperçu le bateau. La caravelle avait bien mouillé l’ancre dans la crique de Little Qres, dans la soirée. Des pirates en étaient descendus avec Dave. Ils n’étaient plus là, ils avaient dû réembarquer. Les agents du comte leur expliquèrent qu’ils étaient venus combattre les pirates. Ils souhaitaient se rendre à bord. Fleur longea la côte, tenta de se renseigner pour trouver une barque, en vain. Lorsqu’Arnolphe la retrouva, il l’informa que le bateau prenait le large. La Dévoyée se dirigeait sûrement vers Houqbrec. Fleur proposa aux miliciens de leur prêter main forte pour appréhender les pirates. Ils furent tous volontaires.

Les trois amis se téléportèrent au château avec neuf miliciens et arrivèrent dans la chambre de la comtesse. Ils montèrent aux créneaux. La Dévoyée avait bien accosté sur Houqbrec et son équipage s’apprêtait à rejoindre le château. Les agents du comte épaulés par les gardes coururent pour les intercepter sur le chemin. Ils arrivèrent à temps. Arnolphe s’écarta pour pouvoir tirer. Il distingua Dave et huit pirates. Il en cibla le plus possible : il en blessa un gravement et deux autres légèrement. Les pirates tirèrent, manquant heureusement leurs cibles. Les miliciens se montrèrent braves mais peu efficaces. Fleur chargea les pirates : elle fit sur son passage deux morts, deux moribonds, deux blessés graves et un légèrement touché. Niscarvin en supprima un autre. La belle de Lasus tenta de convaincre les miliciens de ne pas faire de quartier. Mais son ordre se perdit dans la cohue. Elle assaillit les pirates, les poussant à se défendre. Niscarvin en supprima un autre. Les ennemis blessés furent vite massacrés. Dave était blessé. Les trois agents décidèrent de ne pas faire de quartier et achevèrent tous les pirates. Dave posa les armes, mais Fleur, sachant pertinemment qu’il ne cesserait de leur nuire, fit la sourde oreille et le tua. Les miliciens furent interloqués. Elle prétendit que dans la confusion de la bataille, elle ne l’avait pas reconnu. Ils la croyaient de bonne foi, après tout elle était borgne, mais elle avait quand même tué un homme désarmé. Fleur s’empressa de récupérer les clefs du château sur l’intendant, qu’elle confia à Arnolphe, tandis que les miliciens fouillaient les pirates.

Ils se rendirent ensuite à bord de la caravelle. Elle était déserte. Arnolphe fouilla le navire. Il trouva des rations dans la câle. Dans la chambre du capitaine, il lut un avis de recherche au nom de Jean l’épervier. Pour la capture du capitaine, mort ou vif, 5 000 pièces d’or étaient offertes, ainsi que 1 000 pièces d’or pour chaque membre de son équipage. Il trouva également un coffre contenant 7 400 pièces d’or. Trois miliciens s’en mêlèrent. Quitte à s’emparer de butin, Fleur avait en tête de récupérer l’argent pour qu’il serve une plus noble cause : celle de son suzerain. Aussi, elle convainquit ses camarades et les deux miliciens de partager l’argent entre eux. Chacun récupéra 1250 pièces d’or. Ils mirent la main sur le livre de bord, qui était celui des pirates et ne donna donc pas d’indication sur le propriétaire du navire.  

  Les trois amis allèrent informer la comtesse de la situation. Les frères Claybars étaient morts. Ils lui rendirent le collier de téléportation et lui remirent les clefs du château. Ils la prévinrent qu’ils se rendaient à Ville-Barnet pour rendre la caravelle et toucher la prime offerte pour la capture des pirates. Elle voulait se rendre sur Qres et leur demanda si l’île était sûre. Consultant du regard ses camarades, Fleur lui assura que c’était le cas. Les gens y étaient traditionnels, modestes, peut-être un peu rudes mais braves. La comtesse leur demanda des précisions sur les personnes notables. Fleur cita le père Tom, un Albien tolérant. Elle la prévint toutefois que son acolyte, le druide Jonathan, était un de ces clercs qui détestaient les femmes et tout ce qui n’était pas Humain. Niscarvin confirma ses dires, en ajoutant qu’il avait des connaissances en nature, mais qu’il était un peu illuminé. Fleur indiqua aussi la femme qui tenait la boutique de l’île, ainsi que Martha la tenancière, une femme forte avec un caractère bien trempé qui connaissait du monde sur Qres. La comtesse s’étonna qu’on lui présente une commerçante et non les chefs des principales familles. Elle demanda pourquoi les trois amis avaient nommés les Claybars ? N’avaient-ils eu aucun doute sur eux ? Pourquoi ne s’étaient-ils pas méfié ? Fleur lui expliqua que lorsqu’ils avaient rencontré les deux frères, ils étaient dans l’urgence, devant se préparer à une nouvelle attaque des Ondins. Il y avait tout à faire. Et lorsqu’ils s’étaient débarrassés des Ondins, ils n’avaient plus de Pouvoir pour les sonder. Ils avaient bien sûr eu des soupçons. Fleur avait examiné des comptes avec son Pouvoir, mais Dave s’était bien défendu. Ils avaient reversé de l’argent à la population pour s’en attirer les bonnes grâces. Lorsqu’ils posaient des questions aux deux frères, ils avaient toujours réponse à tout et du reste, ils étaient effectivement compétents. D’ailleurs, Fleur avait dirigé les travaux avec Dave, vérifiant leur avancée et ils étaient faits correctement. La comtesse leur dit qu’elle allait les aider à trouver un nouvel intendant.

Le 37e Vinasse (16 novembre), les trois amis se reposèrent. Ils se levèrent dans l’après-midi. Il faisait trop mauvais temps pour prendre la mer. Les deux hommes récupérèrent les armes sur les pirates, les réservant à la garnison du château. Ils chargèrent les morts sur le navire, et firent transférer les rations de la cale au château. Niscarvin consulta le livre de bord : il remarqua que des marchandises avaient été débarquées à Qres. Puis il discuta avec les gens du hameau. Mais il n’apprit rien de plus.

De son côté, Fleur fit un tour du chantier. Le gros œuvre était fini. Les hourds, une des machines de guerre étaient achevés. Les travaux nécessiteraient encore trois semaines. Ils avaient pris du retard à cause de l’emprisonnement d’une partie des ouvriers par les pirates. Elle consigna ses observations dans un rapport pour le comte. Puis elle alla en informer la comtesse. Elle en profita pour lui demander ce qu’elle comptait faire du garde venu d’Antegnar qui avait trahi. La comtesse fut d’abord tentée de le licencier, mais il savait trop de choses. Elle chargea Fleur de l’amener devant elle et le ramener à la raison à l’aide de son Pouvoir. La comtesse lui fit savoir qu’elle ne comptait pas rester sur Qres indéfiniment.

Le 38e Vinasse (17 novembre), Fleur fit un tour sur le chantier, craignant qu’il ne reste désert. Des gens de Qres vinrent travailler. Ils furent étonnés de la voir. Elle les informa qu’elle reprenait le chantier en main et leur demanda de faire passer le message que les travaux reprenaient, les otages ayant été libérés et les pirates éliminés. Elle réorganisa très bien les équipes, ce qui lui prit toute la matinée.

De leur côté, les deux hommes se rendaient sur Qres pour préparer la traversée. Niscarvin trouva huit hommes acceptant de manœuvrer la Dévoyée jusqu’à Ville-Barnet, moyennant le paiement de 50 pièces d’or par jour et par marin. Il fit transférer les pirates captifs, dans la caravelle, à fond de cale. Il proposa aux miliciens de les ramener sur Qres. Fleur devait les rejoindre en début d’après-midi. Il faisait assez mauvais temps. Les autres otages était déjà rentré sur Qres. Mais au troisième voyage la barque qui les ramenait s’était fracassée contre des rochers et ses occupants avaient péri. On déconseilla aux deux amis de prendre la mer par ce temps, mais ils ne changèrent pas leurs plans. Quand tout le monde fut à bord, ils prirent la mer. Désorienté, Arnolphe se cognait partout. Niscarvin avait le pied marin mais n’arrivait pas à aider l’équipage, même pour les tâches les plus simples. Il ne comprenait pas le jargon des marins. Un des otages prit le commandement avec autorité mais se révéla incompétent, amenant la caravelle contre des récifs. La coque fut éventrée. Il y avait trop de voilure et un des mâts fut arraché. Dans leur mésaventure, ils avaient eu de la chance car malgré le choc, la caravelle avait encaissé et n’avait pas sombré corps et biens. Ils parvinrent à accoster dans la crique de Little Qres. La plupart des hommes restèrent à bord pour écoper, quatre souquèrent jusqu’à une plage de galets avec le canot, emmenant l’archer et le saltimbanque.  

Apparemment, il n’y avait aucune voie d’accès pour remonter. Niscarvin et Arnolphe, qui se fit une belle frayeur, escaladèrent la falaise. Ils allèrent chercher des volontaires pour réparer le navire. Ils demandèrent aux gens s’il existait un passage vers la crique, mais ceux qu’ils croisèrent n’en savaient rien. Ils leur demandèrent des cordes, qu’on leur procura. Ils aidèrent ainsi les quatre rameurs à escalader la falaise. Mais l’un d’eux, celui qui avait dirigé La Dévoyée, fit une chute mortelle. Ils allèrent chercher des volontaires pour réparer le navire et démontèrent une grange pour obtenir des planches. On assura mieux le passage le long de la falaise.

Arnolphe fouilla chez les Claybars à l’aide de son Pouvoir. Il fouilla les lieux à l’aide de son Pouvoir. La maison présentait un joli mobilier, mais ils avaient dû mettre leur fortune ailleurs. Il ne mit la main sur aucun livre de comptes. Il dénicha tout de même une cassette contenant 1100 pièces d’or. Puis il découvrit dans la cave un passage menant à des galeries. C’était les anciennes mines dans lesquelles s’étaient réfugiés les habitants lors de l’attaque ondine. Il explora les lieux, s’orienta en marquant son passage par des coups de craie. Il identifia des entrepôts. Apparemment, les pirates y avaient déposé leur cargaison. Il se dit qu’ils pourraient la donner aux habitants. Il suivit une pente douce qui menait à une grotte avec une jetée naturelle où l’on pouvait amarrer une barque.      

Pendant ce temps, Niscarvin partit chercher des marins supplémentaires au village car il fallait bien 24 hommes pour manœuvrer un navire de cette envergure. Il trouva également un charpentier.

On était alors en début d’après-midi. Comme convenu, Fleur voulut rejoindre ses compagnons. Sa traversée se passa sans encombre. Elle gagna Little Qres par l’isthme, mais ne les trouva pas immédiatement. En se renseignant auprès de la population, elle apprit qu’Arnolphe avait disparu depuis quelques heures et que Niscarvin était à bord de la Dévoyée. Elle descendit la falaise, laborieusement. Puis un marin l’embarqua. Comme il était à la peine, et qu’ils risquaient de se fracasser sur les rochers, elle s’empara des rames et lui ordonna d’écoper. Une fois à bord, elle découvrit un équipage qui ne travaillait pas efficacement. Niscarvin n’arrivait pas à coordonner leurs efforts. Elle demanda au baladin ce qui se passait. Puis elle reprit la situation en main. Les marins travaillaient mieux. Les deux amis se concertèrent pour savoir comment récupérer toute la prime alors que les cadavres allaient commencer à se décomposer. Fleur suggéra de récupérer les têtes et de les conserver dans un tonneau, ou alors ils pouvaient enduire les corps de bitume mais cela gênerait l’identification. Comme la réparation du navire prendrait plusieurs jours, ils décidèrent finalement qu’ils allaient ramener les pirates vivants comme morts sur des barques de pêcheurs, et laisser sombrer la Dévoyée.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Retraite avec la comtesse, 2

Message  Fleur le Sam 24 Sep - 4:02

Le 39e Vinasse (18 novembre), le ciel était clément et la mer paisible. Les efforts de la nuit avaient payé. La Dévoyée ne sombrerait pas, du moins pas dans l’immédiat. Niscarvin, harassé, réfléchit en regardant la coque colmatée. Fleur lui fit remarquer que la réparation du bateau allait encore prendre plusieurs jours. Le saltimbanque était bien de son avis, il se demandait si cela en valait la peine. Il eut alors l’idée de proposer aux habitants de récupérer les matériaux et de laisser la caravelle sombrer. Il faudrait pour cela la déplacer sur une plage où elle pourrait s’échouer. Fleur compléta en se proposant de trouver des marins disposés à les amener avec les pirates à Ville-Barnet. Il expliqua alors qu’ils changeaient leurs plans, mais qu’ils n’avaient pas travaillé pour rien puisqu’ils allaient pouvoir récupérer les matériaux. Niscarvin restait de son côté à bord pour surveiller les prisonniers, tandis que les habitants rentraient chez eux. Il se servit un café et souhaita bonne pêche à Fleur qui se rendait au village.

La belle de Lasus s’arrêta d’abord chez les Claybars. Elle trouva Arnolphe. Il lui raconta ce qu’il avait découvert. Elle le félicita et lui proposa de donner la cargaison des pirates aux habitants, en dédommagement des peines que leurs avaient infligés les deux frères. Elle indiqua à l’archer que Niscarvin restait sur la Dévoyée et lui conseilla de le rejoindre pour l’aider à surveiller les prisonniers.

Puis, elle se rendit au village. Usant de son Pouvoir, elle trouva trois pêcheurs possédant leur propre bateau pour les amener à Ville-Barnet. Elle dut négocier leur tarif et ils tombèrent d’accord pour 150 pièces d’or par marin. Comme son estomac criait famine, elle acheta à Martha un encas à emporter, et retrouva les marins au port. Elle leur expliqua qu’il fallait récupérer ses deux amis et leur cargaison à Little Qres. L’un d’eux l’emmena. Les pirates furent chargés. Toutefois, celui qui devait embarquer les morts n’était plus très enclin à faire la traversée car il disait que cela portait malheur. Sachant que tous ces corps représentaient une coquette somme qu’elle destinait au comte, elle augmenta son tarif à 300 pièces d’or et l’homme céda. Pour ne pas avoir d’ennuis car il se savait, comme Fleur, épuisé, Niscarvin assomma les captifs avant de les transborder. On chargea tous ces corps morts ou vifs et on prit la mer.

La traversée se passa sans encombre. Arrivés à Ville-Barnet, Fleur se rendit immédiatement à la capitainerie qui se trouvait tout près du port. Elle fut reçue par le capitaine, et l’avertit qu’elle avait mis hors d’état de nuire avec ses amis Jean l’épervier et sa bande de pirates. Sur le moment, l’officier ne semblait pas savoir de qui il s’agissait. De mémoire, Fleur lui cita les termes de l’avis de recherche. L’officier voulut voir les prisonniers. Elle lui expliqua que certains étaient morts, et que de ce fait, ses amis attendaient au port pour qu’ils soient identifiés. Il lui demanda à voir l’affiche mais elle ne l’avait pas. Elle lui demanda s’il pouvait vérifier dans ses services. Agacé, il la pria de patienter quelques minutes. Sur le coup de la fatigue, elle crut à de la mauvaise volonté de sa part et s’offusqua, lui rappelant son rang. L’officier lui rétorqua qu’il était noble lui aussi et qu’elle devrait patienter. Il la fit attendre sciemment une heure avant de confirmer ses dires. Il ordonna à deux gardes de l’accompagner jusqu’au port pour identifier Jean l’épervier. Consciente de sa maladresse, elle s’excusa, arguant qu’elle était épuisée, se montrant plus sympathique, mais il demeura de marbre.

Pendant ce temps, au port, les marins commençaient à s’impatienter, ne voyant pas la belle de Lasus revenir, car ils devaient regagner Ville-Barnet sans tarder avant la tombée de la nuit. Ils voulaient débarquer les pirates et repartir. Les deux amis finirent par leur demander si l’un d’entre eux ne pouvait pas se rendre à la capitainerie pour la trouver. Lorsqu’il reconnut la belle de Lasus, elle prenait congé du capitaine, accompagnée de deux gardes. Elle expliqua au marin la raison de cette attente.

Au port, les deux gardes demandèrent à voir le corps de Jean l’épervier et l’identifièrent. Toutefois, l’odeur des cadavres était épouvantable. Les morts allaient être immédiatement pendus. Les vivants devaient passer devant le bourreau car il fallait confirmer que tous ceux que les trois compagnons ramenaient faisaient bien partie de la bande. Les deux gardes retournaient donc à la capitainerie, avec les captifs, informer leur supérieur et signifièrent aux trois aventuriers qu’ils devraient voir avec lui pour le paiement de la prime. Les trois amis devaient à présent se charger d’amener les morts à la capitainerie. Fleur voulut aider mais en fut incapable, et vomit. Ses deux amis tinrent bon, les pirates furent débarqués et les marins reprirent aussitôt la mer.  

Il leur fallait maintenant une charrette. Fleur en demanda une à la capitainerie, mais on lui rétorqua qu’elle n’avait qu’à en louer une. Elle trouva au port un homme qui lui en procura une. Quelques instants plus tard, les trois amis arrivaient avec leur funeste cargaison à la capitainerie. Le capitaine les informa que le bourreau avait fait son office. L’un des prisonniers avait succombé. Un autre avait avoué, mais le reste ne cédait pas. Aussi, il consentait à les payer pour le capitaine, mais s’ils souhaitaient être payés pour toute la bande, il leur laissait le soin de faire parler les récalcitrants. Les deux hommes allaient s’en charger pendant que Fleur rendait la charrette. Fort de ses connaissances en chirurgie, Niscarvin tortura les captifs pendant qu’Arnolphe les interrogeait. Le saltimbanque s’avéra redoutable si bien que les langues se délièrent. Les pirates avouèrent qu’ils faisaient bien parties de la bande de Jean l’épervier. Satisfait, le capitaine consentit à leur remettre l’intégralité de la prime soit 29 000 pièces d’or. Exténués, les trois amis regagnèrent l’auberge. Ils prirent un bain et un bon repas.

Le 40e Vinasse (19 novembre), les trois amis se sentaient plus reposés. Ils prièrent ensemble en ce Huiti. Niscarvin n’avait pas très envie de céder toute l’argent de la prime au comte, arguant qu’ils n’avaient pas été rémunéré pour cette mission. L’archer ne savait pas trop quoi en penser. Fleur leur rappela que c’était eux qui avaient fait nommer les Claybars et que par conséquent ils étaient responsables de la venue des pirates. Par leur faute, la comtesse s’était trouvée en danger. Lorsqu’il l’apprendrait, le comte serait furieux, alors la moindre des choses était de lui donner l’argent de la prime, à titre de compensation, d’autant que deux de ses gardes avaient disparu. Elle mesura alors que ses amis servaient librement le comte d’Enro et ne lui vouaient pas une grande fidélité, contrairement à elle qui était sa vassale et future baronne, ce qui impliquait que si elle le décevait, cela pourrait avoir de graves conséquences sur sa baronnie, sur sa famille. Pour autant, Niscarvin demeurait réticent, il tenta de la convaincre de conserver une partie de la prime pour eux, quand la belle de Lasus tenta de le persuader qu’il fallait faire au mieux pour obtenir le pardon du comte. Après débat, ils se mirent d’accord pour conserver chacun 1 000 pièces d’or et laisser le reste au comte. Bien qu’elle se trouvait pratiquement fauchée, Fleur, têtue, ne s’accorda pas sa part et calcula qu’ils verseraient donc à son suzerain 27 000 pièces d’or.

Puis, ils se rendirent en ville. Ils cherchèrent la trace des deux gardes d’Antegnar mais personne ne les avait vus.
Rentrés à l’auberge, Niscarvin fit un magnifique spectacle qui lui rapporta 360 pièces d’or. Les trois amis discutèrent de leurs faiblesses respectives.

Le 1er Lardon (20 novembre), il faisait assez beau temps. En prenant leur collation du matin, ils discutèrent astrologie. Par curiosité, Fleur demanda la date d’anniversaire de ses camarades. Arnolphe était né le 11e Corvée. Niscarvin était né le 25e Fauche. Fleur lui fit remarquer que c’était dommage de lui dire que maintenant, car ils n’avaient pas pu le lui fêter. Fleur leur indiqua qu’elle était née le 4e Corvée. Niscarvin lui demanda la date de Fortuné. Son fiancé était né le 37e Lardon, lui répondit-elle. Elle demanda si les mages blancs s’intéressaient à l’astrologie. Niscarvin était un serpent, signe lié à la nécromancie. Arnolphe, Fleur et Fortuné, étaient tous les trois du signe du cochon, lié à la magie blanche. Avec un sourire malicieux, le saltimbanque fit croire à Fleur qu’il s’y connaissait très bien en astrologie et elle but ses paroles. Arnolphe fut plus sceptique mais il n’y connaissait rien alors il ne pouvait pas remettre en cause les dires de Niscarvin. Amusé par la crédulité de Fleur, le baladin la persuada qu’étant tous les deux du même signe, son mariage avec Fortuné partait sous de bons auspices d’autant que la date en était avancée. Fleur, ravie, était de bonne humeur pour toute la journée.

Usant de son collier de Bénédiction, Fleur, aidée par Niscarvin, trouva un marin pour les amener à Qres moyennant 70 pièces d’or chacun. La traversée se passa sans encombre. Ils arrivèrent vers midi. Ils passèrent à la taverne pour y déjeuner et prendre des nouvelles de la tenancière. Martha les salua, non sans leur reprocher les morts récentes liées aux pirates et à la réparation du bateau. Mais ils les avaient tout de même débarrassés des Claybars, reconnut la tenancière, en faisant un clin d’œil à Fleur qui se garda bien de répondre. Martha leur fit savoir qu’elle était persuadée que les Claybars étaient de mèche avec les pirates. Arnolphe se contenta de conclure : « On ne le saura jamais. »  Elle leur rapporta qu’elle avait bien la comtesse. Des élections allaient avoir lieux pour désigner le nouvel intendant si le fils du sieur de Nicemount ne revenait pas.

Les trois amis allèrent rendre visite aux victimes des pirates afin de les dédommager ou à défaut leurs proches. Niscarvin et Arnolphe versèrent en tout 10 500 pièces d’or. Puis ils se rendirent chez les Claybars. Fleur se chargea de l’enterrement des Claybars moyennant 1 500 pièces d’or. Elle prévoyait de rembourser 3 300 pièces d’or à ses amis dès qu’elle le pourrait. Ils remarquèrent que des meubles avaient disparu. Ils s’entretinrent avec Yvon, le garde d’Antegnar. Fleur, autoritaire, lui fit savoir qu’il allait devoir s’expliquer devant la comtesse pour avoir oublié qu’il servait avant tout le comte. Le garde s’offusqua, rétorquant que c’était eux-mêmes qui les avaient placés sous l’autorité des frères Claybars. Elle changea d’approche, calmant le jeu mais faisant valoir qu’il devait tout de même s’expliquer pour ses actes, qu’il avait juré d’être fidèle au comte, que s’il n’avait rien à se reprocher il pouvait donc les accompagner. Il accepta de les suivre.

Ils se rendirent au château. Devant la comtesse, Fleur rappela à Yvon ses obligations envers le comte, usant de son Pouvoir, pour le convaincre de s’amender et de ne plus trahir le comte. La prêtresse approuva les arguments de Fleur, et proposa au garde de se confesser. Il refusa. Il tenta de se défendre en prétendant qu’il ne pensait pas trahir le comte en servant Fred Claybars mais ses arguments ne prenaient pas. D’ailleurs, Fleur lui rappela qu’il était censé protéger le château, et non la demeure des deux frères. Toutefois, il était sincère lorsqu’il disait vouloir revenir dans le droit chemin. Les trois amis l’interrogèrent. Yvon expliqua que les deux autres gardes avaient été ramenés à Ville-Barnet, peu après leur départ. Fleur lui demanda s’il savait ce que les deux hommes comptaient faire. Yvon répondit qu’ils voulaient rentrer à Antegnar. Comme les deux gardes n’étaient pas reparu depuis, les trois amis en déduisirent que c’était mauvais signe pour eux. Ou ils avaient été supprimés par Fred, contrairement à ce qu’Yvon prétendait, ou ils avaient eu des ennuis en chemin. La comtesse fit savoir à Yvon que comme il refusait de se confesser, elle exigeait de lui une loyauté sans faille s’il ne voulait pas rôtir en enfer et il devait s’installer au château.

Une fois seuls avec la comtesse, les trois agents lui rapportèrent ce qu’ils avaient fait à Ville-Barnet. De son côté, elle s’était renseignée à Qres. Des élections pouvaient être organisées si le fils du sieur de Nicemount ne revenait pas prendre la place d’intendant qui lui revenait de droit. Elle leur demanda s’ils avaient pensé à leur prévenir de la mort de son père. Les trois agents reconnurent qu’ils n’y avaient pas songé. Comme l’homme se trouvait à la cour ducale, et qu’elle devait de toute façon s’y rendre, Fleur proposa à la comtesse de rencontre le sire de Nicemount dès qu’elle irait à Neuhor, et d’organiser pour l’heure des élections en attendant de savoir si le fils revenait ou non. La comtesse accepta. Elle les informa qu’ils se rendraient au prieuré car son mari allait s’inquiéter. Ils auraient déjà dû être rentrés à Antegnar.

Le 2e Lardon (21 novembre), Victoriane se téléporta au prieuré avec les trois agents. Ils firent acte de présence. Fleur resta dans sa cellule pour prier. Niscarvin et Arnolphe se confessèrent auprès de la prêtresse. La comtesse remit une lettre à Martha, à envoyer de toute urgence au comte. Elle informait son époux qu’ils restaient à Qres une semaine de plus. La prêtresse félicita ses trois agents pour leurs efforts de piété.

Revenus à Houqbrec, elle leur apprit qu’elle avait pu distinguer cinq factions : ceux en faveur d’un seigneur pieux et conservateur, ceux qui voulaient un chef fort, ceux qui optaient pour un seigneur compétent, et puis il y avait les indécis et les opportunistes. Elle leur communiqua également les noms des candidats : Jonathan le druide, Barry, Michael, Stephen, et Denys, mais comme ce dernier n’était pas propriétaire, sa candidature n’était pas recevable. Elle chargea les trois amis de se renseigner sur les candidats et de faire en sorte que le meilleur d’entre eux soit élu.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Retraite avec la comtesse, 3

Message  Fleur le Lun 5 Déc - 1:34

Le 3e Lardon (22 novembre), malgré le mauvais temps, les trois amis gagnèrent Qres, trempés par la traversée. Fleur demanda à ses camarades de se charger de Jonathan, sachant très bien que le ton risquait de monter entre elle et lui. Elle les accompagnerait mais demanderait au père Tom de prier seule en les attendant, il ne pourrait le lui refuser. En chemin, Arnolphe proposa de poser des questions tests aux candidats mais les trois amis eurent du mal à s’accorder sur des exemples : lui demander quelles étaient ses qualités et défauts ? Sa position par rapport à la Réforme ? Comment allez-vous gérer telle situation ? Niscarvin s’interrogea sur les qualités qu’ils pouvaient attendre chez un intendant. A l’initiative de la jeune femme, ils dressèrent le portrait du candidat idéal : celui-ci devrait faire preuve de sagesse, être compétent, notamment en négociation, être un bon organisateur, être charismatique et intègre. S’il avait des connaissances et savait se battre, ce serait un plus.

Arrivés au monastère, Fleur discuta un peu avec le père Tom. Le prêtre estimait que les Claybars étaient trop intéressés. C’était sans doute la volonté de Daromir d’avoir tué Dave, Fred et leurs hommes de main. L’île avait connu bien des malheurs et il espérait comme tous connaître des jours meilleurs. Il leur fallait pour cela un bon chef. Fleur lui répondit que c’était ce qu’ils s’efforçaient de trouver à présent. Puis elle se retira dans la chapelle que lui indiqua le clerc pour prier. Pendant ce temps, ses deux amis discutèrent avec Jonathan. Le druide voulait devenir chef pour contrer la prophétie selon laquelle le mage Ondin reviendrait. Il tenta de persuader les deux agents du comte. Ces deux derniers en conclurent qu’ils le choisiraient s’ils ne trouvaient pas mieux, car le druide était quand même un peu illuminé.

En compagnie de Fleur, ils se renseignèrent ensuite sur Edward. C’était un pro-albien, honnête et pieux, mais certains ne l’aimaient pas parce qu’il se montrait trop rigide. Ils lui rendirent ensuite visite. En discutant avec lui, Fleur le perça à jour : ce quarantenaire était un bon combattant, fort, honnête, respecté, qui servait dans la milice. Il avait un grand sens du devoir. C’était un homme juste, appliqué, mais pas prêt à faire des compromis. Il s’était porté candidat, poussé par ses amis. Il se montrait dur avec lui-même comme avec les autres. En sortant, Niscarvin fit part à ses amis de ses doutes le concernant. Ce pro-albien rigide risquait bien d’entrer en conflit avec le comte et la comtesse réformés. Toutefois, Fleur souligna son grand sens du devoir, ses qualités de combattant, et son honnêteté, échaudée qu’elle était à cause des Claybars.

Ils se renseignèrent ensuite sur Barry le boiteux. C’était un homme courageux, âgé de 44 ans, qui avait servi dans la milice. Certains le trouvaient toutefois insupportable, imbu de lui-même. Face au candidat, Fleur n’arrivait pas à le cerner. Niscarvin, lui, le comprenait mieux. L’homme avait de l’humour et de la finesse. Il avait confiance en lui. Il souhaitait protéger les habitants. Il se montra assez sympathique. Il tenta de les faire rire mais sa blague était si potache que Fleur arqua un sourcil, atterrée, le considérant comme un gros paysan. En revanche, Arnolphe l’aimait bien. Niscarvin lui demanda ce qu’il pensait de la Réforme. Barry perdit aussitôt son sourire : « Pourquoi vous me demandez ça ? Il n’y a pas d’hérétique ici. »

Les trois amis se renseignèrent sur Michael. C’était le frère du père Tom. C’était un bon gars, apprécié, honnête, respectueux des coutumes, plutôt malchanceux dans la vie. Ils lui rendirent visite. Michael leur parut assez sympathique. C’était un agriculteur de 36 ans, courtois, traditionnaliste, grand farceur devant l’Eternel, qui présentait plutôt bien. Un peu égocentrique, pas particulièrement fervent, il fit forte impression auprès d’Arnolphe et Niscarvin, mais Fleur demeura neutre.

Ils visitèrent ensuite Stephen. L’homme qu’ils découvrirent était conforme au portrait qu’on leur avait brossé. C’était un bon chasseur, un homme d’honneur, qui avait le souci de son prochain, charitable, mais un peu marginal car c’était un libre penseur. Il ne serait donc pas soutenu par les traditionnalistes. Usant de son collier de Bénédiction, Fleur le cernait bien. Elle estima qu’il pourrait faire un bon seigneur, du moins humainement parlant. Il en avait les qualités : indépendant, charitable, avec un grand sens du devoir. Toutefois, les trois amis songèrent que, comme les autres, Stephen n’était pas spécialement compétent.

Enfin, ils se renseignèrent sur Denys. C’était un artisan, plutôt apprécié, qui avait servi dans la milice. On le disait plutôt chanceux dans la vie. Certes, il n’avait pas de terres, mais Arnolphe estimait qu’ils pourraient toujours y remédier ultérieurement. Les agents lui rendirent visite. Bel homme, âgé de 32 ans, il tenta de leur faire du charme, mais la belle de Lasus demeura neutre. Toutefois, Fleur parvint à très bien le cerner : il était assez talentueux, médiateur, doué en langue. Il avait pour idéal la concorde. C’était un homme sympathique, fin et compétent – en art oratoire et finesse -, qui savait se battre. Il avait un beau projet pour l’île : apaiser les tensions, développer l’entraide pour souder les habitants. Honnête, ce n’était pas un magouilleur, mais il pouvait s’écarter du droit chemin s’il estimait que c’était juste.

Tandis que le soir venait, ils regagnèrent Houqbrec, trempés. Ils discutèrent entre eux. Ils rapportèrent à la comtesse leurs impressions sur les candidats. Victoriane leur demanda qui était le meilleur candidat d’après eux. Ils éliminèrent d’emblée Jonathan et Barry, mais ils peinèrent à s’accorder sur un nom. Ils hésitaient entre Denys et Stephen. Fleur retenait aussi Edward quand ses camarades préféraient Michael. La comtesse leur demanda d’y réfléchir : « Qui d’après vous deviendra un bon intendant dans quelques années ? »

Le 4e Lardon (23 novembre), il faisait très mauvais temps. Aussi, les trois amis jugèrent plus sages de rester au château. Tandis que les deux hommes s’entrainaient, Fleur pria. Le soir, ils échangèrent sur les tentations de Niscarvin et d’Arnolphe.

Le 5e Lardon (24 novembre), comme le temps le permettait, les trois amis se rendirent sur Qres. Ils essayèrent d’en apprendre davantage sur certains candidats, en vain. Puis ils retournèrent voir Michael. Fleur parvint cette fois à mieux le cerner. L’homme manquait de confiance en lui, ce qui n’était pas bon signe pour un intendant potentiel. Il faisait le cancre pour être apprécié, et semblait avoir quelque chose à se reprocher. En sortant de sa demeure, les trois agents décidèrent que le meilleur candidat était finalement Denys. Encore fallait-il qu’il soit propriétaire pour pouvoir se présenter. Arnolphe proposa de répartir les terres des Claybars, de manière à appâter des votants et donner un lot à Denys. Ils proposèrent cette solution à la comtesse qui donna son accord. Elle les prévint toutefois qu’ils devaient rentrer d’ici trois jours. Elle leur ordonna de se renseigner sur les intentions des factions, de s’occuper au plus vite de la répartition des terres, et le soir même, lors des élections, de favoriser la candidature de Denys.

Le 6e Lardon (25 novembre), tandis que les deux hommes réglaient la question de la répartition des terres des Claybars, Fleur se renseigna sur le poids des différentes factions. Les dévôts étaient les plus nombreux, avec 30% des voix, suivaient ceux favorables à un chef fort représentant 25% des voix, ceux voulant un seigneur sage et compétent avec 20% des voix, les opportunistes qui représentaient 15% des voix et enfin les 10% restants indécis qui suivraient probablement le mouvement. Barry et Edward semblaient être les favoris mais Denys avait ses chances.

Le soir venu, Fleur, qui portait une jolie robe de ville verte pour l’occasion, entama son discours en évoquant les épreuves qu’ils avaient endurées ensemble, en saluant la mémoire des braves tombés au combat et le courage de tous les combattants. Il fallait donc à présent élire un bon intendant, capable de veiller sur chacun et d’assurer la concorde, car l’île avait trop souffert. L’heure était au rassemblement. La belle de Lasus commençait, mine de rien, à valoriser le projet de leur candidat, et elle parut plutôt sympathique au public. Elle proposa d’abord la répartition des terres des Claybars, morts sans héritier. Le projet fut approuvé à une courte majorité, après d’âpres discussions. La comtesse appuya efficacement les propositions de sa vassale. Puis, usant de son collier de Bénédiction, Fleur fit un discours pour soutenir la candidature de Denys, évoquant ses qualités et son projet pour l’île, aidée par Niscarvin et la comtesse. Leurs arguments portèrent leur fruit, convaincant une bonne partie de l’assemblée. Chaque candidat fit un discours. Jonathan, trop illuminé, se discrédita. Par chance, Denys fit un beau discours. On passa au vote. Denys fut largement élu, remportant 90% des voix.

Le 7e Lardon (26 novembre), les trois agents s’entretinrent avec Denys, attirant son attention sur les priorités et attentes du comte. Fleur fit le tour du chantier en sa compagnie, dressa la liste des travaux restants en lui montrant les plans. Puis elle rédigea un rapport à l’attention du comte sur l’état du chantier. Ils firent ensuite leurs adieux aux insulaires.

Le soir, les trois agents se téléportèrent avec la comtesse au prieuré.

Le huiti 8e Lardon (27 novembre), ils se mirent en route. Guidés par Arnolphe, ils ne rencontrèrent aucun incident.

Le soir du 9e Lardon (28 novembre), ils arrivèrent à Antegnar. Le comte accueillit sa femme avec soulagement, et reçut les trois agents dans son bureau. Il leur demanda des explications, dissimulant mal son courroux. Digne, Fleur s’inclina humblement, et fit amende honorable en incluant ses amis. Elle expliqua qu’ayant dû nommer les Claybars en urgence, dans la menace du retour des Ondins, ils n’avaient pu les sonder car ils n’avaient alors plus de Pouvoir. Par ailleurs, les deux frères s’étaient montrés compétents, les travaux avaient été fait correctement, et ils avaient réponse à tout lorsque l’on émettait des doutes. Après leur départ, Dave avait négocié avec les pirates et cela s’était retourné contre lui. Attaqués dès leur arrivée, les trois agents du comte avaient neutralisé aussitôt les pirates. Fleur avait remis en route les travaux et remit au comte son rapport sur leur achèvement. Puis les trois compagnons avaient obtenu la nomination d’un nouvel intendant, Denys, un homme compétent, apprécié de la population, et cette fois, ils s’en étaient assuré avec leur Pouvoir. Enfin, en combattant les pirates, ils avaient gagné 27 000 pièces d’or. « Mais nous avons souhaité que cet argent serve une cause plus noble : la vôtre monseigneur. », expliqua la belle de Lasus en lui tendant une bourse. Surpris, le comte se montra plutôt content, acceptant volontiers cet argent à l’approche d’un conflit.

Puis le comte leur fit savoir qu’il allait avoir d’eux. Le baron d’Olennaç l’inquiétait. Fleur avait déjà rencontré ce personnage : Henri d’Olennaç était un pro-albien, d’une quarantaine d’années, ambitieux, fiable et loyal à ses amis. En conséquence, il leur demandait de rester à ses côtés, précisa-t-il en regardant Fleur. Par sens du devoir, la belle de Lasus demanda à son suzerain si elle pouvait se rendre brièvement à Neuhor comme elle s’était engagée auprès de la comtesse pour informer le fils de l’ancien seigneur de Qres de la mort de son père. Mais le comte ne l’entendit pas de cet oreille, se méprenant peut-être sur ses intentions, et lui rétorqua sèchement qu’ils auraient dû y penser avant et qu’il n’était pas question qu’elle prenne ce prétexte pour aller roucouler à Neuhor quand il avait besoin d’elle ici. Les trois agents, harassés, prirent congé. Fleur se sentit très contrariée, ne comprenant pas la froideur de son suzerain. Elle s’était pourtant montrée d’une grande loyauté à son égard, vantant ses mérites auprès de Fortuné, et s’ils avaient rapporté cette coquette somme au comte, c’était bien parce qu’elle avait su convaincre ses amis de le faire. Bien sûr, toute Lasus qu’elle était, à l’instar de son père, elle ne trahirait jamais son suzerain. Mais elle se sentait un peu frustrée et refroidie, devant ce manque de reconnaissance.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

"Mon épée est vôtre, Monseigneur"

Message  Fleur le Lun 5 Déc - 1:47

Le 10e Lardon (29 novembre), les trois amis suivirent la Cour toute la journée qui se déroula sans incident. Niscarvin fit un spectacle au midi. Fleur retrouva Lauridas qui leur proposa de manger ensemble en ville. Niscarvin hésita un peu car le comte semblait craindre un danger imminent puis il se laissa convaincre.

Le soir venu, dans une bonne auberge, ils passèrent une agréable soirée aux côtés du coursier. Celui-ci, guilleret, demanda à la jeune femme ce qu’ils avaient fait ces dernières semaines. Fleur lui rétorqua calmement :
« Non Lauridas, tu sais bien que je ne peux rien dire. Seul Fortuné pourrait me faire parler…, et encore !
- Allez quoi ? Je sais très bien où vous étiez. Qu’est-ce que vous avez fait à Qres ?
- Non, je ne dirai rien.
- T’es pas drôle ! »

Il insista. Fleur interrogea du regard Niscarvin. Tous deux ignoraient ce qu’ils avaient le droit de dire ou non à Lauridas alors ils décidèrent tacitement de rester vagues. Le saltimbanque ne se méfiait pas vraiment de Lauridas, il savait que c’était un bon ami du comte et qu’il lui était fidèle ; il se méfiait davantage des oreilles indiscrètes qui pouvaient trainer dans une taverne, même s’ils ne se trouvaient pas dans la salle commune. La jeune femme comprit qu’il voulait surtout entendre des récits de bataille. Alors, sans rien dévoiler de confidentiel comme la présence de la comtesse, elle se contenta de lui rapporter leur affrontement avec des pirates.

« Encore ? » s’étonna Lauridas.

Elle lui expliqua que ces rufians s’étaient emparés de l’île avant leur arrivée, qu’ils s’étaient retrouvés encerclés par seize hommes et leur capitaine. Niscarvin renchérit en précisant qu'ils sentaient quelque chose de suspect chez ces types et que Fleur avait alors décidé de venir au repas en robe. La belle de Lasus lui jeta un regard noir. Sans son armure, ni ses armes, elle n’en menait pas large, reconnut-elle, lorsque le capitaine, ce porc, avait menacé de tuer ses amis et de la violer, lui et son équipage, si elle résistait. Le saltimbanque, pour la défendre, souligna qu’elle avait fait preuve de vaillance et d’une bonne improvisation. Répugnée à l’idée qu’un autre que Fortuné la touche, elle avait égorgé l’homme avec son poignard de botte. En entendant ce détail, le coursier eut une moue à la fois écœurée et amusée. Quant à ses amis, ajouta la jeune femme, ils s’étaient bravement battus, Niscarvin avec ses lames, Arnolphe en les fracassant avec une chaise. Fleur et Niscarvin stoppèrent là leur récit. Lauridas leur demanda qui avait tué le plus de pirates ? Ils furent bien incapables de le dire. Chacun avait eu son comptant. Mais le coursier insatiable en redemandait, posant des questions indiscrètes. Elle lui rétorqua avec un sourire : « Et toi alors, qu’as-tu livré dernièrement comme message ? »

Aussitôt, le coursier retrouva son sérieux : « Bon, on va arrêter de parler des missions », et Fleur put souffler.

Elle prit des nouvelles de son bien-aimé, de ses autres amis. Fortuné avait apparemment regretté de ne pas avoir pu beaucoup aider sa promise, durant son séjour à Pertagne à cause de son bras cassé. Fleur rectifia : « Il est un peu dur avec lui-même. Nous sommes allés voir deux des vassaux de mon père et nous avons pu tenir les audiences ensemble. C’était agréable d’ailleurs. Et puis, ce n’est pas de sa faute s’il était blessé. »

Elle lui demanda quelle était la situation à Neuhor. Lauridas rapporta que le duc se préparait à la guerre, mais il se trouvait dans une position délicate avec Néac. D’autres provinces se révoltaient contre le roi, comme l’Alsoraine.

La jeune femme en profita pour lui demander un service. Lauridas accepta. Il s’agissait de rassurer son bien-aimé, de lui rapporter qu’elle était rentrée, qu’elle se portait bien, mais qu’elle devait rester à Antegnar car le comte avait encore besoin d’elle. Elle le priait donc de patienter, lui rappelait qu’elle l’aimait de tout son cœur et qu’elle avait hâte de le retrouver, que ce fût à Neuhor, où à Pertagne, si elle tardait trop à le rejoindre.

A la fin du repas, le coursier semblait d’humeur à boire. Fleur déclina naturellement, n’ayant nulle envie de « s’illustrer » devant le meilleur ami de son fiancé. Niscarvin fit de même ; il préférait garder tout son esprit pour les jours à venir.

Le 11e Lardon (30 novembre), les trois amis passèrent une nouvelle journée paisible à la Cour. Niscarvin fit un petit spectacle de marionnette à midi. Le soir, le comte et la comtesse invitèrent leurs trois agents à un repas privé, ce qui constituait un honneur rare. Il tenait à s’excuser et à les remercier. « Ma femme m’a raconté ce que vous avez accompli. Vous vous êtes démené pour moi et je me suis montré un peu rude. », expliqua-t-il en regardant sa vassale. Ses mots apaisèrent la jeune femme qui se sentit reconnue. En réponse, elle esquissa un sourire et lui témoigna une loyauté sans faille. Comme la belle de Lasus, ses deux complices comprenaient que dans ce contexte de guerre imminente, le comte était un peu sur les nerfs. Durant le repas, Fleur eut à cœur de faire honneur à son suzerain, et montra un comportement irréprochable en matière de savoir-vivre. Le seigneur leur fit part de ses inquiétudes. Il avait des ennemis puissants et soupçonnait le baron d’Olennaç, un pro-albien, détenteur du Pouvoir, de tramer un mauvais tour contre lui. Olennaç était la plus grande ville du comté et le baron se rêvait à la place du comte. La querelle entre albiens et réformés pouvait lui donner des opportunités de trouver des appuis politiques importants qui pourraient légitimer a posteriori ses actions belliqueuses. Damien d’Enro avait donc besoin de l’appui de ses trois agents posseux. Niscarvin essayait de suivre ces intrigues politiques mais il avait bien du mal, il ne se sentait vraiment pas à sa place dans ce milieu.

Après le repas, les trois agents remercièrent le comte et la comtesse avant de regagner leur chambre respective.
avatar
Fleur
Elu
Elu

Messages : 80
Age : 34

Revenir en haut Aller en bas

Re: Historique IND

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 3 Précédent  1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum