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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 2

Message  Fleur le Lun 5 Déc - 2:08

La loyauté de Fleur à l’épreuve


Fleur fut réveillée par un seau d’eau en pleine figure. Transie de froid, elle regarda autour d’elle. Plusieurs hommes l’entouraient. Elle était ligotée, en robe de nuit. Elle eut une sueur froide. On l’avait dépouillée de toutes ses affaires. Sa bague, son collier ? Qu’allait penser Fortuné ? Elle distingua tout près une table avec des instruments de tortures. Un homme, qui semblait commander les autres, commença à l’interroger.

« Fleur de Lasus. Enfin tu émerges ! Je pense que tu as beaucoup de choses à me raconter. On sait que tu travailles pour le comte d’Enro. Dis-nous où tu étais et ce que tu as fait pour lui !
- Je ne dirai rien.
- Tu préfères la torture ? Tu vas te marier bientôt non ? Si on te crève l’autre œil, il va être content le fiancé de retrouver sa promise aveugle. »

La menace intimida Fleur, qui dut user de son Pouvoir pour ne pas perdre son sang-froid. D’une loyauté sans bornes, elle se faisait un point d’honneur à ne pas trahir son suzerain, mais si elle voulait échapper à la torture, il lui fallait donner de fausses informations, suffisamment crédibles. Alors qu’elle réfléchissait, l’homme la pressa.

« Ce que je veux savoir c’est comment tu sers le comte, avec tes deux complices.
- Nous sommes ses gardes du corps.
- C’est cela. Va falloir faire mieux que ça. Vous êtes partis pendant des mois. Pourquoi ? »

Fleur eut alors une idée, elle puisa dans son Pouvoir, fouillant dans sa mémoire, pour être crédible. Puis, elle se lança, usant de son Pouvoir pour être convaincante. Elle prétendit qu’ils étaient allés chercher un artefact légendaire, en les envoyant sur une fausse piste. Ses aveux faits, l’homme avec un sourire satisfait, conclut :

« Et bah voilà quand tu veux.
- Soyez damnés ! », lâcha-t-elle d’un ton rageur.

Elle fut alors ramenée dans sa cellule : une petite pièce humide, froide et étroite, à l’odeur nauséabonde. Plongée dans la pénombre, Fleur ne disposait que d’une paillasse, d’un seau d’aisance et d’une gamelle, jonchant sur un sol grouillant de cafards. Elle examina à tâtons son cachot, notamment la serrure. Aucun moyen de s’évader, même avec son Pouvoir. On lui apporta un repas. Sa gamelle vide, elle se sentit un peu vaseuse. Elle tenta bien de se reposer mais en fut incapable, harcelée par les insectes. Elle avait beau en supprimer quelques-uns, ils revenaient sans cesse. Pour ne pas sombrer dans le désespoir, elle pria. Elle resta ainsi pendant des heures. On lui apporta un autre repas, qu’elle avala. De plus en plus fatiguée, elle résista au sommeil, et attendit encore des heures. Quand on lui apporta son troisième repas, elle demanda à l’homme ce qu’ils comptaient faire d’elle. Pas de réponse. Elle insista. Elle était fille de baron. L’usage voulait qu’on la rançonne.

« Vous ne pouvez pas me garder ainsi prisonnière indéfiniment. Vous croyez que ma famille et mon fiancé ne vont pas s’inquiéter ?
- Ils peuvent bien patienter encore un peu. »

Elle attendit encore des heures, avant son quatrième repas. De plus en plus épuisée, elle se demandait si son repas n’était pas empoisonné, elle hésita un instant, mais elle avait trop faim, et dévora finalement le contenu de l’écuelle, avant de s’endormir profondément.

Un moment plus tard, elle fut réveillée par un seau d’eau. Le même homme l’interrogea.

« Je dois admettre que j’admire ta ténacité. Tu nous as donné des informations intéressantes. L’ennui c’est que tes amis ne nous ont pas dit la même chose. Regarde-toi. Tu es épuisée. Niscarvin est sorti lui. Si tu parles, tu pourras retrouver ta liberté. »

Regardant les instruments de torture qu’elle redoutait, Fleur réfléchit un court instant. Deux possibilités s’offraient à elle. Soit elle avouait son mensonge et cherchait un autre subterfuge, mais elle se sentait si exténuée qu’elle doutait d’en trouver un de crédible. Soit elle persistait dans son mensonge, quitte à mettre en doute les propos de ses amis. Elle prétendit avec un air de dédain :

« Je ne vois pas ce qu’ils ont pu vous raconter. C’est moi qui menait l’expédition. Je suis la future baronne de Pertagne. »

L’homme la crut. Il lui proposa alors d’œuvrer pour celui qui le commandait, en échange du pardon de l’Église. Fleur n’en croyait pas un mot et elle préférait encore mourir que de trahir le comte et de salir l’honneur des Lasus. Elle mit sa parole en doute :

« Qui êtes-vous pour pouvoir me garantir cela ?
- Moi je ne peux pas, mais mon maître le pourrait.
- J’exige de savoir avec qui je dois traiter. »

Mais, comme elle s’y attendait, l’homme refusa de donner le nom de son commanditaire. Elle distingua alors au fond de la pièce, un soldat portant une livrée : celle du duc de Dimannor ? Non, elle devait se tromper. Elle plissa les yeux, et grâce à son Pouvoir, elle put alors reconnaître le blason du baron d’Olennaç. « Le félon ! », s’indigna-t-elle intérieurement. Les soupçons du comte étaient fondés et elle ne pouvait même pas le prévenir.

Voyant qu’elle ne céderait pas, l’homme la prévint alors avec froideur :

« Jeanne de Nivelac a été brûlé. Tant pis pour toi ! Tu vas connaître le même sort. »

S’il en était ainsi, alors elle acceptait son sort, prête à mourir pour son suzerain. Son cher Fortuné, sa famille ne laisseraient pas sa mort impunie, elle en était certaine et cela la consolait un peu. Hargneuse, elle lui lança :

« Allez au diable !
- Les dames d’abord… », rétorqua-t-il sarcastique.

Elle fut alors raccompagnée à sa cellule, priant pour que ses proches finissent par venir la délivrer ou la venger. On lui servit un repas, qu’elle avala sans se poser de questions, et elle sombra dans un sommeil profond, sans rêves.

Le 15e Lardon (4 décembre), Fleur se réveilla dans un lit. Elle se sentait reposée et constata qu’elle n’avait pas d’entraves. Sur le qui-vive, elle regarda autour d’elle. Elle se trouvait dans une chambre. Elle se leva, et identifia ses affaires. Elle s’empressa aussitôt de chercher ses bijoux. Au bout d’un moment, elle mit la main dessus avec soulagement et les arbora de nouveau. Elle se fit une toilette, s’habilla, enfila ses armes. Où était-elle ? Elle s’apprêtait à le vérifier quand quelqu’un frappa à sa porte, avant d’entrer. Elle s’agenouilla aussitôt, ayant reconnu le comte. Damien d’Enro considéra d’un air bienveillant sa vassale.

« Ma chère Fleur, comment vous sentez-vous ?
- Mieux. A vrai dire, je suis un peu perdue monseigneur.
- Oui. C’est normal après ce que vous avez vécu. »

Il la rassura. Elle était bien au château, en ce 15e Lardon. Puis il lui expliqua ce qui s’était produit depuis le soir du 11e Lardon. Elle avait été enlevée, avec ses deux amis, par des hommes du baron d’Olennaç. Fleur indiqua à son seigneur qu’elle avait bien identifié la livrée du baron durant sa captivité. Le comte soupçonnait un homme qui avait infiltré le château. S’apercevant de leur disparition, il était intervenu personnellement, il tenait à ses précieux agents et avait tué tous leurs ravisseurs, détail qu’il lui priait de taire car même un comte ne pouvait se permettre de se rendre coupable de meurtre. Il savait qu’elle n’avait pas parlé, ce qu’elle s’empressa de lui confirmer, et la remercia en lui donnant une de ses bagues. Elle pouvait en tirer 2 000 pièces d’or en la revendant. Touchée par cette marque de reconnaissance, Fleur déclara en toute sincérité :

« L’argent est une chose. Mais, ce qui a le plus de valeur à mes yeux, monseigneur, c’est la confiance dont vous m’honorez. »

Le comte ne put que saluer sa loyauté sans failles. Fleur demanda des nouvelles de ses compagnons. Il se contenta de répondre qu’ils allaient bien. Il poursuivit :

« Je suis désolé car je sais que vous avez été durement éprouvée mais je dois vous confier une nouvelle mission. »

Il lui en exposa l’objet. Manifestement le baron d’Olennaç tramait quelque chose contre lui et le comte la chargeait donc de découvrir les plans du baron. Elle devait pour cela infiltrer sa cour. Fleur s’inquiéta. Tout le monde savait que les Lasus étaient des vassaux fidèles. Le comte lui proposa un stratagème. Il allait d’ici une heure la faire jeter en prison, en l’accusant injustement de trahison. Lorsqu’il la ferait libérer après quelques jours, elle devrait faire un esclandre et clamer qu’elle allait se venger. Fleur accepta d’emblée la mission mais elle pensa à ses proches. Elle s’inquiéta d’abord pour son père.

« Monseigneur. Père a toujours été d’une loyauté sans faille pour vous. De cela, je n’ai aucun doute. Ce qui m’inquiète, c’est sa santé. Apprendre que son héritière a trahi son suzerain lui porterait un coup très rude. J’avoue que je serais plus sereine pour mener ma mission, s’il pouvait être prévenu. »

Le comte comprenait ses craintes. Il lui assura qu’il ferait prévenir Philippe de Lasus discrètement du stratagème. Puis Fleur, souhaitant écarter tout obstacle, songea à son fiancé. Fortuné savait qu’elle servait avec dévouement le comte. S’il apprenait que le comte l’avait fait emprisonnée, il était bien capable de venir demander des comptes à son suzerain. Elle en fit part à son seigneur qui eut un sourire amusé.

« Et bien qu’il vienne ! Ce ne donnera que plus de crédit à notre subterfuge.
- J’en conviens. Seulement, Fortuné deviendra un jour l’un de vos barons, et il me semblerait fâcheux qu’il conserve une quelconque rancune à votre égard. »

Le comte en convint. Il allait donc charger le baron de Pertagne de prévenir son fiancé. Rassurée, la jeune femme assura à son suzerain qu’il pouvait compter sur elle. Le comte lui conseilla de s’habiller chaudement, et se retira. Une fois seule, elle s’inquiéta pour ses bijoux. Que faire ? Les laisser dans sa chambre ? Une servante pourrait bien les voler. Le mieux restait de les conserver sur elle, bien cachés. Assurée de la confiance du comte, elle savait que si un garde s’avisait de la voler et qu’elle s’en plaignait, il le payerait cher. Et puis, elle pourrait toujours menacer l’impudent d’avoir maille à partir avec des mages si son fiancé s’en mêlait.
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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 3

Message  Fleur le Lun 5 Déc - 2:18

La loyauté de Niscarvin à l’épreuve


Récit du saltimbanque :

Je me réveille dans un cachot ! Mes mains sont attachées à des chaînes et mes pieds sont entravés ! Comment diable suis-je arrivé ici ? Aurais-je été drogué ? C’est l’explication qui me semble la plus plausible. Je n’ai évidemment pas mes affaires avec moi, et notamment je n’ai pas de morphée. Bon de toute façon j’ai l’intention d’arrêter cette mauvaise habitude, et ce n’est pas le plus urgent. Voyons voir… si j’ai été drogué, c’est probablement au cours du repas avec le comte. Dans ce cas mes compagnons ont-ils subit le même sort ? Et le comte et la comtesse ? Enlevés également ? J’ai besoin d’information.

Je ferme les yeux et me concentre sur mon pouvoir. Je perçois des auras familières : Fleur et Arnolphe sont dans les parages. Je ne peux pas les localiser précisément, ma perception est trop vague. Ils semblent ne pas bouger, ils sont probablement dans la même situation que moi, à quelques cellules d’ici. Je perçois également d’autres auras. Deux, trois, quatre ? Je ne sais pas combien. Une poignée. Probablement nos geôliers. En tout cas aucune présence du comte ou de la comtesse, j’aurais reconnu leurs auras.

« Hé ho ? Y’a quelqu’un ? » Criai-je, avec le faible espoir que nos geôliers se présentent, pour me permettre de leur soutirer des informations. Peine perdue.

Réfléchissons : Comment a-t-on pu nous enlever dans le château du comte ? A moins que … Une hypothèse me traverse l’esprit : et si c’était une mise en scène de la part du comte destinée à tester notre fidélité ? Ça me paraît un petit peu improbable de sa part, surtout qu’il sait qu’on a du Pouvoir, mais pas complètement impossible. Quoi qu’il en soit, il serait bon de ne pas moisir ici, mais dans ma situation actuelle, je ne vois vraiment pas ce que je peux faire. Je suis trop entravé pour tenter de me contorsionner et je n’ai rien pour crocheter mes verrous. Je me résigne à attendre. Je sens Fleur dépenser du Pouvoir à un moment. Est-ce qu’elle essaie de s’échapper ? J’attends. Le temps paraît si long.
Des gens s’approchent. Ce sont mes geôliers. Ils sont armés et leur visage est caché derrière une cagoule. Ils m’apportent à manger. J’essaie d’engager la conversation.

« Bonjour. Belle journée ? D’ailleurs quel jour sommes-nous ?
- Silence. On n’a pas le droit de vous parler.
- Allez, soyez chic. Je ne sais même pas pourquoi je suis là. Qu’est-ce que j’ai fait ? »

Mes geôliers me somment de me taire sous peine d’être molesté. J’obtempère à contrecœur et prend le repas qu’ils m’apportent. Je me méfie un peu de la nourriture mais mes geôliers surveillent que je mange et si je veux pouvoir saisir une opportunité, j’ai intérêt à prendre des forces.

« Splach ! » Je suis brutalement réveillé par un seau d’eau jeté en pleine visage. J’émerge difficilement. Aucun doute : la nourriture était droguée. Je suis solidement attaché sur une chaise. En face de moi, trois personnes portant des capuchons de bourreau m’observent. Il y a divers instruments de torture disposés sur la table derrière eux.

« Bon alors, t’es réveillé ? Écoute gringalet, on sait que tu bosses pour le comte d’Enro, et que tu fais des missions spéciales pour lui. Tu vas tout nous dire, de gré ou de force. »

Ils ont l’air assez menaçant et prêts à faire usage de la force pour obtenir ce qu’ils veulent, mais, puisant dans mon Pouvoir, je ne me laisse pas décontenancé.

« Écoutez, je ne sais pas de quoi vous parlez. J’ignore ce qu’on vous a dit mais je ne suis qu’un simple saltimbanque. Mon boulot pour le comte se résume à présenter des spectacles à sa cour.
- Ouais c’est ça… et quand t’es parti là avec tes compagnons ? Vous êtes partis un petit bout de temps, qu’est-ce que vous êtes allé faire ?
- Je suis un saltimbanque itinérant. C’est agréable de revenir auprès du comte de temps en temps, parce que le cadre est confortable, mais je ne pourrais pas y passer ma vie, j’ai besoin de voyager pour renouveler mes histoires et nourrir mon esprit. Et oui je préfère ne pas voyager seul.
- Mouais… Vous êtes allés où comme ça ?
- Qu’est-ce que j’en sais ? Vous croyez que je retiens le nom de tous les villages que je traverse ? Je vais là où le destin me mène. Et pour tout vous dire, je suis un peu une bille en orientation. J’ai plus de chance d’arriver quelque part si je ne cible pas ma destination. »

Ils ont l’air un peu désemparés par la vraisemblance de mon discours. Il faut dire que j’ai encore puisé dans mon Pouvoir. Ils reviennent tout de même à la charge :

« Allez, heu, arrête de faire le malin. Elle nous a déjà tout dit ta copine, on veut juste que tu confirmes : vous êtes allé à … à la ville de … truc, là tu sais ? Vous êtes allé faire le … le machin. Pour chercher un … une …
- Non je vous assure que vous faites erreur. »

Je ris en mon fort intérieur : leur bluff est ridicule. Fleur, une balance ? Pas moyen ! Elle est bien trop fidèle. Elle pourrait lâcher des informations par inadvertance mais aucunement sous la torture. Mes geôliers reviennent à la charge :

« Et le gros là, il a déjà tout balancé aussi. Allez, vas-y, raconte.
- Non écoutez, je vous assure que je ne sais rien. Je ne suis qu’un simple saltimbanque. »

Je parviens à les persuader, grâce au Pouvoir, qu’ils font fausse route, et que je n’ai pas les informations qu’ils recherchent. Résignés, ils m’assomment à coup de poing.

Je retrouve mes esprits dans ma cellule. J’ai des bleus et des contusions partout. J’ai mal. Je prendrais bien une dose de morphée. Tout mon corps me fait souffrir. Le temps me semble si long. On me nourrit encore. La nourriture n’est pas droguée cette fois. J’attends. L’attente me tue. Mes entraves me scient les poignets et les chevilles. Je suis fatigué, mais la douleur, le froid, la faim, l’humidité, tout m’empêche de dormir. Je somnole un peu parfois mais je ne dors pas vraiment. J’essaie de me distraire en me racontant des histoires mais mes douleurs me rappellent à la réalité. J’en ai marre. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Ils doivent s’être aperçu de notre disparition au château. Qu’est-ce qu’ils font ? Je me suis souillé pour ne rien arranger. On me nourrit encore. J’aimerais presque que la nourriture soit droguée pour pouvoir dormir un peu. Mais non. Je serre les dents. Je pleure. J’arrive à dormir un peu, quelques heures sans doute. J’ai un peu moins mal. Je me fais une raison, l’attente est un peu plus supportable. On m’apporte encore à manger.

Cette fois, la nourriture était bien droguée. Je suis à nouveau réveillé sur la chaise avec les trois bourreaux en face de moi. Je suis bien affaibli. Ils me reposent les mêmes questions, mais juste pour la forme, je leur redis la même chose que la dernière fois. A présent ils veulent surtout savoir où va ma fidélité.

« Que penses-tu du roi de Felxir ? Es-tu prêt à le servir fidèlement, comme tout bon sujet ? Reconnais-tu la supériorité de son autorité sur celle de tout autre, y compris du comte d’Enro ?
- Je ne me mêle pas de politique. Je ne suis qu’un humble saltimbanque. Je n’ai rien contre le roi de Felxir, si lui n’a rien contre moi. »

Je suis épuisé mais je parviens à résister à leur interrogatoire grâce à mon Pouvoir. Je cherche à ménager la susceptibilité de mes geôliers en évitant d’afficher mon rejet de l’autorité royal et de l’église albienne. Mais je garde également à l’esprit mon hypothèse que tout cela n’est peut-être qu’une mise en scène du comte destiné à tester notre fidélité. Mes geôliers sont systématiquement cagoulés, et curieusement, ils ne se servent pas de leurs instruments de torture, ce qui abonde dans ce sens. En d’autres circonstances, j’aurais pu simuler une grande fidélité au roi pour qu’ils me laissent tranquille, mais ici je préfère plaider ma neutralité et mon indépendance vis-à-vis du roi.
Ils m’assomment alors, sans coups inutiles.

Le 15e Lardon (4 décembre), Je me réveille dans une chambre. Où suis-je ? Mes affaires sont ici dans la chambre. Mes affaires ? Je me précipite pour prendre ma morphée. Après ce que j’ai subi, j’ai bien mérité une bonne dose. Ça va mieux. Je vais voir à la fenêtre. Je reconnais la cour, je suis au château d’Enro. Je sors de la chambre pour essayer de rejoindre mes compagnons, s’ils sont là. Un garde est devant ma porte. Il me dit de retourner à l’intérieur de la chambre : le comte d’Enro va venir pour me parler seul à seul. J’obtiens de lui que nous sommes le 15ème Lardon, puis j’obtempère. Je profite du matelas en attendant la venue du comte. Il vient peu après et me donne des explications :

« Vous avez été enlevés par des agents du baron d’Olennaç. Je me suis chargé personnellement de vous retrouver et de punir ses marauds par la lame de mon épée. Je ne sais pas ce que vous avez révélé à ces hommes mais je gage que vous ne m’avez pas trahi, sinon ils seraient passés à l’étape suivante. De toute façon ça n’a pas d’importance, ils sont tous morts, et ne causeront plus d’ennui. Mais je ne veux pas que cela s’ébruite, car tout comte que je suis, je ne peux légalement pas tuer des gens comme ça impunément. La situation est déjà suffisamment tendue avec l’autorité royale, je ne veux pas leur donner une occasion de déclencher des hostilités.
- Où étions-nous retenus ?
- Quelque part en ville. Ça n’a pas d’importance. Écoutez, d'après mes informations ces hommes ont agi de leur propre chef. Ils ont dû décider de prendre une initiative, et n’auraient averti le baron d’Olennaç que s’ils avaient réussi à obtenir quelque chose. Mais je vois dans cette affaire une occasion à saisir : j’aimerais que vous infiltriez l’entourage du baron d’Olennaç. Nous pourrions, si vous acceptez, prétendre que c’est moi qui vous ai fait enfermer, suite à des propos outranciers que nous aurions échangés lors de notre dîner privé. Pour rendre cela crédible, il faudra que je vous enferme quelques jours de plus dans les cachots du château, pour que des gardes puissent attester que vous y étiez. Ensuite je vous ferai délivrer en vous faisant des excuses publiques et vous pourriez prendre la mouche et vous indigner. Ainsi il sera de notoriété publique que vous êtes fâchés avec moi, et vous pourriez rejoindre le baron d’Olennaç pour mieux l'espionner. Qu’en dites-vous ?
- Hum … on est obligés de passer encore du temps en prison ?
- Oui, il faut que ce soit crédible jusque dans les moindres détails, si jamais le baron a des agents infiltrés au château. Si vous acceptez, voici une bague pour vous remercier de votre fidélité et vous dédommager de la prison. Elle vaut 200 Livres [2000 PO], ne vous faites pas avoir par le changeur.
- D’accord Monsieur le comte. J’accepte la mission. »

Je me suis surpris moi-même à accepter cette mission aussi facilement. Pourtant j’avais de bonnes raisons de refuser : le fait de devoir retourner en prison pour commencer, le fait que je n’aime pas me mêler de politique, et encore moins être un « outil » pour un noble, et le fait que je ne suis pas convaincu qu’il n’était pas à l’origine de notre enlèvement initial - nos ravisseurs sont soi-disant morts, comme c’est pratique ! -. Alors pourquoi ai-je accepté ? J’ai ce sentiment confus de devoir le faire, que c’est là que se trouve ma place, que c’est mon destin. Et puis la bague a achevé de me convaincre : je ne suis pas vénal, mais j’ai pris l’habitude, pendant mes années de misère, de ne pas refuser ce genre de paiement.

« Au fait, est-ce que le baron d’Olennaç possède le Pouvoir ?
- Bien sûr ! Sinon ça fait longtemps que je m’en serais fait un allié ! »

Je choisis de ne pas évoquer mes soupçons concernant notre enlèvement. Qu’est-ce que ça changerait ? Si le comte veut nous envoyer infiltrer l’ennemi, je comprends qu’il veuille d’abord s’assurer de notre fidélité sans faille. Et puisque que nous avons-nous aussi le Pouvoir, il ne peut pas simplement nous questionner lui-même. Je sais que de notre côté nous pouvons lui faire confiance. Du moins c’est l’impression qu’il me donne, mais jusqu’où peut-on lui faire confiance ? Avec ces détenteurs du Pouvoir on n’est jamais sûr de rien.
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Message  Fleur le Lun 5 Déc - 2:26

Retour en prison



Le 15e Lardon (4 décembre), après avoir vu le comte, les trois amis se retrouvèrent brièvement dans la chambre de la jeune femme. Ils devaient faire vite. Les gardes n’allaient pas tarder à les emmener. Fleur serra chaleureusement ses amis dans ses bras, soulagée de les retrouver sains et saufs. Ils échangèrent brièvement sur leur expérience, pour constater qu’on leur avait joué le même tour, à cela près qu’Arnolphe avait enduré le plus de coups. Son visage en portait encore le témoignage. Fleur, elle, était indemne. Ses deux amis lui demandèrent pourquoi. Elle leur expliqua qu’elle avait échappé à la torture parce qu’elle avait par chance trouvé un excellent prétexte et elle avait prétendu pour être crédible que c’était elle qui dirigeait l’expédition. Niscarvin s’était contenté de dire qu’il était un saltimbanque. Arnolphe, lui, avait prétendu qu’ils avaient chassé l’hippogriffe. Manifestement, les geôliers avaient essayé de les monter les uns contre les autres. A Niscarvin, ils avaient dit que Fleur et Arnolphe avaient parlé. Fleur s’amusa :

« Ah oui ! Alors ce n’était pas toi le délateur ? »

Malgré la faim, la fatigue, les menaces, les brimades, aucun n’avait trahi le comte, ce qui, en son for intérieur, rassurait la jeune femme.

Arnolphe rapporta, l’air soucieux, que c’était un coup du duc. « Le duc ? », s’étonnèrent les deux autres. Fleur les détrompa aussitôt :

« Non, crois-moi Arnolphe, le duc n’y est pour rien. Je l’ai cru aussi avec la fatigue et puis, par chance, l’un de mes geôliers s’est approché, et j’ai pu formellement reconnaître la livrée du baron d’Olennaç. C’est un blason que je connais bien alors vous pouvez me faire confiance. D’ailleurs, le comte a confirmé mes soupçons.
- Oui. Il m’a dit la même chose.  
- Bon, si vous le dites. », conclut Arnolphe.

Fleur leur brossa ensuite un bref portrait du baron qu’elle avait déjà rencontré. Elle leur précisa que par précaution, le comte allait prévenir son père, qui informerait ensuite Fortuné. Ainsi, personne ne s’inquièterait, personne ne s’immiscerait dans leur mission.
 
Dans la soirée, des gardes les emmenèrent et les enfermèrent à trois dans la même cellule, à peine plus confortable que la précédente. Ils portaient toujours les mêmes vêtements. Dans les geôles voisines, d’autres prisonniers attendaient : quatre hommes blessés, un autre enfermé seul, et une jeune femme.  

Le 16e Lardon (5 décembre), les quatre hommes, assez jeunes, étaient bravaches. Un autre criait de temps en temps : « Sortez-moi d’ici ! »  Les autres se moquaient de lui. Ils se montrèrent curieux. Ils demandèrent à cet homme pourquoi il était là. Puis, les quatre se disputèrent, avant de s’intéresser aux trois détenus enfermés ensembles. Les trois amis ne fournirent pas de réponse. Ils insistèrent, les provoquèrent. Fleur eut évidemment droit à des compliments graveleux. Elle préféra laisser dire. Elle se terra dans un coin obscur de la cellule et tira une mine sombre. Ils plaidèrent : « Allez quoi ! Façon on est bons pour la corde, on racontera ça à personne. » Arnolphe leur dit qu’il avait piqué de la nourriture. Comme les deux autres demeuraient muets, les jeunes hommes supposaient qu’il s’agissait d’une affaire d’adultère.

Un peu plus tard, les gardes vinrent apporter les repas. Lorsqu’ils se rendirent dans la cellule de la jeune femme d’à côté, l’un d’eux lui signifia :

« Eh ma belle, on a été gentils avec toi, on t’a nourrie alors t’as intérêt à te laisser faire si tu veux que ça continue. »

La prisonnière cria au début, puis pleura en silence tandis qu’elle se faisait violer. Fleur, ulcérée, fulminait. Elle avait bien envie d’intervenir, mais sans ses armes, que pouvait-elle faire ? Elle aurait pu user de son nom : si les gardes osaient la toucher, ni son père, ni son frère, ni son fiancé, ni même le comte ne laisseraient passer cela. Mais en ces circonstances, pas sûr que cela la sauve. Les gardes pourraient arguer que le comte ne lèverait pas le petit doigt pour une courtisane soupçonnée de trahison. Elle interrogea du regard ses amis, mais ces derniers lui signifièrent non de la tête. Seule, elle ne pouvait rien faire et se résigna, la mort dans l’âme, n’ayant guère envie de subir le même sort.

Lorsque les gardes se retirèrent, Fleur essaya de parler avec la prisonnière, au moins pour la réconforter. Les quatre jeunes hommes se moquèrent d’elle en disant qu’ils lui auraient bien donné la même chose pour leur dernière nuit. Agacée, Fleur leur rétorqua qu’elle avait égorgé le dernier qui avait essayé de la toucher. Ils rirent de plus belle. Elle leur jeta à la face qu’elle était fiancée. Puis, comprenant qu’ils se moquaient d’elle, elle reporta son attention sur la jeune femme. Elle lui donna son prénom, et lui demanda le sien. Elle s’appelait Marianne. Fleur tenta de la consoler, en lui faisant part de son indignation, en lui disant qu’elle ferait son possible pour que cela se sache, mais Marianne déclara fataliste :

« Cela n’a plus beaucoup d’importance. »

Fleur se promit tout de même d’en parler à Lyonide dès qu’elle en aurait le loisir.

Le 17e Lardon (6 décembre), les gardes vinrent chercher les quatre hommes pour être pendus. Certains paniquèrent. Un garde leur signifia :

« Bon, j’vous laisse le choix, soit vous suivez comme des hommes, soit on vous emmène de force. »

Quelques instants plus tard, ils apportèrent les repas. Les rations étaient bien maigres et Arnolphe commençait à se sentir en manque. Cela le rendait fou. Il tenta bien de quémander plus aux gardes mais leurs geôliers lui rétorquèrent méchamment que cela ne lui ferait pas de mal de maigrir. Fleur tenta de le raisonner, en vain. Il en venait à mastiquer sa ceinture ou son bras. Niscarvin n’allait guère mieux, en manque de morphée. Fleur parvint à le raisonner, ce qui l’aida à tenir. Quant à elle, c’était son fiancé qui lui manquait. Maudit baron d’Olennaç ! A cause de ses manigances, elle n’avait pu se rendre à Neuhor. Elle se consola en se figurant que d’ici deux mois, ils se marieraient enfin.

Le 18e Lardon (7 décembre), Arnolphe regarda d’un air envieux les rations de ses amis. Il en venait à vouloir les voler. Fleur avait faim, elle aussi, mais elle décida de lui donner un peu de sa part. Cela ne suffit pas à calmer la faim d’Arnolphe qui demeurait nerveux, mais touché par le geste de la jeune femme, il la remercia.

Puis les gardes vinrent chercher Marianne pour son procès. Le prisonnier solitaire protesta une nouvelle fois. Les gardes le qualifièrent d’assassin. Visiblement le criminel ne regrettait pas son geste car il rétorqua :

« Il est mort trop vite cet enfoiré. »

Il prit à partie les trois compagnons, en particulier le soldat. « Quoi ? Qu’est-ce que vous r’gardez ? Eh le gros, quand tu veux j’te prends. »

Spontanément, Arnolphe lui rétorqua : « J’vais te manger ! »  

Un peu plus tard, Marianne revint dans sa cellule. Elle pleurait à chaudes larmes. Fleur tenta de la réconforter. Marianne expliqua entre deux sanglots qu’elle était condamnée au bûcher.

Le 19e Lardon (8 décembre), les gardes vinrent chercher les trois amis. Ils leur annoncèrent qu’ils étaient libres. Ils pouvaient retrouver leur chambre : un bain les attendait. Les trois amis s’empressèrent de faire leur toilette. On leur annonça que le comte allait les recevoir.

Une fois lavés, changés, nourris, ils se rendirent auprès du comte. Le seigneur se confondit en excuses, déclarant qu’il les avait enfermés par erreur, les lavant de l’accusation de trahison dont ils avaient été chargés. Comme prévus, les trois amis s’offensèrent. Niscarvin se montra plutôt convaincant. Fleur prit la relève, usant de son collier de bénédiction et fut crédible. Elle rappela au comte la fidélité dont les Lasus avaient toujours fait preuve, pour pointer son ingratitude à son égard et l’absurdité de cette accusation de trahison. Elle s’était toujours montrée loyale et lui signifia qu’il comprendrait bientôt à quel point il avait perdu au change. Arnolphe soutint ses amis en se plaignant du traitement qu’il avait subi : « On m’a affamé ! ». Et les trois quittèrent la Cour.

Une fois hors du château, Fleur proposa à ses compagnons de passer par Pertagne. Elle aurait aimé demander conseil à son père qui était, rappela-t-elle, au courant du subterfuge. Mais Niscarvin l’en dissuada, avec raison. Elle serait plus crédible en se rendant directement auprès de l’ennemi du comte, sans consulter son père. Fleur se rangea donc à leur avis. Mais comme il se faisait tard, ils jugèrent plus sage de quitter Antegnar le lendemain et passèrent la nuit à l’auberge de la Bonne Etoile. Elle se rendit dans une église réformée et fit une prière à la mémoire de Marianne qu’elle regrettait de n’avoir pas pu sauver. Elle s’en ouvrit à ses compagnons qui eurent aussi des regrets mais les deux hommes maintinrent qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour la pauvre femme. Intervenir risquait de compromettre leur mission et de leur attirer de sérieux ennuis.


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Message  Fleur le Mar 17 Jan - 23:34

En route vers Olennaç

Le 20e Lardon (9 décembre), les trois amis se mirent en route pour Olennaç, guidés par Arnolphe. Un ciel grisâtre laissait s’échapper de fines larmes blanches qui s’évanouissaient à leurs pieds. Le soldat et le saltimbanque charriaient la jeune femme et les trois riaient de bon cœur. Soudain, Niscarvin sentit la présence d’un danger imminent. Trois loups géants les attaquèrent. Le premier captura entre ses crocs Arnolphe, malgré son Pouvoir. Le second assaillit Niscarvin qui le repoussa grâce à son Pouvoir. Le troisième manqua Fleur. Le loup revint à la charge et tenta d’enserrer la gorge de la jeune femme. Usant de son Pouvoir, elle lui opposa sa targe et s’en tira sans dommage. Les chevaux d’Arnolphe et de Fleur devenaient particulièrement nerveux. Danseuse renâclait. Patrocle, lui, demeurait stoïque, comme Niscarvin, qui prit l’initiative. Usant de son Pouvoir, il attaqua les trois loups. Les fauves esquivèrent ses lames mais grâce au saltimbanque, ils n’harcelaient plus ses compagnons. Fleur calma Danseuse. Elle en profita pour assaillir les trois loups à l’aide de son Pouvoir, et parvint à les tuer. Ils avaient tout de même été chanceux et Fleur suggéra de prier Daromir pour le remercier de leur victoire.

Chemin faisant, la belle de Lasus fit remarquer à ses amis qu’il leur fallait un alibi en commun à présenter au baron d’Olennaç pour justifier leur venue à sa Cour. Elle avait dans l’idée de dire qu’ils avaient été chargés par le comte de chercher un artefact puissant dans une région autre que les îles dimannoroises. Les deux hommes trouvaient cependant cette version trop risquée, trop complexe. Arnolphe suggéra de partir sur une demi-vérité par exemple en prétextant qu’ils avaient servi le comte en entretenant une forteresse ou en cherchant des alliés, mais en changeant leur destination. Les deux autres acquiescèrent. Fleur fouilla dans ses connaissances en géographie et en histoire pour trouver des alliances crédibles, et proposa de dire qu’ils étaient partis chercher des alliés en Valbion. Elle tenta de se souvenir d’un nom, d’un lieu qu’ils pourraient évoquer pour se montrer plus crédible, mais rien ne lui vint. Alors, ils décidèrent de dire qu’ils s’étaient bien rendus dans ces îles mais qu’ils avaient eu maille à partir avec des pirates. D’ailleurs, ils pourraient en profiter pour insérer une part de vérité. Ils n'avaient pas obtenu de véritables alliances, au mieux des promesses fragiles, faute de renseignements solides fournis par le comte. Et à peine revenus, le comte les avait fait enfermer pour trahison, devenant à leur goût un peu nerveux et suspicieux à l’approche de la guerre. Satisfaits, ils avalèrent les dernières lieues en discutant et en riant gaiement. Le soir, ils entraient dans Olennaç. Ils prirent une chambre dans une bonne auberge.

Le 21e Lardon (10 décembre), Fleur avait déjà rencontré Henri d’Olennaç, deux ans auparavant, mais elle se contentait d’accompagner son père. Tandis qu’ils prenaient leur collation du matin, elle rapporta à ses amis ce qu’elle savait de lui. C’était un royaliste ambitieux, apprécié parce qu’il était très loyal envers ses amis. Bon combattant, pieux, certains le disaient aussi sans scrupules. Philippe de Lasus lui reprochait surtout de ne pas être très loyal envers le comte, et le trouvait arriviste.

Arnolphe demanda à ses amis ce qu’ils comptaient dire au baron concernant leur position religieuse. Niscarvin proposa de prétendre qu’ils s’en moquaient bien. Fleur lui fit remarquer qu’ils pouvaient bien tenir cette position, mais pas elle. Elle avait un nom et l’impiété était particulièrement mal vue dans la noblesse. De surcroit, elle devait déjà composer avec ses frasques passées, se figura-t-elle mentalement. Elle les informa qu’elle allait prétendre revenir dans le giron de l’Eglise albienne. La réforme avait vécu et elle se rangeait à l’avis de son fiancé et de son frère prêtre. Ses amis jugèrent cela crédible mais ils l’invitèrent à ne pas trop en dire. Niscarvin lui conseilla d’expliquer qu’elle venait sans l’avis de son père qui manquait d’ambition et qu’elle souhaitait par-dessus-tout protéger sa baronnie, ce qui, remarqua la jeune femme, était vrai. Tout ce qu’elle entreprenait à Antegnar, elle le faisait pour sa terre.

Ils se présentèrent au château où se massait une foule de courtisans, tandis que tous les serviteurs dirigés par Nicolas l’intendant, s’affairaient pour les accueillir. Aux premiers abords, Fleur ne distingua aucun visage familier. Niscarvin se renseigna auprès d’un valet : le serviteur lui expliqua un peu embarrassé qu’ils se trouvaient débordés car le baron avait convié pour les fêtes du solstice d’hiver tous les chevaliers albiens du comté. Il réclama d’ailleurs leurs noms. Fleur déclina son identité, précisa à dessein qu’elle était accompagnée de ses deux gardes et amis, et qu’elle souhaitait vivement rencontrer le baron. On prit aussitôt en charge leurs effets et un valet les conduisit jusqu’à leur hôte.

Face à lui, la belle de Lasus s’inclina en le saluant avec un sourire aimable : « Très cher baron. Ravie de vous revoir. »

Intérieurement, ses propres paroles l’écorchaient mais elle allait devoir s’y faire.

Intrigué, Henri lui répondit : « Fleur de Lasus. Quelle bonne surprise. Et vous me donnez du très cher baron, que me vaut cet honneur ? »

Il lui demanda la raison de sa venue, en lui faisant remarquer qu’aux dernières nouvelles, elle était bien en vue à la Cour d’Antegnar. Fleur expliqua qu’ils s’étaient fâchés dernièrement avec le comte et qu’ils étaient tout disposés à lui nuire. Tout à sa discussion, elle ne vit pas l’Halfling passer près d’elle, et tenter de reluquer sous sa jupe, entre deux acrobaties. Henri l’avertit que son fou pouvait se montrer facétieux. Elle le remercia pour sa prévenance et poursuivit.
Elle lui suggéra qu’ils pourraient se trouver des intérêts communs. Le baron rétorqua :

« C’est plutôt vous qui pourrait avoir besoin de moi.
- Vous connaissez ma position. A deux barons contre le comte, la situation pourrait bien tourner en votre faveur.
- Prudence. Certains de mes invités pourraient ne pas apprécier des propos aussi séditieux.
- Voilà pourquoi je souhaiterais vivement vous parler de tout cela en privé. »

Le baron acquiesça et les invita à rester pour les fêtes du Solstice d’hiver. Il proposa à Fleur de rejoindre sa femme.

La belle de Lasus se retrouva ainsi entre dames, un milieu qu’elle n’affectionnait pas tant que cela, dont les babillages lui semblaient bien futiles. Et pour soulager ses amis qui s’ennuyaient encore plus qu’elle, Fleur leur donna congé en leur demandant de rester dans les parages.

La baronne se nommait Sybille. C’était un mariage sans amour dont était né deux filles. Fleur la cerna très bien. C’était une femme effacée, dévote qui se laissait conduire. Elle aimait les animaux, et détestait les conflits qu’elle fuyait. Sa meilleure amie se nommait Dorane de Rébon. Veuve d’un chevalier du baron, elle leur était toute dévouée. D’ailleurs, ses enfants étaient élevés avec les deux filles de Sybille, à la Cour. Une autre proche de la baronne se montrait très curieuse. Elle semblait être une fouineuse, non pas pour commérer mais davantage pour protéger la baronne et se faire un avis. La baronne et ses suivantes interrogèrent Fleur sur son mariage à venir en remarquant sa bague de fiançailles.

« Alors, qui est l’heureux élu ? »

Prudente, Fleur se contenta de dire qu’il s’agissait d’un gentilhomme de Neuhor. Certaines rirent sous cape en remarquant que le fiancé devait être un de ces parvenus, qu’il n’était même pas adoubé. Fleur veilla à valoriser sa belle-famille, mettant en valeur sa prospérité et sa prépondérance pour la magie, sans trop entrer dans les détails. Une autre se mit à poser des questions indiscrètes sur sa venue à Olennaç. Prudente, la belle de Lasus fournit une réponse ambiguë et s’empressa de changer de sujet. Observant sa tenue, on lui demanda s’il s’agissait là d’une tenue de voyage. Fleur le confirma, expliquant qu’elle n’avait pas eu le temps de passer par Pertagne.

« Quel dommage ! se plaignit Fleur. Si je pouvais mettre la main sur une de mes robes elfiques, comme celle que je portais lors du concours de beauté de Neuhor. »

Elle gagna aussitôt l’attention de son auditoire comme elle s’y attendait. Elle leur narra fort bien qu’elle était arrivée deuxième, battue « par une petite péronnelle, même pas capable de danser une carole correctement. Si son cavalier ne l’avait pas retenue, elle se serait étalée de tout son long. »

L’auditoire pouffa. Fleur compléta :
« Forcément, lorsque nous avons dansé à notre tour, mon fiancé et moi, nous n’avons eu aucun mal à la ridiculiser.
- Un juste retour des choses, sans doute. », conclut l’une d’entre elles, sincèrement ou non.

La baronne suggéra à Fleur d’envoyer un coursier à Pertagne pour avoir une garde-robe convenant à son rang. La belle de Lasus se contenta de dire qu’elle aviserait.

De son côté, Niscarvin proposa au baron de se produire gracieusement. Il se présenta comme un artiste itinérant qui avait déjà œuvré à la cour du comte et s’était illustré à Neuhor par la troisième place en spectacle. Le saltimbanque se produisit et excella, soulevant les rires et les compliments avec sa marionnette. L’Halfling, intrigué, vint à sa rencontre. Il se mit à se vanter, s’inventant une vie des plus romanesques et des plus improbables. Plus il parlait, plus il apparut évident à Niscarvin qu’Oriol le fol était un mythomane et il se plut à l’enfoncer dans ses mensonges.
Arnolphe mangeait à la table des gardes.

Fleur, elle, eut droit à la table d’honneur, tout près du baron. Les convives parlaient du comte, de la guerre à venir. Ils estimaient que Damien d’Enro avait choisi le mauvais camp, tout comme le duc. Si Pertagne se joignait à eux, alors le comte était fini.

Le 22e Lardon (11 décembre), ils allèrent revendre les bagues données par le comte auprès d’un orfèvre. Arnolphe en récupéra 3 000 pièces. Les autres bijoux rapportèrent 2 000 pièces d’or chacune. Fleur en profita pour commander avec 500 pièces d’or la chaîne de Fortuné en vue de leur mariage. Elle opta pour une chaine en or, avec un médaillon orné de la « fede » - symbole de la confiance amoureuse entre fiancés ou entre époux représentant deux mains jointes enserrant un cœur – et au revers deux F imbriqués accompagnés d’un message : « unis quoi qu’il advienne ». Puis Fleur aida Niscarvin à trouver un bon apothicaire, pas trop regardant et l’attendit à quelques pas de la boutique. Le saltimbanque négocia fort bien et fut chanceux. L’apothicaire s’emmêla dans ses calculs et lui vendit ses doses pour un prix très modique. En chemin, Arnolphe prévint ses camarades qu’ils étaient suivis. Fleur et Niscarvin tentèrent de repérer l’individu, et tombèrent dans une fosse à purin. Ils allèrent se nettoyer dans la rivière, puis ils se rendirent aux étuves, et confièrent leurs vêtements à une blanchisseuse. Fleur en profita pour faire nettoyer sa robe rouge encore tâchée du sang du capitaine pirate qu’elle avait égorgé. Les hommes prenaient leur bain séparé de Fleur. Ils la taquinèrent en sous-entendant qu’ils n’auraient été contre un bain mixte, et la belle de Lasus, avec un air amusé, leur rappela que ce ne serait pas au goût de Fortuné, qui restait le plus bel homme à ses yeux. Arnolphe et Niscarvin évoquèrent leurs dernières péripéties. Ils retrouvèrent Fleur autour d’un bon repas.

Le 23e Lardon (12 décembre), le baron convoqua Fleur, et « ses gardes ». Henri d’Olennaç, qui était souvent entouré de quatre gentilshommes et un Nain, reçut la belle de Lasus en petit comité. A ses côtés se trouvaient seulement un paladin d’une quarantaine d’années et un mage. Il leur demanda de préciser les raisons de leur venue à Olennaç et leurs griefs envers le comte. Très crédible, Niscarvin lui servit le récit qu’ils avaient préparés. Le baron en tout cas les crut sincères. Puis il demanda à Fleur si son père était au courant de sa venue. Elle lui répondit qu’elle avait agi de son propre chef. Elle sous-entendit qu’elle contrôlait presque déjà la baronnie car son père s’en remettait de plus en plus à son conseil, ce qui n’était pas totalement exagéré d’ailleurs. Il lui demanda si Pertagne prendrait les armes contre le comte. Fleur lui répondit prudemment que sa priorité était de protéger sa terre, qu’elle était prête à tous les sacrifices pour cela. Or, il lui semblait à présent que s’allier à lui représentait le meilleur rempart pour sa baronnie. Satisfait, Henri sonda leurs opinions religieuses. Là encore, comme prévu, les deux hommes s’en tirèrent en expliquant qu’ils étaient indifférents à tout cela, que peu leur importait d’être albien ou réformé tant qu’ils gagnaient bien leur vie. Niscarvin fit valoir qu’il n’était pas très pieux. Après tout, les Réformés et les Albiens étaient bien tous des Tharésiens. Henri tiqua. Les deux hommes l’assurèrent qu’ils n’étaient pas des hérétiques pour autant. Henri retourna la question à Fleur, lui faisant remarquer que son père qui comptait comme un serviteur dévoué du comte était aussi un Réformé de la première heure. Fleur lui répondit qu’à son avis, la Réforme avait vécu. Comme il semblait sceptique, elle précisa que son fiancé Albien avait fini par la convaincre de revenir sagement dans le giron de l’Eglise, et que son prêtre de frère l’approuvait dans son choix.

Henri d’Olennaç, convaincu, leur fit savoir qu’il pouvait leur offrir l’occasion de se venger du comte. Il avait un plan et il leur en parlerait plus tard.

Le reste de la journée, les deux bretteurs s’entrainèrent tandis qu’Arnolphe allait se promener en ville.

Le soir, Niscarvin fit un excellent spectacle. Eric de Vouretour, un chevalier albien de Pertagne, alla saluer Fleur, surpris de la voir en ce château. Il lui fit part de son étonnement. « Je comprends votre surprise. », acquiesça Fleur. Le chevalier était très bienveillant envers elle et la jeune femme se disait qu’elle pouvait probablement lui faire confiance, dans la mesure où il réprouvait les agissements des pro-albiens et qu’elle avait tissé de bons rapports avec lui. Fleur en profita pour lui demander s’il savait quelque chose des projets du baron d’Olennaç. Eric l’informa que le baron devait leur en parler bientôt. Il demanda à la fille de son suzerain si elle savait quelque chose. Elle lui répondit que non. Il lui demanda à son tour ce qu’elle faisait dans ce château. Était-elle envoyée par son père ? « Non. », fit-elle. Prudente, peut-être trop, Fleur lâcha d’un ton embarrassé : « C’est compliqué. » Elle compléta en cherchant ses mots :

« Disons que j’essaie de préserver au mieux ma terre et ma famille.
- Je vois. » Fit le chevalier avec un sourire narquois.

Eric comprit qu’elle jouait un double jeu avec le baron d’Olennaç. Il crut qu’elle était venue espionner le baron pour le compte de son père, qui prendrait ensuite sans doute ses décisions en conséquence. La jeune femme jugea préférable de ne pas le détromper. Elle se contenta de dire :

« Pourrions-nous reparler de tout cela en privé ? »

Joignant le geste à la parole, elle lui fit un clin d’œil qu’il prit pour une œillade.

« Nous verrons cela ma belle.
- Tout doux, messire. Je suis fiancée. », tempéra-t-elle avec tact.

Henri d’Olennaç avait invité tous les chevaliers albiens du comté et Fleur eut l’honneur d’être présentée à ses convives. Elle put reconnaitre parmi eux Eric de Vouretour bien sûr, mais aussi les seigneurs de Glaile, de Chozabe, d’Econ et d’Ygnol, vassaux du baron de Pertagne, son père. Etaient également présents de la baronnie d’Olennaç les sires de Rougeac, de Fromtrond, de Sapassi et d’Essé, ainsi que des seigneurs albiens de la baronnie du comte : les seigneurs de Zoubrie, de Mexes, de Relfs, de Fernel-Frété, de Pontanges, de Braychetin, de Nurt, et de Tiermouvis.
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Message  Fleur le Mar 17 Jan - 23:46

Les célébrations à Olennaç

Huitaine sainte : solstice d’hiver


Huiti 24e Lardon : les Voyages. Célébration des voyages de Tharès avec ses Huit Frères d’Armes dans différentes églises, les fidèles doivent passer en procession d’une paroisse à l’autre. La cérémonie dure 2 jours, durant lesquels on ne doit pas dormir chez soi, afin de ressentir l’errance des voyageurs (il y a des paroisses de voyageurs et des paroisses d’accueil, qui changent tous les ans).
Undi 25e Lardon : après cette deuxième journée passée à célébrer les voyages en procession, on finit par une grande veillée autour d’un banquet où on raconte des récits de voyages de saints jusqu’au point du jour.
Deudi 26e Lardon : quand il fait jour on rentre chez soi, on se baigne et on se repose pour être prêt pour la Revue le lendemain.
Troidi 27e Lardon : La Revue. Défilé militaire, toute la ville se présente en arme.
Quadri 28e Lardon : Les Huit Ans de Guerre. Une cérémonie de 8 à 24h selon les endroits, les fidèles écoutent les récits des guerres de Tharès et des saints contre le Mal.
Cinqi 29e Lardon : le Siège de Mélasurej, jeûne passé en prière et pénitence (les plus dévots jeûnent jusqu’au Banquet Funèbre).
Sidi 30e Lardon : le Sacrifice (on rappelle le dernier repas de Tharès par de grandes cérémonies religieuses), la nuit se passe en prière.
Solstice d’Hiver : Grand-Messe. On célèbre la bataille et la mort de Tharès.
Septi 31e Lardon : Banquet funèbre, retraite aux flambeaux.
Huit 32e Lardon : Fête des morts (on honore les défunts de la famille).


Le Huiti 24e Lardon (13 décembre) voyait le début des célébrations du solstice d’hiver. En commémoration des huit voyages de Tharès, des processions furent organisées à travers toute la ville. Les trois amis n’y assistèrent pas longtemps. Ils prièrent dans leur chambre, implorant Tharès de leur pardonner les errements à leur piété qu’exigeait leur mission. Fleur demanda aussi au tout puissant de protéger ses proches et de lui permettre de s’unir très bientôt à Fortuné.

Le Undi 25e Lardon (14 décembre) était consacré à la suite des processions et se terminait par un grand banquet, animé par des récits de voyages de Tharès toute la nuit. Niscarvin s’illustra par un bon spectacle religieux.

Le Deudi 26e Lardon (15 décembre), tout le monde récupérait de la nuit blanche. Les trois amis prièrent un moment dans leur chambre avant de reparaître.

Niscarvin tenta de négocier sa rémunération auprès de l’intendant qui trouva que ce saltimbanque, aussi talentueux qu’il fût, ne manquait pas de toupet, car leur hôte les traitait déjà largement. Nicolas répondit au baladin que c’était malséant de réclamer ainsi de l’argent en cette huitaine sainte.

Fleur passa son temps avec la Cour. Elle remarqua que le baron était en tractation discrète avec des nobles. Elle entendit le seigneur de Relf, un peu aviné, dire au baron :

« Comptez sur moi, mon cher Henri, je vous aiderai à vous débarrasser du comte.
- Chut., intima Henri. Restez discret. Tous ne partagent pas nos projets. »

Fleur comprit qu’Olennaç, ce félon, voulait assassiner le comte, et qu’il y avait d’autres conjurés. Le baron ajouta :

« Je ferai part de votre zèle à mes protecteurs qui sauront vous récompenser. »

Dès qu’elle le put, la belle de Lasus, ulcérée par ce qu’elle avait entendu, s’empressa de prévenir ses compagnons. Damien d’Enro était plus que son suzerain, elle le considérait désormais aussi comme son mentor, son père spirituel. Très inquiète, elle ne s’en cacha pas et ses amis partageaient ses craintes. Fleur n’avait qu’une hâte, alerter son suzerain, mais Niscarvin fit valoir avec sagesse qu’ils ne savaient pas pour le moment qui faisaient partie des conjurés, aussi les trois amis se fixèrent comme objectif de combiner leurs forces et leur Pouvoir pour découvrir les détails de ce complot.

Le troidi 27e Lardon (16 décembre) donnait lieu à un défilé militaire en l’honneur de Tharès qui occupait la journée entière. Niscarvin et Fleur tentèrent d’en apprendre davantage sur le paladin et le mage qui accompagnaient le baron, en vain.

Fleur tenta de faire connaissance avec des seigneurs des baronnies d’Enro et d’Olennaç. Elle aborda d’abord le seigneur de Relfs. Mais elle n’arrivait pas à le cerner. Elle lui parut en tout cas très sympathique. Il prit des nouvelles de Pertagne. Elle se contenta d’expliquer qu’elle se préparait à succéder à son père. Intrigué, il lui demanda si elle était là pour son père. Fleur éluda la question. Elle s’accorda un instant de réflexion, et finit par lâcher que le comte l’avait gravement offensée et qu’elle cherchait désormais à se venger. Elle en profita pour insinuer : « J’ai cru comprendre que je n’étais pas la seule à avoir pâti des méfaits du comte… » Il s’empressa de le lui confirmer. D’autres seigneurs présents à Olennaç étaient très remontés contre Damien d’Enro. Le seigneur de Relfs était pour l’instant préoccupé par la guilde des voleurs. Il lui rapporta que des troubles avaient éclaté suite à l’élimination d’un des bras droits de Sallustre le Malandrin. En l’écoutant, Fleur ne put s’empêcher de penser : « S’il savait qu’il a en face de lui une des responsables de ce désordre… »

Pendant ce temps, Niscarvin se renseignait du côté des valets et serviteurs des invités présents grâce à son Pouvoir. Il apprit que certains étaient des pro-albiens convaincus comme les Essé, ou le seigneur de Rougeac qui n’avait toutefois pas particulièrement d’animosité envers le comte. Les Zoubrie, eux, étaient des opportunistes. Le seigneur de Braychetin, lui, était un proche de Relfs qui se contenterait de le suivre. Les Mexes, loyaux au duc, n’approuvaient pas la position d’Henri d’Olennaç. On lui rapporta également que le baron était proche du comte d’Ereu.

Arnolphe, de son côté, épiait les conversations. Il n’entendit rien de pertinent, mais il repéra un serviteur en train de les espionner.

Fleur aborda ensuite le seigneur de Rougeac. Elle comprit vite à qui elle avait à faire. C’était un pro-albien assez traditionnel qui ne transigeait cependant pas avec la vassalité. Elle tâcha de faire preuve de sympathie mais l’homme se méfiait d’elle à cause de ses oreilles pointues.

Puis la belle de Lasus fit connaissance avec le seigneur de Nurt. L’homme résista à ses charmes mais la trouva tout de même très sympathique. Usant de son Pouvoir et de son collier de bénédiction, Fleur parvint à mieux le cerner. C’était un royaliste tout acquis à la cause du baron d’Olennaç. Forçant de nouveau sa destinée, elle tenta d’en apprendre davantage en lui demandant si d’autres allaient dans son sens. Il lui rapporta que les seigneurs d’Essé, de Fromtrond et d’Ygnol partageaient ses valeurs. Econ allait se ranger du côté du baron en pro-albien. D’après lui, le baron d’Olennaç, et le seigneur de Relfs dans son sillage, étaient prêts à se soulever contre le comte. Il apparut surtout comme évident que Nurt comptait parmi les conjurés.

  Elle lui fit part de ses prétendus griefs envers le comte, et de sa soif de vengeance, pour découvrir ce qu’il savait du complot. Elle insinua que renverser le comte ne serait pas aisé car il comptait lui aussi de nombreux alliés, ce à quoi Nurt lui répondit :

« Ne vous inquiétez pas. Nous aurons l’appui de l’Eglise. Nos nombreux alliés nous soutiendront. »

Fleur le persuada de parler, en se montrant pleine de zèle envers le baron et prête à en découdre. Elle fit part de sa frustration à ne pas pouvoir en faire davantage parce qu’elle ignorait tout des intentions du baron. Sa persévérance paya. Nurt, brusquement, s’assura que personne ne les épiait avant de lui confier, à voix basse :

« Soyez très discrète. Il y a en effet un complot. Il est prévu d’éliminer le comte et de prendre sa baronnie, s’il refuse de se soumettre. Il est question que nous nous rendions bientôt à Antegnar sous forme de députation pour le sommer d’obéir au roi. Dans le même temps, nous rassemblons une armée qui marchera sur Antegnar. Le comte d’Ereu nous appuiera avec ses troupes. Nul doute que le comte de Tereu-le-roi et le comte de Nyamène nous appuieront et entérineront la nomination d’Henri d’Olennaç comme comte d’Enro. Sodavlac devrait suivre le mouvement. Soyez prudente. Le comte doit avoir ses agents ici. »  

Arborant un sourire carnassier, comme si elle se réjouissait de la mort du comte, elle lui répondit : « Ce que j’entends me réjouit. Mais vous avez raison. Soyez sans crainte messire, je serai une tombe. »

Puis elle se retira. Il se faisait tard. Elle retrouva ses deux gardes. Les confidences de Nurt lui glaçaient le sang. Elle avait vraiment peur pour le comte, d’autant qu’elle ne se faisait pas d’illusion. Si le complot réussissait et qu’Henri d’Olennaç devenait comte, alors les Lasus seraient sûrement les prochains à tomber, ce qui au passage ferait bien les affaires de Glaile. Elle fit part à ses amis des confidences de Nurt et de ses propres craintes. Elle demanda à Niscarvin s’il pouvait pousser plus avant ses investigations et en profiter pour découvrir si Glaile ne préparait pas quelque chose à son encontre.

Le 28e Lardon (17 décembre) fut consacré à la prière et au rappel des faits d’armes de Tharès. Niscarvin dut prendre une dose. Les trois amis jugèrent préférable de prier de leur côté.

Le 29e Lardon (18 décembre), Arnolphe parvint à respecter le jeûne et Niscarvin se passa de morphée.

Les convives s’ennuyaient, tenaillés par le jeûne.

Arnolphe, usant de son Pouvoir, entendit le seigneur de Relfs dire à son fidèle complice, le seigneur de Braychetin :
« Mexes, rien à faire. Zoubrie hésite encore. »

Puis il se sentit épié, remarquant la présence d’un garde de la belle de Lasus, et fit signe à l’autre de se taire.

De son côté, Niscarvin se renseigna auprès des serviteurs, grâce à son Pouvoir. Il chercha à savoir comment la présence de Fleur était perçue par les convives. Ce qu’il cherchait en particulier, c’était à rassurer son amie, en s’assurant que personne ne la détestait au point de fomenter un complot contre sa famille. Il en ressortit que le sire de Vouretour aimait beaucoup Fleur. En revanche, ceux de Glaile et de Chozabe ne l’aimaient pas, surtout parce qu’ils avaient des relations exécrables avec Philippe de Lasus, son père, trouvant même sa présence à Olennaç suspecte. Ils n’étaient pas les seuls ; certains, comme Essé, s’interrogeaient sur les raisons de sa venue. Les chevaliers d’Econ, d’Ygnol, de Sapassi et de Rougeac s’avéraient plutôt contents de la voir là, comme la plupart des convives, considérant que le vent était en train de tourner pour le comte si l’héritière de Pertagne l’abandonnait. On savait qu’elle avait été emprisonnée, ce qui pouvait expliquer son revirement. Par ailleurs, si son retour à la foi albienne était sincère, les convives estimaient que cela comme une bonne chose. Sa position était personnelle mais elle restait la future baronne. Le baron d’Olennaç était ravi de la compter parmi ses convives. D’autres rapportèrent que selon les rumeurs, c’était une coquine, une séductrice qui ne comptait plus ses conquêtes, ce qui ne s’avérait pas tout à fait faux au regard de ses frasques passés. On la trouvait sympathique. Les serviteurs se plaisaient à la dévorer du regard. En revanche les dames étaient impitoyables avec elle, peut-être par jalousie, elles critiquaient vertement sa tenue, que Fleur ne pouvait pas renouveler.                  

Espérant démasquer les conjurés parmi les convives, Fleur alla converser avec le chevalier de Frenel-Frété. Il trouva la jeune femme assez sympathique. La belle de Lasus parvint à très bien le cerner. Comme elle le sondait en lui parlant de la Réforme, l’homme lui demanda pourquoi elle souhaitait devenir albienne. Elle s’en tint au même discours qu’elle avait servi au baron : pour suivre l’exemple de son fiancé albien. Le seigneur de Frenel-Frété se révéla être un pro-albien. Pour lui, la Réforme divisait les Tharésiens. Le comte était dans l’erreur, et le duc aussi en le soutenant. Comme elle le sentait disposé à parler, elle tenta de connaître sa position vis-à-vis du complot, en soulignant que le comte avait mécontenté bien des personnes, qu’il ne l’avait d’ailleurs pas épargnée, elle, et qu’elle ne serait pas surprise qu’un jour cela se retourne contre lui. Aussitôt, le seigneur l’invita, sans animosité toutefois, à mesurer ses propos et lui fit part du fond de sa pensée. Il ne désirait pas prendre les armes contre Damien d’Enro. Il redoutait une guerre civile. Il se refusait à défier le comte. Ravie par ce qu’elle entendait, elle le trouva sympathique et elle le rassura en lui montrant qu’elle ne se réjouissait pas du conflit qui menaçait. Elle ne connaissait que trop bien, par les récits de son frère, chevalier de la Rose, et par le souvenir de la récente guerre des barons, les conséquences d’une guerre civile, qui serait désastreuse pour le comté.

Apercevant ses amis, elle se retira en saluant poliment le seigneur de Fernel-Frété qui s’en alla converser un peu plus loin avec un de ses pairs.

Les trois amis se tapirent à l’écart quelques instants, le temps d’échanger leurs informations brièvement, à voix basse et en usant de formules voilées. Puis ils se dispersèrent.

Fleur vit alors le baron venir à sa rencontre. Il l’attira un peu à l’écart. Il lui signifia qu’elle lui était redevable et expliqua le service qu’il attendait d’elle.

« Je sais que vous êtes très remontée contre le comte. J’aimerais que vous persuadiez les vassaux de votre père de se rassembler à mes côtés. »

Il précisa qu’elle devait en particulier obtenir le soutien des seigneurs de Glaile, de Chozabe et de Vouretour. Si le dernier nom ne la surprenait pas, elle pensait que les deux premiers auraient suivi le baron d’Olennaç sans discuter, mais si Henri lui demandait d’intervenir, cela signifiait donc qu’ils étaient peut-être plus loyaux envers Pertagne qu’elle ne le présumait. Gardant ses réflexions pour elle, elle signifia au baron qu’elle allait faire son possible et qu’il pouvait compter sur elle.

L’idée de faire gagner de nouveaux alliés à Olennaç la mettait mal à l’aise mais elle n’avait pas le choix. Si elle voulait gagner la confiance de son hôte, elle devait au moins essayer. Elle estimait que Chozabe et Glaile ne seraient probablement pas difficiles à convaincre, vu les rapports exécrables qu’ils avaient avec Philippe de Lasus. Pour ce qui était du seigneur de Vouretour qu’elle estimait, elle avait d’autres projets : gagner sa loyauté pour en faire leur complice, en faveur du comte. Elle se remémora sa visite à Vouretour en compagnie de Fortuné. Eric était un albien tolérant qui réprouvait l’exécution de Jeanne de Nivelac. Pas étonnant dès lors que le baron fasse appel à elle pour le convaincre. Henri n’avait pas évoqué Econ et Ygnol mais elle pourrait toujours essayer de les sonder pour connaitre leur position.

Sans conviction, elle tenta d’aborder le sire d’Econ. L’homme demeura froid. Elle tenta sa chance avec Ygnol. Malgré ses efforts, le chevalier fut insensible à ses charmes et se montra froid, en moins sec.

Puis elle se rendit auprès du chevalier, consciente que pour lui, Henri attendait des résultats. Montrer belle figure à ce vieux prétentieux lui coûtait, mais un peu mesquine, elle songea qu’en l’encourageant à prendre part au complot, elle le poussait à la félonie, ce qui, en cas de victoire du comte, pourrait provoquer sa perte et apporterait un grand soulagement à sa famille si l’homme était dépouillé de ses terres. Alors, machiavélique, elle alla le saluer avec un sourire de façade. Elle se montra très sympathique. L’homme l’écouta, lui parut moins hostile et se plaignit de son père, qui manquait de reconnaissance à son égard. Il était tout de même le premier chevalier de la baronnie. Entrant dans son jeu, elle lui rappela qu’elle était la future baronne, et sans renier son père – elle avait tout de même ses limites – elle laissa entendre au chevalier qu’elle saurait se montrer plus souple. Glaile se dérida. A l’évidence, il se méfiait d’elle. Elle tenta de le percer à jour en lui parlant de l’avenir du comté mais il dissimulait bien ses cartes. Il prétendit que Philippe de Lasus se trompait à son sujet. On lui avait injustement imputé des agressions de Réformés. On avait mal interprété sa fête d’anniversaire, donné le même jour que ses fiançailles. Le vieux renard était habile. Fleur eut le sentiment que ses provocations vis-à-vis de son père étaient surtout de l’esbroufe. Il n’avait pas réellement l’intention de prendre les armes contre les Lasus. Ce seigneur était apparemment en quête de reconnaissance. Il pouvait se montrer loyal. Il estimait que le baron de Pertagne le traitait mal. Il réclamait des marques concrètes d’estime en échange de sa loyauté, ce qui donna à réfléchir à la future baronne. Dubitative, elle lui laissa entendre que ses aspirations n’étaient pas tombées dans l’oreille d’une sourde.

Le 30e Lardon (19 décembre), Arnolphe tenta de poursuivre le jeûne mais il n’y parvint pas. Niscarvin, lui, résista à l’appel de la morphée.

Fleur s’entretint discrètement avec ses deux amis quelques instants. Ils s’accordèrent sur les priorités. Fleur devait poursuivre ses investigations pour découvrir les conjurés. Niscarvin lui suggéra d’essayer de mettre ses rancœurs de côté et de gagner la loyauté du sire de Glaile, mais Fleur demeurait sceptique à son égard, d’autant qu’elle pouvait difficilement lui apporter des garanties sans l’accord de son père. Elle dit au saltimbanque que l’idée n’était pas mauvaise et qu’elle allait tenter sa chance.

       Fleur tenta de s’entretenir avec le sire de Chozabe. Elle dut faire de gros efforts pour faire preuve de sympathie car c’était ses chiens de guerre qui les avaient agressés elle et Fortuné, et l’homme ne cessait de chercher querelle à son père, avec le concours de Glaile. Elle y mit néanmoins du sien. Chozabe se radoucit un peu, devenant moins hostile. Elle n’obtint guère plus. L’homme lui rétorqua, mesquin : « Accordons-nous sur le fait que nous ne serons pas d’accord. »

Un peu agacée, Fleur se tourna vers le sire de Vouretour qu’elle trouvait d’une compagnie nettement plus agréable. Ne perdant pas de vue son objectif, elle fit un discret signe de tête à Arnolphe qui approcha, et glissa à l’oreille de son « garde » : « Ouvre l’œil. »

La belle de Lasus et le sire de Vouretour se saluèrent. Elle tenta de l’entrainer un peu à l’écart, souhaitant échanger quelques mots avec lui. L’homme acquiesça. Mais Arnolphe, usant de son Pouvoir, la prévint qu’ils étaient épiés. Elle se raviva alors et se contenta de lui demander ce qu’il pensait des plaintes de Glaile. Etait-il vraiment accusé à tort ? Elle savait le jugement de son père sage, mais elle était partie durant des mois alors il était difficile pour elle de se faire une opinion. Le sire de Vouretour, embarrassé, car ils parlaient là de son puissant voisin, répondit qu’il n’en savait rien et qu’il aimait mieux ne pas se mêler de ses affaires, et Fleur le comprenait parfaitement. Les terres d’Eric étaient prises en étau entre celles de Glaile et celles de son complice Chozabe.

Puis, elle dut retourner voir le sire de Glaile. Usant de son Pouvoir, elle tenta de le percer à jour en lui parlant de la Réforme. En confiance, persuadé de l’avoir trompée la veille, il s’enflamma en qualifiant les Jeannots de sales hérétiques. Il montra des positions assez tranchées. Comme elle le soupçonnait, Glaile s’était joué d’elle. Elle tenta alors de rejoindre le baron d’Olennaç contre le comte, très maladroitement. Sans doute en faisait-elle trop… L’offre paraissait pourtant alléchante : se débarrasser d’un comte hérétique, en échange de sa loyauté envers une future baronne prête à lui faire des concessions. L’homme, flairant peut-être un piège, se demanda s’il ne serait pas plus sage de rester auprès du comte. Il se contenta de dire qu’il allait réfléchir.

La belle de Lasus se renseigna sur les proches du baron. Sa persévérance paya. Henri d’Olennaç comptait à ses côtés le benjamin du seigneur de Rougeac, Auguste, qui était un peu en froid avec sa famille et se montrait loyal au baron, alors que son père, lui, restait fidèle au comte. Le chevalier de Fromtrond était connu pour son courage. Narcisse de Sapassi était un compagnon joyeux, mais sans tact. Elle apprit aussi que son confesseur Frère Ezechiel faisait partie de l’ordre des Frères de Tharès, une branche felxiroise proche de la Ligue Albienne. Il en portait le symbole : une épée rouge, pointe en haut, sur un fond de flammes jaunes. Le baron comptait aussi un mage à ses côtés, depuis quelques mois. Cirias était un alchimiste. Enfin, un Nain demeurait aux côtés du baron, mais cette présence-là, Henri ne la souhaitait pas parce que le Nain représentait ses créanciers. Coquet, obséquieux et dur en affaires, c’était un membre de la guilde des marchands.

Le soir, Fleur reçut ses deux amis dans sa chambre. Elle leur rapporta ce qu’elle avait pu apprendre sur différents seigneurs. Ils échangèrent sur leurs dernières péripéties. Comme il se faisait tard, elle les invita à revenir le lendemain matin.

Le Solstice d’hiver (20 décembre), lorsque Niscarvin et Arnolphe frappèrent à sa porte, elle achevait sa prière du matin, implorant Daromir de protéger ses proches, en particulier son Fortuné. Elle les salua. Elle se sentait à présent en mesure de dresser une liste des conjurés et elle estima qu’il était temps d’alerter le comte. Les objections des deux hommes fusèrent aussitôt : comment le prévenir ? pour lui dire quoi ? d’autant qu’ils ignoraient encore quand aurait lieu la députation. Fleur leur fit remarquer qu’ils avaient pratiquement la liste des conjurés, qu’ils savaient, grâce aux confidences de Nurt, en quoi consistait ce complot. Par ailleurs, rassembler une armée prenait du temps, et celle du comte d’Ereu s’était peut-être déjà mise en marche. Elle ne voulait pas attendre trop et apprendre que le comte avait péri, surpris par l’attaque. Cela, elle ne se le pardonnerait pas, déclara-t-elle. Les deux hommes finirent par se ranger à son avis. Plusieurs stratagèmes pour porter le message furent envisagés. Arnolphe pouvait aller chercher une robe à Pertagne comme la baronne Sybille l’avait suggéré. Mais il était bien tard pour avoir son habit avant la fin des festivités. Niscarvin et Fleur suggérèrent d’écrire une lettre à Philippe de Lasus, ou à Fortuné pour qu’ils servent d’intermédiaire. La jeune femme, bien que son fiancé lui manquât, écarta la possibilité de faire appel à lui car le temps que le pli atteigne Neuhor et que Fortuné se rende auprès du comte, il serait peut-être trop tard. Et puis, impliquer son fiancé n’était pas sans risque. Elle ne voulait pas qu’il soit victime d’une vengeance d’Olennaç lorsqu’ils ôteraient le masque. Niscarvin eut une autre idée : celle de faire une lettre d’injures ou de menaces avec le vrai message en encre invisible quitte à faire une allusion à la lumière pour que le comte pense à en user pour la lire. Mais toutes ces solutions comportaient toujours le même problème : cela signifiait aller en ville et confier un pli de la plus haute importance à un coursier, prendre le risque qu’un espion du baron les surprenne. Fleur pensa à faire appel au sire de Vouretour mais les festivités n’étaient pas encore finies. Il ne pouvait partir ainsi sans éveiller les soupçons. Après de longues réflexions, Fleur et Niscarvin trouvèrent une solution convenable. La belle de Lasus allait écrire à son père, qui était – comme Fortuné – au courant du stratagème du comte. Elle allait lui adresser une lettre anodine expliquant sa venue à Olennaç et ajouterait en encre invisible le vrai message à transmettre à leur suzerain contenant la liste des conjurés et surtout le déroulement du complot. Et le meilleur coursier pour ce faire se trouvait sous leurs yeux : Arnolphe. Il était posseux, il connaissait le baron et il était conscient du complot qui se jouait contre le comte. Le soldat, qui s’ennuyait profondément à ces festivités, accepta d’emblée. La jeune femme et le saltimbanque l’exhortèrent à la plus grande prudence.  

Puis elle informa ses amis qu’elle espérait trouver un complice en la personne du sire de Vouretour. Peut-être pourrait-il servir de messager le moment venu ? Niscarvin, méfiant, l’invita à la prudence. Elle le rassura en lui rapportant que ce n’était pas un pro-albien. Par ailleurs, il était persuadé qu’elle était là pour son père. Autant ne pas le contredire et le convaincre de rester fidèle à Philippe de Lasus. Le saltimbanque la mit alors en garde. Qu’allait-elle dire au baron ? Et si on la surprenait en train de chercher des alliés au comte, donc de trahir leur hôte ? Elle acquiesça. Après réflexion, elle décida que si le sire de Vouretour se montrait digne de confiance, alors elle tenterait de le convaincre, de ne pas entrer dans ce complot d’une part et de dire au baron qu’il acceptait de le suivre d’autre part. Comme ils n’étaient pas de la noblesse, les deux hommes jugèrent qu’elle savait ce qu’elle faisait et décidèrent de la laisser agir à sa guise.

Le 31e Lardon (21 décembre), Niscarvin craqua et replongea dans la morphée. Il se contenta toutefois d’une demi-dose, tandis qu’Arnolphe prenait la route de Pertagne après avoir récupéré la lettre dans la chambre de Fleur.

Fleur s’isola avec le sire de Vouretour. Cette fois, elle dénicha une pièce déserte pour s’entretenir discrètement avec son vassal. Prudente, elle parla à voix basse, l’invita à faire de même, et commença par lui demander s’il avait appris ce que le baron avait comme projet. Eric lui répondit qu’il ne savait rien de précis mais qu’il avait bien compris qu’il s’agissait de nuire au comte et cela ne lui plaisait pas du tout. En l’entendant, elle lui sourit. Elle lui expliqua qu’elle avait eu de semblables échos et elle était ravie de constater qu’elle ne s’était pas trompée à son sujet. Elle informa son vassal qu’il s’agissait de supprimer le comte. Elle renchérit en confirmant qu’elle ne comptait certainement pas tremper dans ce complot, et que cela ne plairait pas à son père lorsqu’elle l’en informerait. Aussi, dévoilant son jeu prudemment, elle lui demanda d’abord s’il était disposé à rester fidèle à son père. Eric lui répondit spontanément :

« Vous ne trouverez pas plus loyal que moi, tant qu’il ne s’agit pas d’entrer en conflit. »

Sa réponse satisfaisait Fleur même si elle aurait espéré mieux. Elle supposa mentalement que le sire de Vouretour craignait surtout comme le sire de Fernel-Frété les conséquences d’une guerre civile, qu’il ne voulait donc pas s’engager ni pour l’un, ni pour l’autre. Elle poursuivit en lui demandant ce qu’il souhaiterait en échange de sa loyauté. Comme elle fréquentait la cour du comte, elle pourrait peut-être lui obtenir une faveur. L’homme répondit :

« Rien en particulier. »  

Décidément, il refusait de s’engager. Si elle ne pouvait pas obtenir de troupes de Vouretour pour le comte, Fleur ne s’avouait pas vaincue pour autant. Elle lui demanda, au nom de sa loyauté envers son père, envers le comte, de ne pas tremper dans le complot d’Olennaç. Le sire de Vouretour n’eut aucun mal à le lui promettre. Satisfaite, elle lui expliqua qu’il espérait obtenir son soutien, aussi elle lui demanda s’il l’autorisait à dire à Olennaç qu’il acceptait. Ce serait le moyen pour lui, argua-t-elle, de ne pas éveiller les soupçons de ses voisins, Chozabe et Glaile, qui eux risquaient de se conjurer. Elle souligna qu’elle était bien consciente de sa position délicate entre deux voisins aussi suspects et provocateurs, voilà pourquoi elle ne lui demandait pas de fournir des troupes. Seulement de la soutenir devant le baron, en apparence. En clair, il devait se déclarer prêt à suivre Pertagne dans le complot. Et lorsque tout le monde ôtera son masque, elle fera savoir à son père, voire au comte qu’il était resté fidèle et avait d’emblée refusé d’entrer dans le complot. Eric accepta sa proposition et l’autorisa à dire au baron :

« J’entrerai en guerre si Pertagne suit. »

Fleur le remercia de sa confiance. Elle lui fit savoir que lorsque le comte se débarrasserait des conjurés, que les têtes allaient tomber, elle se souviendrait de sa loyauté et son futur époux aussi.

Puis ils retrouvèrent les autres convives en échangeant d’un ton amical sur des sujets plus anodins.

Fleur revint ensuite à la charge auprès du sire de Glaile. Usant de son Pouvoir, elle plaida de façon nettement plus convaincante pour le baron d’Olennaç. Le chevalier ne se montra pas réticent à l’idée.

« Alors puis-je dire à notre hôte qu’il peut compter sur vous ? », insista Fleur.

Le chevalier lui rétorquait qu’il préférait le lui annoncer lui-même. Elle argua qu’elle était sa future suzeraine, qu’il serait donc plus séant de passer par elle. Mais le vieux renard lui signifia qu’il avait encore besoin d’y réfléchir. Voyant qu’elle ne pouvait faire plus, elle acquiesça et se retira.

Le baron lui demanda des comptes. Elle lui rapporta que le sire de Vouretour était prêt à la suivre. Le sire de Glaile hésitait encore, il avait cependant tout intérêt à choisir son parti. Chozabe le suivrait. Elle avait en tout cas fait son possible. Il la remercia.

Le 32e Lardon (22 décembre), était consacré au recueillement, au souvenir des morts. Ce jour se déroulait normalement en famille. Fleur se retira pendant des heures pour prier. Ses proches lui manquaient. Niscarvin se drogua et se repentit dans la prière.

Fleur alla voir le baron. Elle lui demanda en quoi elle pouvait se rendre utile, faisant preuve de zèle, d’impatience à en découdre. Il lui proposa de prolonger son séjour pour qu’ils aient le loisir d’en reparler.
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Dernière édition par Fleur le Mer 18 Jan - 19:59, édité 1 fois
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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 7

Message  Fleur le Mar 17 Jan - 23:49

Les préparatifs

Le 33e Lardon (23 décembre), était le jour du grand départ. La plupart des convives prirent congé. Le sire de Vouretour demanda à Fleur si elle souhaitait qu’il reste, et elle accepta de bonne grâce. Cela donnerait du crédit à ses dires auprès du baron. La future baronne de Pertagne salua donc ceux qui étaient sur le départ. Parmi eux, se trouvaient les sires de Glaile, de Chozabe, de Mexes, de Fernel-Frété. Elle en profita pour demander au sire de Glaile s’il avait pris une décision. Le vieux chevalier lui rétorqua agacé qu’il se prononcerait quand bon lui semblerait.    

Le soir, Niscarvin fit un spectacle mémorable.

  Le 34e Lardon (24 décembre), Niscarvin sentait une ambiance de conspirateurs et en avertit Fleur. On s’épiait. On se faisait des messes basses. On se concertait d’un sourire ou d’un regard entendu. La jeune femme sollicita le baron. Il lui accorda un entretien en petit comité. Elle tint d’abord à le remercier pour son hospitalité. Il lui demanda ce qu’elle avait pensé des célébrations religieuses. Prenant sur elle, elle prétendit avec un sourire feint que son fiancé serait ravi d’apprendre qu’elle y avait assisté. Elle souhaitait en savoir davantage sur ses projets pour le soutenir au mieux. Il lui demanda de rassembler un maximum d’hommes d’armes d’ici une huitaine.
« Soyez discrète. Revenez à Olennaç dans dix jours. », précisa-t-il.

Henri lui conseilla de prétexter qu’elle était en patrouille pour chasser les loups géants. Comme le baron semblait en confiance, elle insista, lui demanda quel était son but par exemple. Le baron échangea un regard avec le paladin qui prit les devants. Frère Ezechiel lui rétorqua qu’elle devait se montrer discrète. Le comte était peut-être déjà au courant de leurs projets. En observant les deux hommes, Fleur comprit que le baron lui faisait confiance, il semblait enclin à lui dire davantage mais le paladin se méfiait d’elle. D’ailleurs frère Ezechiel paraissait pleinement impliqué dans le complot. Aussi, la belle de Lasus jugea plus sage de ne pas insister. Elle se contenta de leur garantir qu’ils pouvaient compter sur elle. Elle demanda au baron si le seigneur de Glaile avait pris sa décision. Henri lui répondit qu’il savait qu’elle avait fait son possible, mais c’était peut-être une mauvaise idée de lui demander d’intervenir, compte-tenu des relations du chevalier avec Pertagne.

Le reste de la journée, la belle de Lasus discuta avec le sire de Vouretour. Elle lui proposa d’ailleurs de voyager ensemble. Il accepta de bonne grâce. C’était en effet plus prudent en cette saison.

De son côté, Niscarvin se renseigna sur les compagnons du baron. Il apprit que frère Ezechiel était apprécié pour ses talents martiaux. Il se trouvait aux côtés d’Henri depuis la guerre des barons. Il était son confesseur. C’était un homme conservateur, suspicieux, un fin politique. Quelques mauvaises langues prétendaient qu’il avait peur des serpents. Il était rattaché au prieuré de Trarches. Il avait été placé auprès du baron grâce à des gens influents. Les gens ne l’aimaient pas particulièrement, mais le respectaient parce que c’était un paladin.

Cirias était un mage originaire de Néac. Il n’était pas rémunéré par le baron. Il était conservateur et cynique. Avant d’arriver à Olennaç, il avait servi le comte d’Ereu. Il avait confectionné quelques objets magiques mais de bas niveaux. Les serviteurs ne l’aimaient pas.

Arnolphe écouta les conversations. Les nobles présents disaient qu’ils allaient revenir avec des troupes. Ils se saluaient et se réjouissaient à l’idée que les heures du comte étaient à présent comptés.

Le 35e Lardon (25 décembre), les trois amis partirent pour Pertagne, accompagnés du sire de Vouretour, ralentis par la neige et allant au rythme des serviteurs du chevalier. Le soir, Fleur réussit à obtenir l’hospitalité du seigneur de Mélarthe, un chevalier réformé dans la baronnie d’Olennaç, loyal au comte qui appréciait les Lasus, et les reçut fort aimablement. Il s’étonna toutefois de la présence d’un pro-albien aux côtés de la future baronne de Pertagne et demanda des explications à Fleur. Embarrassée, elle se contenta de dire qu’elle était allée assister aux fêtes albiennes, histoire de renseigner son père sur ce qui se passait à Olennaç. Ces fêtes avaient servi de démonstration de force. Intrigué, leur hôte se fit plus curieux. Prise entre deux feux, car le sire de Vouretour ne manqua pas de préciser qu’elle allait revenir dans le giron de l’Eglise albienne, Fleur se contenta d’expliquer que les Lasus resteraient fidèles à leur suzerain, qu’il ne devait pas s’inquiéter sur ce point, qu’elle s’était rendue à Olennaç pour être les yeux et les oreilles de son père, qu’elle se conformerait à ce que déciderait le baron et que Philippe de Lasus ne se détournerait certainement pas du comte. Par ailleurs, ses choix religieux n’engageaient qu’elle, et elle entendait maintenir la politique de tolérance religieuse de son père. Pour remercier leur hôte, Niscarvin fit un beau spectacle.

Lorsqu’elle se retrouva seule dans sa chambre, elle réalisa que le sire de Vouretour était moins tolérant qu’elle ne l’avait pensé ; en réalité, c’était un pro-albien.

Le 36e Lardon (26 décembre), Arnolphe guida efficacement les voyageurs. En chemin, alors qu’ils traversaient un bois, ils rencontrèrent un Lutin, Lutino, que le soldat et le saltimbanque furent ravis de revoir. Il distribua des biscuits aux humains et des carottes aux chevaux. Arnolphe se sentit plus résistant à la magie. Niscarvin devint meilleur en recherche. Fleur acquit de nouvelles connaissances en magie et en sagesse. Le sire de Vouretour, surpris par cette rencontre et très content, se rendit compte qu’il avait de nouvelles connaissances en littérature.
Le soir, ils arrivèrent à Pertagne. Le baron accueillit le sire de Vouretour pour la nuit.

Le 37e Lardon (27 décembre), dès que le sire de Vouretour fut parti, les trois amis s’entretinrent avec le baron. Fleur s’empressa de rapporter à son père les dernières informations dont ils disposaient. Ils en savaient davantage sur le paladin et le mage. L’implication du comte d’Ereu allait bien au-delà de l’appui militaire. L’Eglise semblait être aussi de la partie. La présence d’un mage alchimiste supposait l’emploi de grenades ou autres artefacts magiques… Surtout, elle lui communiqua la liste définitive des conjurés. Philippe allait prévenir au plus vite le comte. Pertagne comptait une garnison de 80 hommes, répartis sur leurs terres. Fleur exposa les projets et exigences d’Henri d’Olennaç. Elle expliqua qu’elle comptait utiliser des soldats de Pertagne pour protéger le comte le moment venu. Son père l’approuva et lui demanda combien de soldats elle souhaitait emmener. Elle hésita. Elle mit en garde son père, car les sires de Glaile et de Chozabe n’ayant pas pris part au complot, elle craignait un mauvais de leur part pendant qu’elle serait à Antegnar avec une partie de la garnison. Son père en convint mais lui expliqua qu’il fallait prendre des risques à la guerre. Elle se décida après réflexion à prendre douze hommes dont un sergent pour les diriger, ainsi que Thierry et Roland qui l’avaient bien servie récemment. Elle demanda à son père s’il avait des conseils à lui prodiguer. Il lui rappela qu’elle devait se montrer prudente sur un champ de bataille, cibler les flancs de l’adversaire, ne pas gaspiller inutilement le sang de ses hommes, tâcher de rester en vie si elle était capturée en faisant valoir son droit à être rançonnée. Il lui fit penser à prendre des provisions pour elle et ses troupes, à emporter la tente blasonnée… Elle lui demanda s’il avait eu des nouvelles du comte. Philippe l’informa que leur suzerain le remerciait de l’avoir prévenu. Fleur lui confia la chaîne qu’elle avait acheté pour Fortuné.

Les jours suivants, Fleur et ses amis se rendirent auprès des chevaliers les plus loyaux à Pertagne, espérant rallier de nouvelles troupes. Elle exposa à chaque seigneur les raisons de sa visite à Olennaç – rapporter à son père ce qui s’y tramait – et fit valoir qu’il s’agissait à présent de préserver l’avenir du comté, de protéger leur suzerain. Elle leur demandait donc de bien vouloir lui prêter des hommes de confiance, capable de garder le silence auprès des conjurés et de se tenir prêts lorsqu’il s’agissait de faire volte-face. Les attentes de la belle de Lasus furent déçus. Le sire de Marchelin ne lui céda aucun soldat, prétextant qu’il ne pouvait se le permettre. La dame de Mellébe lui en concéda trois en signe de bonne volonté. Le sire de Réchemprève lui accorda sept soldats. Le sire d’Armaldré, malgré les arguments alléchants de Fleur, refusa de s’impliquer, attendant toujours que la belle de Lasus lui obtienne une faveur du comte.

De retour à Pertagne, elle s’entretint avec les soldats. Elle usa de son Pouvoir pour asseoir fermement son autorité. Elle leur expliqua plus en détail ses plans, leur ordonna surtout de se taire lorsqu’ils rejoindraient les troupes des conjurés. Officiellement, Pertagne prenait les armes contre le comte. Ils devraient se tenir prêts le moment venu à rallier le comte et ses troupes lorsqu’elle leur en donnerait l’ordre. Enfin, elle fit donner la livrée de Pertagne pour les hommes de Méllêbe et de Réchemprève.
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Message  Fleur le Sam 25 Fév - 3:09

La chasse aux loups


Le 4e Corvée (3 janvier), ils arrivèrent à Olennaç. Comme eux, d’autres seigneurs revenaient à la tête d’une troupe armée.  Le baron parut satisfait de voir la jeune femme revenir entourée de soldats. Il nota cependant l’absence du sire de Vouretour. Fleur prétexta que le chevalier, inquiété par des rumeurs, avait préféré rester sur ses terres mais lui avait confié tout de même quelques hommes. Le baron, dubitatif, remarqua que cela lui semblait une excuse fumeuse. Fleur se contenta d’acquiescer en haussant les épaules, en lâchant sans conviction : « Au moins il a tenu parole. »  Niscarvin relança le baron en lui signifiant qu’il avait hâte de se venger du comte et qu’il souhaitait en savoir plus pour se rendre utile. Il lui demanda sans ambages quelles étaient ses intentions. Henri expliqua que tout le monde n’était pas encore arrivé. « Nous allons organiser une chasse aux loups géants. » Le saltimbanque mit en garde le baron : un mouvement de troupes trop important allait immanquablement attirer l’attention du comte. Confiant, Henri précisa qu’ils allaient disperser les troupes dans toute la baronnie, et calma les ardeurs du saltimbanque : « Patience ! Patience Niscarvin ! Nous allons chasser le loup géant précisément pour endormir ses soupçons. »

Les soldats de Fleur furent cantonnés avec leurs pairs guidés par un sergent. Tous portaient la livrée de Pertagne. Arnolphe suggéra à Fleur de convenir d’un signe avec les soldats pour qu’ils fassent volte-face le moment venu. La belle de Lasus invita ses amis à faire des provisions en ville. Elle souhaitait dénicher des explosifs. Niscarvin avait dans l’idée de trouver un apothicaire. Fleur l’approuva mais l’invita à prendre du nécessaire de chirurgie pour pouvoir soigner les soldats. Elle hésitait à les accompagner, et puis, comme sa réputation était de toute façon déjà entachée – passant pour une noble sans le sou – elle se décida à les suivre en ville.

Le 5e Corvée (4 janvier), Niscarvin chercha au château un apothicaire, sans succès. Plus que jamais au château, on se surveillait de près. On craignait des fuites à présent que le moment d’en finir approchait.

Les trois amis se rendirent en ville. On leur conseilla un armurier nain. En chemin, Arnolphe prévint ses amis qu’un gamin les suivait, pas très discrètement d’ailleurs. C’était sans doute un serviteur, un page ou un écuyer du baron. Haussant les épaules, Fleur n’en avait cure. Après tout, ils allaient acheter du matériel en vue de chasser des loups, il n’y avait rien de mal à s’équiper.

Ils se rendirent d’abord chez l’apothicaire que Niscarvin connaissait. Il se procura du matériel de chirurgie ainsi que des remèdes contre le froid.

Puis ils allèrent voir l’armurier nain. Ils expliquèrent qu’ils allaient chasser des loups géants, qu’ils cherchaient des grenades pour ce faire. Fleur paya une grosse grenade à 500 pièces d’or qu’elle préféra confier à Arnolphe pour la sécurité de tous. Les deux hommes achetèrent chacun deux grenades à 250 pièces d’or l’unité. Ils se procurèrent aussi des briquets, ainsi que des bocaux – dix chacun – espérant collecter des ingrédients magiques sur les loups. Niscarvin en connaissait six.

Revenus au château, ils interrogèrent Cirias qui leur indiqua trois autres ingrédients. Toutefois, le mage les mit en garde. Ils se trouvaient sur les terres du baron, donc sur son domaine de chasse et Henri avait lui-même prévu de récolter le fruit de la chasse qu’il distribuerait comme bon lui semblerait.

Le 6e Corvée (5 janvier), Niscarvin fit un très bon spectacle. Les derniers conjurés arrivaient enfin. Fleur remarqua aussitôt que le mage réceptionnait des colis. Il prévint le baron qui lui parut très satisfait. Fleur sentit que ces caisses contenaient des objets magiques.

Le soir, Henri prit la parole. Il remercia ses alliés d’être là : Ygnol, Econ, Nurt, Braychetin, Olennaç, Sapassi, Essé, Zoubrie, Pontanges, Relfs. Le baron déclara qu’ils étaient réunis par leur volonté d’en finir avec Damien d’Enro. Il était temps d’agir. Il leur proposa une chasse aux loups géants afin de donner un prétexte à leur rassemblement. Il les enjoignit à ordonner à leurs troupes d’obéir à ses hommes.

Le 7e Corvée (6 janvier), tout le monde préparait l’expédition. Le baron convoqua Fleur. Il l’informa que les soldats de Pertagne se plaignaient de manquer de provisions, et s’inquiétaient pour leurs soldes. Aussi, il invita la jeune femme à régler cela. La belle de Lasus lui demanda combien de temps elle devait mobiliser ses hommes. Deux huitaines pour compter large, lui indiqua-t-il. Embarrassée, elle déclara qu’elle s’en chargeait.

Fleur réunit sur le champ ses deux amis. Son père n’avait pas pensé à lui dire de prendre de quoi entretenir et payer ses hommes et leurs provisions étaient presque épuisées. Elle pouvait différer le paiement de leurs gages à leur retour à Pertagne mais il leur fallait des provisions et elle n’avait plus beaucoup d’argent. Avec Arnolphe, elle calcula qu’il fallait au minimum 200 pièces d’or pour les nourrir par jour. Ses deux amis acceptèrent de l’aider financièrement, et ils se rendirent en ville ensemble avec le sergent de Pertagne, Bernard. Fleur en profita pour discuter avec ce dernier, qui la trouva assez sympathique. Il lui signala que les soldats s’ennuyaient. Fleur le rassura en l’informant qu’ils partaient pour une chasse aux loups géants.

Le 8e Corvée (7 janvier), on fit une messe. Puis ce fut le départ. Les nobles avaient des arquebuses. Les chasseurs se dirigeaient vers le sud. Ils formaient une troupe nombreuse. Les trois amis se figuraient que cela ressemblait à une démonstration de force.

Le soir, le baron fit savoir à tous que les loups géants ne se trouvaient plus très loin. La chasse aux loups géants consistait en une battue. Les soldats rabattaient les fauves et il revenait aux nobles de les tuer. Aussi, il demanda à tous de dire aux soldats d’obéir à ses rabatteurs.  

Le 9e Corvée (8 janvier), tandis que les soldats rabattaient les loups vers les chasseurs, les nobles, à cheval, repéraient les lieux. Fleur s’écarta quelques instants avec ses amis, le temps pour eux d’échanger sur leurs dernières péripéties.

Le 10e Corvée (9 janvier), par une journée glaciale, les chasseurs se mirent en position dans la cuvette pour recevoir les loups géants. Ils attendirent de longues minutes, qui se transformèrent en heures. La matinée s’écoula, et toujours aucun loup en vue. Les nobles s’impatientaient. En tout début d’après-midi, un soldat accourut. Il avertit le baron que les loups géants avaient attaqué les rabatteurs et percé la nasse. Il y avait des morts et des blessés. L’homme estimait qu’il y avait une trentaine de loups géants. Déçu, Henri parut un peu embarrassé. Il décida de rentrer. Les nobles prirent une collation avant de se mettre en route.

Se mêlant aux conversations des hommes, Fleur se montra très charmante, bonne camarade, et réconforta ses messieurs. Une petite cour se forma autour d’elle. On se déridait. Les gentilshommes la trouvaient séduisante mais ils savaient qu’ils ne pouvaient pas. On la draguait plus ou moins. Fleur ne changea pas d’avis sur le baron. Le paladin et le mage parurent à la jeune femme un peu moins antipathique. Auguste de Rougeac ne lui plaisait pas du tout. Elle songea avec ironie qu’elle avait trouvé pire que Dassise. Il était trop impulsif, excessif, pire que les compagnons de Fortuné. En revanche, elle se montra plutôt bienveillante avec Etienne de Fomtrond. Ce gentilhomme aimait la Nature et la chasse. Il était plutôt vaillant. Il essayait de se faire une situation auprès du baron. Fleur devint neutre à l’égard de Matthieu de Sapassi, qui ressemblait à ses compagnons. Elle se montra bienveillante envers Narcisse de Sapassi qu’elle trouvait drôle et assez entier.

Repus, déridés, les nobles prirent le chemin du retour. On s’interrogeait sur le comportement des loups. Fleur demanda son avis à Étienne de Fomtrond. Le gentilhomme pensait que les loups avaient pris l’ascendant sur les hommes ; il suffisait d’un loup plus téméraire, parvenant à faire une percée pour encourager les autres à le suivre. Cependant, une grosse meute d’une trentaine d’individus c’était plutôt rare, surtout pour des Loups Géants.

Ils traversaient un bois pour regagner le camp quand Fleur détecta un danger grâce à sa bénédiction. Les Loups géants fondaient sur eux ! La belle de Lasus se défendit avec son Pouvoir mais sentit tout de même les crocs de la bête et elle leur opposa ses targes. Arnolphe et Niscarvin parvinrent aussi à se protéger avec leur Pouvoir.

Niscarvin tenta de prendre l’initiative, en vain mais le loup le manqua. Un autre lui infligea une morsure grave qu’il réduisit. Fleur tenta aussi de prendre l’initiative, mais le loup la prit de court. Elle dut encore puiser dans son Pouvoir pour lui échapper. Arnolphe également assailli para leurs attaques de justesse.

Le loup face à Fleur la chargea malgré ses efforts pour le prendre de vitesse mais ses mâchoires claquèrent dans le vide. Un des loups contre Niscarvin jeta son dévolu sur l’archer et le menaça dangereusement. Arnolphe se défendit et para ses assauts grâce à son Pouvoir. Sa targe en conserva la trace. Fleur tentait désespérément de prendre l’initiative mais le fauve la doubla, sans parvenir à la toucher. Niscarvin, lui, échappa à son adversaire en exécutant un magnifique salto. Arnolphe, en peine face à deux loups, fut secoué par l’un d’entre eux.

Des explosions se faisaient entendre. Les autres nobles usaient d’arquebuse, de pistolets ou encore de grenades. Certains loups étaient touchés mais des hommes étaient à terre. Le combat s’enlisait. Le Pouvoir se tarissait dangereusement. Les trois amis comprirent qu’ils devaient changer de stratégie s’ils ne voulaient pas finir taillés en pièces par les fauves.

Les deux bretteurs firent front ensemble face à quatre loups pour protéger Arnolphe, tandis que l’archer reculait pour sortir son arc. Fleur esquiva une première attaque grâce à son Pouvoir tandis que l’autre la rata. Un troisième blessa légèrement le saltimbanque qui la réduisit. Les quatre loups revinrent à la charge. Le premier rata Fleur. Les autres se firent plus menaçant mais les bretteurs les repoussèrent efficacement. Derrière eux, Arnolphe prit son arc et attaqua en forçant son Destin : ses traits tuèrent les quatre loups, touchèrent les deux suivants mortellement et en blessa un dernier gravement.

Les trois amis regardèrent autour d’eux. Certains chasseurs tentaient de se regrouper. D’autres fuyaient. D’autres encore étaient morts. Le baron se battait vaillamment, usant de son Pouvoir. A ses côtés, le paladin tenait bon.

Un loup plus massif et qui semblait avoir l’ascendant sur les autres se dirigea vers Arnolphe. Niscarvin l’esquiva. Fleur l’attaqua, elle le toucha mais ne fit que l’effleurer. L’archer lui dédia trois de ses traits, en vain. La bête était véloce, malgré son gabarit.

Le gros loup manqua Niscarvin qui riposta en le blessant gravement au ventre. Fleur lui assena une estafilade. Arnolphe dit alors à ses amis de s’écarter mais sa cible lui échappa par deux fois, jouant avec ses nerfs. Les deux bretteurs parvinrent à le blesser légèrement. Mais ils constatèrent que le gros loup semblait guérir et il attaqua Niscarvin qui l’esquiva.

Arnolphe fit alors appel à sa foi, usa de son Pouvoir et cibla Fleur pour bénir leurs armes. Il tira, le manqua. La belle de Lasus lui transperça la poitrine et cette fois, la bête semblait grièvement touchée. Arnolphe à son tour le blessa légèrement. Fleur l’effleura.

Quatre loups arrivèrent en renfort, dont un autre plus imposant. Pour protéger les bretteurs, Arnolphe les cibla à l’aide de son Pouvoir. Les fauves évitèrent ses flèches et le gros loup l’attaque mais le manqua. Fleur revint à la charge avec son Pouvoir, elle tua trois loups et blessa mortellement l’alpha, déjà touché, qui se transforma en humain en mourant.    

Les loups se replièrent. Les deux bretteurs protégèrent Arnolphe qui les chassaient en tirant une volée de flèches. Les loups esquivèrent ses flèches et se retirèrent au hurlement de leur leader. Il en restait une quinzaine. Puis les trois amis rejoignirent d’autres survivants.

Ils constatèrent que le bouclier du paladin était bien endommagé. Le baron avait éliminé un autre loup-garou. Une vingtaine d’hommes avait péri. Par miracle, aucun noble n’était mort. Le mage avait lancé des grenades. Le baron estimait que leur victoire sur les bêtes était un signe que Tharès approuvait leurs actes, que ces créatures maléfiques, les loup-garou étaient le signe que le comté allait mal, gangréné par la Réforme, à l’instar du royaume, et qu’il fallait agir.

Henri para au plus urgent. Il fallait rappeler les soldats, soigner les blessés, enterrer les morts.

On se congratula entre nobles. La belle de Lasus avait fait ses preuves. Elle tint à saluer le courage de ses « gardes ». Modeste et parce que les autres nobles ne pourraient pas comprendre une telle marque d’estime pour des « gardes », Niscarvin déclara : « Vous aussi vous avez été vaillante. Vous n’avez pas démérité. » Elle le remercia.

Arnolphe examina les loup-garou. C’étaient des hommes d’âge mûr. Il trouva des traces de blessures anciennes. Ils portaient en tatouage une tête de loup noire.  

Usant de son Pouvoir, Niscarvin chercha dans ses connaissances en littérature des anecdotes sur les lycanthropes. C’étaient des créatures plutôt maléfiques. Ils se transformaient normalement à la pleine-lune, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Il existait des sectes dédiées à Absalem pour gagner la lycanthropie. Les loup-garou avaient une influence sur les loups ordinaires. En fonction de leur maîtrise, ils se transformaient en loup plus ou moins puissants. Ces deux êtres transformés en loup géant devaient avoir une grande maîtrise. Ils devaient donc relever d’une secte très dangereuse. On pouvait devenir loup-garou par morsure. Aussi, Niscarvin pensa à demander si quelqu’un s’était fait mordre par un des loup-garou. Apparemment, ceux qui avaient eu cette malchance étaient morts. Les lycanthropes, comme ils avaient pu le constater, pouvaient se régénérer et ne pouvaient être terrassés que grâce à des armes magiques ou bénies. Le paladin avait fait à cette fin une bénédiction qui avait permis au baron et à d’autres nobles de les combattre.

Les chasseurs retournèrent au camp. Ils apprirent qu’ils avaient perdu une quarantaine de soldats. Fleur, inquiète, s’enquit de l’état de ses troupes. Par chance, les Pertagnais ne se trouvaient pas dans le secteur où les loups avaient attaqué. Niscarvin fit remarquer au paladin que parmi les soldats, certains s’étaient probablement faits mordre par les loup-garou. Frère Ezechiel convint qu’il fallait par conséquent mettre les rabatteurs blessés en quarantaine, et ne pas les emmener à Antegnar, ce qui diminuait encore leurs effectifs.
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Message  Fleur le Sam 25 Fév - 3:20

Quand les masques tombent...

Le 12e Corvée (11 janvier), ils arrivèrent à Olennaç. Le baron déclara qu’il fallait en finir avec le comte. Cette épreuve les avait soudés et confirmait qu’ils étaient les pourfendeurs du mal. Niscarvin l’interpella le baron sur ce lycanthrope qui rôdait toujours mais Henri balaya cette objection d’un revers de main, c’était regrettable, toutefois il y avait plus urgent.

Il exposa son plan pour éliminer le comte. Les conjurés allaient envoyer le gros de leurs troupes par petits groupes en infiltration à Antegnar. De leur côté, les nobles allaient marcher en députation, avec une trentaine de gardes. Ils allaient s’enfermer dans le château. Les soldats eux avait pour charge de rentrer par groupe de six hommes pour prendre les portes et verrouiller le château en attendant les renforts. Henri distribua à dix nobles des parchemins de sorts : des ceinturons d’armement, des armures, un sort de transformation de terre, des fumigènes acides avec option alliés. Le mage allait contribuer à verrouiller la place. « Vous, les posseux, vous n’en avez pas besoin, vous avez les ressources en vous pour vous en sortir. » A quatre détenteurs du Pouvoir contre un, le comte n’aurait aucune chance. Il estimait que la demi-elfe, Lyonide, ne devrait pas poser problème. Les gardes auraient pour signal de déclencher l’attaque dès lors que les conjurés se barricaderaient dans la grande salle. Les comtes allaient se mettre en route dès que le château serait pris. Henri prévoyait d’éliminer le comte le 15e Corvée. Fleur afficha un sourire mauvais comme si elle se réjouissait de la mort de son suzerain.

Fleur se concerta brièvement avec ses amis. Elle voulait prévenir le comte mais c’était bien trop risqué. Niscarvin proposa de subtiliser les parchemins aux conjurés. Fleur l’approuva et se dévouait pour fabriquer des faux crédibles. Grâce à Lutino, elle avait les connaissances suffisantes en magie pour s’en sentir capable. Fleur voulut surtout parler à ses hommes, elle voulait leur ordonner de s’arranger pour être majoritaire dans les groupes qu’ils rejoindraient et de se retourner contre les ennemis du comte dès que l’attaque serait lancée. Mais Henri bouscula ses plans. Tous les conjurés reçurent pour consigne de rédiger un ordre de commandement à leurs soldats qui allaient être répartis en groupe et conduits sous la houlette des hommes d’Olennaç à Antegnar. Observée par le baron qui se faisait pressant, Fleur réfléchit à une formule ambigüe et inscrivit finalement sur le parchemin : « Obéissez aux ordres comme je vous l’ai commandé. Prenez la position que l’on vous affectera et abattez vaillamment nos ennemis. » Par chance, Henri ne s’aperçut de rien et ne perçut pas le double-sens de ses consignes. Le jour-même, les soldats quittèrent Olennaç.
A présent que leur plan ne demandait plus qu’à être exécuté, les conjurés devenaient nerveux, s’épiant, craignant plus que jamais des fuites. Ils prêtèrent serment, une liste de leurs noms fut dressée et le paladin déclara : « Que nos ennemis soient maudits. »
   
Le 13e Corvée (14 janvier), les conjurés partirent d’Olennaç, campèrent la nuit.

Le 14e Corvée (15 janvier), ils s’arrêtèrent à une ou deux lieues d’Antegnar.

Le 15e Corvée (16 janvier), les conjurés se présentèrent aux portes de la cité.  Ils portaient des tenues de courtisans, pour ne pas éveiller les soupçons. Les nobles pouvaient conserver leurs armes mais ne gardèrent pas leurs armures en signe de bonne foi. Par précaution, Fleur avait conservé son armure de soie d’araignée géante. Un détachement du comte les reçut. Henri expliqua : « Nous sommes venus en députation. Nous sommes venus présenter nos doléances au comte et le convaincre de se soumettre au roi. Conduisez-nous jusqu’à lui. »  Les conjurés étaient quinze nobles, accompagnés de leurs gardes et de leurs serviteurs, formant une troupe nombreuse de 70 individus.

Un conseiller servant le comte que les trois amis connaissaient vint chercher la députation. C’était un homme d’une trentaine d’années, assez futé. Il se nommait Gaston Tanneguy. Il était accompagné d’une quarantaine d’hommes armés. Gaston fit savoir aux conjurés que le comte allait les recevoir mais que les valets et hommes d’armes ne pouvaient pas les suivre. Le baron protesta : « Comment cela ? Damien d’Enro nous prend-t-il pour des va-nu-pieds ? Notre rang exige que nous ayons une escorte. » Diplomate, Gaston expliqua : « Il y a eu des incidents. Des hommes d’armes se sont introduits dans la ville. » Henri batailla, bien décidé à garder à ses côtés toutes les forces qu’il avait réunies. Mais Gaston, stoïque, campa sur ses positions : « Je suis navré messeigneurs et mademoiselle. Le château est complet. Mais ne vous inquiétez pas, nous allons trouver une solution. »

Les conjurés commencèrent à s’interroger. Tandis qu’ils arrivaient au château, leurs chevaux furent pris en charge par leurs valets. Fleur, qui n’en avait pas, exigea aux hommes du comte, en vertu de son rang, qu’ils s’occupent de ses chevaux et stipula qu’ils avaient intérêt d’en prendre soin. Ils constatèrent rapidement qu’il y avait beaucoup de soldats du comte comme s’il avait renforcé sa garnison, et ces derniers avaient l’air sur leurs gardes. Il apparaissait de plus en plus évident que le comte avait pris des mesures pour les accueillir. Quelqu’un avait-il vendu la mèche ? En voyant le baron s’arracher les cheveux, Fleur bien silencieuse, jubilait intérieurement.

Pour autant, Henri décida de s’en tenir au plan. Ils ne pouvaient plus reculer. Gaston tenta ensuite d’empêcher le mage et le paladin d’entrer. Le baron batailla ferme. Il demanda à Fleur de l’appuyer. « Mais enfin tout de même ! C’est un peu fort ! s’offusqua-t-elle. Et qu’allez-vous exiger ensuite, que l’on me prive de mes gardes du corps ? Le comte veut nous recevoir ? Pour un peu, on pourrait prendre cela pour de la mauvaise volonté de sa part… N’est-ce pas Henri ? » La belle de Lasus fut convaincante. Gaston céda cette fois, pour faire preuve de bonne volonté, et surtout parce que si le mage et le paladin devaient être refoulés, cela vaudrait aussi pour le saltimbanque et l’archer, ce que ne souhaitait pas le comte.

La députation fut introduite dans la grande salle. Lyonide se tenait aux côtés du comte. Des courtisans assistaient, curieux, à la scène. La comtesse était absente, probablement réfugiée à Qers songèrent nos héros. Il y avait également une vingtaine de gardes. Le baron s’en offusqua. Très aimablement, le comte prétexta : « Ces gardes sont là pour votre sécurité. Des hommes en armes se sont infiltrés en ville. » Damien ne voulait manifestement pas dire ce qu’il savait.

Ne se démontant pas, Henri présenta la requête de la députation : « En compagnie de mademoiselle de Lasus, future baronne de Pertagne, nous venons vous enjoindre à vous soumettre au roi. Il me semble que soutenir la réforme est devenu un acte de félonie. »

Stoïque, le comte affirma : « Le roi ne trouvera pas serviteur plus zélé que moi. »

Le calme du comte désarçonna un peu le baron, qui chercha alors à le provoquer : « Monseigneur, il serait bon que vous abjuriez. Il serait fâcheux que votre femme finisse comme Jeanne de Nivelac. »

Gardant son calme, Damien rétorqua : « Il y a méprise. Servir le roi n’est pas servir les Papistes. Le Roi est bien mal conseillé par ces corrompus de Sigue. »

Henri haussa le ton : « Je vois bien que vous êtes félon. Puisque vous ne voulez pas nous entendre alors qu’il en soit ainsi. Maintenant ! »  

Les conjurés sortirent leurs parchemins et lancèrent presque tous l’incantation avec succès, tandis que Fleur enfilait son masque. Ils perdirent un peu en agilité mais gagnèrent en constitution, en endurance, en force, en toucher, et devinrent plus insensibles, incoercibles, increvables. Ils avaient la faculté d’entrer en rage. Ils reçurent une armure, un pistolet à double canon ainsi que des targes. Des murs de terre s’élevèrent, empêchant toute retraite. Les fumigènes assaillirent courtisans et gardes du comte, provoquant toux, yeux rouges, picotements, plongeant la salle dans un épais brouillard. Fleur dut user de son Pouvoir pour résister au sort de brume. Le mage convoqua une invocation. Une fois tous les parchemins lancés, Fleur s’élança, comme pour attaquer le comte, criant sa devise, et au dernier moment fit volte-face, pour faire face au baron, en défendant le comte et signifia à son suzerain : « Je suis là Monseigneur ». Henri cria : « Traitresse ! »

Fleur et le baron attaquèrent simultanément avec leur Pouvoir. Elle frappa de toutes ses forces, parvint à le blesser gravement, le forçant à réduire sa plaie, mais Henri la tua et elle dut faire reculer la mort.

Arnolphe et Niscarvin, tapis parmi les conjurés, se retournèrent contre eux. Le saltimbanque se mit en rage : il en blessa sept gravement.

Lyonide se jeta sur le paladin. Le mage convoqua une deuxième invocation qui se plaça à côté de lui pour le protéger.

Les conjurés firent parler leurs pistolets. Un garde fut blessé gravement. Ses compères ripostèrent et un gentilhomme reçut un violent coup de hallebarde, deux autres furent blessés légèrement et un mortellement.  

Cirias se transforma en une sorte d’homme-salamandre.

Pendant que la belle de Lasus affrontait Henri, le comte en profita pour récupérer une cotte de mailles cachée derrière sa cathèdre et s’équipa.

Affolés, sans armes ni protections, les courtisans se terraient, en regardant les affrontements, incrédules, priant pour que le comte triomphe de ses ennemis.

Arnolphe pensa d’abord lancer une grenade, mais autour de lui, conjurés et défenseurs du comte s’affrontaient au corps à corps et il ne voulait pas heurter les seconds. Il se ravisa, sortit son arc, et recula pour ne pas être pris pour cible, tandis qu’il visait.

La salamandre pointa son doigt vers Niscarvin, ordonnant à une invocation de l’attaquer. Le saltimbanque évita le coup grâce à son Pouvoir.

Lyonide face à frère Ezechiel dominait le combat mais le paladin était coriace et endurant.

Arnolphe visa les deux invocations et le mage. Usant de son Pouvoir, il atteignit l’adversaire de Niscarvin, tandis que les deux autres parèrent ses traits. Cirias lança une attaque acide contre l’archer et le heurta superficiellement.

Les gentilshommes acculés à un contre deux face aux gardes n’étaient cependant pas menacés sérieusement grâce à leurs dons magiques.

Équipé, Damien d’Enro ordonna à Fleur de s’occuper des invocations. « A vos ordres Monseigneur. », répondit-elle avant de tourner bride. Dans sa course, elle esquiva de justesse un jet acide qui laissa un gros trou au sol à côté d’elle. Le baron et le comte se jaugèrent. Ils se portèrent une première attaque, qu’ils manquèrent tous les deux, comme Lyonide et le paladin.

De son côté, Arnolphe décocha de magnifiques flèches perforantes grâce à son Pouvoir. La première endommagea le bouclier de l’adversaire de Niscarvin qui fut blessé légèrement, tandis que l’autre invocation, qui protégeait Cirias, para la flèche dédiée au mage mais encaissa la flèche qui lui était destinée et fut gravement endommagée.

Faisant appel à sa Destinée, Niscarvin décapita la première invocation et s’en prit à un maximum de conjurés. Il tua les deux premiers, en blessa deux mortellement et deux autres gravement. Les gardes, en confiance, atteignirent mortellement un gentilhomme et légèrement un autre.

Pendant ce temps, le comte et le baron manquèrent leurs assauts. Lyonide toucha le paladin mais Ezechiel encaissa le choc et riposta, sans inquiéter le capitaine cependant.

Cirias incanta, en visant Niscarvin mais son sort échoua.

Fleur, à l’aide de son Pouvoir, revint à la charge déterminée à frapper les conjurés mais l’invocation la bloqua dans son élan. Arnolphe tira de magnifiques traits avec son Pouvoir. Deux flèches se fichèrent dans les bras du mage et une se planta mortellement dans son torse. Cirias s’effondra, criblé de flèches. Les invocations lui survécurent mais elles n’étaient plus en mesure de combattre.

Les gardes se battaient bien face à des gentilshommes qui vendaient chèrement leurs vies. Cependant, les conjurés perdaient du terrain : l’un d’entre eux périt, d’autres étaient grièvement touchés, hormis deux qui n’avaient reçu que des ecchymoses.

Le baron et le comte s’affrontèrent, usant de Pouvoir. Henri tua Damien qui dut faire appel à sa Destinée pour revenir. Tout près d’eux, le paladin assena une blessure légère à Lyonide.

Fleur, usant de son Pouvoir, balaya les gentilshommes de la pointe de sa rapière et de son épée courte : elle supprima le premier en lui transperçant l’entrejambe, perfora gravement la cuisse gauche de son voisin, ficha sa rapière dans le crâne du troisième qui s’effondra, cependant qu’elle fit une belle estafilade dans le pied droit et la mâchoire des deux suivants.      

Arnolphe distribua ses flèches en multipliant les cibles, sans succès et à deux reprises, jouant de malchance.

Grâce à son Pouvoir, Niscarvin attaqua l’invocation qui para sa lame, non sans être légèrement endommagé.

Entre nobles et gardes, l’affrontement se poursuivait rageusement. Les hommes du comte progressaient. Un noble périt, mais un garde hurla de douleur, blessé mortellement.

Fleur décida d’aller prêter main forte à Lyonide. Elle porta un coup au paladin, qui encaissa et riposta, et la blessa mortellement. La belle de Lasus dut faire appel à sa Destinée pour n’être que gravement touchée.

 Niscarvin harcelait l’invocation, usant de son Pouvoir, mais la créature le repoussait.

Les gardes peinaient à toucher les nobles, qui ne pouvaient attaquer car ils ployaient sous le nombre.

Olennaç manqua le comte lamentablement, qui riposta en lui infligeant un coup grave au visage, que Henri se vit contraint de réduire en légère.

Lyonide attaqua, manqua le paladin qui riposta sans succès. Arnolphe attribua trois flèches guidées par son Pouvoir, qui terrassèrent la créature. Débarrassé de son adversaire, Niscarvin en profita pour rejoindre Fleur et Lyonide. Son assaut n’inquiéta cependant pas Ezechiel. Tout près d’eux, Damien prit de vitesse Henri en usant de son Pouvoir, frappa mais le baron encaissa le coup. Lyonide, soulagée par l’appui des deux bretteurs, porta un bon coup au paladin qui se défendait diablement bien. Fleur força son Destin en attaquant le paladin et le toucha gravement. Ezechiel bénéficia alors d’un petit miracle et s’en tira finalement avec une blessure légère. Un coup de feu se fit entendre. Arnolphe avait tiré au pistolet en usant de son Pouvoir. Le paladin fut touché mais il l’encaissa grâce au miracle.  

Le saltimbanque alla quant à lui prêter main forte au comte, qui n’avait plus de Pouvoir. Il manqua le baron, mais défendit fort bien le comte.  

Lyonide plaça une jolie botte qui fut hélas parée et Fleur manqua le paladin.

Arnolphe arriva à son tour face au baron, muni de sa corsèque. Olennaç se fendit d’une magnifique botte contre l’archer, qui parvint à parer sa lame grâce à son Pouvoir. Le saltimbanque en profita pour contre-attaquer et le tua. Henri revint de la mort grâce à son Pouvoir qui s’amenuisait dangereusement.

Les deux demi-elfes attaquèrent de concert le paladin qui para leurs assauts.

Le comte, voyant que l’étau se resserrait pour les conjurés, ordonna à ses gardes de capturer les gentilshommes.

Arnolphe, grâce à sa bénédiction, blessa mortellement le baron. Henri, qui avait la faculté de connaître précisément l’état du Pouvoir des détenteurs, sentait que le saltimbanque avait encore de la ressource et voyait bien que le combat était perdu. Aussi, il se rendit. Lyonide manqua le paladin. Fleur l’inquiéta par une magnifique attaque qu’il para d’extrême justesse. Son bouclier était endommagé. Acculé, il se rendit également.

Les conjurés survivants, désarmés, bien ferrés, Fleur ôta son masque, fit une brève révérence à l’adresse du comte qu’elle salua : « Ravie de vous revoir Monseigneur. » Depuis qu’elle avait révélé son véritable visage à Henri, elle avait le sentiment de respirer à son aise de nouveau.
 
Le saltimbanque s’enquit immédiatement de la santé des gardes. Il en sauva un mortellement blessé. Puis, il soigna Fleur. Maintenant que tous les effets magiques s’étaient dissipés, elle ressentait pleinement sa blessure. Grâce à son ami, elle ne conserva qu’une légère plaie qui guérirait sous huit jours.

Les courtisans avaient souffert des fumées toxiques. Certains plus que d’autres, gravement atteints. Ils toussaient, avaient les yeux rouges, mais ils rendaient grâce à Daromir d’être vivants, encore hébétés par le complot auquel ils avaient assisté.

Le comte remercia ses trois agents, bien conscient qu’il leur devait la vie. Il regarda avec dépit les corps sans vie des conjurés. « Quel gâchis tous ces seigneurs morts… » Il restait le seigneur de Relf, de Braychetin, de Pontanges, d’Esse, et d’Ygnol, en très piteux état. Les quatre jeunes gentilshommes avaient tous péri.

Au bout d’un moment, les murs de terre finirent par disparaitre et d’autres soldats accoururent dans la salle pour offrir leur aide. Avant que l’on ne les emmène au cachot, le comte signifia au baron : « On en discutera Henri. Je veux savoir qui a eu l’idée de tout cela. »

Fleur lui exposa ensuite les plans d’Olennaç. Des groupes de soldats embusqués dans la ville devaient normalement s’emparer de lieux stratégiques, notamment des portes, pour ouvrir la cité au comte d’Ereu qui marchait vers Antegnar à la tête d’une armée. Le comte allait faire en sorte de neutraliser les soldats des conjurés. Toutefois, Fleur lui précisa que parmi eux, se trouvaient des hommes de son père, de la dame de Méllèbe et du sire de Réchemprève, soldats à qui elle avait ordonné de prendre les armes contre les conjurés, une fois à Antegnar. Ils étaient reconnaissables à la livrée de Pertagne qu’ils portaient tous. Le comte ordonna donc à ses hommes d’épargner les Pertagnais. Il commanda à ses agents de neutraliser la trentaine de soldats qui les accompagnait à leur arrivée. Ces troupes devaient probablement attendre encore un signal des conjurés.

Accompagnés de gardes du comte, les trois amis se rendirent aux halles où les troupes des conjurés attendaient. En chemin, Niscarvin et Arnolphe suggérèrent à Fleur de ne pas attiser la haine, et de faire preuve de diplomatie. Mais la jeune femme leur rétorqua qu’elle en avait assez de passer pour une traîtresse. Toutefois, elle leur accorda que mieux valait éviter un bain de sang. Niscarvin se proposa pour parlementer avec eux en minimisant leur rôle dans l’échec du complot. Elle accepta.

Fleur soutint le saltimbanque en faisant valoir son nom. Niscarvin leur expliqua calmement : « Les choses ne se sont pas tout à fait déroulées comme prévues. Olennaç a été capturé. Nombre de gentilshommes sont morts. Il vous reste donc une seule issue : vous rendre sans faire d’histoire. Si vous acceptez, le comte sera magnanime. On comprend bien que vous étiez en service. »

Niscarvin fut très convaincant grâce à son Pouvoir. Il parvint à convaincre la moitié de l’auditoire, dont cinq enthousiastes. Certains hésitaient. Mais quelques-uns demeuraient hostiles. Ils gardèrent leurs armes, protestèrent, tentèrent de pousser leurs camarades à les imiter : « Hors de question d’obéir à des traitres ! » Arnolphe tenta de les intimider, en vain. Niscarvin, aidé par Fleur, leur commanda de se rendre, s’ils ne voulaient pas être pris à partie. Une dizaine déposèrent leurs armes, imités par dix autres. Mais cinq irréductibles attaquèrent les bretteurs qui les repoussèrent. Les assauts d’Arnolphe furent parés. Les gardes d’Enro les frappèrent durement. Deux périrent. Le sergent du comte donna alors de la voix : « Tout le monde se calme. Il y a déjà assez de morts comme ça. »

Les trois agents retrouvèrent le comte qui les remercia. Il les informa que 200 gardes patrouillaient actuellement à travers la ville pour débusquer les groupes infiltrés. Fleur suggéra à Niscarvin de soigner Lyonide toujours blessée. La capitaine des gardes accepta. Le saltimbanque frôla la catastrophe, manquant de lui sectionner une artère, mais parvint grâce à son Pouvoir à rattraper le sale travail du soigneur qui s’était occupé d’elle et dont il se moqua. Le chirurgien savait d’expérience que la demi-elfe avait échappé à une infection.

Les trois amis récupèrent leurs affaires et revêtirent leurs armures. Arnolphe rejoignit les rangs des gardes. Niscarvin et Fleur demeuraient aux côtés du comte. Le saltimbanque lui signala que le baron avait laissé des Loups-garous s’échapper, pressé de mettre son projet à exécution. Le comte le déplora, et estima que cela pourrait lui servir à le discréditer. On ne pouvait laisser ainsi des suppôts d’Absalem errer impunément.    

Damien d’Enro, reconnaissant, dit à Fleur qu’il ne l’avait jamais rémunérée lorsqu’elle était à sa Cour, et qu’elle avait bien mérité une récompense. Il lui accorda 10 000 pièces d’or. Il versa aussi 6 000 pièces d’or à Niscarvin, notamment pour ses spectacles dont il régalait sa cour, et 4 000 pièces d’or à Arnolphe pour son service. Puis le comte informa Fleur que ses hommes avaient été pris à parti par ceux des conjurés. Trois de Pertagne étaient morts. Cinq se trouvaient mal en point. La belle de Lasus demanda à Niscarvin d’intervenir qui les soigna bien. L’un d’eux, Thierry, put même reprendre le combat. Roland, lui, allait très bien. Fleur tint à féliciter ses hommes pour leur bravoure.

Le comte expliqua à ses trois agents qu’un groupe de soldats était retranché dans une tour. Aussi, il ordonna de les en chasser. Les deux hommes pensèrent d’abord à utiliser la ruse. Fleur proposa d’y aller en force, avec ses gardes pour bloquer les issues. Ses amis se rangèrent à son avis.

Ils arrivèrent devant la tour. Il faisait déjà nuit. Fleur leur ordonna de se rendre, usant de son Pouvoir. Niscarvin tenta de leur faire croire que l’armée d’Ereu qu’ils attendaient ne viendrait jamais, en faisant appel à sa Destinée. Leurs paroles parvinrent à semer le doute en face. Les ennemis retranchés exigèrent que les envoyés du comte avancent dans la lumière. Niscarvin leur proposa de négocier. Les pro-albiens menacèrent de descendre la traitresse qu’ils avaient en joue. Fleur leur rétorqua que s’ils l’abattaient, ils auraient affaire au comte, à sa famille et à celle de son fiancé ; autant dire qu’ils signaient leur arrêt de mort ! Les ennemis changèrent de ton. Ils voulaient ne pas être arrêtés, ni subir aucune mesure de rétorsion. Cela, les trois amis pouvaient le comprendre. Mais les ennemis exigèrent aussi la libération du baron et des conjurés. Niscarvin se gaussa : « Vous poussez ! Vous êtes qui pour exiger ça ? » Le saltimbanque les raisonna : « On vous laisse une chance de vous en sortir. Certains de vos camarades ne l’ont pas eu. » Fleur insista sur le fait qu’ils étaient disposés à négocier, à condition que leurs demandes fussent raisonnables. La négociation était âpre. Les pro-albiens réclamèrent un édit de tolérance de la part du comte. Les trois amis se concertèrent et convinrent qu’ils ne pourraient jamais demander cela au comte. Finalement, les pro-albiens réclamèrent 1000 pièces d’or chacun et le droit de rentrer libre et impuni. Fleur parvint à faire baisser leurs exigences à 700 pièces d’or. Les trois agents acceptèrent. On fit venir un notaire et un prêtre. Arnolphe avança l’argent. Les hommes embusqués donnèrent leur nom et promirent en échange d’ouvrir la porte, de quitter Antegnar et de ne plus causer d’ennuis avant un moment. Fleur précisa sous un an.

Les trois amis informèrent le comte qu’ils avaient libéré la tour sans coup férir. Niscarvin, grâce à son Pouvoir, rapporta leurs négociations. Le comte les félicita et informa à Arnolphe qu’il serait remboursé par son trésorier. Puis il fit savoir à Fleur que d’après ses espions, le comte d’Ereu se trouvait à Pertagne. La belle de Lasus, très inquiète, espéra que les troupes albiennes se contentent de pillages. Pour l’heure, Damien d’Enro invita ses agents à se reposer, car dès le lendemain, ce serait l’état de siège.
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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 10

Message  Fleur le Sam 25 Fév - 3:33

Le siège d'Antegnar


Le 16e Corvée (15 janvier), les mages de la ville furent réquisitionnés. Tout le monde fut mobilisé. La prêtresse se trouvait à Qers. D’après les espions, l’armée du comte d’Ereu devrait arriver à Antegnar au soir ou le lendemain au plus tard. Fleur inspecta les plans de la ville avec le comte, et usant de son Pouvoir, elle lui donna d’excellents conseils. Elle lui proposa de saisir l’équipement des prisonniers, de le donner à des habitants pour gonfler les rangs des défenseurs de la cité. L’idée était de montrer à Ereu qu’Antegnar avait les moyens de le repousser et qu’elle ne tomberait pas. Les hommes et les ressources furent réparties au mieux. Niscarvin fit un spectacle pour distraire tout le monde. Le moral était bon.

Le soir, un homme arriva en courant, essoufflé. « Monseigneur, des cavaliers sont là. » Un groupe de cavaliers faisait le tour de la ville, constatant que les portes demeuraient fermées. Le comte ordonna que l’on se rende vers eux à cheval. Il voulait faire une démonstration de force. Il commanda aux archers de les tenir en joue. Le comte, accompagné de ses trois agents et de gardes, en armures, rattrapa les cavaliers.

« Je suis le comte d’Enro. Tous les conjurés sont morts ou prisonniers. Dites au comte d’Ereu que nous sommes prêts à le recevoir. »

Sur ce, il se retira et conseilla à ses agents de se reposer. Avant de regagner leur chambre, les trois amis échangèrent sur ce qui les tourmentaient et s’en trouvèrent soulagés.

Le 17e Corvée (16 janvier), les trois amis s’étaient reposés. Tandis qu’Arnolphe avait dormi comme un loir, Fleur, elle, avait eu du mal à trouver le sommeil. Savoir l’armée du comte d’Ereu sur les terres de Pertagne ne la rassurait pas. A présent, les soldats de Fleur étaient pris en charge par le comte.  

En compagnie de Damien d’Enro, ils firent le tour des défenses. Rien n’échappa à l’œil d’aigle d’Arnolphe. Il estima les effectifs ennemis à un millier de d’hommes environ. Aucune machine de guerre en vue : curieux pour un siège ! Les ennemis avaient espacé les tentes pour gonfler leurs effectifs. Ils n’avaient pas de bagages et avaient voyagé léger. Arnolphe aperçut plusieurs créatures volant au-dessus de la ville, descendre vers les toits. Lorsqu’elles furent à quelques mètres, elles furent prises dans un voile irisé et disparurent. Niscarvin comprit que la barrière magique de la ville avait rempli son office. Arnolphe remarqua aussi que le camp installé par les troupes n’était pas très crédible. Il y avait certes des fossés mais il demeurait facile à prendre. Une forêt et une rivière se trouvaient à proximité. Il n’y eut aucune attaque ce jour-là.

En soirée, grâce au comte, un mage de feu permit à Fleur de contacter son père car les craintes de la jeune femme étaient aussi compréhensibles que légitimes. Et puis, cela intéressait aussi le comte de savoir si son fidèle vassal tenait bon. Le mage lança fort bien son sort et l’image de Philippe de Lasus apparut bientôt dans l’âtre de la cheminée. Fleur l’appela et son père, un peu surpris lui répondit, soulagée de voir sa fille bien en vie.

« Père ? M’entendez-vous ?
- Oui. Ma fille.
- Père, le temps presse aussi m’efforcerai-je d’être concise. Avec l’aide de mes braves compagnons, j’ai pu déjouer le complot et notre suzerain est sauf. »

Le baron put en effet apercevoir près de la jeune femme Damien d’Enro qui laissait respectueusement Fleur s’entretenir avec son père. La belle de Lasus poursuivit :

« Mais à présent, comme nous le craignions, le comte d’Ereu assiège Antegnar. Nous allons faire face mais j’ai peur pour vous Père. Ses armées sont passées sur nos terres apparemment.

- Rassure-toi. Ils n’ont fait que passer et se sont contentés de quelques pillages.

- C’est déjà cela. Mais à présent il sait que j’ai trahi Olennaç et il risque de s’en prendre à Pertagne en représailles. Aussi Père je vous supplie de vous barricader et de rappeler vos vassaux.

- Ne t’inquiète pas. Je ferai face et je tiendrai, le plus longtemps possible. J’ai hélas une mauvaise nouvelle à t’annoncer ma fille. Je ne pouvais te contacter, te sachant auprès d’Olennaç. Fortuné est mort… »

Le cœur de Fleur manqua un battement. Elle coupa son père, la gorge serrée : « Quoi ??? Non, ce n’est pas… »

Le baron cherchait ses mots. Il tâcha de la rassurer :

« Il ne l’est pas réellement. C’est un subterfuge pour le protéger. Hélas il a été victime d’un attentat. Un homme lui a tiré dessus en jurant que personne ne t’aurait.

- Oh non… », murmura-t-elle horrifiée.  

Fleur comprit aussitôt que Malfosse, son soupirant éconduit, avait frappé. Comme leur mariage approchait, les bans devaient certainement être publiés, ce qui avait facilité la tâche du proscrit, en lui fournissant le nom et la ville de son fiancé. Son père poursuivit :

« Fortuné a été blessé mortellement mais Korritil a fait le nécessaire et ses jours ne sont pas en danger. Il est en sécurité chez son père. »

Fleur un peu désemparée, contenait ses larmes. Elle se calma en se répétant que son bien-aimé était blessé mais en vie. Elle répondit :

« Et Malfosse ?
- Il s’est enfuit.
-  Merci de m’avoir prévenue. Comme je regrette de ne pouvoir vous prêter main forte, de ne pouvoir veiller sur mon cher amour. Il nous faut d’abord libérer Antegnar et je ferai mon devoir quoi qu’il en coûte. »

La jeune femme se tourna vers son seigneur, lui demandant muettement s’il souhaitait s’adresser à son père. Damien d’Enro s’approcha, il confirma que les craintes de Fleur étaient fondées et invita aussi Philippe de Lasus à renforcer ses défenses. Il fit savoir à son vassal qu’il allait garder contact avec lui et qu’il viendrait protéger Pertagne si nécessaire.

« Mais pour l’heure, je dois protéger ma cité. Compléta le comte.
- Je comprends monseigneur. Pertagne tiendra aussi longtemps qu’il le faudra. Je ferai ce qu’il faut pour cela. »

Les derniers mots du baron furent pour sa fille : « Ma fille, je devine tes craintes et je suis de tout cœur avec toi. Mais tu dois te montrer forte."

Fleur, très émue, opina du chef respectueusement.

« Bats-toi bravement et sois digne Fleur.
- Jusqu’à la mort. Je le serai Père. Je vous le promets. »

L’image disparut. Submergée d’émotion, Fleur se contint devant le comte, qui lui témoigna sa sollicitude. Elle lui demanda la permission de se retirer un instant. Damien acquiesça. La jeune femme sans un mot gagna sa chambre presque en courant, et là seulement, elle pleura quelques instants. Ses proches lui manquaient terriblement, et à présent elle tremblait à l’idée de les perdre, entre le comte d’Ereu qui pouvait assiéger ses terres et Fortuné, blessé, qui passait pour mort, menacé par ce fou de Malfosse. Elle ne pouvait rien pour eux et se sentait bien impuissante. Puis, elle se remémora les dernières paroles du baron et se ressaisit. Elle pria Daromir de protéger son père, et de préserver la vie de son bien-aimé.    

Le 18e Corvée (17 janvier), une délégation ennemie portant un drapeau blanc s’avança jusqu’aux portes de la ville. Le comte d’Ereu, parmi les cavaliers, demanda à parler au comte d’Enro. Il souhaitait que Damien descende pour s’entretenir face à face. On fit appeler le comte d’Enro qui se présenta du haut des remparts, refusant de descendre. Damien déclara à Honoré d’Ereu : « Vos manigances ont assez duré. De quel droit venez-vous m’attaquer ? Je sais fort bien que vous êtes derrière ce complot.

- Je veux bien reconnaitre que je soutiens Henri. Il est fidèle au roi et à la vraie foi contrairement à certains. Ce n’était pas un complot mais une délégation destinée à vous ramener à la raison. Mais visiblement, vous vous entêtez. »

Damien se dérida face à autant de mauvaise foi.

« Vous vous moquez de moi ? Votre armée, vous avez bien dû la préparer. Et les conjurés avaient des parchemins sur eux.

- Ils avaient pris ces parchemins parce qu’ils s’attendaient, à raison, à être mal reçus. »

Ereu exigea la libération du baron. Damien lui rétorqua qu’il en était hors de question et il le somma de repartir. Honoré ne se laissa pas démonter. Les deux comtes négocièrent âprement. Honoré présenta tout de même de solides arguments pour qu’on ouvre les portes de la ville. Damien dut user de son Pouvoir pour ne pas céder tant Honoré semblait de bonne foi. Les deux amis ne furent pas ébranlés par les paroles d’Ereu. Fleur, elle, n’était pas pour ouvrir les portes mais elle comprit que son suzerain allait passer pour le méchant seigneur qui s’en était pris à une députation. Pour soutenir son suzerain, Fleur prit la parole :

« Monseigneur d’Ereu. Moi, Fleur de Lasus, héritière de Philippe de Lasus, je déclare que Pertagne n’a jamais cessé d’être fidèle au comte d’Enro. J’affirme que nous sommes de bons Tharésiens, de loyaux sujets, et qu’il est dans notre bon droit de prendre les armes si l’on nous prend pour cible. Aussi Pertagne soutiendra de toutes ses forces monseigneur d’Enro.

- En voilà des paroles bien hardies, jeune fille, et vous allez les regretter. »

En employant le « nous », la belle de Lasus pensait au comte et à Pertagne, mais elle pensait plus globalement aux Réformés ; elle avait compris depuis le tournoi que Damien d’Enro était leur fer de lance. Elle cherchait surtout à légitimer les actions du comte face aux conjurés et la position de Pertagne qui défendait son suzerain comme tout bon vassal.

Le 19e Corvée (18 janvier), les trois amis s’entrainèrent. Il n’y eut pas d’attaque. L’ennemi tentait de bloquer les approvisionnements. Le comte décida de laisser faire, pour le moment.

Le 20e Corvée (19 janvier), les trois amis s’entrainèrent. Rien ne se passa. Le comte se rangea à leur avis de ne rien tenter pour le moment. Il laissait une huitaine aux ennemis pour se retirer. Pour distraire tout le monde, Niscarvin fit un magnifique spectacle.

Le 21e Corvée (20 janvier), les Albiens prièrent en ce jour saint. Les trois amis s’entrainèrent derechef. Arnolphe observa les ennemis. Il confirma que c’était de l’esbroufe. Il devait bien rester 200 hommes, 250 tout au plus. Les trois quarts de l’armée n’étaient pas là. Il en fit part au comte et à ses amis. Les deux hommes proposèrent une action de nuit. Fleur hésita ; elle craignait de perdre des hommes, du Pouvoir, et des ressources vainement, puis elle se laissa convaincre. Laisser le siège s’éterniser n’était pas non plus une solution, et par ailleurs, il lui tardait de secourir Pertagne, et de retrouver son fiancé. Aussi, elle décida d’appeler son père, moyennant 500 pièces d’or qu’elle paya au mage de feu. Elle demanda à son père quelle était la situation. Philippe l’informa qu’il avait renforcé ses défenses, rappelé ses vassaux les plus fidèles, fort heureusement car les troupes du comte d’Ereu s’étaient mis à l’assiéger. Le comte semblait vouloir tester ses défenses et voir s’il ne pouvait pas s’emparer de Pertagne.

« De combien d’hommes disposez-vous Père ?

- Une centaine. Certains vassaux ont fait le choix de rester entre leurs murailles. Ne t’inquiète pas Fleur. Nous n’avons pas vu de canons ou de machines de guerre. Ils seraient environ 500 hommes. A mon avis, ils ne sont pas assez nombreux pour prendre Pertagne. En tout cas, on peut tenir un moment, et s’ils prennent la ville, qu’à cela ne tienne, nous nous retrancherons dans le château et nous résisterons autant que nous le pourrons. »

Le baron ne semblait pas ravi. Il connaissait parfaitement son château et il savait que Pertagne finirait par être pris s’il ne recevait pas de renfort. Il ne pourrait résister indéfiniment au comte d’Ereu. Mais les Lasus n’avaient pas le choix. Fleur, inquiète, se sentant impuissante, déclara : « Je vais en informer notre suzerain. Tenez bon Père. J’espère venir en renfort le plus vite possible. »

Fleur prévint Damien d’Enro que Pertagne était assiégé. Le comte demeura dubitatif, murmurant en réfléchissant : « Mais à quoi joue-t-il ? » Ereu semblait envahir le comté mais il n’avait pas suffisamment de troupes pour cela.

Lorsque la nuit fut entamée, les trois amis descendirent en rappel de la muraille, après avoir convenu d’un code avec les gardes pour ne pas être pris pour cible à leur retour. Grâce à leur Pouvoir, ils eurent une bonne vue, et purent tenter d’approcher en toute discrétion. Arnolphe fut le moins furtif mais par chance, personne ne les remarqua.

Les ennemis avaient creusé un fossé. Dix hommes montaient la garde. Les trois amis s’armèrent de grenades qu’ils lancèrent sur des tentes. Six tentes explosèrent. Dix hommes périrent, dix furent mortellement blessés et dix touchés gravement. Les deux bretteurs s’occupèrent des deux premières sentinelles, tout en protégeant Arnolphe. Niscarvin blessa le premier mortellement. Le sieur Grosjean décocha plusieurs traits et fit des victimes : un mort, deux mortellement touchés, un gravement et un légèrement atteint. Les ennemis, hébétés, se regroupèrent, cherchant où se trouvaient les assaillants, se demandant combien ils étaient. Fleur blessa légèrement la première sentinelle tandis que son acolyte para aisément son épée courte. Niscarvin garda le passage contre quatre soldats pour permettre à Arnolphe de tirer en toute quiétude. L’archer toucha plusieurs hommes dans leurs armures. Fleur acheva le premier tandis que le second, coriace, para son attaque. Niscarvin esquiva à coup d’acrobaties les assauts des autres soldats. Usant de son Pouvoir, Arnolphe lança une nouvelle grenade qui fit des morts et infligea des blessures mortelles.

Certains, affolés, disaient qu’ils avaient affaire à un mage de feu, à une Elfe, et criaient au sauve-qui-peut. Les trois amis décidèrent de concert de les poursuivre. Niscarvin fit une magnifique attaque : il élimina quatre hommes et acheva d’autres blessés. Fleur infligea des blessures graves et légères à trois d’entre eux.

Arnolphe se brûla en voulant enflammer les tentes. Les trois amis se replièrent en courant, estimant qu’ils avaient suffisamment infligé de dégâts aux ennemis. Dans sa course, Arnolphe manqua de trébucher dans la neige et dut user de son Pouvoir. Fleur eut d’emblée un point de côté. Niscarvin parvint aux murailles en premier. Il fit appel à sa Destinée pour ne pas tomber en escaladant. La belle de Lasus peina également dans son ascension, mais finalement, ils arrivèrent sains et saufs aux côtés des défenseurs d’Antegnar. Ils allèrent goûter un repos bien mérité.

En se couchant, Fleur pria pour Fortuné. Elle se sentait coupable de ce qui lui arrivait et impuissante de ne pouvoir veiller sur lui. Elle se dit qu’elle avait trop longtemps enfoui sa tête dans le sable et qu’elle se devait de venger son bien-aimé, si possible avant leur mariage. Son inaction, ses craintes n’avaient que trop mis en danger ses proches. Ce n’était pas à son père, à son frère, ou à Fortuné, mais bien à elle de réparer son erreur. Après tout, elle avait une Destinée à présent. Elle pria également pour ses parents, pour que Pertagne ne tombe pas. Tourmentée, elle s’endormit avec difficulté, le ventre serré.

Le 22e Corvée (21 janvier), Fleur s’entretint avec le comte, en présence de ses deux complices. Comme le chevalier d’Econ était mort, Fleur demanda au comte s’il voulait bien accorder au sire d’Armaldré le territoire qu’il contestait à Econ, vu que le défunt avait trempé dans la conjuration. Comme la belle de Lasus l’avait secouru, qu’elle l’aidait à présent à défendre sa cité, le comte accepta. Ravie, Fleur le remercia pour son soutien. Elle savait qu’elle tenait là le moyen d’obtenir la loyauté de Narcisse d’Armaldré. Le comte l’informa qu’il allait rendre un jugement dans ce sens après le siège, qu’il en ferait parvenir une copie à Pertagne. Il lui indiqua qu’il fallait aussi un jugement de Pertagne. L’idée était de déclarer Econ félon à ses suzerains, de lui confisquer ses terres et de les rendre à ses héritiers, sauf le territoire qui serait cédé au chevalier d’Armaldré. Le comte tenait à ménager les seigneurs albiens. Il invita Fleur à ne pas trop en faire sur la félonie, mais, en tant que suzerains d’Econ, ils pouvaient prendre ce prétexte pour saisir la terre réclamée pour Armaldré, tout en faisant preuve de magnanimité.

Puis, elle fit une suggestion concernant Qres. Puisque la comtesse l’avait chargée d’informer le fils de Nicemount de la mort de son père, Fleur voyait là une opportunité de dissimuler l’identité du propriétaire des deux îles, et elle exposa son plan mûrement réfléchi. Elle voulait proposer au fils de reprendre le flambeau en tant qu’intendant, avec un titre honorifique de « seigneur », titre que les habitants respectaient toujours pour son père car ils en parlaient comme de leur seigneur. Le fils se voyait ainsi offrir une situation honorable, à condition toutefois qu’il respecte l’autorité du seigneur et prioritaire légitime des deux îles : le comte, et il servirait de couverture. Après l’avoir écouté attentivement, le comte réfléchit et estima son plan astucieux. Il lui donna son aval. Toutefois, il reprocha à ses trois agents de ne pas avoir prévenu ce pauvre gentilhomme plus tôt. Fleur accusa le coup et fit amende honorable. Il n’avait pas tout à fait tort. Elle reconnut qu’ils s’étaient bornés à parer au plus urgent. Ils n’y avaient pas pensé. « Aussi, je tiens à réparer ce fâcheux oubli Monseigneur. » Elle précisa, ayant visiblement pensé à tout, qu’elle tâcherait, si Nicemount acceptait, de le convaincre de garder à ses côtés Denys qui avait été élu par les habitants des deux îles, et qui lui serait d’un précieux conseil.

Le comte demanda leur avis aux trois amis. Leur attaque ne semblait pas avoir causé beaucoup d’émoi dans le camp adverse. Le gros de l’armée avait l’air de s’être retiré, mais cela pouvait être un piège. « Je veux que vous alliez observer les lignes ennemies. Ce siège a assez duré. »

En passant par la ville, Fleur trouva des bans annonçant son mariage avec Fortuné. Ils dataient de la fin du mois de Vinasse, cela remontait à la dernière fois qu’elle avait vu son aimé, avant son départ avec la comtesse pour Qres. Ces bans étaient la promesse d’une vie aux côtés de Fortuné en dépit de ses devoirs vassaliques, et leur union lui semblait bien compromise pour l’heure ; à cette éventualité, son cœur se serra.

Les trois amis se concertèrent en se rendant en haut des remparts. Arnolphe y passa la journée, épiant chaque camp, traquant du regard le moindre mouvement, scrutant les alentours à la longue-vue. Certains camps lui paraissaient désertés. Le camp principal ne comptait plus qu’une cinquantaine d’hommes. Il devait rester en tout une centaine de soldats.

Vers le soir, ils se concertèrent sur la stratégie à adopter. Fleur proposa d’attaquer tous les camps restants à la fois. Le temps pressait. Pertagne était assiégé. Niscarvin proposa de se diriger vers une colline pour vérifier si le gros de l’armée ne stationnait pas au-delà des collines, dans les bois. Ils allèrent prévenir le comte. Damien approuva la stratégie proposée par ses agents ; il pouvait envoyer trente hommes sur chaque camp. Mais il exigea que ses agents se rendent d’abord sur une colline regarder les alentours et s’assurer que les forces d’Antegnar pouvaient raisonnablement passer à l’offensive. Le comte leur confia une fusée de détresse confisquée aux prisonniers. Mais à bien y réfléchir, Fleur estima que cela serait bien que chaque groupe s’équipe de longue-vue pour rapporter des informations, ce qui n’était pas envisageable la nuit, comme le firent remarquer Niscarvin et Arnolphe. Fleur proposa une attaque à l’aube. Le comte était d’accord mais leur demanda dans ce cas d’aller en repérage cette nuit.

 Les trois agents descendirent des murailles par le côté nord. Ils eurent une bonne vision grâce à leur Pouvoir. L’escalade fut laborieuse. Niscarvin manqua de tomber, malgré ses réflexes, il glissa, arriva à amortir sa chute et se blessa légèrement. Fleur lui demanda si cela allait. Niscarvin la remercia et la rassura en lui rappelant qu’il en avait vu d’autres. Grâce à leur Pouvoir, ils progressèrent de manière furtive. Ils se rapprochèrent du camp principal. Ils ne remarquèrent rien de précis.

Ils poursuivirent leur route en se dirigeant vers les bois. Ils atteignirent l’orée. Là, Fleur hésita. Si les troupes étaient embusqués dans les bois, ils pouvaient se retrouver rapidement encerclés. Mais les deux hommes furent d’avis de fouiller les lieux. Elle leur fit confiance. Ils inspectèrent les bois pendant une heure. Arnolphe, dans son élément, se repérait bien. Comme la nuit avançait et qu’ils ne trouvaient aucune trace des troupes albiennes, ils firent demi-tour pour se diriger en sens opposé vers l’ouest de la cité. Quittant le bois, ils virent au loin des villages, ils ne pouvaient dire si les soldats d’Ereu s’y réfugiaient.

De retour dans Antegnar, ils informèrent le comte qu’ils n’avaient trouvé aucune armée embusquée. Les forces ennemies pour ce siège résidaient donc en ces petits camps établis autour de la cité, ce qui confirmait les estimations d’Arnolphe et les dires de Philippe de Lasus. Le gros de l’armée d’Honoré d’Ereu était parti. Les trois amis conseillèrent au comte d’attaquer et décidèrent d’accompagner les combattants. Fleur prendrait part aux côtés des Pertagnais. Niscarvin se soigna avant leur départ, débarrassé de sa blessure.

A l’aube, sous la neige, les trois amis se dirigèrent vers un camp abritant une dizaine d’individus. Ils avancèrent sur le barrage. Apparemment, il était désert. Ils décidèrent de faire deux groupes pour prendre les ennemis en tenailles et ne pas se jeter sur leurs défenses. Fleur prit la tête de sept hommes avec le sergent et Niscarvin, accompagné d’Arnolphe, les sept autres.

Par chance, les ennemis ne se montraient pas vigilants et l’alerte fut donné tardivement. Les deux groupes sautèrent par-dessus les épieux taillés, placés en rang. Du côté de Niscarvin, six passèrent sans difficulté. Un de ses hommes assena une blessure grave à un Albien. Arnolphe se blessa en sautant, et se prit un carreau qui le toucha gravement. Il n’eut d’autre choix que de réduire sa plaie. Niscarvin assaillit efficacement les ennemis. Du côté de Fleur, un soldat s’empala et aucun n’arriva à passer. La belle de Lasus attaqua seule : elle fit trois morts, toucha deux autres mortellement, et deux gravement. Deux soldats arrivèrent alors en renfort, tandis que deux autres s’étaient empalés.
Les arbalétriers ennemis visèrent Arnolphe, sans succès.

Fleur attaqua de nouveau, pour laisser le temps à ses hommes d’arriver. Elle en heurta deux superficiellement. De l’autre côté, Niscarvin manqua son attaque, mais un garde à côté de lui blessa légèrement un Albien.

Le reste des Pertagnais finit par passer, en contournant les épieux. Niscarvin et Arnolphe distribuèrent d’autres coups. Le sergent de Pertagne, Bernard, décapita un Albien. Voyant que le combat tournait en leur faveur, Fleur décida de faire des prisonniers. Elle ordonna à ses hommes de les arrêter simplement. Elle ne fut pas entendue et dut insister. Les Pertagnais finirent par obéir. Les survivants furent désarmés, mis en joue. Arnolphe usa de son Pouvoir pour les intimider. Les prisonniers, apeurés, se mirent à parler. L’un d’eux expliqua : « Le comte nous a ordonné de rester là. de tenir les routes, mais hier, pas mal ont déserté, parce que ceux qui gardaient l’un des barrages se sont faits massacrés dans la nuit et ils ont pris peur. »

L’homme avait en face de lui les responsables de cette attaque de la veille. Les agents lui posèrent d’autres questions et il répondit en apportant d’autres précisions. Honoré d’Ereu avait pris les trois quarts de l’armée pour ravager le comté. Mais l’homme leur assura qu’il allait revenir, du moins le croyait-il. C’était ce que le comte avait dit.

Niscarvin soigna les soldats légèrement blessés par les épieux. L’un d’entre eux ne garda aucune séquelle. Ils emmenèrent les prisonniers. En chemin, Niscarvin tenta de les convaincre qu’en se réformant, ils auraient plus de chances de s’en sortir. Deux se montrèrent intéressés. Un qualifia ses camarades d’hérétiques. En chemin, ils observèrent l’avancée des troupes du comte. Certains groupes semblaient l’emportaient sur les Albiens. Deux groupes en revanche, paraissaient en grande difficulté.

Le comte les informa de l’avancée de ses troupes sur les autres camps. Certains groupes avaient trouvé des camps désertés ou presque. D’autres avaient essuyé au contraire une farouche résistance face à deux camps. Il déplorait une quarantaine d’hommes hors combat. Les soldats du comte avaient appris que Honoré d’Ereu était parti le soir des négociations et il ravageait en ce moment le comté.

Il faisait à présent une tempête de neige. Le comte fut d’avis de détruire le camp principal et d’attaquer le second ensuite. Cela représentait environ 70 ennemis.

Avant de dormir, Fleur repensa à Econ. Elle se souvint qu’elle ne lui connaissait pas d’héritiers, et cela la tracassait. Le défunt avait sûrement pris des dispositions testamentaires. Qui avait-il pu désigner ? Le pire choix serait assurément le seigneur de Glaile et Econ, hostile à Pertagne, en était bien capable. Elle soupira de lassitude. Chaque chose en son temps. Ses priorités étaient désormais Antegnar, Pertagne, et Fortuné.  

Le 23e Corvée (22 janvier), tous se reposèrent. Le mauvais temps persistait.

Le 24e Corvée (23 janvier), Fleur était guérie. C’était le Huiti. Ils suivirent la messe. Fleur remboursa les 3000 pièces d’or qu’elle devait à ses amis pour le dédommagement de la population de Qres. La belle de Lasus décida de rappeler Pertagne, estimant qu’en principe, les Papistes n’allaient pas attaquer durant le Huiti. Elle lui demanda quelle était la situation à Pertagne. Philippe lui rapporta que l’armée était toujours là. Ils avaient testé les défenses, avaient envoyé des invocations pour braver la barrière magique, et lorsqu’ils avaient compris qu’ils ne pourraient pas prendre la ville, le gros de l’armée était parti. Fleur lui demanda dans quelle direction ils s’en étaient allés mais le baron l’ignorait.  
Fleur lui demanda des nouvelles de Guilhem et de Fortuné. Mais les communications étaient coupées, il n’avait donc reçu aucune lettre. Elle pensa alors à mettre en garde son père, mieux valait ne pas parler du retour de Malfosse à Guilhem, qui devenait comme un chien enragé lorsqu’il s’agissait de ce fou. Il finirait bien par l’apprendre, mais il valait mieux que cela fut le plus tard possible.

« Au juste, ma fille, qu’avez-vous à répondre sur ces rumeurs qui prétendent que nous sommes désargentés ?

- Comment ? Mais je n’ai jamais tenu de tels propos !

- Il parait que vous étiez sans le sou, que vous n’aviez pas de quoi vous vêtir…

- Ah oui, ce n’est que cela ! Ce n’est rien Père. Il est vrai que je n’avais que deux robes sur moi et ma tenue de voyage à Olennaç.

- Mais enfin vous exagérez Fleur ! Pertagne n’est qu’à une journée de cheval d’Olennaç. Vous auriez prendre une garde-robe convenable. Que va-t-on penser ?

- J’en conviens Père, mais voyez-vous, Olennaç se méfiait de moi, je devais gagner sa confiance. Tout le monde sait que vous avez toujours été d’une loyauté sans failles au comte alors je n’ai pas voulu prendre le risque. En outre, en rejoignant Olennaç, j’étais censée agir sans votre consentement. Mais ne vous inquiétez pas, Père. Mon mariage approche, ce sera pour nous l’occasion de faire taire les mauvaises langues en montrant le lustre de notre famille. Je n’ai pas encore vu ma robe, mais connaissant le talent de Mère, je gage qu’elle sera magnifique.

- Oui, ta mère a fait le nécessaire. Enfin pour ce qui est de ton mariage, j’espère que nous serons prêts, l’hiver ne nous facilite pas la tâche. Il faudrait surtout qu’Ereu et sa compagnie de mécréants déguerpissent, et que les routes redeviennent sûres. Je ne te cache pas que nous sommes inquiets. Enfin, ne te préoccupe pas de cela, sers bien notre
suzerain, et j’en aviserai avec Korritil. Nous ferons au mieux. Il ne sera pas dit que ma fille ait fait un mariage de misère.

- Ereu, qu’il soit maudit ce vil serpent ! Ni lui, ni l’hiver, ni Absalem ne saurait m’empêcher de m’unir à Fortuné et je suis certaine qu’il pense comme moi.

- Oui. J’ai bien compris. Laissez-nous gérer cette affaire."

Père et fille se saluèrent. Fleur lui demanda de dire à Fortuné combien il lui était pénible de ne point être à ses côtés, et de lui faire comprendre qu’elle n’avait pas le choix.  

La belle de Lasus informa son seigneur que le siège de Pertagne avait pris fin, mais que son père maintenait ses défenses renforcées. Agacé par la perte de soldats, le comte perdait patience. Le comte d’Ereu les menait par le bout du nez et ravageait tranquillement sa terre pendant ce temps. Il décida que le siège avait assez duré. Il souhaitait y mettre un terme en y allant personnellement, à cheval, à la tête de 200 hommes.

La belle de Lasus n’eut aucun mal à encourager les Pertagnais. Elle avait gagné leur respect. Elle en confia le commandement à son suzerain. Le comte suggéra à ses trois agents de partir en avant nettoyer l’un des deux barrages restants.

Le 25e Corvée (24 janvier), les trois sortirent de l’autre côté de la cité. Ils coupèrent à travers champs. Niscarvin fit appel à son Pouvoir être discrets. Ainsi, ils progressèrent furtivement. Arnolphe repéra une dizaine de gardes. Fleur, stratège, proposa une tactique : ils allaient approcher des palissades sans les franchir. Arnolphe allait viser ceux qui approchaient et dès qu’ils seraient groupés, il lancerait une grenade.

Ils s’exécutèrent, se mirent en position. Arnolphe toucha cinq ennemis. Un arbalétrier le repéra mais le rata. Un garde pointa nos héros du doigt. Arnolphe le prit de vitesse et lança parfaitement la grenade. Les arbalétriers ne s’en relevèrent pas.

Niscarvin et Fleur bondirent. La belle de Lasus supprima les derniers ennemis. Ils firent de la place. Quand le comte passa avec ses troupes, les agents lui firent signe.

Ils avaient de la neige jusqu’aux genou. Ils rejoignirent le comte qui les félicita. Niscarvin alla en première ligne. Arnolphe se joignit aux tireurs. Fleur suivit les Pertagnais. Les archers se mirent en position. Arnolphe fit une belle attaque, touchant cinq ennemis mortellement.

Le reste de la troupe approcha. Le comte cria : « Chargez ! »

Arnolphe manqua sa cible et prit un carreau qui le blessa légèrement. Ses traits suivants effleurèrent trois ennemis. Fleur évita de justesse un carreau qui filait vers elle, et planta mortellement le soldat à côté d’elle. Niscarvin, puis Fleur, contournèrent pour s’infiltrer dans le camp où il n’y avait pas de fossé. De son côté, Arnolphe décocha une nouvelle salve, sans succès.

Niscarvin chargea en criant : « Pour Tharès ! » et fit une belle attaque : il blessa un ennemi mortellement, deux gravement et d’autres légèrement. Il fit un cercle autour de lui, facilitant l’approche de ceux qui le suivaient. Trois ennemis l’attaquèrent. Le saltimbanque esquiva le premier, mais les deux autres le blessèrent légèrement.

Un Pertagnais se planta dans un épieu. Fleur sauta de justesse. Elle cria sa devise et attaqua tous ceux qui passèrent à sa portée à l’aide de son Pouvoir : elle infligea des plaies mortelles aux premiers, des graves et des légères aux suivants. A l’instar de Niscarvin, elle avait fait le vide autour d’elle. Deux ennemis l’attaquèrent, mais elle ne fut pas touchée grâce à sa bénédiction. Arnolphe comprit que les Albiens étaient débordés. Usant de son Pouvoir, Niscarvin sema la mort. Fleur fit de même, assenant trois blessures mortelles, deux graves, et des légères aux suivants. Les Albiens se retrouvaient à un contre quatre. C’est alors qu’un ennemi, dans l’angle mort de Fleur, planta la belle de Lasus dans le ventre, qui revint de la mort grâce à sa Destinée. Niscarvin blessa gravement un Albien.

Les ennemis, débordés, finirent par se rendre. Le campement fut brûlé. Le comte félicita ses agents, impressionné par leur efficacité. Il salua en particulier la vaillance des bretteurs. Ces derniers soulignèrent qu’Arnolphe s’était particulièrement distingué dans le barrage. Niscarvin se soigna, conservant une légère, et grâce à ses talents de chirurgien, Arnolphe s’en sortait indemne. Les troupes d’Antegnar déploraient la perte d’une dizaine d’hommes. Le comte rentrait au château. Il envoya une centaine d’hommes éliminer le dernier camp. Niscarvin et Arnolphe décidèrent de les accompagner. Fleur, qui venait de mourir d’un coup de lance, et sentant son Pouvoir presque épuisé, jugea plus sage de suivre le comte. Elle félicita les Pertagnais pour leur bravoure.

A l’approche du dernier camp, Arnolphe tira une première salve. Un archer à côté de lui fut gravement touché par un carreau. Les archers albiens semblaient redoutables : Arnolphe n’arrivait pas à les atteindre, et Niscarvin, très ciblé, évita leurs traits en faisant des acrobaties. Le saltimbanque dut puiser dans son Pouvoir pour ne pas s’empaler et les passa largement. Il élimina les arbalétriers, blessa d’autres ennemis mais fut heurté par un coup de hache. Il affronta en duel un homme. Dans un premier temps, il trébucha, se rétablit et lui infligea une blessure légère. Un garde d’Antegnar vint lui prêter main forte en touchant son adversaire par derrière. Niscarvin en profita pour le blesser mortellement. Rapidement, les ennemis se retrouvèrent débordés.

Niscarvin se soigna en usant de son Pouvoir, et ne conserva qu’une blessure légère.

Le comte félicita ses agents publiquement et leur remit 3 000 pièces d’or à chacun.

Le soir, le comte discuta avec ses agents des agissements d’Ereu. Il nous rappela que le duc allait convoquer le ban et l’arrière-ban pour l’équinoxe du printemps. Le comte restait à Antegnar et chargea ses agents d’éliminer les mercenaires d’Ereu. Il leur confiait le commandement de 70 hommes. Il allait renvoyer chez eux les soldats des conjurés. Niscarvin demanda au comte s’il pouvait établir un document officiel. Le comte accepta. Cette expédition serait menée par Fleur, appuyée par deux lieutenants : Arnolphe et Niscarvin. Fleur lui demanda ce qu’il comptait faire pour les seigneurs morts ; ils étaient félons, tous n’avaient peut-être pas d’héritiers, comme le sire d’Econ. Cela représentait peut-être une occasion de placer des hommes de confiance à la tête de seigneuries. Le comte en convint mais lui répondit qu’il aviserait quand le calme serait revenu. Niscarvin demanda ce qu’il comptait faire d’Olennaç. Le comte préférait le garder comme prisonnier, il servirait peut-être de monnaie d’échange. Il en allait de même pour le paladin. Le comte leur demanda de ménager la vie de ses hommes. Fleur, angoissée pour Fortuné, comprit qu’elle n’était pas là de le retrouver. Elle demanda tout de même à son suzerain si elle pouvait aller prêter main forte à son père, toujours encerclé. Le comte comprenait son inquiétude mais il estimait qu’il fallait d’abord libérer les abords d’Antegnar et la route qui menait à Neuhor pour rétablir les communications. D’ailleurs, il lui rétorqua qu’elle devait privilégier l’efficacité militaire et mettre ses sentiments de côté. Cette fois, Fleur ne fut pas ravie, elle qui ne cessait de se sacrifier pour le comte, elle qui avait toujours fait passer son devoir avant sa famille et avant Fortuné. Quel manque de sollicitude ! Si la comtesse était blessée comme Fortuné, elle était prête à parier que le comte se rendrait immédiatement à ses côtés, et pourtant il exigeait encore qu’elle délaisse ses proches pour sa guerre… Se rendait-il compte qu’il la gardait mobilisée depuis des mois ? Vexée, elle se contint néanmoins et se tut. Au fond, elle était assez lucide pour se rendre compte qu’elle réagissait comme cela surtout parce qu’elle était morte d’inquiétude pour Fortuné, et elle devait reconnaître que le comte avait raison ; ils ne pouvaient pas laisser ces mercenaires mettre à feu et à sang le comté. Mais elle sentait que si elle perdait Fortuné, elle ne le supporterait pas. Se concentrant de nouveau sur le comte, elle songea aux chevaliers de la Rose. Elle savait qu’il y avait une commanderie dans la baronnie d’Olennaç. Elle demanda à son suzerain s’il estimait que cela valait la peine de les contacter, arguant que c’était leur rôle de protéger les populations. Le comte rétorqua qu’ils devaient être probablement au courant, qu’ils ne pourraient pas faire grand-chose. Mais elle pouvait toujours demander, toutes les bonnes volontés étaient bienvenues.

Le comte fournit une nouvelle armure à Niscarvin de bonne qualité. Il proposa à Fleur de mettre à contribution son armurier pour lui fournir une armure de plaques à un prix modique : 5 000 pièces d’or. Elle accepta. Il allait leur fournir des provisions. Depuis qu’elle savait pour Fortuné, Fleur était assez déprimée.
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Message  Fleur le Sam 25 Fév - 3:49

Chasser les pillards du comté


Le 26e Corvée (25 janvier), les trois amis firent réparer ou ajuster leurs armures, leurs armes. Fleur conseilla à ses amis de s’équiper : de prévoir des grenades, du nécessaire de soins, de la corde… Les soldats pouvaient porter 15 jours de nourriture. Toutefois, Arnolphe suggéra de prendre une charrette pour les soulager. Ils prévoyaient également de la poudre, des flèches, ainsi que de la nourriture pour les chevaux.

Fleur s’inquiéta pour ses Pertagnais blessés. Elle informa Bernard que les blessés allaient rester à Antegnar pour leur sécurité. Elle lui demanda de rassurer les hommes sur leur solde ; ils seraient payés par le baron.

Fleur voulait établir une hiérarchie claire dans leur armée. Arnolphe savait qu’il fallait une discipline de fer pour maintenir les soldats. Mieux valait éviter qu’ils s’ennuient. Il leur fallait pour cela un sergent supplémentaire. Fleur se renseigna parmi les trois sergents d’Antegnar pour promouvoir un homme valeureux. On lui indiqua plusieurs noms. Les trois agents réfléchirent à l’organisation du camp : il fallait plusieurs camps : deux assignés à la tenue du campement, un pour les éclaireurs, un gérant les tours de gardes, un autre s’occupant les provisions. La répartition des rôles tournerait. Arnolphe conseilla à Fleur de ne pas trop favoriser les Pertagnais.

Fleur remboursa à ses amis les frais qu’ils avaient avancés pour les hommes. La belle de Lasus allait tenir des comptes écrits. Elle avertit ses amis qu’il allait falloir contrôler les provisions. Elle était à la tête de l’expédition, avec ses deux lieutenants. Arnolphe commanderait les tireurs. En cas de batailles, les soldats se placeraient en fonction de leurs qualités martiales. Ils avaient un quart de tireurs. Le comte leur fournissait sept grenades. Ils en prirent une supplémentaire chacun pour 150 pièces d’or.

Ils convoquèrent les sergents, en leur expliquant la hiérarchie. Elle leur ordonna d’obéir à ses lieutenants.

Le 27e Corvée (26 janvier), les éclaireurs du comte étaient de retour, ils signalèrent une bande de pillards relativement importante au sud-ouest d’Antegnar vers Ecouche. Le comte les invita à commencer par cette bande.

Les trois amis se mirent en marche avec les troupes du comte. A Ecouche, on leur indiqua que les mercenaires se trouvaient vers Rânes. Ils se rendirent donc jusqu’à Rânes. Ils s’arrêtèrent là pour les soldats qui étaient à pied. Niscarvin et Fleur se rendirent en ville pour collecter des renseignements. Niscarvin céda 50 pièces d’or et Fleur usa de son collier de bénédiction. Ils apprirent que la bande qui comptait 70 individus, était située au sud-ouest, il leur fallait remonter la rivière sur quelques lieues.

Le soir, Fleur décida du plan de bataille avec ses lieutenants. Ils allaient envoyer des éclaireurs. Ils laissaient le camp sous la garde d’un groupe.

Le 28e Corvée (27 janvier), ils se mirent en marche. Les éclaireurs partirent un peu en avance. La route s’arrêtait à un village. Ensuite, la rivière leur barrait le passage. Un paysan indiqua à Fleur une zone guéable un peu plus en amont. Les éclaireurs étaient partis dans cette direction. Ils suivirent donc cette piste. Arnolphe trouva un endroit plus propice au passage des troupes. Ils traversèrent une forêt. Ils retrouvèrent les éclaireurs qui avaient trouvé les mercenaires à deux lieues de là. Un moment plus tard, ils étaient à proximité de la bande, en train de piller un village. Voyant une troupe armée approcher, les mercenaires se regroupèrent.

Fleur donna l’ordre d’avancer. Mais les hommes, pas suffisamment coordonnés, n’avançaient pas au même rythme. Les plus hardis s’élancèrent sans attendre le reste de la troupe et essuyèrent de premiers tirs de carreaux. Deux d’entre eux furent blessés gravement, deux autres légèrement. Arnolphe, usant de son Pouvoir, commanda à ses tireurs de se regrouper autour de lui : les soldats s’exécutèrent. Fleur, usant de son aura pour les impressionner, ordonna au reste de la troupe de se regrouper autour d’elle et ils s’exécutèrent. Mais un autre fut gravement blessé. Les bandits, voyant la confusion en face, se gaussèrent.

Arnolphe aida les tireurs à se coordonner. Fleur commanda à ceux ayant un bouclier de venir devant. Sa tactique paya. Les soldats encaissèrent des carreaux, protégeant leurs camarades. Suivant le sieur Grosjean, les tireurs se déportèrent sur le côté pour faire un tir de couverture. Arnolphe les appela, en leur disant de le suivre, mais dans la confusion, Arnolphe n’arrivait pas à se faire entendre. Il décocha trois flèches qui ne trouvèrent pas de cible. Les tireurs finirent néanmoins à le rejoindre.

En première ligne, trois soldats étaient blessés gravement. Un autre subit le même sort. Arnolphe cibla les archers avec ses hommes : il en toucha trois mortellement et deux gravement.

En face, leur chef ordonna à ses hommes de se placer pour encaisser la charge des assaillants mais il ne fut pas entendu. Les tireurs d’Arnolphe firent quatre blessés légers et un grave. Arnolphe, lui, taquina les nerfs des ennemis, en éprouvant leurs armures.

De leur côté, Niscarvin et Fleur puisèrent dans leur Pouvoir pour lancer des grenades. Ils infligèrent à 32 hommes deux blessures légères.

Prenant le plus possible de cible, Arnolphe envoya une nouvelle volée qui fit mouche, puisant dans son Pouvoir ; il fit un mort et blessa sept autres albiens, sauvant la vie de leurs troupes. Ses hommes furent efficaces : distribuant quatre blessures légères, deux blessures graves, et trois blessures mortelles. Les tireurs ennemis étaient hors combat. Du côté de nos héros, on déplorait tout de même la perte d’un arbalétrier.

Les troupes de nos héros arrivèrent au contact. Fleur en attaqua le plus possible : elle fit un mort, deux blessés mortels, deux blessés graves, deux blessés légers, et deux hommes heurtés par son coup. Niscarvin en attaqua le plus possible en usant de son Pouvoir : il ne fit que les effleurer.

Fleur revint à la charge en usant de son Pouvoir : elle fit deux morts, en blessa deux mortellement, deux gravement, deux légèrement. Niscarvin fit de même ; il fit un mort, blessa deux mortellement, deux gravement, deux légèrement.
Les hommes de nos héros se battaient bravement. Ils prirent l’ascension. Fleur leur ordonna de ne pas faire de quartier ; elle souhaitait frapper les esprits des troupes albiennes. Ce fut un massacre !

Les hommes étaient heureux de leur victoire. Ils ne déploraient que la perte d’un arbalétrier mort. Niscarvin soigna les blessés. L’un entre eux allait s’infecter. Arnolphe et Niscarvin voulaient réquisitionner des charrettes pour saisir les équipements des ennemis. Fleur alla trouver des paysans. Elle leur acheta deux charrettes pour 300 pièces d’or. Les soldats collectèrent les armes et ils retournèrent au campement.

Fleur fouilla dans sa mémoire : la commanderie se situait du côté d’Essay. Ils se dirigèrent vers La Ferté-Macé, une terre favorable au comte. En ville, Fleur, aidée par Niscarvin et son collier de bénédiction. Elle apprit qu’il y avait surtout des petites bandes d’une trentaine d’individus dans les environs. En revanche, plus au nord, les rumeurs parlaient d’une bande plus nombreuse. On l’informa également que les communications vers le sud étaient coupées.

Fleur et Niscarvin décidèrent d’aller rendre visite au seigneur de ces terres, loyal au comte, tandis qu’Arnolphe restait volontiers au campement, entouré de ses pairs. Les deux bretteurs furent reçus par le chevalier. Fleur se montra très charmante mais le seigneur, entouré de sa famille, demeura courtois, nullement troublé par la beauté certaine de la future baronne. Les deux bretteurs, pour le remercier de son hospitalité, lui rapportèrent les dernières nouvelles.
Niscarvin fit un bon spectacle. Les agents du comte lui proposèrent de lui laisser les armes saisies sur les ennemis. En échange, ils lui demandèrent des renforts et s’il pouvait s’occuper de leurs soldats blessés gravement. Fleur usa de son aura pour faire forte impression et le convaincre de les aider. Le chevalier accepta. Il n’avait qu’une petite garnison d’une vingtaine d’hommes mais le chevalier accepta. Il allait soigner les blessés. Il leur accordait huit soldats expérimentés, un archer, et trente conscrits équipés. Les agents lui demandèrent également d’envoyer un message au comte, pour le tenir informé de la situation. Pour dissiper certaines rumeurs sur son compte, Fleur tint à affirmer qu’elle avait toujours été fidèle au comte. Le chevalier acquiesça en soulignant que cela était manifeste puisqu’elle commandait les troupes du comte ; une marque indéniable de confiance de ce dernier. Fleur précisa également qu’elle n’avait jamais eu l’intention de devenir albienne ; c’était plutôt l’inverse qui allait se produire car son fiancé avait fait le choix de se réformer. Restait à calmer les rumeurs concernant la fortune des Lasus, songea la jeune femme, et elle ne pouvait le faire ainsi vêtue, en tenue militaire. Pour cela aussi, elle devrait attendre.

Le 29e Corvée (28 janvier), il fait assez bon. Les trois amis savaient que des mercenaires d’Ereu sévissaient vers le nord, l’est et l’ouest. Ils décidèrent de poursuivre leur route vers Briouze, sur les terres de Zoubrie, l’un des conjurés. Arnolphe tenta de pister les bandits. En chemin, ils apprirent que les gens de Zoubrie avaient fourni des vivres aux mercenaires d’Ereu pour qu’ils s’en aillent plus loin. Ils seraient partis plus au nord. Les trois amis jugèrent plus prudent de contourner la ville de Zoubrie, car ils savaient qu’on ne leur réserverait pas un bon accueil. Ils s’arrêtèrent à Cheneudouilles, vers la nuit. On leur confirma que les bandits sévissaient dans les parages. On parlait d’une trentaine d’individus. Il y avait une bande bien plus nombreuse d’une centaine d’hommes, un peu plus loin. Ils établirent le camp.
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Message  Fleur le Ven 24 Mar - 2:16

Le 30e Corvée (29 janvier), grâce à son Pouvoir, Arnolphe suivit la piste des bandits, avec les éclaireurs. Il se rendit compte qu’ils se trouvaient tout près d’eux, à deux lieues. Ils semblaient remonter la route. Il les repéra en train de piller un village. Arnolphe rejoignit le reste de la troupe et informa ses amis de leur position. Ils finirent par rattraper les bandits près d’une chapelle. Ils traversaient la rivière par un pont. Ils fuirent en voyant les troupes du comte fondre sur eux. Une course poursuite s’engagea. Le saltimbanque et le gros archer étaient fatigués. Fleur, rapidement essoufflée, finit par un point de côté. Un moment, elle se fit distancer. Niscarvin la rattrapa. Arnolphe était sur le point de mettre la main sur les ennemis. Peu à peu les troupes du comte gagnaient du terrain. Le groupe qui suivait Fleur rattrapa le premier groupe d’ennemis, formant une quinzaine d’individus et attaqua. Les bandits, très fatigués, se défendaient bien mais ils n’avaient aucune chance, submergés par le nombre. Fleur commanda au reste de ses troupes de la suivre pour arrêter les quinze autres ennemis mais ils ne l’entendirent pas et s’acharnèrent sur les 15 premiers. Toujours à la poursuite des fuyards, elle s’accrocha et fut la plus proche. Les ennemis, à bout de souffle, s’arrêtèrent. Derrière, Niscarvin dut faire de même. Arnolphe, coriace, fut le plus endurant. Les mercenaires, à bout de forces, s’immobilisèrent. Le sieur Grosjean les visa en faisant appel à sa Destinée : il leur infligea deux blessures graves et deux légères.

Seule face à quinze bandits, Fleur força sa Destinée en les assaillant : elle fit un mort, assena deux blessures mortelles, deux graves, deux légères. L’archer et la belle de Lasus manquèrent leurs cibles. Puis Fleur revint à la charge, usant de son Pouvoir et de son collier de Bénédiction, elle en tua deux, en toucha deux mortellement, deux gravement, et deux légèrement. Deux ennemis gravement blessés s’enfuirent. Pour les intimider, Fleur cria sa devise : « Digne jusqu’à la mort ! », mais elle obtint l’effet inverse en leur redonnant courage ; les bandits se décidèrent à être dignes comme des soldats. Mais ils n’échappèrent pas aux lames de la belle de Lasus. Arnolphe harcela les deux en fuite : il en blessa un légèrement. Il insista, sans succès.

Fleur interrogea un mourant. Elle lui demanda où se trouvait le reste de l’armée. Il murmura : « Bazoche. » Il expliqua qu’ils voulaient les rejoindre, avant de rendre son dernier soupir.

Sept de leurs hommes n’étaient plus en état de combattre. Niscarvin les soigna. Il ne put rien pour trois d’entre eux, des conscrits, dont Fleur nota le nom afin que leurs familles soient prévenues. Il en sauva un mortellement blessé, et accéléra la guérison des autres : un soldat portant deux graves blessures s’en tirait avec une légère et une grave. Quatre autres ne mettraient pas longtemps avant d’être remis de leur blessure légère. Un soldat qu’il avait soigné deux jours auparavant signala au saltimbanque que sa blessure tournait mal. Celui-ci l’examina et stoppa l’infection. De son côté, Arnolphe fouilla les corps : il trouva des pièces d’or, des effets personnels. Certains mercenaires avaient des bijoux sur eux, plusieurs chaines de mariage certainement volés.

Alors qu’ils avaient passé un pont, curieusement, les percepteurs pour le droit de passage ne s’étaient pas manifestés.

Au camp, Fleur tint un compte des provisions.

La troupe se remit en route, atteignit le village du Mesnil. On les informa que la grosse troupe de mercenaire avait pris vers Bazoche. Ils se dirigeaient certainement vers Neuville. Les trois amis décidèrent de les poursuivre. Arnolphe les guida bien. En chemin, Fleur réfléchit à une stratégie. Il fallait les approcher le plus possible, les attirer dans une embuscade, les appâter en leur faisant croire que l’armée d’Antegnar n’était pas nombreuse.

Arnolphe mena ses éclaireurs vers Neuville. Ils trouvèrent une ville pillée. Les bandits remontaient la rivière. Arnolphe traversa un guet : il manqua de tomber mais se rattrapa et s’en tira, trempé. Les soldats s’enquirent : « Ça va lieutenant ? » Puis le reste de la troupe, avec les deux bretteurs, passa sans difficulté le guet. Entre temps, un autre village fut attaqué : Rosnais. Les bandits s’y étaient installés pour la nuit. Arnolphe tenta de les espionner. Il voyait assez bien, s’habitua à la pénombre. Il estima qu’ils étaient un peu moins d’une centaine, mais il se fit repérer. Le guetteur le mit en joue et tira. Arnolphe s’enfuit en courant, en esquivant les carreaux. L’alerte fut donnée. La bande de mercenaires se trouvait à deux lieues des troupes d’Antegnar.

Le camp fut installé à Neuville. Arnolphe indiqua la position des brigands. Fleur proposa d’attaquer à l’aube. Ils pouvaient servir d’appât. La belle de Lasus se dévoua pour cette tâche. Mais ses amis l’en dissuadèrent. D’eux trois, elle était celle qui avait le plus puisé dans son Pouvoir. Les bandits épargneraient probablement sa vie de par son rang. Mais elle ne pourrait jamais détourner l’attention de tous les membres de cette bande nombreuse. Niscarvin proposa de poster leur armée dans les bois puis d’envoyer un petit groupe les provoquer afin de tendre une embuscade aux pillards. Fleur trouva l’idée bonne mais estima qu’il fallait que l’un d’entre eux mène le petit groupe pour rendre la chose crédible. Elle songea au saltimbanque qui saurait certainement les rendre imprudents en leur assenant des sarcasmes.

Au milieu de la nuit, l’armée prit position dans les bois. Les archers se placèrent en direction du village. Niscarvin prit la tête du petit groupe. Alors que l’armée se plaçait, on se rendit compte que les ennemis se trouvaient aussi dans les bois. Eux aussi pensaient surprendre leurs adversaires.

Fleur, prise de court, ne voyait rien, contrairement à ses amis et à ses soldats. Arnolphe appela les tireurs qui ne l’entendaient pas dans la confusion. Fleur réfléchit à une stratégie. Elle ordonna aux archers de rejoindre le sieur Grosjean, à ceux qui portaient les boucliers de se placer en première ligne. Elle cria un conseil de Niscarvin : « Position défensive. »

En face, on aboyait des ordres, on se positionnait. Et puis, ils n’attaquèrent pas.

Niscarvin proposa à Fleur d’y aller en éclaireur pour jeter une grenade. Elle accepta mais lui dit : « Sois prudent mon ami. »

Le saltimbanque usa de son aura pour bien voir, tâcha d’être discret avec son Pouvoir. Il arriva à l’orée du bois sans trouver les ennemis. Inquiet, il se demanda si les mercenaires ne cherchaient pas à les contourner. Il sortit du bois et vit qu’ils se repliaient vers le village. Il revint avertir ses amis.

Nos héros débattirent, hésitèrent. Comme les soldats étaient épuisés, ils décidèrent de camper dans les bois. Ils donnèrent pour ordre aux sentinelles de tirer à vue, de ne pas les poursuivre, et de donner l’alerte si quelque chose se tramait.

Le 31e Corvée (30 janvier), l’armée se reposa. Dans l’après-midi, les sentinelles vinrent les prévenir que les bandits avaient envoyé des éclaireurs. Ils en avaient abattu deux, mais le troisième avait filé en tuant un des leurs.

Les trois amis débattirent. Arnolphe était d’avis de partir. Fleur le mit en garde : les mercenaires risquaient de les poursuivre et de leur tendre une embuscade. Niscarvin, lui, répugnait à laisser ces mécréants agir impunément. Toutefois, Fleur voulait éviter de perdre des hommes et des munitions dans un assaut inconsidéré, et elle se rangea à l’avis d’Arnolphe, arguant qu’ils pourraient se charger plus facilement de cette bande si elle parvenait à recruter de nouvelles troupes, ce qu’elle comptait bien faire, notamment dans sa baronnie. Finalement, les trois amis jugèrent plus sage de regagner Antegnar et d’aviser ensuite.

Dans leur armée, une dizaine de soldats étaient tombés malades, victimes des rigueurs de l’hiver. Niscarvin les soigna. Cinq furent guéris. Quatre autres seraient sur pied d’ici deux jours. En revanche, le dernier restait très malade.

Le 32e Corvée (31 janvier), les trois amis se rendirent à Antegnar. Ils y déposèrent les blessés, firent leur rapport au comte. Damien d’Enro les informa que Honoré d’Ereu était parti avec 250 hommes. Deux grandes bandes sévissaient actuellement dans le comté : l’une d’une centaine d’hommes bloquant la route vers Neuhor, et l’autre de 150 individus dans la baronnie de Pertagne. Le reste de l’armée albienne était disséminé par petites bandes. Avant leur départ, les amis échangèrent sur leurs dernières péripéties.

Le 33e Corvée (1er Février), les agents se dirigèrent en direction de Pertagne. En chemin, ils apprirent qu’une trentaine de mercenaires sévissaient dans les parages. Arnolphe pista cette bande, retrouva sa trace. Ils s’arrêtèrent dans un hameau et décidèrent de frapper de nuit. Ils adoptèrent comme tactique de prendre deux groupes pour encercler les ennemis tandis qu’un troisième chargerait.

Le 34e Corvée (2 Février), ils poursuivirent la bande. Les traces les amenèrent jusqu’à un village. Ils laissèrent deux compagnies monter le camp. Ils prévoyaient de les attaquer avec trois groupes mais les rapports étaient faux. Les bandits s’étaient retranchés dans une ferme. Ils tentèrent de s’approcher discrètement, et buttèrent dans des casseroles. Peu leur importait. Ils étaient plus nombreux. Ils donnèrent la charge.

Le corps de ferme comportait la ferme à proprement parler, les étables et la grange. Niscarvin ordonna de défoncer la porte de la grange. Arnolphe, muni d’une pioche, donna de grands coups pour la forcer. Il batailla un peu. Des tireurs à l’étage les prirent pour cible. Trois soldats furent blessés, dont deux légèrement et un gravement. Usant de son Pouvoir et de sa bénédiction, Niscarvin lança une grenade par une fenêtre et fit trois morts. Puis il demanda à un soldat de lui faire la courte échelle et il s’exécuta. Le saltimbanque gagna ainsi l’étage avec une aisance digne d’un athlète. Il découvrit trois cadavres affreusement mutilés.

En bas, la porte céda. Les forces d’Antegnar s’engouffrèrent dans le bâtiment. Les soldats essuyèrent une deuxième salve ennemie qui ne fit pas de victime, puis une troisième qui blessa gravement un soldat et en heurta un autre.

A l’étage, Niscarvin prit à partie un épéiste et un arbalétrier, sans succès. Protégé par son acolyte, l’arbalétrier en profita pour lui planter un carreau dans le ventre qui le toucha grièvement, forçant le saltimbanque à réduire sa plaie grâce au Pouvoir. Par chance, l’épéiste le manqua.

A l’extérieur, Arnolphe harcelait les archers, mais ses flèches se plantèrent dans les volets.

A l’entrée de la grange, c’était la cohue. On peinait à se mouvoir et à atteindre les ennemis bien embusqués. Fleur décida de suivre Niscarvin. Un soldat lui fit la courte-échelle et elle gagna, laborieusement, l’étage. Arnolphe couvrit son ascension en harcelant les tireurs ennemis. Un autre soldat fut sonné par un trait qui se ficha dans son armure.

A l’étage, Niscarvin esquiva la lame de l’épéiste et le carreau de l’arbalétrier qui se planta dans le mur juste derrière lui.
Pendant ce temps, le gros des forces d’Antegnar échappaient toute retraite en investissant l’arrière du corps de ferme.

Arnolphe vit soudain des vaches affolées se déverser à toute vitesse dans la cour. Les bandits avaient ouvert les enclos et poussaient les bêtes à sortir en les piquant de leurs lames, provoquant ainsi une belle pagaille dans les rangs d’Antegnar. Ne se laissant pas déconcentré, le sieur Grosjean décocha trois flèches qui tuèrent trois arches. Les tireurs ennemis, eux, firent une cinquième salve qui ne trouva pas de cible.

A l’étage, Niscarvin supprima l’épéiste en lui fendant la mâchoire. L’arbalétrier, affolé, cria : « A l’aide ». C’est une demi-Elfe qui apparut dans l’encadrement de la porte. Elle supprima deux épéistes qui montaient quatre à quatre les escaliers, avant de blesser légèrement l’arbalétrier qui se sentit bien seul. Niscarvin en profita pour l’attaquer et entama gravement sa main gauche. Malgré la douleur, l’homme se cramponna à son arme.

Fleur changea de pièce. Elle passa rapidement sa tête, le temps de voir un arbalétrier et un épéiste. Mais trois hommes grimpaient déjà à l’escalier. Le premier la heurta, la repoussant vers le couloir. Mais un Pertagnais s’interposa et para un coup. D’autres soldats se faufilaient par la fenêtre. Les trois derniers archers ennemis les ciblèrent. Mais Arnolphe les harcela et blessa l’un d’entre eux légèrement.

En bas, l’armée avait fait une percée. Dans les autres bâtiments, elle progressait bien.

De son côté, Niscarvin assaillit les huit ennemis à portée, il toucha cinq hommes, tua l’arbalétrier et poussa les autres à la défense.

Fleur et le Pertagnais se défendaient bien. Avec sa bénédiction, la belle de Lasus en attaqua le plus possible : elle les toucha tous, assena une blessure grave, deux légères, et en heurta un. Elle s’acharna, poussant deux d’entre eux à la défense. De l’extérieur, Arnolphe continuait de les harceler. Niscarvin fit une attaque meurtrière : il tua un ennemi, en blessa deux mortellement, deux gravement, deux légèrement. Un soldat d’Antegnar prit à parti un archer. Désormais la grange était sous contrôle.

Arnolphe saisit sa corsèque, et décida d’aller soutenir les soldats encerclant la ferme, dont la progression semblait plus laborieuse. Il cria : « Place, place ! » Il entra dans le bâtiment. Les ennemis s’étaient barricadés. Pour les déloger, il cria : « Repli ! », alluma une grenade et la lança, sans faire toutefois de dégâts.

Les deux bretteurs entendirent l’explosion. Aussitôt, Niscarvin repassa par la fenêtre, tandis que Fleur restait dans la grange pour aider les soldats à éliminer les derniers ennemis.

Dans la ferme, Arnolphe lança une deuxième grenade en usant de son Pouvoir cette fois. Puis il ordonna aux soldats de charger. Mais ces derniers ne comprirent pas.

A l’étage, Fleur supprima trois albiens, et fit d’autres blessés.

Niscarvin et Arnolphe s’engagèrent dans la ferme. Trois ennemis se replièrent à l’étage, protégeant des arbalétriers qui déversèrent une salve sur eux. Niscarvin reçut un carreau mortel au ventre, qui le força à changer sa Destinée en échappant à une mort certaine.

Les ennemis finirent par être encerclés. Arnolphe décocha trois flèches et l’arbalétrier tira. Le carreau se planta dans le mur tandis que les flèches infligèrent deux blessures légères et une grave.

Fleur ordonna à ses hommes de la suivre. Ils s’exécutèrent. De son côté, Arnolphe tira : il infligea deux blessures mortelles aux épéistes et tua l’arbalétrier. Niscarvin acheva les derniers.

L’armée du comte ne déplorait que la mort d’un seul homme piétiné par une vache. Niscarvin soigna les soldats : onze blessés légèrement allaient vite se rétablir, deux étaient même guéris. Les blessés gravement furent bien soignés. Ils n’auraient aucune infection à craindre. Enfin, le saltimbanque guérit Fleur. Les soldats ramassèrent les armes ennemies.
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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 11

Message  Fleur le Mer 5 Avr - 2:45

Le 35e Corvée (3 février), il faisait assez beau temps. Ils arrivèrent à Pertagne. Le baron et sa femme furent soulagés de retrouver leur fille saine et sauve. Comme les routes étaient coupées, ils n’avaient pas de nouvelles de Fortuné ou de Guilhem. Philippe de Lasus l’informa que Réchemprève était tombé et il avait perdu son ami, Arduin. Fleur se rappela que le chevalier avait des héritiers, des cousins, mais ceux-ci risquaient de se déchirer pour la seigneurie ; ce serait une nouvelle difficulté à régler, mais elle garda ses réflexions muettes. Il y avait plus urgent. La prise de Réchemprève représentait une menace toute proche de Pertagne qu’il fallait éradiquer sans tarder. Les ennemis avaient rallié d’autres bandits, une trentaine ; ils étaient à présent 180 et semblaient chercher à s’installer. De son côté, Fleur informa son père que le comte allait octroyer au chevalier d’Armaldré la terre qu’il convoitait sur le fief d’Econ, ce qui donnait à la future baronne une opportunité de s’attacher la loyauté du seigneur d’Armaldré. La belle de Lasus retrouva également Enguerrand de Marchelins et Dorine de Mellebe, qui avaient participé à la défense de Pertagne. Eric de Vouretour y avait également contribué en envoyant des soldats, ce qui surprit agréablement Fleur. Les deux vassaux furent contents de la voir et Fleur se montra sympathique envers eux. Les trois agents laissèrent au château les armes saisies et les soldats blessés.

Le 36e Corvée (4 février), les trois amis s’entretinrent avec le baron. Ils firent un point ensemble sur la situation dans le comté, sur les troupes ennemies, leur nombre, leur localisation. Philippe de Lasus leur accorda 40 soldats supplémentaires, mais Fleur convint avec lui qu’elle devrait n’en conserver qu’une partie avec elle lorsqu’elle quitterait la baronnie, car les défenses de Pertagne s’en trouvaient grandement amoindries. Sur propositions de Fleur, le baron leur fournit également des vivres, des chiens de chasse, des cors de chasse et des bannières. Fleur songea à prévenir les familles des morts dont elle avait recueilli les noms, et lui demanda d’organiser une oraison funèbre à la mémoire des soldats tombés au combat. Le baron allait faire le nécessaire auprès du pasteur de Pertagne. Elle lui demanda aussi ce qu’il comptait faire pour les gages des soldats. Philippe décida qu’ils devraient attendre la fin de la campagne pour toucher leur solde et demanda à sa fille de les faire patienter. Elle réunit donc ses hommes, fit un discours en usant de son Pouvoir et parvint à ses fins. Les soldats ne protestèrent pas.

Puis elle alla voir sa mère. La baronne lui montra les patrons de sa robe de mariée. Elle avait bien avancé dans ses travaux d’aiguille mais elle attendait des étoffes précieuses que devait lui fournir son frère, Finrod. Elle n’en aurait ensuite plus que pour 24 heures de travail. Fleur la remercia, très touchée, mais voir sa robe la déprima davantage et elle ne put contenir plus longtemps ses larmes. Filendilë l’accueillit tendrement dans ses bras. Fleur lui confia son désarroi. Elle se sentait épuisée moralement. Elle avait peur parce qu’elle ignorait comment Fortuné se portait réellement, mais elle craignait qu’il ne lui pardonne pas de ne pas être là pour lui. Elle avait le sentiment d’être une bien piètre fiancée. Elle sentait surtout qu’elle ne supporterait pas de le perdre ; c’était probablement là sa part d’Elfe qui s’exprimait, mais elle n’était aussi pas au mieux de sa forme. Elle était fatiguée d’être tiraillée entre son devoir et son amour pour Fortuné ; elle n’aspirait qu’à vivre à ses côtés. Même mariée, elle ferait toujours son devoir, mais au moins, ils pourraient se soutenir et aviser ensemble. Filendilë réconforta sa fille, l’écoutant patiemment, lui prodiguant de la tendresse et des conseils avisés. Elle lui dit qu’elle comprenait ses tourments et qu’elle compatissait. « Je suis sûre qu’il va bien. Va le voir quand tu le pourras. » Mais elle l’invita, sans rudesse, à affronter la réalité. Fleur se justifia en rappelant qu’elle avait largement fait son devoir, mais elle reconnut que sentir Fortuné vaciller la fragilisait. Inquiète, elle lui demanda si son mariage était toujours prévu, car la date approchait et cela l’angoissait. Sa mère lui dit d’en parler avec son père. Aussitôt, elle la remercia et alla voir le baron.

Père et fille s’entretinrent seuls à seuls. Philippe lui annonça qu’ils avaient décidé avec Korritil de repousser leur mariage, à la date initialement prévue : le 31e Tonte 1548. Il ajouta, un peu embarrassé :

« Je ne veux pas t’alarmer mais il faudrait que tu ailles voir ton fiancé dès que possible et que tu aies une discussion avec lui.
- Comment cela ? », s’inquiéta Fleur.

Elle digéra les paroles de son père et réalisa qu’il semblait avoir des nouvelles fraiches. Pourtant la route vers Neuhor était toujours coupée. Perplexe, elle s’enquit :

« Mais comment avez-vous eu des nouvelles de Fortuné ? Les routes sont coupées.
- Korritil nous a contactés par magie.
- Je vois. Alors, que vous a-t-il dit ? Comment va mon Fortuné ? , s’empressa-t-elle de demander.
- Physiquement, il va mieux. Mais il est affecté par ce qu’il a subi. Il reste cloitré pour sa sécurité. Apparemment, il ne sait plus où il en est. »

En entendant son père, Fleur eut l’impression qu’on lui enserrait le cœur, et s’alarma :
« Il… Il n’a pas tout de même pas parlé de rompre nos fiançailles ?
- Non. A mon avis, il est surtout très éprouvé et un peu perdu. »

Le baron fouilla dans sa mémoire, cherchant les mots exacts qu’avaient employé le mage, avant de citer :
« Il faudrait que Fleur vienne raviver la flamme vacillante de Fortuné. »

La jeune femme accusa le coup. Elle demanda à son père si le mage avait attenté une action en justice. Philippe lui confirma que c’était le cas, mais les gardes du duc avaient d’autres priorités que poursuivre le proscrit. Malfosse courait donc toujours. Elle lui demanda s’il pourrait soutenir Korritil dans sa démarche. Philippe acquiesça mais pour cela, encore fallait-il que le criminel soit appréhendé. Elle lui demanda enfin si d’après lui elle pourrait supprimer Malfosse. Le baron lui confirma ce qu’elle présumait : cela dépendrait des circonstances. Elle ne pouvait se rendre coupable de meurtre. En revanche, si elle le supprimait en défendant sa vie, c’était une autre histoire. La présence de témoins pouvait aussi changer la vision de l’affaire en sa faveur comme en sa défaveur. Elle informa donc à son père que si elle le pouvait, elle ferait en sorte de traquer ce suppôt d’Absalem, autant que possible de le remettre entre les mains de la justice, ou à défaut de l’éliminer si les circonstances l’exigeaient, mais elle veillerait dans ce cas à ne pas se compromettre.

Elle lui laissa la lettre qu’elle avait écrite pour Fortuné depuis déjà plusieurs jours. La route vers Neuhor demeurant bloquée, aucun coursier ne pouvait la transmettre à son fiancé. Aussi, elle demanda à son père de lui remettre sa lettre dès que les messages pourraient de nouveau circuler.

Déstabilisée, la belle de Lasus comprit que Fortuné doutait de leur mariage, et de ses sentiments. « Il ne manquait plus que cela », pensa-t-elle avec abattement. Depuis des huitaines, des mois même, elle accomplissait son devoir en se raccrochant à l’espoir de le revoir pour se donner du courage, de s’unir bientôt à lui, à la certitude qu’il l’aimait autant qu’elle l’aimait et qu’il l’attendait, et voilà que même son fiancé vacillait. En plus d’une réelle angoisse de le perdre, elle sentit une pointe de déception : comment osait-il remettre en cause leur mariage ? Pourquoi doutait-il subitement de ses sentiments, lui qui avait déclaré devant tous qu’elle était la femme de sa vie ? Comment osait-il remettre en cause leur amour après tout ce qu’ils avaient vécu, et tout ce qu’ils s’étaient dit ?

Tandis que père et fille se séparaient, Niscarvin remarqua l’air abattu de la jeune femme, qui lui rapporta les dernières nouvelles concernant le jeune de Melville. Il lui fit une accolade amicale et la réconforta en lui disant :
« Allez, ne t’inquiète pas. Tu vas le reconquérir ton Fortuné.
- Je l’espère. » Répondit-elle, mais elle manquait de conviction.

Mais touchée par l’attention du saltimbanque, elle esquissa un sourire sincère en reconnaissant :
« Ah Niscarvin, sans Arnolphe et toi, je ne sais pas ce que je ferai. Pas grand-chose. Heureusement que vous êtes là ! »

Le 37e Corvée (5 février), Niscarvin voulut trouver un aumônier pour l’armée. Fleur l’approuva et lui proposa de jouer ce rôle, il suffit pour ce faire que le pasteur de Pertagne le reconnaisse comme tel, mais Niscarvin déclina son offre. La belle de Lasus se renseigna donc auprès du pasteur qui lui recommanda un milicien, René, qui était un ancien soldat.

Puis les trois agents quittèrent Pertagne par un temps assez mauvais. Fleur prit la décision d’aller d’abord voir le sire d’Armaldré. Ils arrivèrent à bon port après une bonne journée de marche.

Fleur rendit visite à Narcisse, ses amis ayant préféré rester avec l’armée. Elle se montra aimable et usa de son aura : le chevalier devint très amical à son égard. Elle le jaugea tout en discutant ; il était au courant des derniers événements survenus à Antegnar. Puisqu’ils abordaient le sujet de la prétendue députation, Fleur souligna qu’elle avait joué un rôle certain dans l’anéantissement de ce complot, puis dans la défense d’Antegnar, ce qui lui avait permis de gagner la confiance du comte, et de lui soumettre une demande qu’il avait accepté.

En l’écoutant, le chevalier fut intrigué, et attendait la suite. Aussi Fleur lui annonça que le comte lui octroyait le territoire qu’il convoitait sur les terres d’Econ, décision qui avait été favorisé aussi par l’implication du défunt seigneur comme conjuré.

« Le siège d’Antegnar ayant pris fin, Monseigneur va rendre un jugement en votre faveur et Pertagne fera de même. J’en ai déjà avisé mon père, le baron, qui va faire le nécessaire. »

Le chevalier fut ravi, constatant que sa demande n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde, et il remercia sa future suzeraine. Fleur, satisfaite, était parvenue à ses fins et elle en profita pour le persuader de lui apporter son aide, usant de son Pouvoir et de son impression. Elle argua que participer à la défense de la baronnie et du comté c’était implicitement protéger ses terres car la bande de pro-albien semblait chercher à s’installer et à s’étendre. Par ailleurs, le chevalier de Réchemprève était un brave guerrier qui méritait d’être vengé. Elle ajouta qu’à son avis, la seule issue possible pour les Réformés était de faire front uni s’ils ne voulaient pas être convertis de force ou massacrés tôt ou tard. Le chevalier fut largement convaincu, il lui proposa d’emmener ses seize soldats. Fleur le remercia, elle hésita un instant, ne voulant pas mettre son vassal dans une position trop dangereuse. Elle accepta mais l’invita à rester vigilant.

Le 38e Corvée (6 février), Narcisse rassembla ses hommes, et les plaça sous le commandement de sa suzeraine. Le sergent se nommait Jean Lenom. Fleur lui présenta ses deux lieutenants, et lui expliqua l’organisation au sein de l’armée.

Le soir, les trois amis se réunirent et échangèrent sur leurs dernières péripéties. Leurs discussions apaisèrent Fleur qui retrouva un peu le sourire et l’espoir grâce à ses amis.

Le 39e Corvée (7 février), le temps demeurait mauvais. L’armée marcha jusqu’au bourg de Mellèbe, qui se trouvait non loin du manoir de Réchemprève. Ils installèrent le camp. Niscarvin et Fleur se renseignèrent au bourg sur les nouveaux occupants du manoir. Les gens étaient très inquiets. Ils leur signalèrent des brigands du côté d’Ygnol et de Lieth. Ils attendaient de Fleur qu’elle agisse.

Au camp, ils créèrent deux nouvelles compagnies : l’une dirigée par un Pertagnais : Augustin, désigné par Bernard, et l’autre sous les ordres de Jean Lenom.

Arnolphe partit avec des éclaireurs. Il faisait nuit et il pleuvait. Il peina à se repérer. Il se trouvait à une ou deux lieues du manoir. Comme il n’arrivait à rien, il décida de rentrer, et il retrouva le camp sans difficulté.

Le 40e Corvée (8 février), Arnolphe et Niscarvin tenaient en échec leurs démons. Le saltimbanque souhaitait rester au camp, il suggéra de fabriquer des protections et des béliers. Cela occuperait les soldats.

Arnolphe et Fleur partirent en reconnaissance. Ils s’orientèrent sans difficulté. Ils sortirent des bois. Des éclaireurs vinrent les alerter qu’ils avaient repéré des ennemis. Les deux amis décidèrent de les éliminer. Les tireurs les prirent pour cible. Un ennemi reçut un carreau à la tête. Une course s’engagea. Fleur gagna du terrain. Deux autres albiens furent abattus. Ils aperçurent alors une compagnie qui rentrait au manoir. Fleur donna l’ordre de les éliminer. Six ennemis furent tués mais les autres s’enfuirent. L’alerte, dans le camp adverse, allait être donnée. Tandis qu’ils approchèrent du village de Réchemprève, Fleur se rendit compte que faire de la reconnaissance, même en approchant par une zone boisée, c’était suicidaire. Ils seraient forcément repérés et dès lors à la merci d’un ennemi nettement plus nombreux qu’eux. Fleur eut également le sentiment qu’ils étaient bien organisés, ils avaient après tout des patrouilles de garde. Elle connaissait un peu le terrain et savait que c’était un paysage de bocage, sans relief, arboré çà et là. Quant au château, il s’agissait en réalité d’un manoir, flanqué d’une tour, et disposant aussi de dépendances. Un mur d’enceinte protégeait le tout et ne laissait qu’une entrée. Sur le chemin du retour, le soldat et la future baronne discutèrent stratégie.

Au camp, les deux amis apprirent que les ennemis aussi avaient envoyé des éclaireurs. Niscarvin avait donné pour ordre de tirer à vue mais de ne pas les poursuivre. La belle de Lasus et ses deux lieutenants s’accordèrent sur l’idée de les attaquer sans attendre et de les déborder. Niscarvin proposa de tenter une négociation, mais Fleur s’y opposa catégoriquement car un de ses vassaux était mort. Elle songea pour réduire leurs forces à les empoisonner mais au regard de leur nombre, ce n’était pas faisable. Niscarvin proposa de les assaillir en faisant plusieurs groupes, Fleur trancha pour deux. Les trois amis s’arrêtèrent sur l’idée d’une mêlée générale. Ils réquisitionnèrent quelques échelles, confiant les chiens et leur campement aux habitants de Mellêbe.

L’armée se mit en marche. Des éclaireurs, la devançant, revinrent en courant. Ils alertèrent Fleur que les ennemis leur tendaient une embuscade au village. Elle ordonna immédiatement à la colonne de s’arrêter et d’aller chercher ses lieutenants. Puis elle se concerta avec ses deux amis. Ils décidèrent de les contourner par le nord. Niscarvin et Arnolphe voulaient avancer en étirant le front. Fleur préconisa d’utiliser les haies pour se protéger. Les tireurs devaient se regrouper avec le sieur Grosjean.

L’armée se remit en marche. Alors qu’ils approchaient de l’autre côté du village, des éclaireurs prévinrent Fleur que des ennemis étaient embusqués dans les bois, vers l’Ouest. Des tirs provenaient de là, tandis qu’une grosse compagnie les attendait derrière les haies au sud, d’où d’autres arbalétriers ennemis les harcelaient. A découvert, les troupes de Pertagne essuyaient des pertes, surtout parmi leurs archers.

Fleur décida d’envoyer deux compagnies complètes avec Niscarvin dans les bois. Le reste de l’armée progresserait avec elle et Arnolphe. La belle de Lasus ordonna de charger tandis que ses tireurs répliquaient. Les gens de trait ennemis commencèrent à se replier, et en passant les haies, les forces du comte découvrirent des lignes de lanciers prêts à les faucher. Fleur sentit deux détenteurs du Pouvoir parmi eux. Les ennemis devaient être une centaine. Elle lança une grenade en usant de son Pouvoir : elle infligea des blessures graves et légères. Les deux chefs ennemis faisaient aussi appel à leur Destinée.

De son côté, Niscarvin poursuivit les tireurs ennemis dans les bois, où une troupe les attendait. Il ordonna à ses hommes de se regrouper. Il sentit, lui aussi, la présence d’un détenteur du Pouvoir. Il usa de son Pouvoir pour lancer une grenade, mais ne fit pas beaucoup de dégâts. En face, leur chef puisa dans son Pouvoir pour mettre hors combat trois de ses hommes.

Arnolphe, quant à lui, prit position derrière les haies pour appuyer les troupes de la belle de Lasus. Cependant, les deux tiers de ses tireurs étaient blessés. Il fit appel à sa destinée pour cibler les archers : il en toucha deux mortellement, deux gravement, et un légèrement. Soudain, un carreau le manqua de peu et se ficha dans un arbre derrière lui.

Dans les bois, Niscarvin dégaina ses armes, laissa l’initiative. Le chef ennemi blessa d’autres hommes. Lui rendant la pareille, le saltimbanque en attaqua le plus possible grâce à son Pouvoir : il toucha deux ennemis mortellement, deux gravement, un légèrement et en poussa d’autres à la défense.

De son côté, Fleur fit de même, sa Destinée aidant et elle fit un carnage : elle fit cinq morts, avant d’infliger deux blessures mortelles, deux graves, et deux légères. Un des deux chefs la prit dès lors pour cible.

Derrière les haies, Arnolphe manqua une salve, mais ses hommes décimaient peu à peu les archers ennemis. Cependant, un arbalétrier, fort de sa Destinée, lui infligea un carreau mortel mais le sieur Grosjean utilisa son Pouvoir pour réduire sa blessure.

Dans les bois, Niscarvin fit une magnifique attaque : il blessa légèrement le chef adverse, qui dut se défendre et réduire sa blessure grâce à son Pouvoir, tandis que le saltimbanque décimait ses hommes : il laissa sur son passage quatre morts, deux blessés mortellement, deux gravement, deux légèrement et en poussa d’autres à la défense. Il tenta de réitérer son exploit, sans succès. Le chef, maniant une épée, en profita pour riposter, en vain.

De son côté, Fleur en attaqua le plus possible grâce à son Pouvoir, mais un des chefs, muni d’une vouge, fit barrage. Elle reçut alors un carreau mortel dans le dos.

Arnolphe prit pour cible en puisant dans son Pouvoir l’arbalétrier posseux et tenta d’inviter ses hommes à suivre son exemple mais il ne fut pas entendu. Toutefois, ses trois flèches firent mouche et l’arbalétrier dut faire appel à sa Destinée pour revenir à la vie.

Dans les bois, Niscarvin affrontait toujours l’épéiste, il manqua son adversaire qui riposta et tua le saltimbanque. Grâce à sa Destinée, il en revint indemne.

Le type à la vouge n’eut aucun mal à achever Fleur, à l’agonie, qui ne put se résoudre à se laisser mourir. Elle se défendit mal et dut puiser dans son Pouvoir pour revenir indemne. L’homme s’acharna. Par deux fois, il l’assaillit, mais elle esquiva son fer, ce qui le fit rager. La belle de Lasus en profita pour riposter, en forçant sa Destinée. Elle tua son adversaire, qui revint grâce à son Pouvoir, tandis que la Demi-elfe s’en prenait à ses hommes : elle en blessa deux mortellement, un gravement et un légèrement.

De son côté, Arnolphe décida d’aller aider seul Niscarvin dans les bois, qui avait sonné du cor pour appeler à l’aide. Il prit le plus de cibles possibles grâce à son Pouvoir et toucha un ennemi mortellement en pleine poitrine, deux gravement dans les jambes et un légèrement à la main gauche.

Le saltimbanque attaqua l’épéiste, usant de son Pouvoir, mais son adversaire para son coup de justesse grâce à son Pouvoir. Il retenta sa chance, poussa l’épéiste à la défense. Arnolphe vint alors à la rescousse, muni de sa corsèque. Autour du saltimbanque, demeuraient seulement 17 hommes blessés, contre 35 ennemis encore bien vaillants. L’épéiste ordonna alors à ses troupes de les abattre. Mais Niscarvin esquiva tous leurs assauts.

Pendant ce temps, Fleur fit une belle attaque. Elle blessa l’homme à la vouge, et s’en prit à ses troupes, laissant sur son passage deux morts, deux mortellement atteints, deux blessés gravement, et un légèrement. Voyant leurs forces diminuer, l’arbalétrier posseux partit chercher des renforts. Fleur harcela son adversaire, usant de son collier de Bénédiction, mais il para sa rapière grâce à son Pouvoir.

Dans les bois, le saltimbanque et l’archer se retrouvaient acculés. Autour d’eux, ce qu’il restait des deux compagnies agonisait. Niscarvin lança une grenade en usant de son Pouvoir. Il acheva certains adversaires et distribua des blessures graves à d’autres. Arnolphe, lui, faucha les ennemis avec sa corsèque en usant de son Pouvoir : il en tua deux, en blessa un mortellement, et un légèrement. L’épéiste l’attaqua mais le manqua. Le saltimbanque, menacé par plusieurs adversaires, ne parvint pas à les toucher et reçut deux blessures : une mortelle et une grave. Il n’eut d’autres choix que de revenir à la vie grâce à son Pouvoir.

L’arbalétrier posseux, ordonna alors à douze blessés d’achever les deux lieutenants de Fleur et aux autres d’aller aider leurs camarades sur l’autre front.

Pendant ce temps, l’homme à la vouge menaça dangereusement la belle de Lasus qui se défendit à l’aide de son Pouvoir.

Niscarvin transmit un peu de Pouvoir à Arnolphe qui en profita pour assener à leurs adversaires des coups de corsèque : il en blessa un mortellement, un gravement, un légèrement, et en poussa trois autres à la défense. Deux ennemis lui faisaient encore face et l’épéiste le toucha gravement. Deux autres s’attaquèrent au saltimbanque, qui usa de son aura pour se trouver en pleine possession de ses moyens. Quatre se chargèrent d’Arnolphe.

De l’autre côté des haies, Fleur évalua la situation. Les ennemis semblaient perdre du terrain. D’ailleurs, un de leurs chefs était parti. Pour autant, les ennemis pouvaient encore tenir longtemps et son Pouvoir s’amenuisait. Pire, elle ne voyait pas revenir ses deux amis, et cela l’inquiétait de plus en plus.

C’est alors qu’elle vit des renforts ennemis arriver. Elle commanda à ses hommes de la protéger. Le type à la vouge tenta bien de la retenir mais il la manqua. Les soldats de Fleur ripostèrent. Deux d’entre eux le touchèrent. Le chef adverse fut blessé légèrement. Fleur profita de ce répit pour lancer une grenade à l’aide de son Pouvoir sur les ennemis ; elle en mit vingt hors-combat. Malgré cela, le combat demeurait indécis. Elle se jeta alors dans la mêlée, tentant le tout pour le tout. Elle fit un carnage : laissant sur son passage cinq morts, deux ennemis blessés mortellement, deux gravement, et d’autres légèrement. Elle usa alors de son aura et du Pouvoir qu’il lui restait pour leur commander de se rendre. La belle de Lasus fut très impressionnante et les ennemis jugèrent plus sages de ne pas batailler. L’homme à la vouge jeta son arme. Ses hommes l’imitèrent. L’arbalétrier et ses tireurs se sauvèrent. Les soldats de Fleur poussèrent alors les ennemis à se regrouper, loin de leurs armes, et à s’asseoir sagement dans un champ. Ils furent fouillés et dépouillés de leurs armures.

Dans les bois, la partie devint décisive. Vaillants, les deux amis firent face, prêts à se battre jusqu’à la mort. Niscarvin fit une belle attaque : l’épéiste para sa lame, mais le saltimbanque mit trois de ses hommes hors-combat. Arnolphe, bénéficiant d’un petit répit, recula et se saisit de son arc. Il tua les trois soldats restant et heurta l’épéiste. Les deux amis tentèrent de se débarrasser de lui. Arnolphe le poussa à la défense. L’homme para plusieurs assauts, prit quelques coups. Il finit par leur proposer d’en rester là. Niscarvin, d’un air las, lui dit de déguerpir. Ils rejoignirent Fleur.

Lorsqu’elle retrouva ses amis, la belle de Lasus leur témoigna son soulagement. Niscarvin se soigna en faisant appel à sa Destinée. Il ne conserva qu’une blessure légère. Puis il s’occupa d’Arnolphe. Les forces du comte comptaient 72 soldats et 24 archers, dont une grande partie était blessée. Ils avaient fait 47 prisonniers. C’était une franche victoire, qui leur avait toutefois coûté cher en vies humaines. Fleur demanda à Niscarvin s’il pouvait soigner les soldats. Il la prévint que cela lui prendrait toute une journée.

La belle de Lasus envoya un groupe chercher des charrettes. Les prisonniers étaient assis dans un champ, loin de leurs armes, dépouillés de leurs armures. A l’écart, les trois amis se concertèrent. Ils s’accordèrent pour interroger les prisonniers et se débarrasser de leur chef. Niscarvin attacha ce dernier tandis qu’Arnolphe le mettait en joue. On lui demanda son nom. L’homme répondit qu’il s’appelait : Jérôme Lemoine. Il se disait capitaine, mercenaire de son état. Fleur était sceptique, l’imaginant, compte-tenu de sa Destinée, davantage dans l’armée régulière du comte d’Ereu, mais il n’en démordit pas. L’homme demanda alors leurs noms. Le saltimbanque et le soldat hésitèrent. Fleur, elle, lui donna le sien : « Je suis Fleur de Lasus, fille de Philippe de Lasus. » En l’entendant, l’homme eut un sourire en coin. Fleur releva, lui demanda de s’expliquer. Le captif se contenta de dire qu’il avait entendu parler d’elle, que cela le faisait rire, mais qu’il préférait se taire ; ses hommes lui en parleraient sûrement. Il ne voulut rien dire de plus.

D’un regard, les trois amis décidèrent alors d’en finir. Arnolphe lança la corde pour le pendre. Comprenant ce qui se tramait, le captif fit appel à son Pouvoir et parvint à se libérer. Fleur le tua en planta sa rapière dans le cœur, et il revint grâce à son Pouvoir. Niscarvin hésita, puis le toucha à son tour. La jeune femme lui fit une petite estafilade. Arnolphe fit appel à sa Destinée en le visant mais Jérôme esquiva ses flèches. Fleur lui assena une blessure grave. Arnolphe lui dédia trois nouvelles flèches qu’il évita grâce à son Pouvoir. Fleur le tua une nouvelle fois. Avec l’énergie du désespoir, il esquiva les assauts de l’archer et du saltimbanque. Sentant que sa fin était proche, il hurla à ses hommes de fuir pour leur vie. Les prisonniers, paniqués, se levèrent et se sauvèrent. Fleur commanda aussitôt à ses troupes : « Abattez les fuyards ! » Seize parvinrent à passer. Les soldats les poursuivirent. Huit captifs leur échappèrent. Les huit autres furent abattus. Arnolphe le manqua de nouveau. Mais Niscarvin l’acheva. Les trois amis n’étaient pas très à l’aise à l’idée d’avoir assassiné un homme, mais c’était la guerre, et ils ne pouvaient se permettre de laisser s’échapper un ennemi aussi dangereux. D’ailleurs ses deux acolytes couraient toujours.

Dans le champ, les soldats taillaient les captifs à tour de bras. Fleur ordonna qu’on ne les abatte pas. Peu à peu, le calme revint, mais le temps que son ordre soit entendu, quatorze prisonniers avaient été occis. Il ne restait que 17 captifs. Fleur proposa de faire une sépulture décente à l’officier mais Arnolphe préféra le pendre. Comme René, l’aumônier, demeurait indemne, il dirigea une prière pour tous les morts. Puis leur armée regagna son camp.
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Message  Fleur le Mer 5 Avr - 2:49

Le 1er Taille (9 février), il faisait assez beau. Niscarvin passa sa journée à soigner les blessés. Il remit un tiers des soldats sur pied et préserva les autres d’une infection. Toutefois, il n’avait presque plus de matériel.

Fleur nota les noms des morts, rapportés par les sergents. Les armes, disposées dans des charrettes, allaient être entreposées à Pertagne. Puis elle alla avec Arnolphe interroger les prisonniers. Le lieutenant usa de son Pouvoir et impressionna les captifs qui se mirent rapidement à parler. Les deux amis apprirent qu’il ne restait plus personne à Réchemprève, à part peut-être quelques blessés. Ils apprirent les noms des trois chefs : le type à la vouge se nommait bien Jérôme Lemoine. Benjamin Pasquois était l’épéiste et l’arbalétrier se nommait Jean-Philippe Monnet. C’étaient des sous-officiers, des soldats sortis du rang. N’ayant pas réussi à prendre ni Antegnar, ni Pertagne, Honoré d’Ereu les avait démobilisés sans solde, en décrétant qu’ils n’avaient qu’à se payer sur le pays. Le comte d’Ereu voulait ainsi mettre le comté d’Enro à feu et à sang. Les 500 mercenaires qu’il avait rassemblés s’étaient éparpillés. La plupart s’étaient constitués en petites bandes, se contentant de piller. Mais les trois Posseux étaient plus ambitieux. En prenant Réchemprève, ils voulaient se constituer une base. Informés de l’approche de l’armée du comte, ils avaient vidé les lieux pour leur tendre une embuscade dans le village. Fleur voulut savoir à quelles rumeurs Lemoine faisait allusion. Un captif rapporta ce qui se murmurait sur son compte chez les ennemis : on racontait que les Lasus étaient si pauvres que la future baronne n’avait pas de quoi se vêtir. Elle était, paraît-il, une fille à soldats. Sa mère elfe lui avait appris à louer sa vertu au plus offrant. Outrée, Fleur ne répliqua pas, cependant le procédé ne l’étonnait pas ; les pro-albiens cherchaient ni plus ni moins à salir l’ennemi et comme elle conduisait l’armée du comte, elle constituait une cible de choix. Peu importe, pensa-t-elle ; elle ferait taire les mauvaises langues le moment venu.

Forte de ces informations, vers le soir, Fleur réunit ses deux lieutenants sous sa tente. Leur armée avait considérablement diminué et la plupart de leurs soldats étaient blessés. Elle ne pouvait plus puiser dans la garnison de Pertagne, qui avait déjà payé un lourd tribut, et ne pouvait pas non plus faire encore appel aux alliés de son père. Elle ne voyait que deux solutions qu’elle souhaitait soumettre au comte : soit aller recruter des mercenaires à Neuhor pour remplacer les pertes mais le voyage leur prendrait un temps précieux, soit demander au comte de lever le ban et l’arrière-ban. Ses deux amis l’approuvèrent. Mais avant, elle voulait s’assurer que les bandits avaient bien quitté Réchemprève. Si les captifs avaient menti, et que des bandits les attendaient en embuscade, elle n’hésiterait pas à utiliser les prisonniers comme otages pour reprendre le manoir sans coup férir. Arnolphe lui demanda ce qu’elle comptait ensuite faire d’eux. Elle ne souhaitait pas les tuer. Niscarvin était de son avis. Elle proposa même de les laisser partir, arguant qu’ils n’avaient ni armes, ni armures, en les incitant à quitter le comté d’Enro, mais c’était prendre le risque qu’ils ne reviennent grossir les rangs d’une autre bande. Ils ne pouvaient pas en tout cas voyager indéfiniment en compagnie de ces indésirables. Aussi, elle finit par décider qu’ils seraient menés à Pertagne et que son père le baron trancherait.

Le 2e Taille (10 février), il faisait plutôt mauvais. Lorsqu’ils approchèrent de Réchemprève, ils aperçurent une épaisse fumée provenant du manoir. Fleur envoya des éclaireurs, qui ne signalèrent aucun danger. Les lieux semblaient vides. Quelques minutes plus tard, les trois amis constatèrent que les mercenaires étaient en effet partis, non sans avoir incendié le manoir. Elle songea aux hommes dans son armée que le défunt chevalier lui avait confiés, sur 7 soldats, six étaient blessés, et le dernier n’avait pas survécu. Les hommes restants relèveraient pour le moment de la garnison de Pertagne, en attendant l’arrivée d’un héritier pour Réchemprève.

Le soir, ils arrivèrent à Pertagne. Ils y déposèrent les armes prises à l’ennemi. Les blessés les plus sérieux furent pris en charge. Fleur demanda aussitôt à son père ce qu’il comptait faire des prisonnier et le baron, endeuillé par la perte d’un vieil ami, ordonna qu’on les pende en haut des murailles, pour que cela serve de leçon à leurs comparses. Fleur s’inclina.

Après le repas, les trois amis échangèrent sur leurs dernières péripéties. Le meurtre de l’officier albien qu’ils avaient perpétré continuait tout de même de hanter la belle de Lasus.

Le 3e Taille (11 février), le baron informa sa fille que le seigneur de Glaile avait recruté des mercenaires. Par ailleurs, comme Fleur le craignait, c’était lui l’héritier d’Econ. Il contestait la cession d’un bout de terre au chevalier d’Armaldré au motif qu’il était resté fidèle au duc. Fleur demanda à son père s’il était d’accord pour céder des armes saisies à leurs vassaux pour les récompenser de leur fidélité. Le baron fut d’accord. Arnolphe lui suggéra tout de même d’en laisser aussi au comte. La belle de Lasus transmit également à son père le nom des disparus afin que les familles soient prévenues et qu’un hommage leur soit rendu. Enfin, Fleur annonça au baron qu’elle comptait se rendre à Antegnar demander au comte de lever le ban et l’arrière-ban, et lui proposa de recruter des soldats pour Pertagne dès qu’elle se rendrait à Neuhor. Il doutait que le comte donne son accord, mais pour sa part, il l’approuvait :

« Fais comme bon te semble ma fille, je suis sûre que tu feras au mieux, cette baronnie sera bientôt tienne de toute façon.
- Oh, Père, ne dites pas cela. Je sais bien quel sera mon devoir. Pour autant, je n’ai guère envie de vous perdre. »

Fleur songea à son frère qui devait à présent avoir quitté l’Aguydenne et qui ne savait probablement pas que son mariage était repoussé, et cela l’inquiétait. Son père la rassura. Avec Korritil, ils avaient décidé cela depuis un mois et il en avait naturellement informé Guilhem.

Le 5e Taille (13 février), les trois amis arrivèrent au soir à Antegnar.

Le 6e Taille (12 février), Niscarvin fit un bon récit de leur campagne contre les mercenaires d’Ereu. Le comte fut content d’eux car ils avaient éliminé environ 300 mercenaires, la moitié des troupes qu’Ereu avait laissé piller le comté. En récompense pour service rendu, il leur offrit 4000 pièces d’or chacun. Le comte les informa qu’il restait deux bandes d’une soixante d’individus : l’une qui sévissait au nord du comté dans sa baronnie et l’autre qui barrait la route vers Neuhor. En conséquence, les prix commençaient à grimper. Cependant, Fleur expliqua que leurs forces avaient considérablement diminué, car un grand nombre de soldats étaient blessés. Elle ne pouvait plus demander de troupes à son père ; objectivement, Pertagne avait déjà payé un lourd tribut et elle ne pouvait plus demander de renforts à leurs fidèles vassaux. Aussi, elle estimait qu’il fallait trouver de nouvelles recrues. Le comte expliqua qu’il ne pouvait pas non plus puiser dans la garnison d’Antegnar, également bien amoindrie. Elle suggéra deux solutions à son suzerain : soit aller recruter de nouvelles troupes à Neuhor mais le voyage prendrait de précieux jours, soit faire appel au ban et à l’arrière-ban. Comme elle s’y attendait, Damien d’Enro l’autorisa à faire appel à ses vassaux ; il comptait sur elle pour solliciter aussi bien les Albiens que les Réformés car la sûreté du comté était l’affaire de tous. Elle avait des talents de diplomate pour ce faire. Il conseilla toutefois à la future baronne de ne pas trop solliciter ses alliés : si ses amis payaient le prix de leur fidélité pendant que les autres pouvaient refuser de faire leur devoir, les premiers rejoindraient bientôt les seconds. Fleur informa le comte que son beau-père avait contacté ses parents grâce à la magie ; en conséquence de quoi elle avait demandé à son père de dire à Korritil le blanc de prévenir le duc de la situation. Le comte estima que le duc devait à présent en être informé, ce à quoi Fleur rétorqua :

« J’en conviens Monseigneur, mais il serait toujours bon qu’il entende notre version des faits. »

Son suzerain ne lui donna pas tort. Enfin, la jeune femme l’informa des agissements du seigneur de Glaile dont elle se méfiait comme de la peste. Le chevalier osait contester sa décision en faveur du sire d’Armaldré, au prétexte qu’il était resté fidèle au duc, mais Fleur mit en garde son suzerain ; il ne faisait aucun doute que Glaile finirait par prendre les armes contre les Réformés, il attendait simplement son heure. L’homme avait en horreur la Réforme et il ne s’en était pas caché à Olennaç. Aussi, Fleur le pria humblement de ne pas céder à ses exigences. Narcisse d’Armaldré était un bien meilleur vassal et il le prouvait en participant à l’effort de guerre contrairement à d’autres qui recrutaient des mercenaires d’Ereu. Le comte lui répondit qu’il faudrait trouver un moyen de l’empêcher de nuire.

Cinq Pertagnais, remis de leurs blessures, rejoignirent leurs camarades.

Les trois amis se rendirent ensuite en ville, malgré le mauvais temps. Ils se procurèrent du matériel de chirurgie, des remèdes, ainsi que des grenades ; ils purent constater que les prix commençaient en effet à augmenter.

Le 7e Taille (15 février), par un mauvais temps tenace, l’armée fit route ver Zoubrie. Les trois amis veillèrent à éviter la ville et installa le campement en campagne. Ils échangèrent sur leurs dernières péripéties.

Le 8e Taille (16 février), le temps devint très mauvais. L’armée poursuivit sa route vers Relfs. Ils apprirent que la bande d’une centaine de mercenaire qu’ils recherchaient se dirigeait vers Chanu. Le camp fut installé dans un village.

Le 9e Taille (17 février), il faisait assez beau temps. Des soldats commençaient à tomber malade. L’armée contourna Relfs par le sud.

Niscarvin se renseigna sur la position des brigands et Arnolphe les pista ; il parvint à les suivre. Ils projetaient de les attaquer de nuit. Le soldat retrouva leur trace dans l’après-midi à Larchand, en train de piller. Les deux hommes vinrent chercher Fleur qui progressait avec l’armée vers Braychetin. Arnolphe lui fit son compte-rendu. Il proposa de ne pas attendre pour les attaquer. Fleur eut l’idée de ramener les soldats dans les bois, pour pouvoir opérer discrètement à trois. Elle projetait de les attaquer de nuit.

Une fois leurs troupes installées dans les bois, Arnolphe se remit en quête des mercenaires pour évaluer leurs positions. Les bandits étaient partis vers l’ouest. Ils avaient regagné la route, avaient passé un pont, et avaient franchi la frontière vers le comté voisin.

Au camp, Niscarvin soigna les malades. Le cas d’un patient assez malade s’aggrava : il était mourant. L’état d’un autre s’avérait très préoccupant. Deux furent mieux lotis : le premier était guéri, le second le serait le lendemain.

Arnolphe parvint à être discret grâce à son Pouvoir. Il repéra la disposition du village, compta une dizaine de sentinelles. Il revint prévenir ses amis, parcourut en sens inverse les douze lieues qui les séparaient des brigands, arriva vers la fin de la nuit, annoncé par l’aboiement des chiens. Une attaque était encore possible avant l’aube mais il fallait presser le pas. Ils laissèrent les malades avec les chiens et l’armée se mit en route.

Aux abords du village, Fleur fit stationner les soldats dans une zone boisée et leur donna l’ordre de se tenir prêt pour l’assaut qui débuterait pour eux au son du cor. Elle partait avec ses deux lieutenants pour investir les lieux et miner l’ennemi.

Les trois amis approchèrent discrètement du village. Mais Niscarvin se fit repérer. Arnolphe tenta bien de mettre hors d’état de nuire les deux sentinelles, usant de son Pouvoir. Celui qui criait esquiva la flèche, mais son acolyte tomba inconscient. Niscarvin tenta de le tuer, fit une belle attaque, mais le soldat parvint à parer ses lames et donna l’alerte. N'étant pas repérés, Fleur et Arnolphe décidèrent de faire le tour du village pour semer le trouble dans les rangs ennemis en les assaillant ailleurs.

Niscarvin manqua la sentinelle qui riposta en lui infligeant une blessure légère, qui disparut grâce au Pouvoir du saltimbanque. Quatre ennemis arrivèrent en renfort, surpris de constater qu’il n’y avait en fait qu’un assaillant. Niscarvin prit les cinq ennemis pour cible en faisant appel à sa Destinée et en utilisant sa Bénédiction : il distribua des coups mortels, avant de les achever l’instant d’après.

Pendant ce temps, Fleur et Arnolphe arrivaient de l’autre côté du village. Il n’y avait plus de sentinelle. Quatre ennemis erraient sur la place au centre du village en criant qu’un fou furieux attaquait seul à l’entrée du village. Arnolphe usa de son Pouvoir pour les assommer avec ses flèches contondantes ; les hommes, surpris, s’effondrèrent, inconscients. D’autres sortirent des maisons, affolés en voyant leurs camarades au sol, les pensant morts.

A l’entrée du village, Niscarvin, débarrassé de ses adversaires, escalada une maison, se hissa sur un toit. Il vit cinq hommes apparaitre sur la place.

De leur côté, le gros archer et la belle de Lasus, tapis, attendaient patiemment qu’un attroupement d’ennemis se forme, ce qui était en train de se produire tandis que l’on se demandait chez les mercenaires qui était le responsable de tout ce grabuge. Quand les maisons eurent déversé suffisamment d’ennemis, Arnolphe lança une grenade en usant de son Pouvoir qui mit quatorze ennemis hors-combat. Les mercenaires, désemparés, s’écrièrent : « On est attaqués ! On s’fait artiller ! Ils sont où ? Un mage ! Un mage ! » L’archer frappa une seconde fois : une nouvelle déflagration laissa place à douze blessés légers. Les ennemis les cherchaient toujours mais ils commençaient à cerner d’où ces attaques provenaient. Fleur imita son ami, faisant appel, elle aussi, à sa Destinée, pour causer le plus de dommages possibles : sa grenade atteignit mortellement 17 ennemis. Effrayés, les ennemis crièrent : « Barricadez-vous ! »

Le saltimbanque, qui avait entendu les déflagrations, et qui constatait la panique dans les rangs ennemis eut alors une idée. Il se rapprocha du centre du village en rampant prudemment, passant de toit en toit.

De leur côté, Arnolphe et Fleur décidèrent qu’il était temps d’appeler les renforts. Ils avaient bien décimé et déstabilisé l’adversaire, et Fleur voulait ajouter à leur confusion en se postant à un autre endroit dans le village pour sonner dans le cor, afin que les mercenaires imaginent l’arrivée d’une imposante armée. Elle se dirigea donc discrètement vers l’église, tandis que le soldat souffla puissamment dans le cor. Quelques instants plus tard, la belle de Lasus fit de même. Les ennemis, tapis dans les maisons, angoissèrent davantage.

Niscarvin, sur son toit, entendit les deux cors sonner, ce qui le conforta dans son idée. Usant de son Pouvoir, il cria en prenant une voix affolée : « Ils sont des centaines ! Peut-être des milliers ! Fuyons ! Ils vont tous nous massacrer ! » Aussitôt, des portes s’ouvrirent. Les ennemis s’échappèrent en courant. Certains, dans leur confusion, sautèrent par la fenêtre.

Tandis que les ennemis fuyaient, Fleur se rapprocha prudemment de la place. Arnolphe se dirigeait dans la même direction, et lança une nouvelle grenade qui fit huit morts. La belle de Lasus en lança une en puisant dans son Pouvoir : elle supprima dix adversaires et en blessa d’autres. Niscarvin fit de même : il en tua neuf et en blessa un de plus.

Les trois amis poursuivirent les fuyards. Niscarvin descendit de son toit violemment, et dut amortir sa chute grâce à son Pouvoir. De son côté, Fleur fit une belle attaque : elle tua trois ennemis, en blessa deux mortellement, deux gravement, deux légèrement. Arnolphe décocha plusieurs flèches qui firent trois morts, deux blessés mortellement, deux gravement, deux légèrement. L’armée du comté arriva alors en renfort et acheva les blessés. Fleur ordonna à ses soldats de poursuivre les fuyards. Seuls une vingtaine d’ennemis s’échappèrent et ils étaient blessés.

Lorsque le calme revint dans le village, les trois amis se demandèrent ce qu’ils allaient faire des cadavres et de leurs armes, déjà fouillés par les soldats. Fleur se rappela que pendant la dernière guerre des barons, on brûlait les corps pour éviter les épidémies, ainsi que les armes pour les rendre inutilisables. Elle donna des ordres dans ce sens : rassembler les corps et les armes, allumer un feu… Elle précisa à ses hommes de ne récupérer que les armes et armures qu’ils pouvaient transporter. Ces opérations prirent la matinée. Puis l’armée du comté regagna le camp, de l’autre côté de la frontière, sur les terres de Damien d’Enro. Arnolphe les guida sans difficulté. Tous se reposèrent.
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Message  Fleur le Mer 5 Avr - 2:52

Le 11e Taille (19 février), Niscarvin, fatigué, en manque depuis trop longtemps, replongea dans la morphée. Arnolphe et Fleur, eux, récupérèrent bien. L’armée se mit en marche vers Antegnar. Le soir, sous la tente de Fleur, les trois amis échangèrent sur leurs dernières péripéties.

Le 12e Taille (20 février), l’armée s’installa à proximité du château du sire d’Echéouc, un chevalier réformé. Fleur alla lui rendre visite avec Niscarvin. Le saltimbanque narra bien leur campagne contre les mercenaires à leur hôte. Le chevalier trouva la belle de Lasus très sympathique, mais demeurait une énigme pour elle. Usant de son aura, de son Pouvoir et de son collier de Bénédiction, elle parvint à le convaincre de leur prêter main forte : il leur accorda ses treize soldats. Il lui faudrait un peu de temps pour tous les réunir mais il s’engagea à les envoyer rejoindre l’armée à Antegnar.
 
Le 13e Taille (21 février), un soldat était en train de mourir, deux autres allaient de mal en pire. Arrivés à Antegnar, les trois amis leur trouvèrent un prêtre. Le clerc pria pour les sauver, en vain. Les soldats allaient rendre leur âme. Arnolphe donna 1000 pièces d’or à l’église, Fleur céda 100 pièces d’or, ne serait-ce que pour les soldats tombés au combat.

Le 14e Taille (22 février), le comte félicita ses agents. Il leur fit par des informations dont il disposait. Il restait environ une soixantaine d’ennemis sur la route de Neuhor, une soixantaine qui pillait la baronnie d’Olennaç, ainsi que quelques petites bandes éparpillées dans le comté. Niscarvin lui demanda s’il avait eu des nouvelles du comte d’Ereu. Damien d’Enro lui répondit qu’il se tenait tranquille pour le moment, car il savait que le duc interviendrait s’il se montrait trop belliqueux. Niscarvin lui demanda aussi s’il savait ce que devenait les lycanthropes. D’après le comte, ils seraient partis vers le sud après la chasse d’Olennaç et se trouveraient dans le comté de Nyamène. Le comte leur demanda de s’occuper prioritairement de dégager la route de Neuhor, mais la bande d’Olennaç le préoccupait car elle grossissait. Les loups posaient également problème. Comme souvent quand la guerre sévissait l’hiver, des meutes s’aventuraient dans les campagnes pillées par les mercenaires. Mais l’essentiel était de débarrasser le comté de ces deux grosses bandes.

Les trois amis se rendirent en ville. Ils achetèrent des grenades. Niscarvin se procura de la morphée.
Ils se remirent en route avec l’armée et atteignirent vers le soir les terres du seigneur de Mexes, un chevalier albien, loyal au duc. Fleur ne lui parut pas spécialement sympathique. Niscarvin fit un éblouissant récit de leur campagne contre les bandits. Grâce à son aura, son Pouvoir et son collier de Bénédiction, elle obtint dix hommes, en lui rappelant son devoir de vassal. Le seigneur ordonna à ses soldats de faire en sorte de bien s’entendre avec le reste de l’armée.  

Le 15e Taille (23 février), l’armée se dirigea vers la route de Neuhor, malgré le mauvais temps. En chemin, aidée par Niscarvin, Fleur se renseigna, usant de son collier de Bénédiction : on les informa que les bandits se trouvaient autour de Trappe.

Ils arrivèrent à la ville. Les habitants se sentaient assiégés. Ils ne pouvaient plus commercer. C’était une ville franche, aux mains des marchands, à la tête desquels se trouvait le bourgmestre.  

L’armée s’installa à l’est du bourg. Tandis que les soldats montaient le camp, aidés par Niscarvin et Arnolphe, un garde vint chercher Fleur. Il l’informa qu’ils avaient arrêté un rôdeur. L’homme prétendait les connaître. Méfiante, Fleur ordonna qu’on l’amène devant elle et qu’on prévienne ses lieutenants. Quelques instants plus tard, entourée de ses amis, elle découvrit qu’elle connaissait en effet l’individu, ou du moins qu’ils s’étaient déjà croisés. A cette époque, ils progressaient en direction de Neuhor à la recherche d’un coursier, Lauridas, et ils avaient rencontré ce colporteur, nommé René Bon-pied ; c’était la veille de sa rencontre avec Fortuné, se rappela-t-elle avec nostalgie. Le colporteur les salua. Il prétendait avoir des informations sur le repère des bandits, qu’il entendait moyenner. Il pouvait les guider jusqu’à eux, mais il exigeait en échange une somme extravagante. Il leur demanda 10 000 pièces d’or, puis 6 000 pièces d’or, puis 3 000 pièces d’or et le droit de prendre le butin des mercenaires. Fleur lui rétorqua qu’il se montrait bien trop gourmand, qu’il n’avait manifestement aucune idée du coût d’une armée, et qu’elle ne pouvait pas décemment priver ses soldats de leur butin car leur complétait officieusement leur solde ; solde qu’ils n’avaient d’ailleurs pas encore touché, songea-t-elle. Elle le jaugea. Le colporteur avait bien envie de leur vendre ses informations, et il n’avait pas trop intérêt à leur mentir. Le colporteur et la belle de Lasus négocièrent âprement. Usant de son aura, elle parvint à lui faire baisser ses exigences. Elle ne se laissa pas avoir en lui disant qu’il leur faisait certes gagner du temps, peut-être même des vies humaines, mais ils pourraient aussi parvenir à débusquer les bandits sans son aide. Alors elle lui proposa 700 pièces d’or en lui disant que c’était déjà bien payé. René leur conseilla de les attaquer sans attendre, pour les prendre par surprise. Il leur indiqua que les bandits s’étaient établis dans un manoir.

Soucieuse d’épargner autant que possible la vie de ses hommes, Fleur alla voir le bourgmestre. Elle lui demanda si la ville pouvait leur prêter main forte pour les aider à dégager les routes commerciales. Très convaincu, le maire lui accorda ses six gardes et alla recruter des volontaires, en disant aux habitants que c’était pour eux l’occasion de se venger : 75 hommes dans la force de l’âge, mal équipés, qui voulaient en découdre, se joignirent à l’armée. Toutefois, Fleur fit en sorte de placer ces habitants en colère à l’arrière, pour éviter un massacre. Ils serviraient toujours à gonfler leur effectif pour impressionner les mercenaires et à pourchasser les fuyards. A cette fin, elle leur confia les chiens de chasse de son père.

L’armée se rapprocha du manoir. Grâce à son Pouvoir, Fleur eut une très bonne vue. Tandis que l’aube pointait, l’attaque fut lancée. L’armée du comte perdit cinq hommes, quatre blessés mortellement et un mort, au moment de la charge, à cause des arbalétriers ennemis. D’autres reçurent des blessures légères. Fleur lança une grenade en usant de son Pouvoir par une fenêtre du manoir. Elle toucha vingt ennemis mortellement. Puis elle dégaina ses lames. Elle blessa deux hommes légèrement. Pendant ce temps, Arnolphe gardait son arc pour harceler les tireurs aux fenêtres. Il blessa légèrement deux archers. Fleur progressa dans son bâtiment ; elle blessa deux ennemis mortellement, deux gravement, un légèrement. De son côté, Niscarvin lança une grenade en faisant appel à sa Destinée qui blessa gravement vingt ennemis, puis il dégaina ses lames et distribua aussi les blessures à l’aide de son Pouvoir : laissant sur son passage deux morts, deux blessés mortellement, un gravement, et en poussa d’autres à la défense.

Arnolphe décocha d’autres flèches, usant de sa bénédiction : il obligea trois tireurs à se retrancher derrière le mur.

Fleur fit de nouveau appel à sa Destinée : elle blessa deux ennemis mortellement, deux gravement, et un légèrement. Elle constata qu’autour d’elle, son armée tenait désormais la place.

Dans les autres bâtiments, les forces du comté progressaient efficacement. La belle de Lasus vint prêter main forte à Niscarvin qui évita un coup d’épée. Le saltimbanque fit d’autres blessés. Les mercenaires n’étaient plus qu’une quinzaine : ils se rendirent. Niscarvin convainquit Fleur de les épargner pour les remettre à la justice. La belle de Lasus commanda alors à ses soldats et à la foule de les faire prisonnier. Ses hommes l’écoutèrent, mais la foule protesta. Niscarvin parvint à calmer la population par une belle harangue, en leur promettant que justice serait faite. Tout le monde regagna La Trappe. Les habitants se réjouirent : « Hourra ! Vive Fleur de Pertagne ! Vive le comte d’Enro ! »

L’armée déplora deux décès, un des soldats agonisant ayant succombé à ses blessures. Niscarvin parvint à guérir Arnolphe. Puis il s’occupa des blessés : le premier serait guéri dans deux mois, le second demeurait à l’agonie, et le troisième fut très bien soigné. Quant aux blessés légers, deux étaient guéris, trois autres se rétabliraient d’ici un ou deux jours, un autre n’en avait que pour quelques jours, et la plaie du dernier allait s’infecter.      

Le 16e Taille (24 février), les six gardes avaient retrouvé la milice de la ville. Les trois amis assistèrent à la messe du Huiti. Ils se concertèrent sur le sort des prisonniers car ils ne pouvaient pas les laisser aux mains des citoyens qui ne manqueraient pas de les lyncher. Fleur rappela à ses compères que seul le comte et le juge royal avaient le pouvoir de les juger. Comme le bailli se trouvait être un membre de la famille d’Ygnol, il ne leur restait qu’un seul choix. Il fallait donc les amener au comte. Mais Niscarvin argua que cela les ralentirait de les trainer jusqu’à Antegnar. Il proposa plutôt de faire venir un juge d’Antegnar et laisser les captifs à la garde des citoyens. Fleur rétorqua qu’ils allaient subir de mauvais traitements et que le juge risquait de se retrouver avec des cadavres. Mais Arnolphe se rangea à l’avis du saltimbanque et comme elle avait hâte d’en finir avec tous ces bandits, elle céda. Niscarvin s’adressa à la population, usant de son Pouvoir ; très persuasif, il parvint à les convaincre de ne pas exécuter eux-mêmes les captifs et d’attendre le juge qui ne manquerait pas de punir ces bandits.    

Vers le soir, ils se retrouvèrent et échangèrent sur leurs dernières péripéties. En ce 16e Taille, il n’avait pas échappé aux deux hommes que derrière un visage de marbre, Fleur était particulièrement morose, car elle aurait dû épouser Fortuné ce jour-là. Toutefois, ils parvinrent à la réconforter.  

Le 18e Taille (26 février), par un mauvais temps, les trois amis arrivèrent à Antegnar. Niscarvin raconta fort bien leurs aventures au comte qui les félicita. Il leur offrit 2 000 pièces d’or à chacun. Fleur se procura une grenade.  

Niscarvin tenta de soigner un soldat dont la plaie s’infectait. Il était en voie de guérison. Sa blessure finirait par cicatriser.
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"Mon épée est vôtre, Monseigneur" 12

Message  Fleur le Lun 24 Avr - 21:58

Le 19e Taille (27 février), Niscarvin et Fleur rendirent visite à Sifroy de Trémore, un chevalier réformé, avec qui la belle de Lasus avait commencé à tisser de bonnes relations, à la demande de son père le baron de Pertagne. Le chevalier se montra bienveillant avec eux, content de revoir Fleur, Niscarvin lui narra leur campagne contre les mercenaires. Fleur tenta ensuite de le convaincre de leur prêter main forte, usant de sa bénédiction et de son aura. Le chevalier consentit à leur céder trois soldats.

Le 20e Taille (28 février), Fleur décida de se rendre à la commanderie des chevaliers de la rose d’Essé, pour leur proposer une collaboration contre les mercenaires qui ravageaient les campagnes du comté. C’était précisément ce que faisait son frère paladin en Aguydenne, alors en leur proposant de poursuivre leur mission avec l’appui de l’armée du comté, elle espérait bien obtenir l’aide des paladins. Arrivée à la commanderie, un jeune homme lui ouvrit. Fleur se présenta et demanda à parler au commandeur. Le jeune homme l’amena jusqu’à un chevalier alité. L’homme s’excusa de la recevoir dans cet état. Il avait eu la jambe cassée en combattant les bandits. Il avait fait une mauvaise chute. Niscarvin l’examina. Le chevalier avait une blessure mortelle. Il avait été soigné correctement, il avait se rétablir avec du temps, mais il en conserverait probablement des séquelles et boiterait peut-être à vie. Son compagnon avait été tué, comme la plupart de ses pairs. Fleur, touchée, se montra compatissante. Elle lui demanda s’il y avait d’autres chevaliers pouvant se joindre à elle contre les bandits. Frère Daniel était trop vieux et s’occupait de l’intendance. Il y avait le jeune écuyer qui leur avait ouvert, mais c’était encore un garçon. Leur homme d’armes était gravement blessé, il avait un bras en écharpe, mais il s’en remettrait. Navrée pour eux, elle lui demanda s’il pensait recevoir des renforts de son ordre. Il n’en savait rien, c’était possible, cela allait dépendre de l’évolution de la situation dans le duché. Touchée par l’état du chevalier, elle lui souhaitait le meilleur rétablissement possible, et ayant beaucoup de respect pour son ordre dont faisait partie son propre frère, lui expliqua-t-elle, Fleur lui fit un don de 500 pièces d’or. Il la remercia. Aidée par Niscarvin, usant de son collier de Bénédiction et de son aura, elle lui demanda ce qu’il savait sur la bande qui sévissait non loin d’Olennaç. Cette bande, comptant une centaine d’individus, était regroupée autour de deux chefs, dans une forêt au nord d’Olennaç.

Après avoir quitté la commanderie, Fleur se concerta avec ses deux amis. Les deux hommes voulaient en découdre, tandis qu’elle aurait trouvé plus prudent de recruter d’autres troupes, mais ils trouvèrent un argument imparable ; plus vite ils se débarrasseraient de cette bande, plus vite elle pourrait revoir son Fortuné. Alors, pressée d’en finir, elle capitula mais souligna qu’ils devraient tout mettre en œuvre pour les affronter, en ayant une préparation minutieuse.

Dehors, une tempête de neige faisait rage. Arnolphe partit en reconnaissance, tandis que Niscarvin restait avec les soldats. De son côté, Fleur tenta de se renseigner auprès des habitants à l’aide de son aura. Les paysans lui indiquèrent qu’il suffisait de prendre la route entre Olennaç et Antegnar pour tomber sur les bandits. Mais les gens ignoraient combien ils étaient réellement : certains disaient 50, d’autres 200…

Pendant ce temps, Arnolphe usa de son Pouvoir pour s’approcher du camp discrètement et il y parvint. Il repéra les lieux, estima la troupe à 65 individus. Il fit le tour du camp. Il était très bien caché mais une sentinelle particulièrement alerte finit par le repérer et donna l’alerte. Le gros archer se sauva en courant. Les ennemis le poursuivirent, gagnèrent du terrain. Arnolphe remit de la distance, mais trois hommes se rapprochèrent. Essoufflé, le gros archer tira son arc, décocha trois flèches. Ses cibles se mirent à couvert. Arnolphe réduisit sa fatigue grâce à son Pouvoir, et repartit en courant. Au terme d’une course acharnée, il finit par s’enfuir.

De retour au camp, il rapporta à ses amis ce qu’il avait observé. Niscarvin fut d’avis d’attaquer sans tarder, dès l’aube. Ses deux compagnons acceptèrent et il en fut décidé ainsi.

En début de nuit, les chiens s’agitèrent. Les gardes vinrent chercher la belle de Lasus et ses lieutenants. Fleur eut l’intuition que les ennemis avaient envoyé des éclaireurs. Niscarvin et Arnolphe décidèrent d’aller scruter les alentours pour en avoir le cœur net. Le saltimbanque usa de son aura dans la direction où les chiens avaient aboyé, ne remarqua rien. Les deux hommes prirent quatre soldats, des chiens et des torches, et s’éloignèrent un peu du camp, tandis que Fleur gardait le camp. Ils ne voyaient pas grand-chose. Ils se trouvaient à 200 mètres du camp, quand tout à coup, un carreau blessa Arnolphe, mais Niscarvin ne sut pas d’où le projectile provenait. Il ordonna qu’on lâche les chiens qui partirent en courant. Peu à peu, la vue des deux amis s’accoutuma à la nuit. Un autre carreau fusa, en direction de Niscarvin qui parvint à l’esquiver grâce à une once de Pouvoir ennemie ; il sut dès lors qu’il avait affaire à Jean-Philippe Monnet, l’arbalétrier qu’ils avaient affronté à Réchemprève. Les chiens, eux, débusquèrent Benjamin Pasquois, l’épéiste. Arnolphe le prit pour cible tandis que le saltimbanque fondait sur lui. Benjamin tailla les chiens en pièce, et chargea les soldats. Les deux premiers échappèrent à sa lame, mais le troisième fut gravement blessé, et le quatrième légèrement.

L’arbalétrier prit le saltimbanque pour cible. Niscarvin esquiva son trait en exécutant une roulade avec brio. Apparemment, les deux chefs ennemis avaient eu la même idée qu’eux en faisant du repérage. Niscarvin attaqua Benjamin avec son Pouvoir qui para sa lame. Arnolphe s’avança. Jean-Philippe prit pour cible un des soldats en usant de son Pouvoir ; il le blessa mortellement. Heureusement, un de ses camarades parvint à le stabiliser. Niscarvin revint à la charge, mais son adversaire bloqua de nouveau sa lame. Un soldat porta à l’épéiste une magnifique attaque mais ce diable de Benjamin la para.

De son côté, Arnolphe repéra enfin Jean-Philippe. Il le visa en usant de son Pouvoir, le tua et l’arbalétrier revint indemne grâce à sa Destiné.

Niscarvin harcela Benjamin, qui para derechef sa lame, ainsi que l’assaut du soldat grâce à son Pouvoir. Le saltimbanque insista, mais décidément intouchable, l’épéiste fit une magnifique parade.

Tout près d’eux, les deux tireurs se faisaient face. Jean-Philippe réussit à bloquer les flèches du gros soldat grâce à son Pouvoir. Arnolphe lui envoya trois nouvelles flèches, encore parées. L’arbalétrier riposta en tuant le gros archer qui revint grâce à sa Destinée.

Niscarvin attaqua Benjamin, le manqua. L’autre en profita pour riposter. Il blessa gravement les soldats mais Niscarvin lui échappa. Pour aider son ami, Jean-Philippe visa Niscarvin avec son Pouvoir, il le toucha mortellement, et le saltimbanque dut réduire sa blessure en grave. Les soldats, impuissants, partirent chercher des renforts.

L’épéiste manqua Niscarvin. Les deux tireurs se jaugèrent. Tous avaient abondamment puisé dans leur Pouvoir. Finalement, Jean-Philippe proposa d’en rester là pour se battre un autre jour. Les deux amis se concertèrent d’un regard et les laissèrent partir.

Au camp, les chiens se mirent à aboyer, annonçant le retour des soldats blessés qui allèrent trouver Fleur. Ils l’informèrent que ses lieutenants avaient besoin d’aide. Aussitôt, Fleur décida de partir avec dix hommes. Quelques instants plus tard, elle eut le soulagement de retrouver ses amis vivants qui revenaient vers le camp. Ils rapportèrent à la jeune femme leur affrontement avec les chefs ennemis. Niscarvin usa de son Pouvoir pour se soigner, et ne conserva qu’une blessure légère.

A l’aube du 21e Taille (1er Mars), la tempête de neige se leva un peu. Niscarvin soigna les soldats. L’armée se mit en marche vers le camp des mercenaires. Ils ne trouvèrent qu’un camp vide. Arnolphe retrouva leurs traces qui allaient vers le sud. Les trois amis comprirent que les ennemis allaient s’attaquer à leur camp. L’armée fit demi-tour. Les deux troupes se rencontrèrent inopinément en forêt.

Les forces du comté se mirent en ordre de bataille. Niscarvin ressentit la présence des chefs ennemis. Usant de son Pouvoir, il attaqua le plus d’ennemis possibles : il laissa sur son passage deux morts, deux blessés mortellement, deux gravement, deux légèrement, en poussa d’autres à se défendre et demeura intouchable. Arnolphe fit trois blessés graves. Non loin d’eux, Fleur fut gravement blessée par un carreau, qui se transforma en légère.

De nouveau, Niscarvin attaqua les ennemis en usant de son Pouvoir faisant un mort, infligeant deux blessures mortelles, deux graves et d’autres légères. Plusieurs soldats albiens assaillirent Fleur qui les repoussa. Jean-Philippe visa Niscarvin mais son carreau tua un de ses hommes à la place.

Soudain, Benjamin cria : « On les a encerclés ! Allez, ils sont foutus ! » Les soldats de Fleur regardèrent autour d’eux et se rendirent compte qu’ils étaient tombés dans un piège, encerclés de toutes parts. L’armée fut en panique. Ne se laissant pas démonter, Fleur leur redonna courage grâce à son aura, et pour montrer l’exemple, elle fit une magnifique attaque : laissant sur son passage trois morts, deux blessés mortellement, deux gravement, et d’autres légèrement. Arnolphe toucha trois ennemis gravement. Mais l’issue du combat demeurait incertaine. Un trait heurta légèrement le saltimbanque qui réduisit sa blessure. Un carreau de Jean-Philippe tua Fleur, qui revint indemne grâce à sa Destinée.

Arnolphe tentait de repérer les chefs ennemis, en vain. A défaut, ses traits touchèrent légèrement trois soldats adverses. Redoutable, le saltimbanque, grâce à son Pouvoir, fit deux morts, toucha deux adversaires mortellement, deux gravement. Furieux, Jean-Philippe le tua d’un carreau, mais il se releva indemne grâce à sa Destinée, tandis que Benjamin décimait les soldats du comté. Fleur lui rendit la pareille, laissant dans son sillage trois morts, deux blessés mortellement, un gravement, et en poussa d’autres à la défense.

De son côté, l’arbalétrier visa ensuite le gros soldat, mais celui-ci très mobile, lui échappa. Puis il toucha Fleur mortellement à la main droite qui profita du Pouvoir adverse pour réduire sa plaie en grave. Grâce à son Pouvoir, Arnolphe tua Jean-Philippe ; l’arbalétrier ne s’en releva pas.

De son côté, Fleur repoussa les assauts des soldats ennemis. Son Pouvoir s’amenuisait, et la bataille s’éternisait. Forçant le Destin, elle sema la peur en faisant neuf morts et deux blessés. Consciente qu’elle venait de frapper un grand coup, elle usa de son Pouvoir et de son aura pour les intimider en criant : « Jetez vos armes ! » Très impressionnés, les ennemis paniquèrent et commencèrent à s’enfuir. Les soldats de la belle de Lasus, ragaillardis, s’exclamèrent : « Hourra ! Vive la rose de Pertagne ! Allez ! On va les avoir ! » Fleur resta alors avec ses hommes pour pourchasser les mercenaires, et surtout éviter des pertes supplémentaires. Elle tua quatre ennemis, et en blessa d’autres, dont deux mortellement. Elle en heurta un légèrement. Une dizaine de mercenaires réussit à s’enfuir, le reste fut massacré. Elle chercha des yeux le saltimbanque, s’y reprit à plusieurs reprises, et finalement le trouva en train de croiser le fer avec l’épéiste, et il paraissait en mauvaise posture. Tout près, Arnolphe n’intervenait pas mais se tenait prêt à supprimer Benjamin s’il le fallait.

Indifférents aux soldats qui pour les uns s’enfuyaient, pour les autres pourchassaient les premiers, le saltimbanque et l’épéiste avaient un compte à régler. Mais Niscarvin n’avait plus de Pouvoir, et lorsque Benjamin, puisant dans le sien, fut sur le point de le tuer, il pria Tharès qui l’entendit et fit apparaitre un bouclier blanc, sauvant ainsi le pieux saltimbanque. L’épéiste porta un nouvel assaut que le baladin repoussa cette fois-ci. En réponse, Niscarvin lui assena une blessure grave, et l’autre puisa une ultime fois dans son Pouvoir pour l’amoindrir. Le baladin et l’épéiste n’avaient plus de Pouvoir. Ils manquèrent tout deux leur adversaire. Puis Niscarvin prit l’avantage, en lui assenant des petites estafilades, avant d’exécuter une magnifique botte et de l’égorger.

Les trois amis se retrouvèrent, se congratulant pour la victoire, s’assurant de la santé de chacun. Niscarvin, éreinté, soigna Fleur mais mal. Ils regagnèrent le camp. Les ennemis l’avaient pillé et saccagé. Les tentes étaient fendues, les provisions renversées. Les deux robes de ville de Fleur étaient en pièces, elle se consola en songeant qu’elle en avait d’autres à Pertagne. Ces scélérats avaient supprimé les quatre blessés restés au camp. La moitié des chiens étaient morts. Ils retrouvèrent trois chiens, dont un blessé. Niscarvin commença à soigner les blessés. A la demande de Fleur, l’aumônier dirigea une prière à la mémoire des morts et leurs quatre soldats massacrés furent enterrés. La plupart des soldats étaient blessés, il faisait toujours froid, et s’ils ne voulaient pas dormir à la belle étoile, ils devaient se mettre en route sans attendre pour Antegnar et c’est ce que Fleur décida.

Ils arrivèrent à destination au soir sans encombre. Fleur demanda au comte s’il pouvait fournir pour la nuit un abri aux soldats. Niscarvin raconta très bien leurs derniers affrontements avec les mercenaires. Satisfait, Damien d’Enro les félicita. Ses agents avaient éliminé la menace, les quelques bandits qui restaient ne seraient plus une gêne. Il leur accorda 1000 pièces d’or de plus à chacun. Il leur déclara qu’ils étaient relevés de leur service. Il allait prendre le commandement, lever le ban et l’arrière-ban, soumettre les récalcitrants.

Le comte demanda à Fleur si elle comptait passer par Pertagne, ce qu’elle lui confirma. Il lui demanda de dire à son père de lui transmettre la solde de ses hommes pour les payer. Comme elle allait se rendre à Neuhor, Fleur demanda à son suzerain s’il souhaitait en profiter pour transmettre quelque chose au duc par son intermédiaire. Il la chargea de l’informer de la situation, de lui rapporter le déroulement de la campagne, de lui montrer qu’il ne restait pas inactif, de lui dire qu’il répondrait bien à son appel, mais qu’il lui faudrait encore quatre ou cinq huitaines pour arriver, un mois tout au plus. Il leur indiqua le nom d’un contact à Neuhor qui pourrait faciliter l’obtention d’une audience auprès du duc. « Dites-lui que vous venez de ma part. » « Quant à vous, précisa-t-il à la jeune femme, vous nous rejoindrez après votre mariage. Je sais que Pertagne répondra à l’appel. » Fleur demanda humblement à son seigneur si à son avis, elle pouvait demander au duc de confirmer le jugement de son prédécesseur, comme le proscrit avait de nouveau frappé. Damien d’Enro le lui confirma. Comme Korritil avait porté plainte pour l’agression de son fils, elle lui demanda alors si, en cas de procès, il serait d’accord pour appuyer de nouveau les Lasus face à Malfosse. Le comte lui répondit que oui. Elle le remercia.

Elle pensa enfin à lui signaler qu’ils n’avaient pas pu collecter les armes et armures cette fois-ci. Leur campement ayant été saccagé, et la majorité des soldats étant blessés, elle avait jugé plus prudent de regagner Antegnar au plus vite. Le comte lui répondit qu’il allait s’en occuper. Les trois amis prirent congé.
Fleur consigna le nom des morts pour faire prévenir les familles.
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Le vieux démon de Fleur

Message  Fleur le Lun 24 Avr - 22:08

Le 22e Taille (2 mars), Fleur avait mal à sa main droite. Sa blessure la lançait. Elle alla voir Niscarvin qui l’examina. Il stoppa l’infection. Sa main serait guérie sous 28 jours.  

Ils arrivèrent à Pertagne au soir. Fleur proposa à son père de recruter des soldats à Neuhor pour pallier les pertes dans la garnison. Mais le baron lui rétorqua : « Avec quel argent ? » Leurs finances n’étaient pas brillantes. Fleur lui transmit le message du comte concernant le paiement des soldats. Puis Philippe lui remit une lettre pour Korritil. Elle lui demanda s’il avait pu envoyer sa lettre pour Fortuné. Le baron le lui confirma mais elle arriverait peut-être avant le courrier.
Fleur demanda conseil à sa mère. Comme les pro-albien avaient fait courir de méchantes rumeurs sur elle, et sur la fortuné des Lasus, elle entendait paraitre dans une tenue digne de leur rang à Neuhor, pour faire taire les mauvaises langues. Filendilë lui conseilla deux très belles robes de facture elfique, agrémentées de quelques bijoux. Sa fille lui demanda humblement comment se profilait son mariage. La baronne se contenta de lui répondre qu’elle devait aller voir Fortuné et lui parler.

Le soir, les trois amis échangèrent sur leurs dernières péripéties.

Le 23e Taille (3 mars), Arnolphe avait un rhume. Il faisait assez beau. Les trois amis progressèrent rapidement sur une route qu’ils connaissaient très bien maintenant. Ils passèrent la nuit à Jonqueret où ils furent bien reçus. Niscarvin raconta fort bien leurs aventures pour le plaisir des villageois. Fleur s’informa des rumeurs locales : les gens avaient entendu parler de loups, de loups géants, des bandits qui avaient sévi en Enro, de la guerre qui n’allait pas tarder à montrer son affreux visage.

Le 24e Taille (4 mars), les trois amis, très bien guidés par Arnolphe, arrivèrent en fin d’après-midi, moyennant 60 pièces d’or de péage.            

Le cœur battant, appréhendant la réaction de Fortuné, Fleur se présenta chez Korritil le Blanc. Un garde qu’elle n’avait jamais vu lui ouvrit. Il lui demanda qui elle était.

« Je me nomme Fleur de Lasus, et voici mes deux compagnons : Niscarvin le Baladin et Arnolphe Grosjean. Je viens voir mon fiancé, Fortuné. Demandez donc à Messire de Melville, il vous confirmera. »

Visiblement, son beau-père avait renforcé sa garde. L’homme se retira, puis il revint lui annoncer qu’elle pouvait entrer. Le mage était un peu surpris par sa venue, mais il l’accueillit bien. Fleur le salua :

« Messire, ravie de vous revoir. Pardonnez-moi d’arriver ainsi sans vous avoir prévenu, mais Père m’a dit pour Fortuné et il me tardait de le retrouver. Fortuné est là ? Puis-je lui parler ?  
- Oui. Naturellement. Je crois en effet qu’il serait bon que vous ayez une discussion. »

Fleur se rendit auprès de son bien-aimé. Fortuné demeurait distant. Il la regarda un instant avant de lui tourner le dos et de lui dire froidement :

« Ah cruelle… Pourquoi venez-vous ainsi me tourmenter ?  Vous n’auriez pas dû venir. »

Fleur, navrée, accusa le coup et déplora :

« C’est donc à ce point… ?
- Ne vous blâmez pas. Vous m’aviez mis en garde. J’aurais préféré vous savoir auprès du comte. Non je… Je ne peux pas vous faire ça… »

Elle réalisa qu’il la vouvoyait. Que cherchait-il à lui dire ? Il n’avait aucune animosité dans sa voix mais il se comportait comme s’il souhaitait la quitter. Elle en appela à ses sentiments, usant de son Pouvoir et de son aura :  

« Fortuné, je vous retrouve enfin… Bien tard, il est vrai et vous m’en voyez bien marrie. Pardonnez-moi mon aimé. Je vous en conjure.
Depuis nos aux revoirs à Antegnar, je n’ai cessé de penser à vous. Je n’avais qu’une hâte, vous revoir. Le soir où Lauridas m’a croisée, j’aurais dû déjà être en chemin pour vous retrouver, mais le comte s’y est opposé et, même si cela me coûte de le reconnaître, il a fait ce qu’il fallait. Hélas, les choses sont allées de mal en pire et tout s’est précipité. J’ai été enlevée, malmenée pendant plusieurs jours, avant de visiter les geôles d’Antegnar pour masquer les apparences, puis j’ai dû espionner Olennaç, supporter tous ces félons durant des jours, pour sauver la vie du comte. A peine avions-nous déjoué leur complot qu’un millier d’hommes menés par Ereu, encerclait Antegnar, et pendant que nous défendions la cité, j’ai non seulement appris que Pertagne était assiégé, sans pouvoir prêter main forte à Père, mais j’ai surtout su ce qu’il vous était arrivé, ou du moins ce que Père a pu m’en dire. C’était un cauchemar et pourtant je devais tenir. N’arrivant à prendre ni Antegnar, ni Pertagne, Ereu s’est retiré, il a démobilisé ses mercenaires et les a laissés sciemment se payer sur le pays. A la tête des forces armées du comté, j’ai traqué ces bandits ces dernières huitaines, et voir des hommes sous mes ordres tomber, croyez-moi, c’est dur à supporter, or les combats ont été bien rudes. Alors, dites-moi Fortuné, face à de telles menaces, qu’aurais-je dû faire selon vous ? Croyez-vous que Père, croyez-vous que le comte, croyez-vous que la guerre m’ait laissé le choix ?    
Oh, je sais bien que vu de votre fenêtre, je suis une bien piètre fiancée, je ne le nie pas, et votre courroux envers moi est bien légitime. N’allez pas vous imaginer pour autant que je me suis jouée de vous, que j’ai passé du bon temps ces derniers mois, ou que je vous ai oublié, c’est faux ! Je n’ai cessé de penser à vous, plus encore lorsque j’ai su ce qui vous était arrivé, et par ma faute encore ; j’étais morte d’inquiétude. Vous imaginer en souffrance sans pouvoir à être à vos côtés ou même prendre de vos nouvelles était un véritable supplice. J’étais prête à dépenser une somme folle pour me téléporter ou au moins vous contacter par magie, mais aucun mage d’Antegnar ne pouvait le faire. Vous rejoindre était du suicide car une centaine de bandits tenait la route de Neuhor. A défaut, je vous ai écrit, mais les voies étaient coupées, et en désespoir de cause, j’ai laissé ma lettre à Père, dans l’espoir qu’elle vous parviendrait dès que les communications seraient rétablies. En fin de compte, nous n’avons pu libérer la route de Neuhor que le 15e Taille, tant les mercenaires d’Ereu s’étaient dispersés à travers le comté. Alors privée de vous, j’ai prié pour que vous vous rétablissiez, j’ai pleuré des nuits entières, j’étais si tourmentée que le comte et mes parents m’ont sermonnée pour que je tienne bon, et c’est finalement le soutien inconditionnel de mes amis qui m’a sans doute le plus aidée.
Mon Fortuné, ne doutez pas de mon amour, s’il vous plait. Je vous aime éperdument et je n’en puis plus d’être loin de vous. Je… »

Submergée, Fleur pleura en poursuivant :

« Si vous saviez comme je suis lasse… On ne cesse d’exiger tout de moi, de me rappeler à mes devoirs, alors que je n’aspire qu’à vivre à vos côtés. Sans vous, la vie n’aurait plus aucun sens, plus aucune saveur… Je ne supporterais pas de vous perdre. Aussi je prie pour que vous trouviez la force de me pardonner. »

Fortuné fondit en larmes. N’y tenant plus, il prit Fleur dans ses bras et l’embrassa. Il lui déclara :

« Ah cruelle ! Je ne puis vous résister. Je n’ai jamais cessé de vous aimer. Je ne puis renoncer à vous, pourtant il le faut ! J’ai vu de quoi il était capable. C’est un monstre. Sa menace était claire. C’est précisément parce que je tiens à vous que je préfère vous quitter, pour qu’il ne soit pas tenté de vous faire de mal. Mais je vous jure que je n’en aimerai jamais aucune autre, même si nous devions ne jamais nous revoir. »  

En l’entendant, Fleur, en larmes, s’affola. Refusant de le perdre, usant de son aura, elle plaida pour le persuader de ne pas renoncer à leur amour, malgré la menace.  

« Vous voyez ? C’est précisément ce qu’il veut. En vous séparant de moi, vous le laissez gagner. Il en est hors de question ! Je ne puis renoncer à vous…, cela reviendrait à me tuer. Mon aimé, cela fera bientôt un an que nous nous sommes rencontrés et je reste convaincue que nous nous sommes bien trouvés. Nous nous sommes aimés, si vite, si fort, et ce malgré les épreuves, malgré mes devoirs écrasants. Mon Fortuné, nous avons une chance rare, celle de nous aimer, et plus rare encore, celle de pouvoir nous marier ensemble. Alors, si vous m’aimez, je vous en supplie, ne gâchez pas tout. Ne laissez pas ce démon nous séparer. J’ai besoin de vous et je suis sûre que c’est réciproque. »

Fortuné avait bien envie de céder mais il s’inquiéta :

« Mais qu’allons-nous faire s’il attaque le jour de notre mariage, ou s’il s’en prend à nos enfants ?
- Je ne vais pas le laisser nous nuire. Je ne suis plus la jeune femme d’il y a dix ans, je suis devenue plus forte et je suis prête à l’affronter. Avec mes amis, nous allons traquer cette bête et la mettre hors d’état de nuire.
- Et s’il vous échappe ?
- Nous renforcerons la sécurité. En outre, Guilhem et mes amis veilleront tout particulièrement sur nous. Il ne pourra pas nous approcher. Mais, à présent que je suis de retour, je gage qu’il ne résistera pas à l’envie de me revoir, et j’espère même qu’il commettra cette folie car ce sera l’occasion pour nous de le coincer.
- C’est très dangereux. Il ne faudrait pas que le piège se retourne contre vous ma douce.
- Ne vous inquiétez pas mon aimé. Avec mes amis, je suis venue à bout de plus de 500 mercenaires, alors ce n’est pas ce fou qui me terrassera. A présent que nous nous sommes retrouvés, je me sens plus forte et croyez-moi, je ne laisserai personne nous séparer. »  

Convaincu, il décida : « Tu as raison ma douce. Après tout ce que nous avons vécu, ce n’est qu’une épreuve de plus que nous allons traverser ensemble. Qu’il aille au diable ce Malfosse. Nous allons nous marier ma Fleur. »  

Ils s’étreignirent un long moment, soulagés d’un poids énorme, retrouvant tous deux leur sourire et leur complicité. Blottie contre lui, elle s’enquit :

« Quand j’y pense…, as-tu eu ma lettre ?
- Oui. Elle est arrivée hier, et elle m’a beaucoup ému.
- Tu vois que je ne t’ai pas oublié ?
- Mais je n’en ai jamais douté Fleur. »

Il lui annonça alors :

« Mon père a obtenu une charge ducale pour moi. Ton mari ne sera pas sans le sou.
- Oh mon aimé, je suis fière de toi ! Félicitations ! »  

Puis Fortuné devint très entreprenant. Ce n’était pas pour lui déplaire, lui avoua-t-elle, mais elle lui fit remarquer que le moment n’était pas peut-être pas très indiqué. Elle venait à peine d’arriver chez son père, et l’heure du repas approchait. Il renonça donc, et Fleur partit se changer pour enfiler une très belle robe, plus digne de son fiancé.

Lors du repas, Fortuné prévint son père :

« Père, Fleur a ranimé ma flamme. Nous allons nous marier comme convenu.
- Ah j’en suis bien aise mes enfants. A vrai dire, nous avions poursuivi les préparatifs dans ce sens, et nous allons renforcer la sécurité. »

Fleur renchérit : « Sachez par ailleurs que Guilhem veillera tout particulièrement sur notre protection. »

Sceptique, Korritil acquiesça sans faire de commentaires. Fleur semblait avoir beaucoup d’admiration pour son frère, ce que le mage comprenait, mais un seul chevalier de la Rose ne serait pas d’un grand secours ; c’était ignorer que, comme Fleur, le paladin disposait du Pouvoir !
     
Korritil demanda à Fleur ce qui était arrivé à sa main droite, en partie recouverte d’un bandage. Elle expliqua qu’elle s’était pris un carreau durant la dernière bataille, mais que Niscarvin l’avait bien soignée, et que d’ici un mois, il n’y paraitrait plus. Fortuné qui la retrouvait une fois de plus blessée, pesta contre le comte d’Enro :

« Bon sang mais Fleur, je vais finir par rallier le comte d’Ereu !
- Ah non Fortuné ! Le reprit Fleur spontanément. Vous n’y pensez pas ! Olennaç à la tête du comté aurait laissé des fanatiques purger les trois baronnies, ce qui signait la mort des Lasus. Peut-être auriez-vous préféré cela ?
- Non, évidemment. Pardonnez-moi ma douce. Mes mots ont dépassé ma pensée. Mais je déplore de vous retrouver à chaque fois meurtrie à cause de votre suzerain, qui ne vous épargne rien.
- Il exige beaucoup c’est vrai, et cela me pèse parfois. Mais il s’est montré reconnaissant de tout ce que nous avons accompli pour lui et nous a bien récompensé.
- Je l’espère, oui. »

 Après le repas, Fleur sollicita un entretien en privé avec le mage qui l’emmena dans son bureau. Elle lui remit d’abord la lettre du baron. Elle lui expliqua ensuite que son père ne lui avait pas dit grand-chose sur l’agression de Fortuné, et qu’elle n’avait pas osé aborder le sujet avec son fiancé. Mais elle souhaitait le réconforter au mieux, elle avait donc besoin d’en connaître les détails. Korritil lui rapporta qu’un jour, un homme s’était présenté ici, il avait demandé à voir Fortuné. Il avait alors tiré dans les parties viriles de son fiancé avec un pistolet à double canon, le laissant agonisant.

Entendant cela, Fleur se sentit profondément marrie et meurtrie pour son bien-aimé, maudissant le dément qui l’avait agressé. Le mage poursuivit son récit. Fortuné demeurait très traumatisé. Il avait bénéficié des mêmes sorts qu’elle pour son visage lors du tournoi, afin de ne pas le laisser impuissant. Korritil avait pris des mesures pour sa sécurité. On le fit passer pour mort pendant une semaine, le temps d’organiser sa protection, d’engager des gardes, et puis, il avait bien fallu révéler qu’il était en vie, non seulement pour qu’il ne perde pas sa charge d’officier, mais aussi parce que les gens commençaient à présenter leurs condoléances, ce qui devenait embarrassant. Le mage avait naturellement porté plainte et l’avait fait chercher. Il avait engagé des enquêteurs, mais cela n’avait rien donné pour le moment. S’il s’agissait bien de ce Malfosse, il avait changé de nom. D’après l’enquête officielle, il se ferait appeler Homère de Balrosse, un gentilhomme qui avait résidé quelque temps à Neuhor et qui avait disparu après son forfait. Korritil avait engagé un mage pour le localiser avec un sort puissant ; par deux fois, cela n’avait rien donné. Ce qui pouvait signifier plusieurs choses : soit il se trouvait hors de portée donc il avait quitté la région, soit il disposait d’un sort de dissimulation. Mais un tel artefact était très couteux.

Fleur remarqua aussitôt : « Les Malfosse ne disposent pas d’une telle fortune.

- J’ai réfléchi. Étant donné qu’il est proscrit, il a pu se le procurer au marché noir, auprès d’une guilde de voleurs. C’est peut-être un objet maudit. Au pire il a des moyens financiers. Au mieux il a des contacts. Cela montre en tout cas qu’il est déterminé. »

Fleur informa son beau-père qu’elle pouvait compter sur le soutien du comte d’Enro en cas de procès, car les Malfosse risquaient dans ce cas de faire appel de nouveau à leur protecteur, le comte de Sodavlac. Comme elle devait solliciter une audience avec le duc pour les besoins de son suzerain, elle espérait obtenir du duc la confirmation du jugement de son prédécesseur. Le mage lui signifia que pour cela, il fallait d’abord prouver qu’il s’agissait bien de Robert de Malfosse.

Puis Fleur lui demanda s’il connaissait Cirias. Korritil lui répondit : « Vaguement. Il me semble qu’il a servi le comte d’Ereu quelque temps. »

Fleur lui expliquait que cela confirmait leurs soupçons car ce mage faisait partie des alliés aux côtés de ce félon d’Olennaç. Le comte d’Ereu trempait donc clairement dans le complot fomenté contre le comte d’Enro. Fleur lui rapporta les sorts utilisés par le mage, lui décrivit les sorts lancés par les conjurés à l’aide de parchemin. Korritil lui expliqua que ces parchemins ne représentaient pas une somme si onéreuse, contrairement à ce qu’elle pensait : 6 000 à 12 000 pièces d’or.

Comme avec son fiancé, Fleur s’engagea à tout faire pour traquer Malfosse et le mettre hors d’état de nuire.

Il se faisait tard, mais Fleur alla tout de même retrouver Fortuné dans sa chambre. Avec douceur, elle l’amena à se confier sur son agression. Elle savait par expérience qu’il ne fallait pas garder un traumatisme pour soi. Elle ajouta pour le convaincre qu’ils allaient bientôt être mariés, qu’il pouvait donc tout lui dire en toute confiance. Fortuné accepta de se confier et cela le soulagea un peu. D’après la description que lui fit son fiancé, Malfosse n’avait pas tellement changé physiquement ; en tout cas, cela lui correspondait bien. Elle lui demanda quel était l’objet de sa menace. Fortuné lui rapporta qu’il avait dit :

« C’est ma Fleur. Si ce n’est pas avec moi, ce sera avec personne. »  

Elle lui demanda ensuite s’il s’était réformé, ou s’il comptait le faire, en lui précisant qu’elle ne le forçait en rien. Fortuné lui expliqua qu’il l’avait fait, mais secrètement, car en tant qu’officier du duc, il ne pouvait se permettre de s’afficher ouvertement jeannot. Elle l’approuva.

Comme ils s’étaient cruellement manqués, un peu pour le rassurer et le réconforter, Fleur se montra plus encline à des plaisirs charnels. Ils commencèrent à se charmer, à se dévêtir. La belle de Lasus usa de son Pouvoir, se montrant très discrète mais alors qu’ils allaient s’adonner à des ébats, elle se rendit compte juste à temps qu’ils étaient espionnés, malgré son Pouvoir. Elle alerta Fortuné, ils se rhabillèrent et retrouvèrent leur contenance. Ils attendirent, sagement blottis l’un contre l’autre, en tendant l’oreille. Heureusement, les serviteurs n’avaient rien entendu de formel, ils pouvaient avoir un doute, mais pas suffisamment solide pour en souffler mot au maître des lieux. Pour autant, Fleur ne se sentait pas tranquille à l’éventualité que cela arrive jusqu’aux oreilles de son beau-père, et à terme de ses parents. Elle était d’avis d’en rester là, mais pas son fiancé qui argua :

« C’est bon. Ils sont partis. »

Fortuné avait trop envie de Fleur et tenta de la persuader. La belle de Lasus ne résista pas longtemps à ses prunelles vert-doré et à son charmant sourire. Elle lui demanda de vérifier s’ils étaient bien tranquilles. Fortuné jeta un œil dans le couloir, s’assura qu’il n’y avait personne. Voulant préserver les apparences à tout prix, Fleur usa de nouveau de son Pouvoir, et cette fois, elle fut certaine d’être complètement furtive. Elle prévint son fiancé qu’elle risquait d’être féconde et il fit le nécessaire. Tous deux furent très bons amants, et Fleur le complimenta. Profitant qu’il était bien disposé, Fleur lui demanda avec tact s’il pouvait lui rembourser l’argent qu’elle lui avait avancé. Il lui demanda de combien elle avait besoin. Le beau de Melville lui devait normalement 1 000 pièces d’or qu’elle lui avait prêté à Ville-Barnet et 3900 pièces d’or pour son cheval. Mais parce qu’elle l’aimait et qu’elle n’était pas particulièrement près de ses sous, elle ne lui réclama que 2000 pièces d’or. Il lui répondit qu’il allait faire le nécessaire. Elle lui demanda d’ailleurs comment se portait son cheval. Le jeune homme lui répondit qu’il en était très content. La belle de Lasus remarqua que c’était là une monture digne d’un futur baron. Quelques instants plus tard, les deux amants revêtus se souhaitèrent la bonne nuit. Fortuné s’assura que personne ne trainait dans les parages, et Fleur regagna sa chambre.    

De son côté, Niscarvin discuta avec le mage, et peu à peu, il le poussa à confier ce qui était arrivé à Fortuné.

Le 25e Taille (5 mars), il faisait beau temps. Vêtue d’une très belle robe, Fleur salua son fiancé, et le prévint qu’elle se rendait au château ducal. Il voulut l’accompagner car il était officier, il connaissait du monde et il pourrait peut-être l’aider. La belle de Lasus en avait bien envie mais elle émit deux conditions. Elle l’avertit qu’elle devrait voir seul quelqu’un concernant une affaire antérieure pour laquelle elle était toujours tenue au secret. Surtout, elle voulait s’assurer qu’il serait en sécurité sur le trajet. Aussi, ses amis allaient les protéger, et au cas où, elle confia ses armes à Niscarvin.  

A peine arrivés au château, des gardes demandèrent à Fleur son nom. Elle se présenta, ainsi que ses compagnons. Les gardes se retirèrent, ils furent autorisés à entrer, mais ils furent ensuite interrogés par deux détenteurs du Pouvoir : un mage et un guerrier. Ces derniers discutèrent avec eux, cherchant à savoir qui ils étaient et à les jauger. Fleur se présenta comme la future baronne de Pertagne, accompagnée de ses deux gardes, envoyée par son suzerain le comte d’Enro. Fortuné l’appuya en précisant qu’il était officier et qu’elle était sa fiancée. Fleur expliqua qu’elle souhaitait solliciter un entretien avec le duc, Les deux inconnus trouvèrent très sympathique Arnolphe. En revanche, ils s’interrogèrent sur le saltimbanque. Le guerrier lui demanda : « pourquoi venez-vous ainsi armés à la cour ? » Le saltimbanque prétexta à la hâte :

« Parce qu’on a chassé des bandits. »

Il tenta de leur raconter leur campagne mais se montra brouillon. Voyant que leurs interlocuteurs demeuraient sceptiques, Fleur expliqua qu’ils se prémunissaient là d’un proscrit qui l’avait agressé elle et son fiancé. Le mage, courtoisement, remarqua :

« Le scélérat ! Gâter une beauté pareille… »

Le mage et le guerrier, proches du duc, les autorisèrent à passer. Fleur prit contact avec l’homme indiqué par Damien d’Enro. Fleur lui expliqua qu’elle voulait solliciter un entretien auprès du duc, à la demande de son suzerain. L’homme accepta de s’occuper d’eux. On les fit patienter toute la matinée. Ils furent présentés avant le repas.  

« Voici la future baronne de Pertagne, Fleur de Lasus. »

Fortuné, qui tenait la main de sa belle, précisa : « Et ma future femme. »  

Léonard de Prévert, âgé de 36 ans, était de taille moyenne, blond aux cheveux plutôt courts. Il avait une moustache et un bouc finement taillés, et arborait des boucles d’oreilles en or. Il était marié, et duc depuis un an. Considérant la belle de Lasus avec intérêt, il lui fit avec un sourire charmeur :

« Quelle beauté ! Vous êtes sûre que vous voulez devenir une de Melville ? Vous ne voudriez pas devenir duchesse ? »

Consciente qu’elle ne pouvait le repousser comme un vulgaire paysan, elle tâcha de l’éconduire sans l’offenser :
« Monseigneur, je suis bien consciente de l’honneur que cela représenterait, mais Fortuné est seul maître en mon cœur et je ne puis lutter.
- J’entends bien, mais vous ne me connaissez pas, et qui sait si l’on ne pourrait pas vous en guérir. »

Pantoise, Fleur bafouilla, ne sachant que répondre à cela sans offenser son fiancé ou le duc. Fortuné, lui, demeurait silencieux, ne sachant pas trop quoi penser, embarrassé par l’audace du duc. Léonard s’adressa alors à lui :

« Petit coquin ! Vous m’aviez caché que votre fiancée était aussi jolie ! »

Puis, le duc porta son attention sur d’autres personnes, et s’éloigna d’eux. Fleur murmura : « J’avoue que je ne m’attendais pas à cela. »

Toutefois, elle rassura Fortuné : « N’aie crainte mon aimé. Ni duc, ni roi, ni personne ne te prendra mon cœur. »

Lors du repas, Fleur fut placée non loin de la table d’honneur, entourée d’un homme d’âge mûr et d’un ecclésiastique. Curieusement, Fortuné fut placé plus loin.

Puis, Fleur prévint son fiancé qu’elle devait voir quelqu’un pour le comte. Elle l’embrassa, et en se renseignant trouva Christophe de Nicemount, le fils aîné du défunt seigneur, qui était bouteiller du duc. Elle se présenta. L’homme fut un peu surpris. Elle demanda à lui parler en privé, lui expliquant qu’il s’agissait de son père. L’homme l’emmena dans un jardin, à l’écart. Il lui demanda pourquoi c’était elle qui lui apportait des nouvelles de son père. Elle lui répondit qu’elle était un agent du comte d’Enro, qu’elle avait été envoyée là-bas avec ses deux amis. Fleur lui annonça la mort de son père, avec tact. Elle lui en précisa les circonstances. Il lui demanda pourquoi il n’en était informé que des mois plus tard. Elle expliqua qu’ils avaient essuyé plusieurs invasions pirates, en se gardant bien d’entrer dans les détails, qu’il avait fallu remettre ensuite les deux îles en ordre, que pour sa part, en tant que future baronne, elle était fort prise par les affaires de Pertagne et qu’elle avait enfin connu la guerre en Enro ces dernières huitaines. Fleur s’assura que Christophe était au fait de l’arrangement entre son père et le comte. C’était le cas. Elle lui fit alors une proposition : reprendre la position d’intendant à Qers, avec le titre honorifique de « seigneur », la rente de 6 000 pièces d’or, en échange de sa discrétion et de la reconnaissance de l’autorité du véritable seigneur des deux îles : le comte d’Enro. L’homme déclina son offre, il n’avait guère envie de retourner sur ces deux îles, mais il lui suggéra d’en parler à son petit frère, Thomas. Christophe lui demanda comment il pourrait récupérer sa part de l’héritage, des biens du château. Fleur lui expliqua que les pirates avaient hélas tout saccagé, ce qui n’était pas mentir. La belle de Lasus se renseigna sur le frère du bouteiller : il n’était plus à Neuhor, il s’était installé avec son épouse à Eppide. Elle décida donc de lui rendre visite.

Fleur retrouva ensuite Fortuné. Le soir, ils retournèrent chez son père.

Le 26e Taille (6 mars), il faisait assez mauvais temps. Fleur, Niscarvin, Arnolphe et Fortuné retournèrent au château. Tandis que le jeune de Melville travaillait, on leur annonça que le duc allait les recevoir dans l’après-midi pour un entretien privé. Niscarvin narra fort bien leur campagne en Enro, en commençant par le jour du complot. Impressionné, le duc salua son talent. Le duc lui proposa de se produire à sa Cour. Niscarvin accepta. Fleur lui transmit ensuite le message du comte. Léonard de Prévert lui demanda de quelle façon elle servait son suzerain. Elle lui répondit qu’elle le faisait en mettant son épée à son service ainsi que son art de la diplomatie. Puis il interrogea Arnolphe. Le gros soldat lui répondit que le comte l’employait dans sa garde. Le duc les jaugeait, puis il décida :

« Demain, nous aurons des divertissements. Je compte beaucoup sur votre présence. » Ils acceptèrent. Niscarvin alla ensuite se faire connaître de l’intendant du duc.

Sur le chemin du retour, ils réfléchirent à une stratégie pour coincer Malfosse. Arnolphe demanda à Fleur de qui il s’agissait. Surprise, parce qu’elle pensait l’avoir déjà dit, elle lui rappela qu’il s’agissait d’un prétendant qu’elle avait éconduit dix ans auparavant, et qui s’était vengé en la privant de son œil, jurant que s’il ne pouvait l’avoir, personne ne l’aurait. Un procès avait eu lieu au cours duquel le comte d’Enro avait soutenu les Lasus, faisant face aux Malfosse, soutenus par le comte de Sodavlac. Le précédent duc l’avait finalement banni à vie. Arnolphe demanda ensuite comment il avait pu mettre la main sur Fortuné. La réponse était simple, fit remarquer Fleur avec bienveillance : les bans publiés, le proscrit n’avait plus qu’à se renseigner pour trouver où son fiancé demeurait. Les trois amis songèrent que guérir la vieille blessure de Fleur pourrait être une provocation propre à le faire sortir de son repère. Fleur suggéra à ses deux complices de se rendre dans les bas quartiers pour le rechercher, mais Arnolphe lui opposa que l’agression étant vieille d’un mois, la piste devait être froide. Niscarvin suggéra d’essayer de le contacter, pour le faire parler. De retour chez Korritil, Fleur demanda si l’idée du saltimbanque était réalisable, malgré le sort de dissimulation. Le mage lui répondit que l’on pouvait en effet contacter le proscrit, mais il n’était pas forcé de répondre et dans ce cas, ils ne seraient pas plus avancés. Son beau-père lui indiqua un mage blanc capable de communiquer à longue distance : Fénelon le bon, celui qui avait guéri le visage de Fleur.

Le 27e Taille (7 mars) fut une journée pluvieuse. Au château, le duc reçut Niscarvin et Arnolphe en privé. Il leur proposa d’entrer à son service : avec 6000 pièces d’or de gages par mois pour le saltimbanque. Niscarvin lui demanda s’il était prêt à payer un supplément pour des missions. Le duc n’y était pas opposé si la mission s’avérait vraiment exceptionnelle. Niscarvin, intéressé demanda au duc comment il se positionnait vis-à-vis de la Réforme. Léonard répondit :

« Nous sommes tous tharésiens avant tout, et derrière ce sont intérêts politiques qui jouent. Derrière le roi, il y a les Sigue. Derrière la Ligue, il y a les Trois Couronnes. Nous devons nous battre pour le royaume, soustraire Floriscan à l’influence des Sigue. »

Léonard était duc depuis un an. Il avait vite compris que pour rallier un maximum de partisans, il devait s’allier aux Réformés et aux Albiens modérés. Pour sa part, il était Albien mais tolérant envers les Réformés, il était contre les extrémistes des deux bords. Le comte d’Enro était proche de l’ancien duc.

Arnolphe et Niscarvin acceptèrent sa proposition. Ravi, le duc allait donner des ordres pour faciliter leur installation à la Cour.

Vers le soir, Léonard voulut voir Fleur en privé, dans une antichambre. Il la complimenta. Il se montra assez séduisant. Mais la belle de Lasus, très éprise de son fiancé, lui résista sans l’offenser toutefois. Elle argua qu’elle n’était pas indifférente à l’égard dont il la gratifiait, mais que son cœur était pris, et qu’elle ne pouvait pas lui céder sans compromettre son honneur et celui de son fiancé. Le duc répondit :

« Vous semblez avoir des idées préconçues sur ma personne. Mais il reste encore un mois avant votre mariage. Je ne désespère pas de vous faire changer d’avis. »

Le soir, Niscarvin et Arnolphe échangèrent avec Fleur sur leurs dernières péripéties. Fleur les félicita pour leur engagement chez le duc mais regretta que son suzerain perdît dans l’affaire deux hommes de valeur, détenteurs du Pouvoir.

Le 28e Taille (8 mars), il faisait très mauvais temps. Avant de partir travailler, Fortuné remboursa Fleur. Les trois amis se rendirent en ville. Ils firent réparer leurs armes et armures.                      

 Arnolphe et Niscarvin suggérèrent à la jeune femme d’aller à Emption pour soigner son œil. Elle réfléchit. Embarrassée, elle leur répondit qu’elle n’en avait pas les moyens. Les deux hommes lui répondirent alors qu’elle n’avait pas à se préoccuper du coût car ce serait leur cadeau de mariage. Très touchée, elle les serra dans ses bras, les remercia, et s’empressa de le dire à Fortuné. Puis, reprenant ses réflexions avec ses deux acolytes, elle songea que ce serait un long voyage, mais il restait encore assez de temps avant son mariage. Elle allait se laisser tenter lorsqu’elle se figura que cela signifiait laisser Fortuné sans protection pendant deux à trois huitaines alors que Malfosse courait toujours, et pour elle ce fut rédhibitoire ; elle préférait encore rester borgne plutôt que perdre son bien-aimé. Aussi, elle décida que tant que le fou rôderait, elle ne bougerait pas de Neuhor. Il faudrait attendre une journée suffisamment ensoleillée pour pouvoir contacter Malfosse, et protéger son bien-aimé d’ici là. Fleur restait persuadée qu’il finirait par sortir de l’ombre pour la revoir.

Les deux hommes se rendirent ensuite au château. N’ayant pas sur le moment envisagé toutes les conséquences de leur intégration à la cour ducale, ils songeaient à présent qu’ils devaient d’abord aider Fleur à capturer ce Malfosse, qu’ils seraient également absents pour le mariage ; leur installation à la Cour était peut-être par conséquent trop prématurée. Arnolphe alla voir le capitaine des gardes, il dut puiser dans son Pouvoir pour ne pas être trop confus. Le capitaine fut perplexe et lui répondit qu’il devait se rendre disponible s’il voulait vraiment intégrer la cour.

Lors du repas, Niscarvin fit un excellent spectacle qui fit beaucoup rire. Il profita de son succès pour parler avec l’intendant. Usant de son Pouvoir, il expliqua à l’intendant qu’il était débiteur du comte d’Enro, qu’il devait régler une affaire avant de pouvoir intégrer la cour du duc, et qu’il devait s’absenter pour le mariage de son amie, Fleur de Lasus, mais qu’il restait très intéressé par la proposition du duc. L’homme l’invita donc à régler ses affaires, mais lui conseilla de venir aux fêtes du nouvel an s’il le pouvait. Le saltimbanque fit de même avec le capitaine des gardes pour soutenir Arnolphe.  

Le 29e Taille (9 mars), il faisait très mauvais temps. Les Albiens célébraient Saint Vivien le chasseur de démons. Fortuné travailla toute la matinée. Pendant ce temps, Fleur en profita pour s’entrainer. En début d’après-midi, les deux fiancés se promenèrent ensemble. Fleur voulait trouver deux très belles robes d’apparat, ainsi que des accessoires – bijoux, chaussures, paires de manches – pour pouvoir varier les tenues au château du duc. Une tenue complète coûtait 1200 pièces d’or. Fleur fit les yeux doux à Fortuné qui, pour lui plaire, accepta de payer une tenue et elle prévoyait de s’en prendre une seconde. Pour qu’il ne dépense pas trop, la belle de Lasus se montra redoutable en affaires face au marchand, qui consentit à céder deux tenues complètes pour 1200 pièces d’or que Fortuné lui régla. Ravie, Fleur remercia son fiancé et lui proposa d’aller dans une auberge, pour vivre leur amour librement, ne serait-ce que quelques heures. Fortuné paya la chambre.  

Fleur se montra très douée, trop peut-être, et le beau de Melville rendit les armes précocement, prenant de court la jeune femme qui s’en trouva un peu frustrée. Elle voulut insister, mais il n’en eut pas envie car il était trop fatigué. Pour autant, elle ne lui en tint pas rigueur. Elle le savait bien meilleur amant. Tout en douceur, elle l’amena à reparler de son agression, et parvint à soulager un peu ses tourments. Tandis qu’il se reposait, elle se rappela alors qu’elle devait être féconde, et cette fois, tout s’était passé si vite qu’elle n’avait pas eu le temps d’alerter son fiancé. Elle s’en inquiéta, puis se tranquillisa en se rappelant qu’à Pertagne, elle s’était déjà alarmée pour rien, et que, à un mois de leur mariage, ce n’était peut-être plus très grave.

De leur côté, le gros soldat et le saltimbanque allèrent prier dans une église réformée. Niscarvin fit un don de 1 000 pièces d’or. Ils se confessèrent, reconnaissant leurs difficultés à combattre leurs faiblesses. Le prêtre les invita à faire pénitence, à faire des prières, et à affermir leur foi. Il les encourageait à poursuivre leurs efforts.
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